MERCERIE^ ETAIN, CUIRS ET PEAUX, HARENGS ET AUTRES POISSONS SALÉS
Énumcration des articles anglais importés à Bordeaux; mercerie, roi des merciers. — Étain. — Cuirs et peaux. — Pèche de la baleine sur les côtes du golfe de Gascogne; litiges au sujot des baleines qui venaient échouer dans le voisinage de Bordeaux. — Bâtiments bordelais employés à cette pêche dans les mers du Nord; embauchage de marins basques par des Anglais, pour le môme objet. — Saline, ou poisson salé. — Exportation de harengs à Bordeaux par les Anglais ; licences nécessaires pour ce commerce. — Le Prince Noir marchand de salaisons. — Nobles anglais propriétaires de navires. — Accroissement du commerce des harengs à Bordeaux après le milieu du x\" siècle. — Importance de la Bousselle et construction de la rue Neuve dues au commerce de la saline. — Statuts de Bordeaux relatifs au poisson salé; provenance de cet article. — Armement de navires à Bordeaux pour la pêche de la morue; prêts à la grosse; barques de Libourne à Terre- Neuve. -- Vente et exportation du poisson frais à Bordeaux; ordonnance relative à cet article, rendue en 1459 par la Cour des Grands-Jours. — Droits divers dont cette denrée était frappée; anecdote relative au duc d'Epcrnon en 1659. — Billcttc exigée par le convoi el conlablie des importateurs de saline et des marchands de poisson frais ou salé. — Juridiction des jurais de Bordeaux sur le commerce du poisson; marché de la clie ; autorité du jurât qui le présidait. — Conjecture relative aux marchandises importées à Bordeaux de Flandre et des Pays-Bas ; partie de cuivre, chargée en Flandre, à destination de notre ville, par des habitants de Condom; cire saisie au préjudice de marchands flamands et lucquois.
En 1377, Richard II accordait aux navires de Guienne la permission de charger dans le port de Londres certaines marchandises énoncées dans l'acte, telles que grains, viandes, fromages, beurre, suif, ceintures de cuir, bourses, aiguillettes appelées pointz, peaux de daim, de mouton et de chèvre, comme aussi des lits d'étoffe dite tvorsted1. Dix ans plus tard, le même prince octroyait une licence générale aux marchands gascons et anglais ; ils eurent la faculté de porter aux partisans du roi en Gascogne, et à Brest, qui lui avait été récemment cédé par le duc de
1 Rot. Vase, 1 Rie. II, m. 10. (Lettres de rois, reines, etc., t. 1, p. 198., 199.) Cf. Rot. pari., A. D. 1578, 2 Rie. II ; vol. III, p. 44, col. 2.
i>V< HISTOIRE DL COMMERCE
Bretagne, du blé et toutes sortes de vivres, des gants, des bourses, des bonnets, des cordons de cuir, des cornes à souliers et menues marchandises1, des capes, des ceintures et quelques autres objets en laine-, en un mot, tout ce qui devait se vendre dans les boutiques des merciers les mieux approvisionnés de Bordeaux3, tout ce qui entrait dans l'assortiment des porteballes autrefois si nombreux par toute la France4, sujets d'un roi qui avait des lieutenants dans toutes les provinces \
Nous avons là rénumération des exportations britanniques sur notre place, mais non de toutes6. En échange
1 Rot. Vase, 1 Rie. IL m. 10.
2 Gotton, an exact Abridgement ofthe Records in the Tower of London, etc., p. 157, — Bfacpherson, Aimais of Commerce, vol. I. p. 588, A. 1). ir>ss.
3 Un curieux procès d'un mercier, fermier de la salle du palais a Bordeaux, contre les autres merciers, ses confrères Reg. du pari.. R. 9. :>(> nov. 1510, folio 10), nous révèle l'existence d'une de ces boutiques dans un lieu où nous n'en aurions point soupçonne.
4 Dans le tarif du tonlieu de Damme, dressé en 1252 ap. Warnkœnig, Histoire de Flandre, t. Il, p. 452, 453), la halle d'un mercier esl présentée comme contenant du poivre, de la cire, des plats, des rubans, des coiffes un des manches appelées reijnt, sans doute du nom de la ville de Reims, autrefois renommée pour ses toiles, plus encore que Bayonne pour ses serviettes de lin. (Invent, des meubles de Jean de Calvimont, acte notarié de Martin Arfeulhe. du 19 avril 1565.
