COMMERCE DE BORDEAUX AVEC LES PAYS-BAS ET L ESPAGNE
Vins de Gascogne et de la Rochelle à Damme, au xm° siècle. — Abondance de vins dans les Pays-Bas, en 1582 ; sortes que l'on y consommait. — Politique de l'Angleterre pour le transport des vins. — Importation, achats de vins en Angleterre par des Flamands. — Transports de vins par les Basques. — Hostilité des Flamands contre les Bordelais. — Commerce maritime de la Flandre avec l'Ecosse. — Relations commerciales de Bordeaux avec les Pays-Bas. — Consommation des vins de Gascogne dans le midi de l'Espagne. — Importations des denrées de la Péninsule en Gascogne. — Émigrations annuelles des Navarrais et des Aragonais dans les Landes. — Raymond Seraller et les commerçants de Cordes à Bordeaux. — Question de savoir si l'Italie avait des relations avec cette place.
Nous avons essayé de rendre compte des relations commerciales qui existaient entre Bordeaux et l'Angleterre pendant les xme et xive siècles; voyons si cette place ne faisait pas des affaires avec d'autres pays que les possessions anglaises.
A ces époques, les vins de Gascogne, dont elle opérait le transit, avaient en Flandre un débouché assuré, bien que, peut-être, il y eût déjà des vignes dans les Pays-Bas1. Le chantre de Philippe-Auguste, rapportant
1 Dans une charte de 1244, publiée par Mirseus (Opéra diplomatica, t. II, p. 717), il est. fait mention d'un endroit du diocèse de Tournai, nommé Vinea; et dans les environs de Valenciennes, il existe une plaine appelée le Vignoble. On trouve dans les archives de Bruxelles, à la date de 1544, une requête des fermiers des vignes auprès de Louvain, avec apostille au conseil des finances, qui les exempte du rendage de cette année parce que les vignes n'avaient rien porté et avaient été gâtées les années précédentes. (Procès-verbal de Lille, 1. 1, n° 148, folio 4.) Voyez, au reste, sur les vignes en Belgique, au xvie siècle, le Belgium wiiversum de Guichardin; Amsterdam, 1646, in-folio, p. 6, col. 1. — Il y avait aussi des vignes dans la Picardie. Voyez les statuts des vignerons d'Amiens (1468), dans le Recueil des monuments inédits de l'histoire du tiers état, région du nord, t. II, p. 316-319; les Acta Sanctorum Aprilis, t. III, p. 448, col. 2, D, n° 6; et les Chroniques de Froissart, liv. I, part. II, eh. cccxv,
l'arrivée à Damme de Savary de Mauléon, raconte qu'entre autres richesses venues de toutes les nations, il trouva des navires chargés cle vins de Gascogne et de la Rochelle, que l'Angleterre ainsi que la Flandre avaient transportés en ce lieu, pour les envoyer de là dans les diverses parties du monde, et pour en rapporter ensuite les bénéfices à leurs maîtres1.
Avec le privilège qui permettait aux bourgeois d'Ypres de faire arriver sans droits des vins et autres marchandises de ces contrées en Flandre2, il semblerait que les
ann. 1370, t. 1, p. 615, col. 1. — Dans une pièce de vers du xvi« siècle, un tavcrnier parle ainsi :
J'ay vin pour rcsjouir son homme... Du paya de Grèce ou de Homme.
Sachez que n'est point vin de Somme...
C'est un vin bref que tout assomme.
(Dyalogue d'uni] Tavernier et d'ung l*yon, en f rançons et en latin, etc. Chartres, 1851.)
Mais on ne peut songer a faire honneur de la dénomination de ce vin, quelque mauvais qu'il fût, a la rivière qui a donné son nom a l'un de nos départements, quand on lit sur une liste de navires capturés par les Anglais et retenus a Portsmouth en 1626, the Hape of Soome, the Zenviedo of Soome, the Katherine of Soome, après le Saint-Pierre de Bordeaux, le Lamort de Talmont, et Y Anne de Marianne. (State Papers, Domestic Séries, Charles I, Sept, ô, !(i-2i) ; vol. CXLIX, n° 12. 1.)— Nos ancêtres avaient une espèce de vin qu'ils appelaient vin de rivière, dont nous ne pouvons rien dire, si ce n'est que nous l'avons trouvé mentionné seulement dans deux passages appartenant tous deux au nord de la France. Dans l'un, il est nommé en même temps que le vin d'Auxene les Tournois de Chauvenci, v. 4339, p. 160); dans l'autre, qui fait partie d'un compte de Jean Sejournech, receveur général a Atli, en 1103. compte conservé aux Archives générales du royaume de Belgique, à Bruxelles, le vin de rivière est indique comme ayant été paye 30 sous 2 deniers le lot. S'il faut en croire Roquefort, celte mesure équivalait a environ deux pots de Paris.
1 Guillelmi Britonis-Armoriâ Philippidos Lib. IX, v. 380-391. Cf. Krnest van Bruyssel, Histoire dit commerce et île la marine en Belgique, t. 1. p. :20.'>. — M. Gheldolf, dans son Histoire de Flandre, d'après M. Warnkœnig, a inséré dans le tableau du tonlieu du port de Damme t. II, p. fil . divers articles relatifs aux importations venues de la Gutenne.