8 Parmi les minutes du notaire Charrier, figure un acte en date du 1 " décembre 1530, par lequel Helliot Essandier, mercier, se met pour un an au service d'honnête homme Jean Barre, «lieutenant du roi des merciers en la duché de Guienne. »
G Voyez encore les Rôles gascon^, hi Rie. II. m. 5; ±2 Rie. II. m. 9; et tes Rôles du Parlement, 57 Ed. III, vol. II, p. -JT(i, col. -2. — Une pétition de la lin du règne d'Edward [« ou du commencement de celui d'Edward II. a.h au roi en son conseil en Guienne, au nom de « totes les genti de Gaseoigne, marchante et autres. » nous montre les commerçants gascons, une fois leurs affaires terminées en Angleterre, y achetant des effets a usage et de menus objets destines a leurs amis, « corne est ordile de mesouns. robes et autres choses. » Us demandaient le dégrèvement des droits dont ces acquisitions étaient frappées a leur entrée en Guienne, «priannt pour Dieu que celé custume
de leurs vins, les Gascons recevaient encore de rétain1, du hareng, de la merluche et du saumon salé. La première de ces denrées, plus employée autrefois qu'elle ne l'est de nos jours, surtout dans la vie domestique2, pourrait fournir matière aune dissertation. Nous ne nous laisserons point aller à la tentation de l'écrire, et nous ne dirons rien de l'étain, si ce n'est que, sous Edward Ier, ses deux successeurs, et même plus tard, ce commerce était entre les mains des juifs anglais 5 ; mais on ne voit pas qu'ils y aient intéressé leurs coreligionnaires de Guienne antérieurement au commencement du xve siècle.
suit abatue sieome feust avaunt la guerre. » (Pétitions lo Die Kin§ and Council in Aquitaine, fô6, n° 52.) — En 1667, la Marie de Londres arrivait a Bordeaux avec un chargement de couteaux, d'écritoires, de bas et de chaussons de laine. (Minutes de Couthures, 1670, fol. 442.)
1 Rot. Vase, 3 Rie. II, ni. 4; 21 Rie. II, m. 6; 22 Rie. II, m. 10; 2 Hcn. IV, m. 2G; 11-14 Mon. IV, m. 12; 1 Hcn. VI, m. 17; 11 et 12 Hcn. VI, m. 2; 24 Hen. VI, m. 3.
2 L'inventaire des meubles de Jean de Calvimont, sieur de Chabans et du Gros, conseiller au parlement, dressé le 19 avril 1563 par le notaire Martin Arfeulhe, montre a quel point l'étain était autrefois en usage a Bordeaux. On y lit dès le début : « Premièrement estant en la salle basse, a esté trouvé une douzaine de grandz platz d'estaing, deux douzaines et cinq assietes aussi d'estaing, quatre saulcies d'estaing, quatre cartons d'estaing, ung demy pot folhete d'estaing, deux demys potz d'estaing, une grosse canete d'estaing, troys petites canetes d'estaing, ung petit broc d'estaing, deux salmons d'estaing. » Voyez encore, parmi les minutes de Couthures pour l'an 1053, folio G99 verso, un inventaire semblable.
:i Voyez dans le Gentleman' s Maaazïne , cahier de décembre 1862, vol. CCXIIÏ, p. 701, le Mémoire de M. Robert Hunt. — Par acte du 25 août 1347, le prince de dalles, duc de Cornouailles et comte de Chester, donne a ferme a un Allemand, pour le terme de trois années, l'exploitation des mines d'étain de tout le duché, et concède au même le monopole de cette denrée tant dans ce pays que dans le comté de Devon. Voy. Sartorius, Urkundliche Geschiclite des Vrsprunges der Deutschen Hanse. Herausgegeben von J. M. Lappenbcrg. Hamburg, 1850, in-4°, t. Il, p. 392-394, n° clxhi. Cf. Rymer, nov. éd., I. Il, part. II, I». 961.
Une pétition de cette époque témoigne, cependant, du commerce d'étain que la province faisait avec l'Angleterre. Par divers statuts faits et établis au temps de divers nobles rois de ce pays, comme l'écrivaient à Henry V le maire, les connétables et la compagnie de l'étape de Calais, il était ordonné que toutes les laines, cuirs, peaux, plomb, étain et marchandises destinées à l'exportation, passeraient par l'étape « pur là estre exposez et poisez, paiant les custumes et devoirs ent au roi duz et accustumez1. » Nonobstant ces dispositions, certains marchands des îles normandes, de Bretagne et de Guienne, achetaient en divers lieux de Cornouailles de l' étain entier non fondu, et le menaient ou l'envoyaient vendre dans leurs pays et ailleurs. Henry Y rendit, en 1414, une ordonnance conforme aux vœux des pétitionnaires2; mais à part ce document et la plainte qui l'avait motivé, on peut avancer qu'il reste peu de traces des importations d'étain anglais à Bordeaux5.