8 Les Olim. etc., t. III. pari. I. p. 524, 525.
denrées du Midi dussent se montrer rarement sur les marchés flamands, et cependant on y trouve des vins de Gascogne, à toutes les époques où la paix régnait entre la France et l'Angleterre. Déjà, en 1226, nous avons vu des Flamands revenant de ce pays avec un chargement de cette nature; en 1382, la ville de Damme était, à ce qu'il paraît, aussi bien approvisionnée en ce genre que du temps de Savary de Mauléon l, et Froissart nous apprend que dans l'armée de Philippe d'Artevelle devant Audenarde, on « a voit tavernes et cabarets aussi bien et aussi plantureusement comme à Bruges ou à Bruxelles ; et vins de Rhin, de Poitou, de France, garnaches, malvoises et autres vins estrangers et à bon marché2. »
Un autre passage du même auteur, à rapprocher de la phrase que nous venons de citer, achève de prouver que, pendant la guerre de cent ans, les vins de Gascogne n'arrivant plus sur les marchés flamands, les marchands du nord de la France s'approvisionnaient à la Rochelle. 11 nous montre, en 1386, ceux de Flandre, de Hainaut et de plusieurs autres pays, partant de ce port en grand nombre sur des navires flamands, français et espagnols, chargés de vins de Saintonge et de Poitou. Nulle mention des vins de Guienne ou de Gascogne ; mais le commerce de Bordeaux, qu'ils alimentaient, reçut une grave atteinte de la capture de ce convoi ; car elle jeta sur le marché anglais près de dix-neuf mille barriques de bon vin, qui fut débité dans tout le royaume à raison de 4 shillings le gallon3.
1 Chron. de Froissart, liv. II, ch. clviii; t. II, p. 209, col. 2. Cf. p. 522, col. 1.
2 Und., liv. II, ch. glxi; t, II, p. 213, col. 2.
3 Und., liv. III, ch. lui; t. II, p. 540, col. 2. — Tho. Walsinghaip, ffist.
Tandis que la Guienne, par son industrie, s'appropriait une partie des richesses de l'Angleterre, celle-ci, spéculatrice plus habile, voulait au moins voiturer elle-même les vins qu'elle consommait, et ne permettait guère à la navigation de se développer à Bordeaux. Déjà donc elle avait imaginé et mis en pratique, bien avant le règne de Henry VII1, bien avant nous2, ce système d'habileté profonde, par lequel elle a depuis rendu sa marine si formidable, de n'employer, autant qu'elle le pourrait, que ses seuls vaisseaux, pour importer chez elle, pour exporter au dehors, toutes les marchandises qui constituaient son commerce.
Un pareil système de conduite ne pouvait qu'exciter la jalousie des autres peuples qui se livraient aux transports maritimes. L'explosion de ce sentiment ne se fît pas attendre. Vers 1316, les Flamands et les Bayonnais, unis par une étroite alliance, bloquèrent en quelque sorte les ports français, malgré les vaisseaux des rois de France et d'Angleterre5.
Angl., apud Camden, Anglica, Normannica, etc., p. 326, 1. 22. — Nicolas, a Hist. ofthe Royal Navy, vol. II, p. 318-521.
1 Une ordonnance de ce prince, citée par Bacon, interdit l'exportation des vins et des guèdes de Gascogne et de Languedoc autrement (pic par navires anglais. (Hist. reg. Henrici VII, p. 15.)
2 « Le 8 de Février 1367, le roy défendit a tous ses sujets de fréter aucun navire estranger, et aux ostrangers d'enlever aucune marchandise de France qu'avec des vaisseaux françois, sur peine de confiscation, le sel toutefois on est excepte que les estrangors peuvent enlever en leurs vaisseaux. » Ordinairement les marchands étaient tenus d'affréter et de préférer les navires français aux étrangers, en vertu de la déclaration de Louis XII, de l'an 15(1 i, invoquée dans un arrêt du Conseil d'État, du 5 octobre 1617, conforme a un autre ai rôt rendu parle parlement de Rouen, le 10 juin procèdent. Voyez Fournior, Hydrographie, liv. VI, eh. xviu, p. 550; et Cleirac, les Us et coutumes île Ut mer. p. 415. (Jurisdiction de la marine, art. 17, n° 5.)
3 Kervyn de Lettenhove. Histoire de Flandre, I" édit., t. III. p. TS.
ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. \k'.\
En effet, si les marins anglais conduisaient en Flandre les vins des bourgeois de la Rochelle1, les Flamands, qui importaient de grandes quantités de vins de Gascogne et de Poitou dans leur pays, ne laissaient pas d'en aller vendre en Angleterre. Dans un dénombrement de navires arrivés en 1224 à Portsmouth, chargés de vins de Poitou, en vertu d'une ordonnance royale, figure le bâtiment d'un certain Emelise King de Gravelines2; et, dans une lettre de Henry III à Jeanne, comtesse de Flandre, il est fait mention de marchands flamands, auxquels on avait pris, en Angleterre, cinquante-deux barriques de vin, du miel et d'autres marchandises3. Citons encore : 1° la pétition d'un marchand gascon nommé Bidau Brane, pour avoir des lettres de marque du roi, qui l'autorisent à saisir sur ceux de Calais et de Saint-Omer des vins dans un navire espagnol", à Winchelsea4; 2° des saufs-conduits octroyés, en 1302, à George Scotelar, marchand de Bruges, à Jean de la Rue, marchand de Gand, a Casevus Bandre, et à Bondynus van the Dame, marchands d'Ypres, qui se proposaient d'aller acheter des vins en Gascogne et de les conduire
1 Rot. lift, clans., 7 Johann.; vol. I, p. iO, col. 2. — M. Champollion a publié dans ses Lettres de rois, reines, etc., t. I, p. 269, 270, une pièce de l'an 1280 environ, relative a deux cargaisons de vins destinés pour la Flandre et chargés sur navires anglais.
2 Rot. litt. clans., 8 Hen. III; vol. I, p. 606, col. 2. — Un peu plus loin, p. 621, col. 1, il est fait mention d'un navire de Bayonne mouillé dans le port de Sandwich, lequel était chargé de vins et marchandises appartenant à des habitants d'Ypres.
3 Rot. litt. clans., 19 Hen. III, p. 2, m. 5 in dorso ; ap. Shirley, Royal and other historical Letters, etc., vol. I, p. 471. — On employait surtout le miel pour faire la bière. Voyez Madox, the History and Antiquities of the Exchequer, etc., ch. x, p. 252, note w.
1 Champollion, Lettres de rois, reines, etc., 1. I, p. 568, 569.
en Angleterre, à Londres, Sandwich ou Southampton ' ; 3° des lettres de licence, en forme de placards, accordées, en 1484, à Gilian Belavoyus, sujet du duc de Bretagne, pour amener en toute sûreté en Angleterre, sous la foi des trêves récemment conclues entre le roi et ce prince, une certaine quantité de vin de Gascogne et d'autres marchandises, qu'il avait dans les Pays-Bas2; lettres suivies, dans le même manuscrit, d'une autre licence octroyée la même année à John de Saere et Anthony Johnson, marchands de Middelbourg en Zélande, d'amener dans des navires bretons du port de cent soixante tonneaux, des vins de Gascogne, à Londres et à Southampton, et de les mettre en vente, nonobstant tout statut, acte ou ordonnance à ce contraire3.
Les Flamands, qui importaient des vins dans leur pays, avaient quelquefois meilleur compte à s'approvisionner ailleurs qu'aux lieux de production, surtout s'ils étaient en guerre avec l'Angleterre : c'est ainsi que nous voyons un marchand belge, Pelage de Saint-Jacques, obtenir licence d'exporter une cargaison de vins qui se trouvait à Southampton4. Nous ignorons à quelles conditions cette grâce lui fut accordée; mais nous savons
1 Ilot. Vase, S Rie. Il, m. IS. — Dans l'acte sont représentées les marques des divers marchands qui y sont dénommés. Le dernier, s'il était réellement natif ou originaire de Damme, faisait bien de s'intituler marchand d'Ypres, surtout s'il commerçait avec l'Ecosse. Une loi de ce pays, émanée du treizième parlement de Jacques 1" 1436 . c. liT, défendait d'acheter du vin des Flamands de Damme. (The Lawes and Actes of Parliament, etc., folio -2.~> verso.)
2 Harl. Ms. n° 133, ait. 1930, folio 183 verso. 8 IbiiL, art. 2025, folio 197 verso.
1 Ernest van Bruyssel , Histoire du commerce et de la navigation en Belgique, t. I, p. '20-2.
qu'un marchand anglais, qui avait des vins du Rhin à York et désirait les faire passer en Prusse, n'en eut la permission qu'à la charge de rapporter en échange des bois propres à la fabrication des arcs1.
Les Basques s'employaient aussi à transporter des vins en Angleterre, de Bayonne2, de Bordeaux, ou d'autres points de la Guienne. En 1221, un marchand d'Abbeville avait eu ses vins arrêtés à Winchelsea, à la suite d'une rixe survenue entre des matelots de Saint-Sébastien et de Rve, à Saint-Matthieu du Finistère3; lonçtemps après, un marchand de Saint-Sébastien s'était vu dépouiller, dans un autre port anglais, et de sa caravelle et de la cargaison, composée de quarante barriques de vin de Bordeaux, du prix de 5 livres chacune, et d'un baril d'aromates, moins cher de plus de moitié4. Froissart parle aussi de sept bâtiments de Biscaye, tant « gallées que vaisseaux, » chargés de vins, «lesquels, dit-il, les Anglois orent à leur profit, et les marchands orent tantost tout vendu5. »
Les Basques portaient aussi des vins de Bordeaux en Flandre. En 1317, Guillaume et Aluard Chasteillon, frères, Pierre et Élie Biguier6, frères, et Michel de la
1 Rot. Franc, 46 Ed. III, m. 46.
2 II y avait un jaugeur royal dans cette ville. Voyez le rôle gascon do la vingt-sixième année de Henry VI, m. 1.
3 Rot. litt. clans., 5 Hen. III; vol. I, p. 161, col. 1.
4 Rymer, Fœdera, etc., vol. XI, p. 674, ann. Ii70.
' Les Chroniques de sire Jean Froissart, liv. III, ch. xxxiv, ann. 1386; t. II, p. 49o, col. 1.
6 Voyez, sur ce nom et la grande famille de Bordeaux qui le portait, le Mémoire de M. Rabanis sur l'administration municipale et les institutions judiciaires de cette ville, dans la Revue historique du droit français et étranger, t. VII, 1861, p. 471-475.
Cassaingne, marchands de cette ville, avaient chargé sur des navires bayonnais et espagnols, c'est-à-dire biscaïens, cent quarante tonneaux de vins, à destination de la Flandre , malgré la défense de Philippe le Long ; ces vins furent saisis, et les marchands durent composer avec Michelet, huissier d'armes du roi, pour la somme de 140 livres tournois1.
Après cela, on comprend l'hostilité des Flamands contre les Bordelais. En 1320, Guillaume du Breuil, ou du Bruel, clerc, agent du roi d'Angleterre à Paris, adressait à son maître la requête que voici : Gilbert, son frère, citoyen de Bordeaux, avait chargé dans cette ville des vins pour l'Angleterre ; il en fut dépouillé par les Flamands. Ayant porté plainte à Edward II, il fut autorisé à exercer des représailles sur les biens des spoliateurs. Mais le chancelier d'Angleterre se refusait à délivrer des lettres de marque à d'autres qu'à un sous-vicomte, e1 les officiers de cette catégorie étaient tellement occupés d'autres exécutions fbriefsj, qu'il y avait à craindre que le marchand de Bordeaux ne pût rien recouvrer de ses vins. En conséquence, son frère priait le roi qu'il lui plût de commander ses briefs sur les biens desdits Flamands, dans toute l'étendue de son royaume d'Angleterre. Edward II répondit par Tordre de délivrer au pétitionnaire une expédition en forme exécutoire de
1 Trésor des chartes, peg. .1.1 53, folio 5)0 verso, eh. ijc xiiij. — A M qu'il paraît, ce Pierre Biguier, ou Vîguief, s' étant engagé a livrer a Grégoire de Rokesle, bourgeois de Londres, soixante et dix barriques de bon vin sur crut. plus deux pipes, qu'il lui avait vendues livrables dans cette ville, ou a lui en tenir compte a raison de i0 shillings 10 deniers, avait manqué de parole. Son créancier s'adressa au roi. qu i fit une ordonnance pour forcer le Bordelais à s'exécuter. <liot. Vase, li Ed. 1. ni. unie.