1 Rotuli parlianientorum, vol. IV. p. 53, col. 2, n°3. Cf. p. 86, col. 1. ir 1.
Pet. to Pari. 88^2. C.
2 Une ordonnance d'Edward III, en date du Ti avril 1318 {Rot. Franc., 22 Ed. III, m. 16 et 1G m dorso) donne une énumération plus détaillée, dans laquelle figurent du worsted, du beurre, du fromage, du miel, des plumes, du feutre, du gaulum de la guède? i, des pierres a aiguiser et de la houille. Jusqu'alors prohibée par ce prince, l'exportation de tous les articles mentionnés dans cette pièce esl permise par la voie de Calais, a l'exception du plomb, de rétain et du drap, qui pouvaient être importés eu Gascogne et autres contrées de l'ouest sujettes de la couronne d'Angleterre. //>/'</., 37 Ed. III, m. 17. Dans un acte plus ancien (ibid., 21 Ed. III, m. 12), il est question, en lôiT, de charbon de terre, demandé avec cinq ou six tonneaux de saumons, au chambellan de la ville de Berwick-sur-Tweed pour l'approvisionnement de Calais; mais on ne trouve aucune trace d'importation de houille a Bordeaux, sans doute parce que le bois y était abondant.
8 A la date du 17 février 1346, Dou/eau enregistre un acte par lequel on marchand de Bristol S'engage a livrer en cette ville, aux facteurs de Simon Ar-
On en peut dire autant des importations de cuirs du même pays. Au xme siècle, Henry III spéculait sur cet article et avait institué un acheteur en Angleterre et en Gascogne1. Sous l'un de ses successeurs, nous trouvons une licence pour charger dans les ports de Londres et de Sandwich, à destination de Bordeaux ou de Bayonne, deux tonneaux de petits morceaux de cuirs tannés, un tonneau plein de peaux de veau et dix charges de suif2.
A une grande distance de cette époque, deux habitants de Bilbao achètent à des Bordelais, l'un huit tracques, six cuirs de bœuf, « content pour chacune tracque dix cuirs vers en poil , » au prix de 49 francs bordelais la tracque3; l'autre deux cents cuirs de bœuf en peau, moyennant 135 livres tournois4. Un autre Basque prend à Bordeaux, sur la Loyse de Roy an, cinquante cuirs
nault de Lcstonnat, citoyen de Bordeaux, trente quintaux d'étain, « doulx sans qu'il soit aigre, » valeur reçue en vins; et, le 4 octobre 1548, il transcrit une promesse d'Amet de Mazères, maître peintre de Bordeaux, qui, après avoir confessé que les syndics et confrères de la confrérie des maîtres peintres de la Translation Saint-Martin lui ont livré, comme au plus offrant et dernier enchérisseur, trois quintaux d'étain, s'engage a les restituer. — Le 9 novembre de la même année, Jean de Gant, marchand et courtier de Bordeaux, reconnaît, en présence du même notaire, avoir reçu en garde d'un commerçant de Bristol, quatre-vingt-seize pièces de plomb en petits saumons, pour les délivrer a l'un de ses compatriotes, Richard Eden. Une autre vente de plomb (19,481 livres, pour la somme de 467 livres 10 sous tournois) figure parmi les mômes minutes, à la suite d'une vente de trente cabas de raisins, destinés sans doute au marché (6 et 18 mai 1547) ; et plus tard trois pièces du même métal pesant 22 quintaux 37 livres, partent pour Saint-Sébastien. (Douzeau, 3 août 1551.) — Au siècle suivant, on trouve une saisie de soixante barils de mine de plomb appartenant à un marchand de la Rochelle, « pour avoir passé debout pendant la foire et deschargé au-devant le port et havre de Bourdeaux , » le 12 mars 1667. (Minutes de Couthurcs, folio 60.)