l'arrêt rendu en sa faveur, à Saint-Botulpli, Southainpton et Londres1. Il prononçait la saisie des marchandises des Flamands jusqu'à concurrence de 328 livres 17 sous 6 deniers sterling; mais Gilbert du Breuil, auquel s'étaient joints deux autres bourgeois de Bordeaux, Àdomar ou Orner de Melune et Guillaume de Naumanz, ne fut pas longtemps à s'applaudir d'un pareil résultat : un certain Raymond de la Brune de Villeneuve, se disant procureur de nos Gascons, se présenta en leur nom à la chancellerie, et y enleva frauduleusement le bref, ou expédition en forme exécutoire de l'arrêt rendu en leur faveur. Nouveau recours au roi, et mandement de ce prince au sénéchal de Gascogne de faire bonne et prompte justice aux plaignants2.
Les Flamands transportaient surtout des marchandises en Ecosse, pays qui était en hostilité pour ainsi dire perpétuelle avec les Anglais. Dans les comptes des grands chambellans, on trouve, à l'année 1329, une somme de 168 livres payée à Jean de Hoyel, bourgeois de l'Écluse, pour quarante-deux tonneaux de vins3; mais il n'est pas dit que ce fussent des vins de Gascogne. Dans un autre document d'une date postérieure, il est question de mercerie, de bonneterie, de roues de charrettes et
1 Rotuli parliamenlonim , etc., A. D. 1520, 14 Ed. II; vol. I, p. 579, colonne 2.
2 Rot Vase, 15 et 14 Ed. II, m. 5. — Dans un autre rôle de la vingt-sixième année du môme roi, memb. 9 in durso, on lit le récit de la capture, par des pirates de Flandre et d'ailleurs, d'un navire de Bayonne, chargé a Bordeaux de vins et autres marchandises, a destination de Sandwich, par Bernard Ezii, sire d'Albrct.
;i The Account* of Ihe yreat Chamberlains &f Scollaml, etc., vol. I, printed a! Edinburgh. m.dccg.xxxvi., in-i°, p. 97. Cf. p. *5 et 205.
de brouettes, comme des seules marchandises importées de Flandre en Ecosse l .
Il y a toute apparence que ces mêmes marchandises venaient également à Bordeaux, bien que l'industrie fût certainement plus avancée en Guienne qu'en Ecosse. En lisant un sauf-conduit accordé par Edward III à Jean de la Grave, marchand et bourgeois de Bordeaux, qui voulait y faire venir, en un ou plusieurs navires, divers objets et marchandises achetés en Flandre, on regrette de n'en point trouver le détail2.
Quels que fussent les articles des Pays-Bas sur lesquels opérait le commerce de Bordeaux, il est certain que les Bordelais se rendaient aux foires de Flandre. En 1243, Henry III, réglant une dette de 600 marcs à deux bourgeois de Bordeaux, Élye de Ghamsel et Etienne Gote, ordonne de les payer tout de suite, et, prévoyant le cas où ce mandement resterait sans exécution, de manière à priver les deux créanciers de la possibilité de faire, à l'aide de ces fonds, du négoce à la foire de Turnhout en Flandre, il s'engage à les indemniser, au jugement des autres marchands bordelais qui s'y trouveront, de tout le dommage résultant pour leurs deux compatriotes d'un défaut de payement3. Les Gascons avaient, dans la seconde partie du \inr siècle, tellement
1 The Liàel of EnglishPolicy; ap. Wright, Poli tirai Poems and Songs, etc., vol. H, p. 168, 169.
2 Rot. Vase., fâEd. III. m. ô. — Ce nom de ht Grave, synonyme de du Gravier, a donné lieu h une double méprise do Carte, qui on ;i semé son CornUêgue des rolles gascons. Mentionnant, dans les années 1379, 1380, une concession do maison, à Bordeaux, sur lo boni ûc la rivière t. I. i>. 1<>(>. m. 7. n° ri . il onii iïranam ri traduit ce substantif par la Garonne.
3 Pat. cl cari. ins. de Vase., '21 lion. III, m. 1).
l'habitude de se rendre en Flandre avee leurs marchandises, qu'Edward Ier, accordant à Bertrand Markays, marchand gascon, à Pierre de la Chambre, ou Robert de Tutbury, ses serviteurs, la permission de transporter, sans nouveau payement de coutumes, en Hollande, Zélande et Brabant, quarante sacs de laine que notre compatriote avait à Saint-Botulph, a grand soin d'ajouter « et non en Flandre ni en aucun autre lieu de la domination française1. »
Il existait, en effet, de longue date, des relations d'amitié et de commerce entre l'Angleterre et les Pays-Bas, et le reste des possessions anglaises ne pouvait en être excepté. Lorsque, vers le milieu du xve siècle, Henry VI nomma des commissaires pour traiter avec les ambassadeurs de Hollande, de Zélande et de Frise, du renouvellement de l'antique amitié, et régler le trafic des marchandises, il dénonça son ordonnance aux autorités de Bordeaux, comme pour les charger d'en donner connaissance à une population dont les intérêts étaient en jeu : aussi cette pièce fut -elle consignée sur les rôles gascons2.
Un document d'une époque quelque peu antérieure nous révèle l'existence de vins de nos pays dans les caves du palais de la Haye, et le prix que ces vins avaient été payés : « Item, est-il dit dans ce document, furent achetées, vers le 5 mai, par Jean Heerman de Meeus Pinensz, de Leyde, trente-deux pièces de vin de Gascogne, que le bouteiller déposa dans les caves de Monseigneur, à la
1 Champollion, Lettres de rois, reines, etc., t. I, p. 414, 415.
2 Rot. Vase, ±2 lien. VI, m. 8.
i:>0 HISTOIRE DU COMMERCE
Haye, et coûtèrent, chaque pièce l'une dans l'autre, 12 nobles anglais, soit 384 nobles1. » A la vue d'un pareil payement , il ne faut pas se hâter de conclure que la monnaie hollandaise ne fût point courante à Bordeaux et que l'on n'y vît pas des navires des Pays-Bas : des convenances, que l'on ne peut que soupçonner, avaient peut-être donné lieu à l'emploi de nobles anglais pour payer de la marchandise sortie d'un port qui était alors soumis à l'Angleterre.
Quand il fut devenu français, les marchands des pays de Brabant, Flandre, Hollande et Zélande, s'empressèrent d'accourir pour prendre la place abandonnée. Au mois de février 1461, ils obtenaient des lettres portant concession de droits et exemptions relativement au commerce qu'ils faisaient avec les Français, tant par mer que par terre, nommément à Bordeaux. Ces lettres établissaient, 1° que les marchands de ces pays jouiraient dorénavant de leurs usages et coutumes, en fait de marchandises, comme au temps passé; 2° qu'ils pourraient avoir une maison pour leur négoce; les procès qu'ils auraient à ce sujet seraient portés par-devant le gouverneur, ou le plus prochain juge royal du lieu où serait le débat, lequel prononcerait, sans aucun appel, les amendes infligées à ceux qui perdraient leur cause; elles seraient moitié pour la ville où le procès sérail pendant , et moitié pour l'entretien des chapelles fondées en France par lesdits marchands. 3° En cas que certains d'entre eux viendraient à décéder dans le royaume, leurs héritiers pourraient
1 Heken. Foykens van Waelwijch 'sgraven rentmeester, 1108, 1409, art />w- /(•//•/('. Vrehives tin royaume de Hollande, ;i la Hâve.
recueillir les biens qu'ils y laisseraient, sans que les officiers royaux pussent les en empêcher par droit d'aubaine. 4° S'il arrivait que quelques-uns de leurs navires échouassent sur les côtes de France, les marchands auxquels ils appartiendraient pourraient en retirer le contenu, en payant le sauvetage, nonobstant tout droit de naufrage que les officiers royaux, pourraient prétendre. 5° Les navires de ces marchands ne seraient assujettis à aucun des nouveaux droits qui se levaient en la ville de Bordeaux, sauf le payement accoutumé de l'ancien droit d'entrée, et sans qu'ils pussent être tenus d'en payer aucun pour la sortie; et ne pourraient leurs personnes et biens être arrêtés en France par marques ou contre-marques, s'ils n'avaient eux-mêmes contracté la dette, ou s'ils n'en étaient caution. 6° Ils pourraient dorénavant acheter, vendre ou échanger, les uns avec les autres, leurs marchandises une fois à terre, nonobstant les privilèges des lieux, pourvu toutefois que, s'il y avait là d'autres personnes qui voulussent en donner le même prix, ces personnes les eussent par préférence; ils pourraient aussi amener en leurs navires des Anglais, des Portugais, des Navarrais et autres , pour faire le commerce , savoir, en chaque navire, deux marchands et deux facteurs et serviteurs, avec leurs denrées et marchandises1, etc.
Avec ces étrangers, Bordeaux comptait encore, à l'époque, bon nombre d'Allemands. Parmi les conservateurs de la paix nommés dans l'article ix du traité fait avec la Hanse teutonique par Louis XI, en 1483, figurent le sénéchal d'Aquitaine avec l'amiral de France et le
1 Ordonnances des rois de France, etc., f. XV, p. 348-351.
vice-amiral, et plusieurs baillis et sénéchaux des villes commerçantes, telles que Rouen, la Rochelle et Boulogne-sur-Mer l .
Parmi les avantages concédés par Louis XI aux marchands des pays de Brabant, Flandre, Hollande et Zélande, celui qui fait l'objet de l'article iv doit nous arrêter un instant. Le droit de bris qu'il rappelle à notre esprit, et qui livrait des malheureux au seigneur de la côte sur laquelle ils étaient venus se briser, était aboli en Guienne depuis 1226 2, et avait été converti, en Bretagne, en brefs et en congés, que les ducs faisaient délivrer, à Bordeaux, dans un bureau établi à cet effet; mais il restait le droit de côte, qui comprenait toutes les épaves que la mer rejetait sur le rivage, et les officiers du roi avaient beaucoup de peine à conserver ce droit à leur maître et à résister aux empiétements des seigneurs riverains3.
Au nombre des pays qui consommaient alors de nos vins, il faut compter surtout le midi de l'Espagne, qui, longtemps soumis aux musulmans, avait cessé de cultiver la vigne, Tune de ses richesses dans l'antiquité l. Matthieu Paris nous apprend positivement qu'au milieu du \nic siècle, les Gascons trouvaienl en Espagne un débouché pour vendre leurs vins, leur seul produit, par exemple, à Cordoue, à Séville el à Valence-la-Grande, villes qui naguère avaienl été soumises par les chré-
1 Ordonnances des rois de France, etc., t. XIX, p. ir>s. 8 Qeirac a publié les lettres patentes de Henry m dans le* Vs ci coutumes de la nier, parmi les jugements d'Olèron, p. 81, <S2. 3 Voyez le recueil ci-dessus, p. M>-2 el suivante-. 1 Justin. In. XL1V, en. i«.
tiens1; et des documents plus authentiques font mention d'une permission accordée au maître de la maison du Temple à Poitiers de charger un navire de vins à destination du royaume de Léon2, et de marchands bayonnais et espagnols qui avaient acheté des vins à la Rochelle, à Saint-Sauvant et dans les environs5; mais il ne faut pas oublier que les Basques pourvoyaient la Flandre, surtout quand ce pays était en guerre avec le nôtre. Les douze cents barriques capturées en 1296 par clés marins anglais, sur une flotte de trois cents navires qui faisaient voile d'Espagne en France, n'avaient sans doute pas d'autre destination4.