1 Rot. pat. et chart., 37 et 38 Hen. III, m. 2.
2 Rot, Vase, 1 Bic. II, m. 10. (Lettres de rois, reines, etc., t. I, p. 198, 199.) '• Minutes de Douzeau, 7 juin 1550. '* Ibiù., 20 novembre 1550.
verts, en même temps que douze balles de sucre1; un tailleur de la paroisse de Pompignac afferme et acense, suivant les coutumes de Bordeaux, à un marchand de cette ville, toutes les peaux d'agneau et chevreau qu'il serait dans le cas de faire dans un certain espace de temps, à raison de 9 sous tournois la douzaine2; et, plus tard encore, un maître gantier de Bordeaux vend à un marchand de Niort soixante- treize douzaines de peaux de mouton en laine, moyennant la somme de 468 livres 13 sous tournois3. La conclusion à tirer [de ces faits, aussi bien que d'une vente de deux mille cent cinquante livres de suif à un marchand de Middelbourg par une maison de Bordeaux4, c'est qu'au milieu du xvie siècle, la consommation de la viande et par conséquent le chiffre de la population s'étaient augmentés dans le pays, au point de pouvoir exporter à l'étranger des articles qui en venaient auparavant. Bordeaux continua, cependant, à tirer du maroquin de l'Espagne5.
Bordeaux ne pouvait que prendre au commerce du poisson salé, ou de la saline, comme on disait autrefois, la large part que commandaient nécessairement sa position avantageuse et ses relations, établies de bonne heure et devenues bien vite actives, avec toutes les places de
1 Minutes de Douzeau, 7 novembre 1547.
2 Ibid., 10 avril 1550. Cf. 2i février, même année. 28 octobre 1551 ; etGendrault, 29 mai et -2 juin 1548.
■'< Minutes de Gouthures, 2 novembre 1655, folio 050 recto.
1 Ibid., 30 août 1549. — Dans un autre acte reçu par le même le 5 décembre 1517, le suif est au nombre d'articles qualifies de marchandise et habillage de gabare.
5 Minutes de Dou/.eau, 19 juillet ISSO. — Plus loin, au 9 octobre, on rencontre douze balles de maroquin d'Espagne, chargées à Bordeaux sur la Catherine de Liboume, a destination d'Anvers.
commerce de l'époque. La présence de la baleine sur les côtes de Gascogne et l'emploi de sa chair dans l'alimentation1, étaient de nature à encourager les armateurs, et nous savons qu'il y avait dans le port de Bordeaux des bâtiments spécialement affectés à la pêche de la baleine2.
Il ne faudrait pas croire, néanmoins, que ce cétacé fréquentât les parages voisins; le plus souvent il n'y apparaissait qu'à l'état d'épave. C'est ainsi qu'en 1291, le sire de Lesparre, qui jouissait du droit de naufrage sur toute l'étendue des côtes de sa seigneurie, en vertu d'une concession faite à ses ancêtres par Jean Sans-Terre, réclamait, par l'organe de son tuteur Arthaud, seigneur de Mirambeau, une baleine échouée sur le rivage de la mer, ainsi que le harpon avec lequel elle avait été blessée3.
Yolande de Solers, vicomtesse de Fronsac, dame de Belin et du pays de Boni, élevait des prétentions pa-
1 Voyez une anecdote racontée par Mathieu Paris, sous l'année 12oo (éd. de 1640, p. 905, 1. 2), et confirmée par un acte de l'époque. (Rot. litt. clans., 39 Hen. III, m. 16.) — Dans le tarif du péage de Castillon en Périgord (1442), la baleine ligure, sur une longue liste d'articles de commerce, comme frappée d'un droit de 3 deniers par quintal. (Rot. Vase, 20 Hen. VI, m. 7; ap. Rymer, t. XI, p. M; éd. III, t. V, pars I, p. 114, col. 1.)
- Commission des monuments historiques de la Gironde, 1855, p. 60. — Dans les minutes de Couthures, de l'an 1667, il est fait mention de Me Jean Bourgoing, fermier général des cinq grosses fermes do France et des apprêts des huiles et fanons de baleine, et du consentement qu'il donne a ce que Jacques Vernangcs, « ey-devant commis des sieurs intéressés en ladite ferme des baleines, » sorte des prisons de la maison de ville de Bordeaux. (Folio 100 recto.)
3 Rymer, Fœdera, vol. I, pars II, p. 754. — Baurein, Variétés bordeloises, t. I, p. 341, 347. — Le rôle gascon de la vingt-septième année d'Edward III, m. 5, art. Pro Senebruno, domino de la Sparre, renferme des vidimus de la Charte du roi Jean (Cbinon, 5 décembre 1205\ en même temps que de celle d'Edward Iir.
reilles; une transaction passée en 1315, entre les officiers du roi d'Angleterre et de la noble dame, mit fin à ces débats, qui duraient depuis longtemps. Parmi les objets en litige figure le droit de naufrage, qui s'étendait nonseulement sur les navires que la tempête jetait sur la côte du pays de Boni, mais encore sur les baleines qui venaient y échouer l .