De son côté, l'Andalousie et les autres contrées du midi de l'Espagne nous expédiaient par mer des chevaux, des soieries, des épiceries, de la droguerie et du bois de teinture3, et les marchands de la Navarre venaient par terre en Guienne pour y trafiquer. En 1226, un navire portugais, appelé le Cardinal, revenait de Gascogne, probablement de Bordeaux, quand il fut capturé par le grand vaisseau du roi et incorporé dans la flotte
1 Matth. Paris., Hist. major, éd. 1640, p. 833, 1. 5, ann. 1232. - Rot. litt. pat., 13 Johann. ; vol. I, pars I, p. 1 13, col. 2.
3 Charta Ludovici X, ann. 1313. (Archives de l'Empire, JJ 33, ch. ccxiv, fol. 89 verso.)
4 Chronicou de Lanercost, A. D. 1296, p. 182,
3 On trouve dans le rôle gascon de la vingt-neuvième année de Henry VI, m. 7, un sauf-conduit en faveur d'Alphonse, roi d'Aragon, qui est présenté comme disposé a envoyer une galéacc dans les possessions anglaises pour y faire le commerce. Le sauf-conduit comprend les hiens, effets, marchandises, l'or, l'argent, les draps, huiles, sucres, merceries et choses quelconques, aussi bien que les esclaves, de quelque nation qu'ils soient, excepté ceux de l'obédience de la couronne d'Angleterre. — A ce qu'il paraît, les rois d'Aragon, comme plus tard ceux de Portugal (Cleirac, les Us et coutumes de la mer, 3e partie,
xxxv, n° 3 ; édit. de 1671. p. 382), s'étaient réservé le monopole des épiées.
anglaise '. En 1242, un navire chargé de riz, d'amandes, d'alun et de bois de brésil, ayant abordé à Royan, Henry III donnait l'ordre de le conduire à Bordeaux, de retenir le riz et les amandes pour sa bouche, et de donner le reste de la cargaison en payement de deux chargements de draps de Flandre achetés pour son usage et arrivés au même endroit, à moins que les marchands ne préférassent faire emplette de l'alun et du bois de brésil à beaux deniers comptants2. Il en usa de même avec un autre navire chargé de marchandises appartenant à des négociants espagnols : le roi, ayant retenu la cargaison pour lui, mandait de Guîtres de faire vendre les cuirs qui en faisaient partie, à l'exception des peaux de daim 3, dont il avait sans doute l'emploi. Ce navire était sûrement le même que celui qui, parti de Ceuta, avait remonté jusqu'à Bordeaux, et trouvé un acquéreur de son chargement dans Henry III, momentanément dans cette ville1. Le commerce de l'Afrique septentrionale avec l'Angleterre était alors entre les mains des Espagnols et des Génois; mais les Bayonnais y prenaient également part, quoique dans une proportion bien moins considérable \
1 Rot. litt. clans., 10 lion. 111, m. 27 el li; t. II, p. 89, col. 2; et p. 110. col. 1. — Rot. litt. pat., 10 Hen. III, m. 5. — Sir Harris Nicolas, a Hisionj of the Royal Navy, vol. 1, p. 188.
2 Rot. Vase, 2i\ lien. III, ni. f. — Ub peu plus haut, on lit un ordre du même prince, au sénéchal de Gascogne, de faire connaître aux notables de Bordeaux le passage d'un navire d'Espagne a destination de la Rochelle, avec un chargement de chevaux, de soieries et autres marchandises, en les invitant a les saisir. CL Rot. Hit. clans., 36 lien. III, ni. .".
3 Clans. Litt. fact. in Vasconia, -21 lien. III. m. 11. ' Urid., ni. 11.
:> On lit dans le rôle gascon de la vingt-troisième année d'Edward I". m. 22. des lettres de marque accordées a un marchand de Bayonne, qui, revenant de
ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. <lôô
et sûrement ils alimentaient Bordeaux d' épiées et autres denrées du Levant1.
Dans une autre circonstance, Henry III s'obligeait à payer en Gascogne, à neuf marchands portugais dénommés dans l'acte, la somme de 316 livres 17 sous bordelais pour fourniture de cire et de peaux de lapin faite à Bordeaux2, à un autre Portugais la somme de 100 marcs sterling neufs pour 300 livres bordelaises prêtées au roi dans cette même ville3, et à Domingo Paschal, prévôt de Roncevaux, 100 marcs sterling pour achat de chevaux de guerre. Il joignait en même temps un permis de circulation dans toute l'étendue des possessions anglaises, pour ce Navarrais, et les chevaux qu'il aurait à vendre, bien entendu au roi et aux siens, et une demande au roi de Castille de permettre à Paschal et à Pierre Crozat de faire sortir d'Espagne six dextriers pour son usage4. Ce
la côte d'Afrique avec des marchandises a destination de l'Angleterre, avait été dépouillé a main armée par des pillards sortis de Lisbonne. — Ailleurs, il est l'ait mention de deux navires de Bayonne chargés d'épices et autres marchandises de prix. Ordre est donné de les arrêter à leur arrivée a Sandwich , et de ne permettre la vente des marchandises composant la cargaison , qu'après que le roi aura fait son choix. (Rot. Liberate, 10 Hen. 111, m. 2.)
1 Voyez dans un fragment de rôle gascon de la vingt-sixième année de Henry III, memb. 3, le détail d'une fourniture de ce genre faite a ce prince par Centorius de Gundomcr, frère de Pey de Gundomcr, maire de Bordeaux en 1256 et créancier du roi, en même temps que Rustand et Guilhem Columb, pour argent prêté. {Pat. Lïtt. fact. in Vase, 37 Hen. III, m. 3.) — Dans un autre de la même année 1242, memb. 12, un autre Bordelais, Gaillard Columb, est crédité d'une forte somme, prix de huit dextriers achetés pour le roi.
2 Rot. Vase, 27 Hen. III, m. 18. — On voit figurer un peu plus tard une balle et demie de peaux de lapin , avec dix-huit cents peaux de cordewan et huit tonneaux de vin, dans la cargaison d'un navire de l'Écluse, chargé a Lisbonne, a destination de la Flandre. (Pétitions to the Ring and Council, 189. IO
5 Rot. Vase, 27 Hen. III, m. IL
• IbUI., 17. — ■ On trouve dans le nouveau Rvmcr, vol. II, paît. I. p. 200,
dernier était de Pampelune1, comme les sept bourgeois qui, plus tard, venaient faire des affaires en Gascogne2. Un autre passeport accordé à Juan Rolando, de la même ville, et à Michel de Paris, bourgeois de Puente de la Reina, nous montre ces marchands revenant de Bordeaux3. Ils y avaient apporté, ou de ces draps communs dont Henry III avait autorisé l'introduction en franchise pour l'habillement des moines de la Gastelle4, ou de ce fil d'Espagne que l'on employait pour faire des cordes5, et qui le disputait au fil de Toulouse et à celui de Normandie6, également estimés.
Avant le milieu du siècle suivant, le commerce de l'Espagne avec les possessions anglaises avait pris une telle extension, qu'Edward eut à s'occuper des marchands de la Péninsule7. Il leur accorda des lettres patentes adressées aux maires, châtelains, prévôts et autres officiers publics en Guienne, en vertu desquelles nobles et marchands, et généralement toutes personnes de Castille, d'Espagne, de Léon, et de tous les royaumes et terres soumis au même sceptre, pouvaient venir libre-
des lettres pareilles d'Edward 11 aux rois de Castille et de Navarre. Eu l.~>20. le même prince ayant accordé un sauf-conduit a un marchand de chevaux espagnol, nommé Andréa Parez de Castro, et avant reçu une plainte de cet étranger, spolié de sa marchandise, ordonnait a ses officiers en Guienne d'informer. (Rot. Vase, ir> et H Ed. Il, ni. 2.
1 Voyez Y Histoire de la guerre de Navarre en 1276 et 1 277. par Guillaume Anelier, p. 162, t. 2494.
2 Rot. Vase., 7)7, 58 Ed. III, pars 11. m. 12. •' fôtd.,8, 9 et 10 Ed. 1, m. 1-2.
1 llrid., 27 Hen. III, m. 20.
•'' Clans. Lift. fait, in Vase.. 27 lien. III, m. 18, 17. '• fôtd.,37 Hen. III, m. 5.
7 Rot. Franc.. 35 Ed. III. ni. 12.— Ilot. lut. clans, tô Ed. III. ni. 5 m dorso. (Noilv.Rym., vol. III. pari. Il, |>. 606, 929.
ment dans le duché avec leurs marchandises, effets et autres valeurs1. Plus exclusif, Edward III dénonça aux maire et jurats et à la commune de Bordeaux, en même temps qu'à ceux de Bayonne, des lettres de protection en faveur des marins portugais et autres sujets du roi de Portugal2; malheureusement, l'une et l'autre de ces pièces ne renferme que des recommandations générales, sans spécifier le moindre fait qui puisse nous éclairer sur les relations commerciales entre la Péninsule et la Guienne dans la première partie du xive siècle. Ces étrangers y importaient, au moins de l'autre côté de la mer, des vins de leur pays3, préparant ainsi une révolution qui devait assurer à leurs successeurs la prépondérance sur les marchés britanniques.
Une remarque à faire, c'est que les lettres patentes du 5 janvier 1325 sont muettes sur les émigrations annuelles qui avaient lieu, pendant la saison d'hiver, d'Ara-
1 Rot. Vase, 18 Ed. II, pars I, m. 15.
2 Ibid., 17 Ed. III, m. 5. — Le Livre des Bouillons, n° 47, folio .xlix. verso. — Il est a croire que les lettres d'Edward III sont les mêmes que lo previlegi cum aus marineys, o autres sotzmes deu rey de Portugual, en corps ny en bens, dampnatge ny injuria no los fassan en terra o en mar, ne en autre loc, en aucuna maneyra, etc., mentionné dans le Cartulaire de l'abbé Baurein, folio 51 recto. (Asso son las rubricas dens previlegis que sont a Sent-Ylegi, etc.) — Un document de la même époque, et publié par Rymer (Fœdera, etc., vol. IV, p. 14-6), donne a penser que l'approvisionnement de la Gascogne par le roi de Portugal fut le prix des privilèges accordés a ses sujets.
3 En 1365, Edward III ayant prohibé la vente des vins doux, tels que ceux qui venaient du Languedoc (Rot. litt. clans., 59 Ed. III, m. 6 in dorso. Cf. m. 1 in dorso.— Nouv. Rym., vol. III, part. II, p. 780. Cf. p. 783), le maire et les baillis de Dartmouth s'autorisèrent de cette ordonnance pour faire saisir, bien qu'ils ne rentrassent pas dans cette catégorie, des vins A'Osye, d'Algarve et d'Espagne, que des bourgeois de la ville avaient fait venir pour leur propre consommation. (Rot. litt. clans., 50 Ed. IÏI . ni. I. — Nouv. Rym., vol. III, part. Il, p. 781.-
gon et de Navarre, dans les landes de Gascogne et jusqu'aux portes de Bordeaux. Au xme et au xive siècle, le droit de pâture y appartenait au prieur et aux frères de l'hôpital de Roncevaux1; mais il sortit de leurs mains pour passer dans celles de Jean de Saint-Pé, chevalier, auquel Henry V, par lettres patentes en date du 6 lévrier 1417, accorda, sa vie durant, le revenu du guionage des vaches qui descendaient ainsi des Pyrénées2. La charge de compter ces animaux, érigée en office par les rois d'Angleterre3, semble indiquer encore l'existence d'un droit à payer à quelqu'un.