On pouvait croire la contestation terminée; elle recommença comme de plus belle dix ans après, à l'occasion d'une baleine échouée sur le territoire du vicomte de Benauges et de son épouse. Oliver de Ingham, sénéchal de Gascogne, s'était emparé de cette épave, au mépris de l'antique concession et du long exercice du droit du riverain : les nobles seigneurs adressèrent une plainte au roi d'Angleterre, qui envoya au successeur d'Oliver l'ordre d'informer2. Enfin, et pour tout dire, Cleirac, dans son traité des Us et coutumes de la merz, a inséré une charte extraite des registres de la contablie de Bordeaux, dans laquelle il est fait mention de diverses baleines échouées à la côte de Lège et de Buch, avec les harpons dont elles avaient été blessées.
Baurein croyait trouver dans les faits qui précèdent une preuve irréfragable de l'ancienneté, sur notre littoral, de la pêche qui nous occupe4. Pour nous, nous pensons que cette pêche n'a été pratiquée que sur les
1 Rymer, Fœdera, etc., t. II, pars I, p. 78, col. 2. — Baurein, Variétés bordelaises, t. I, p. 3il , 317, 3fS.
2 Bot. Vase, 1 Ed. III, m. 4. (Nouv. Rym., vol. Il, part. II, p. 008.) 3Édit. de 1671, p. 10^2, 103. Cf. p. 120 et suiv. (De la Pesche des balenes
sur la coste de Guyenne.) Voyez aussi Histoire générale des pêches anciennes et modernes, par Noël. Paris, 1813, iu-i», t. I, p. 2-2!>:T>:>. ; Variétés bordelaises, t. I. p. 340, 542.
confins de la Guienne et dans le Pays Basque i , sans pouvoir dire si les pêcheurs bordelais allaient y faire concurrence aux riverains.
Longtemps les uns et les autres exercèrent leur industrie sans perdre la terre de vue ; mais après la guerre de cent ans, les choses changèrent bien de face. Au xvie siècle, ce n'était plus sur les côtes de France que nos pêcheurs faisaient leur pêche. Ils se rendaient sur celles des Orcades, d'Angleterre et d'Ecosse, où, pour éviter toute dispute, les différents peuples, au rapport d'Adrien Junius, convenaient entre eux d'une station déterminée2.
Mais les marins bordelais allaient encore plus loin à la recherche de la baleine. On trouve, dans le voyage de Baffin, qu'il rencontra sur la côte de Groenland le Jacques de Bordeaux, du port de deux cents tonneaux3, et Y Histoire dît pays nommé Spitzberg (Amsterdam, 1613, in-4°) nous apprend qu'à la même époque environ, une barque de Bordeaux se rendit dans ce pays à la pêche de la baleine. Enfin, Cleirac rapporte qu'en l'an 1617, quelques Basques, aidés de certains marchands de Bordeaux,
1 Voyez le Mémoire de MM. Delpit sur le manuscrit de la bibliothèque de Wolfenbuttel, p. 419, 4-24. — Deux documents de l'an 1202 nous montrent des marchands de Bayonne en possession du privilège exclusif de la pêche de la baleine depuis le Mont-Saint-Michel jusqu'à Dartmouth, et du commerce des congres et des merlus en Cornouailles. (Rotidi de oblatis et fmibiis, etc., p. 191.) — Parmi les minutes de Douzeau se trouve, à la date du 12 mai 1548, un acte de vente de quatre milliers, « venant à huict, de conqures bons et marchans, » qu'un marchand breton s'engage à livrer a l'un des nôtres au port de Douarnenez ; et plus loin, sous le 14 octobre 1550, on rencontre un pouvoir donné par le facteur de noble homme Jean d'Aste a un marchand de Quimper, pour charger, à destination de Bordeaux ou de Saint-Sébastien, des conqures achetés de ce dernier; mais ces conqures sont-ils bien des congres?
2 Le Grand d'Aussy, Histoire de la vie privée des François, t. II, p. 102.
3 Pnrchas his Pilgrimes, etc. London, 1624-1625, in-folio, pars III, p. 717.
26i HISTOIRE DU COMMERCE
équipèrent plusieurs navires pour la pêcherie vers la mer glaciale du Groenland et du Spitzberg4. Si la réputation de nos voisins comme ayant de tout temps pratiqué la pêche de la baleine n'était point établie, nous ajouterions qu'en 1631, un marchand de Londres, membre de la compagnie de Moscovie, écrivait qu'il avait passé une quinzaine d'années en Biscaye ou dans les environs; qu'au début des voyages entrepris pour pêcher la baleine, il avait été le premier à embaucher des Basques, les maîtres des Anglais dans ce genre de pêche; et que, pendant les dix dernières années, les expéditions au Groenland s'étaient faites sous sa direction"2.
Longtemps avant que ces expéditions eussent lieu, il arrivait à Bordeaux, au moins deux fois l'an, au printemps et à l'automne, des navires des Iles-Britanniques chargés de harengs, de graspois"' et (Vautres salaisons4, destinées au commerce d'échange qui se faisait entre les deux pays. Un acte de 1318 mentionne un bâtiment de Great-Yarmouth dont la cargaison se composait surtout de harengs exportés pour être vendus en Guienne et remplacés par des vins pour le marché anglais'1. Une autre pièce de 1344 nous apprend que l'on embarquait pareillement à Londres du hareng pour Bordeaux, et que les
1 Les Us et coutume* de la nier, p. 152, n« 13.
2 State Papers, Domestic Séries, Charles 1, vol. CXCV, n° 19.
3 « Crapois : sorte de poisson de nier, » dit Roquefort, qui aurait pu citer, entre autres ouvrages où ce mot se trouve, la Bataille île Earesmeei île Chaînage, v. 163 (Fabliaux et Contes, t. IV. p. 85). On y lit au^si v. 184, p. K(> hados, dont M. Jal déclare n'avoir pu parvenir a découvrir la signification Archéologie navale, art. Vivres, t. 11, p. 325), qu'un dictionnaire anglais, a l'article Haddock, lui aurait donnée.
; Rot. île oblatis et fini Mis. 6 Johann., p. -2.V2. Ilot. Vase.. 26 Heu. III. ni. T. :' Ilot. Xasc. 10 Ed. I. ni. i.
marchands anglais laissaient souvent leurs marchandises en consignation aux gens chez lesquels ils logeaient1.
Pour être autorisé à exporter ainsi du hareng, il fallait une licence, que le roi n'accordait que moyennant caution. John Lonekyn, de Londres, obtint à ce prix la permission de conduire à Bordeaux, en 1347, la Rose de Little-Yarmouth, chargée de harengs, et à la condition de représenter un certificat du sénéchal de Gascogne, du connétable ou du maire2. Mais plus tard, le commerce d'exportation des Iles-Britanniques fut affranchi de ces obligations. En 1363, Edward III avait prohibé l'exportation des principaux produits anglais, chevaux, faucons, fil de laine ou de lin 3 : il ne tarda point à reconnaître tout ce qu'une pareille mesure avait de funeste pour ses finances, et, l'année suivante, il rendit une autre ordonnance, en partie relative au commerce de la saline. Voulant empêcher la sortie du numéraire de ses états, il permit aux marchands de vin d'Angleterre d'acheter des draps pour les troquer en Guienne, et aux marchands gascons qui amenaient des vins dans son royaume, d'acheter du poisson sec des comtés de Cornouailles et de Devon, du hareng et du drap, partout où il leur plairait, et d'exporter ces denrées en Gascogne4.
1 Rot. Vase, 17 Ed. III, m. 3 in clorso. — L'affaire a laquelle cette pièce se rapporte durait encore cinq ans après, et cependant il ne s'agissait que de sept lasts de harengs saurs et de huit cuirs de bœuf. Voyez dans la même collection le rôle de la dix-neuvième année d'Edward II, m. 8 in clorso, et celui de l'an 22, m. 31. (Pro Waltero Turk et Johanne le Clerk.)
2 Ilot. Vase, 20 Ed. III, m. 1.
3 Rot. litt. clans., 57 Ed. III, pars II, m. 32 in dorso. (Nouv. Rym., vol. III, part. Il, p. 094.)
4 Rot. litt. clans., 58 Ed. III, m. 12 in dorso. (Nouv, Rym., vol. III, part. II, 1». 712.
Avec les nombreux jeûnes prescrits par l'Église et si sévèrement observés, la vente du poisson salé ne pouvait qu'être considérable, et à Bordeaux elle constituait une branche de commerce importante, qui s'étendait dans toutes les directions, en Périgord, en Poitou, dans le haut pays et jusqu'à Bayonne1 : on est amené à penser qu'elle devait être lucrative en voyant le Prince Noir envoyer d'Angleterre en Guienne de ces salaisons pour en faire le commerce2, conformément à une habitude plus répandue de l'autre côté de la Manche que chez nous5.