D'autres montagnards du Languedoc venaient chercher fortune à Bordeaux, et s'enrichissaient par le commerce. Un tarif de droits ecclésiastiques, dressé en 1306, énumérant les catégories de personnes dont le curé et les marguilliers de Cordes n'avaient aucun droit à exiger, si elles mouraient hors de la paroisse, nomme, à la suite des pèlerins qui se rendaient à Rome, par-delà les mers, ou seulement à Saint-Jacques de Compostelle, les com-
1 Patent, litt. fact. m Vase,, 37 lien. 111. m. 2Q.—Ro$. Vase, r>7. 38 lien. III. m. 5, 9; 15, 16 et 17 Ed. II, m. 30.
2 Articule compati Remardi Angevyn , re§mtu ac gmàematorii oificii constabutarii castri régis Burdegaie, \. 1). U27. (Eiehequer. Misceli, Books, n°4«, folio 6 verso.) — Ce compte n'est pas le plus ancien du même genre] nous en avons vu un autre dans le pipe liollée la douzième année d'Edward III, ni. ir>. sous ce titre : Compotus Aile de Lymbergh, constabularii Purdei/ale. de e.vitibus ducat nu Aquitanie a As. die jmiii, ainio ..rv. régis Edwardi. pat ris régie hujus. /inieule, iisque .xvij. diem julii, anno ..rrij. finieitte.— Nous avons aussi entrevu des comptes de Richard de Havering el d'Arnaud de la Ryvaille, pour une partie de l'an lôô3 (7 Ed. III, Trinity Terni. Queen's Remembraneer. Kxcliequer. Memoranda Rolls, m. 138), dans une collection a consulter pour l'histoire île l'administration anglaise à Bordeaux; Ibid.. 22 Ed. III. m. ^2 et 27-, Ed. III, cire. m. 50.)
:! Rot. Vase, 18 Ed. II, m. -27.
merçants qui allaient tenir les marchés éloignés, notamment à Montpellier et à Bordeaux1.
En 1349, un certain Raymond Seraller, originaire de la sénéchaussée de Rodez, obtint du roi de France des lettres de rémission. Nous y apprenons que, conduit dès ses plus jeunes années dans notre ville, alors du parti des Anglais, il y avait vécu pratiquant à la fois le change et divers autres commerces. Parvenu à l'âge d'homme, il abhorre la soumission au roi d'Angleterre, et' désire, comme un vrai Français, revenir à l'obéissance de son souverain, avec tous les biens qu'il a acquis. Oubli du passé lui est accordé2. Peut-être est-ce le parent d'un Edmond Saralher, qu'Edward III avait fait nommer bourgeois de Bordeaux en 1328 3, et le même qu'en 1350 on retrouve bourgeois et consul de Narbonne, où il se fait remplacer dans sa charge quand les besoins de son commerce l'appellent ailleurs4. C'est à Montpellier qu'il a établi le centre de ses arrivages5; il a des navires sur les mers du Levant, il est bourgeois de Chypre, et son crédit est assez grand pour intéresser à sa fortune la cour de France et la cour de Rome6.
Bordeaux avait -il des relations commerciales avec l'Italie? On pourrait le croire, en voyant une allusion à l'état des républiques italiennes, dans une reconnais-
1 Rossignol, Monographies communales... du département du Tarn, etc., part. I, t. III, p. 78, en note; et documents, n°6, p. 175.
2 Trésor des chartes, reg. JJ. 72, en. 135. ;i Rot. Vase., 5 Ed. III, m. 8.
4 Collection Doat, a la Bibliothèque impériale, t. LUI, folio 460. '■'' Germain, Histoire de la commune de Montpellier, t. II, p. 218, note 1. 0 Bibliothèque de l'École des chartes, t. IX, p. 215. — Col. Port, Essai sur le commerce maritime de Narbonne, p. 46, il.
sance féodale donnée par les bourgeois de la ville de Bourg-sur-Mer au roi d'Angleterre, en 1273 *; mais nous savons que, dès la fin du xie siècle, il s'était établi entre le midi de la France et l'Italie des relations de tous genres, et que les principales villes des deux pays s'étaient donné des constitutions également libres et conçues à peu près sur le même plan2. Nous ne prétendons pas que ce travail législatif se soit étendu jusqu'au bord de l'Océan; nous savons même, pour n'en citer qu'un seul exemple, que la charte de commune de Bayonne est calquée sur celle de Rouen. Mais il n'y aurait rien d'étonnant à ce que la renommée eût porté sur notre littoral la connaissance des franchises de nos voisins de l'Est. Il y avait une colonie d'Italiens à la Rochelle'1, et il n'est pas sans vraisemblance qu'il existât des relations entre Bours: et cette ville : un sauf-conduit accordé en 1 402 à Iacopo Doria, de Gênes, qui portait des vins à Southampton \ donnerait à penser que nos cotes recevaient quelquefois la visite des Italiens, longtemps avant qu'il s'en établît à Bordeaux, pour y faire le commerce et la banque.
1 Notice sur un manuscrit de la Bibliothèque de Wolfenbuttel, cil. m
■' Fauriel, Histoire de ta littérature provençale. Paris. 1846, in-Kn. t. I. p. i' ; Ordonnances des rois de France, etc., t. I. p. 586, art. 9. 4 Rot. Vase, " Hen. IV. m. I.
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