Plus ordinairement, les nobles anglais, propriétaires de navires, se bornaient à les louer. Un chevalier, Sir William de Windsor, avait, par contrat passé à Southwark, dans l'église de Sainte -Marie- Honorée , loué pour la somme de 200 marcs un bâtiment de deux cent quarante tonneaux à John Blackney, bourgeois et poissonnier de Londres. Celui-ci, après avoir chargé des harengs à Yarmouth, devait se diriger sur Bordeaux, y laisser sa cargaison et prendre des vins; mais arrivé à la hauteur de Sandwich, la Saint e-Marie-Coij (je de Londres fut hors d'état d'aller plus loin, et son noble propriétaire, sourd
1 Dans le tarif du péage de Ladouze, on trouve « pour charge do merlu/., harans et. autre poison i deniers » ( Ut\u. du pari, do Bordeaux, H. i. 25 déc.
1485); et parmi les minutes de Dou/eau, a la date du 27 janvier 1541, un Chargement de neuf barils de harengs blancs et secs pour le Poitou, et. sous le (î mars 1549, la reconnaissance de 255 livres tournois par un marchand de Bergerac a un marchand de Bordeaux, pour vente de deux milliers de harengs saurs. Voyez encore (i juillet 1552, 25 nov. 1510, 25 mars 1551.
2 Compte de Richard de Filongleye, dans Delpit, Collection ijnirrale des documents français, etc., p. 176, et introduction, p. c.xlh.
3 En 1185, le duc de Norfolk obtenait la permission d'acheter en (iuienne ou autres lieux du continent cent barriques de vin, de les importer et de les vendre en Angleterre. (Rot. Franc.. I Hic III. m. 25. — Rym., t. XII, p. 20-2.
aux instances de l'affréteur, refusa de la faire radouber, et la fit décharger, causant ainsi la perte d'une grande partie de la marchandise et mettant John Blackney dans l'impossibilité de prendre ses vins à Bordeaux. Désespéré, ce dernier s'adressa au roi, et les parties en litige se présentèrent au parlement; elles furent mises hors de cour avec ordre de s'arranger1.
Un autre noble, John de Beauchamp, de Warwick, également propriétaire d'un navire, l'avait loué à des marchands de Sandwich : ce bâtiment tomba, avec sa cargaison, sous les coups d'un corsaire français, au mépris des trêves conclues entre les puissances belligérantes. Jaloux d'user de représailles envers le spoliateur, John de Beauchamp apprit que celui-ci avait lui-même perdu un navire qui avait été conduit à Bordeaux après sa capture par la Sainte-Marie-Cogge de Hull, alors en route pour aller chercher des vins de Gascogne. Il demanda au roi cette prise, et il l'obtint2.
A l'exemple des nobles anglais, les nôtres avaient également des navires à eux. En 1315, Bernard de Blanquefort, seigneur d'Audenge, appelant d'une sentence d'Amanieu de Fossat, lieutenant du sénéchal de Gascogne pour le duc d'Aquitaine, se plaignait que les gens ou officiers de ce dernier se fussent emparés d'un navire qui lui appartenait, à lui ou à ses vassaux de la côte du golfe 3, la plupart pêcheurs, pour leur compte ou pour le sien.
1 Pétitions to thelting and Council, 527, B.
2 Rot. Vase, 28 Ed. III, m. 9.
;t Les Olim, etc., t. III, part. II, p. 1024. — Le sénéchal de Gascogne était alors William de Montaigu; après sa mort, il fut remplacé, en 1319, par Amaiiieu de Fossat. {Rot. Vase, 13 Ed. II, m. 1G. — Nouv. Rym., vol. II, part. I, P. 106.)
Après la réunion à la France, le commerce du hareng à Bordeaux ne diminua point; on peut même avancer qu'il augmenta par suite des relations nouvelles qui s'établirent entre cette place et les Pays-Bas. Nos marchands, qui entretenaient des rapports très-actifs avec le Lauragais à cause du commerce du pastel, y expédiaient, entre autres articles, du hareng préparé de diverses manières1.
C'est à ce commerce de la saline que le quartier de la Bousselle, devenu la première des douze jurades de Bordeaux, la plus active comme la plus riche, fut redevable de son importance. Il lui dut aussi son développement. En effet, lorsque les bornes du vieux Bordeaux furent reculées, la première, la plus belle rue ouverte sur le nouveau terrain, la rue Neuve, ne fut en quelque sorte qu'une continuation, qu'une dépendance de la Rousselle, un lieu où les familles enrichies par le commerce purent se donner les hôtels et les dépendances qu'exigeait leur nouvelle condition, mal à l'aise dans les passages étroits, empestés et obscurs des magasins de la saline. « Il y a à présumer, dit l'abbé Baurein, que cette dénomination (rue Neuve) lui avait été donnée à raison des hôtels qu'y firent construire à neuf, à peu près dans le même temps, plusieurs des principales familles de cette ville qui établirent leur domicile dans cette rue, et, entre autres, les familles de Galhau, de Colomb et du Soley. »
1 Douzcau nous a conservé, a la date du 10 décembre 1547, le reçu d'un batelier de Gaillac qui avait chargé, par ordre d'un marchand d'Alby, au nom d'un autre, cinquante balles de laine, une balle de garance, dix-neuf quintaux de brésil, quatre barriques de sardines, douze baricauts de harengs saurs et une pipe de moins, le tout sur le port de Bordeaux, « pour porter auPrat de Moutans en Albiges, » etc. Ailleurs (17 février 1548), il est l'ait mention d'un achal de pastel payé eu onze letz sept barils de harengs blancs.
On trouve dans les statuts de la ville de Bordeaux et ailleurs1 des dispositions nombreuses, spéciales au poisson salé, au colac, ou alose, au saumon, à la sardine, au hareng surtout2. A cet égard, il avait été institué deux visiteurs et vingt-quatre paqueteurs. Les lieux de provenance de ces salaisons étaient, sans parler du bassin d'Arcacbon et de Royan5, l'Angleterre et l'Irlande, plus tard, l'Ecosse, la Bretagne4, Dunkerque,
1 Continuation à la Chronique bourdeloise, p. 47, ann. 1677.
2 A cette liste il faut ajouter le hake, que je ne trouve pas davantage dans rémunération, fournie par le Liber Albus, des poissons qui se vendaient il Londres (voyez l'introduction de M. Riley, p. lxxiv), mais qui figure pour quinze milliers, avec cent barils de harengs, dans le rôle gascon de la vingt et unième année de Richard II, memb. 13, comme article d'importation anglaise a Bordeaux a la fin du xive siècle. — Le hake est une espèce de morue qui se pèche sur les côtes du sud-ouest de l'Angleterre; il en arrivait sans doute salé, tandis que le hareng encaqué était le plus souvent du hareng saur. (Rot. Vase, 6 Rie. II, m. 9.)
3 « Les pescheurs de Royan qui faisoient autrefois la pesche et qui apportoient de mesme la marée et les sardines a Bordeaux, ont cessé de le faire par les droits qu'on leur demandoit (tant de douzaines de sardines a l'intendant, tant aux officiers du palais, tant aux directeurs et commis des droits, etc.), et qui se multiplioient de jour en jour a un point que ces pescheurs ont mieux aimé prendre une autre profession et en cesser une qui leur estoit si onéreuse. » (Procès-verbaux des visites qui se font par ordre du roy concernant la pesche en mer, Ms. de la Bibl. publ. de Bordeaux, n° 706, p. 534.) — Un contrat entre Jean de Lazac, directeur général des fermes du convoi et contablie de Bordeaux, pour la ferme sur les oranges et citrons « qui viennent au-devant la présent ville, a la reserve toutesfois de ceux de la Chine, comme aussi dans les droicts de toutes les sardines franches, hors celles de Royan, moucles et huictres, » témoigne de l'existence du commerce de cette sorte de sardines a Bordeaux en 1667, date de l'acte. (Gardenote des Archives de la Préfecture delà Gironde, minutes de Gouthures, 1669, folio 38.) Voyez encore Contin. de la Chron. bord., etc., ann. 1672, p. 7.
4 Nous avons la preuve que les Bretons venaient, même avant le milieu du xive siècle, échanger a Bordeaux du poisson, du blé et autres denrées de leur pays, contre des vins de Gascogne (Rot. Franc, 26 Ed. III, m. 7) ; d'un autre côte, on trouve des documents qui montrent que la Bretagne, a la fin de la même époque, tirait de l'Angleterre du hareng blanc, du hareng saur et du
l'Écluse1, le Damme, Ostencle, Newport, Anvers2, la Zélande, etc., et les importateurs étaient surtout des Anglais, des Irlandais et des Écossais 3, qui, bien souvent, avaient une première fois échangé dans les Pays-Bas et en Norwège, du blé, de l'orge, de la drèche et de la
stockfish. (Rot. litt. clam., 16 Rie. II, m. 9; apud Rymer, t. VII, p. 745; éd. III, t. III, pars IV, p. 86, col. 1.) Pour les temps modernes, voyez, parmi les minutes de Douzeau, a la date du 24 novembre 1548, la promesse d'un marchand de Rordeaux a un marchand de Vannes pour la vente et livraison de quinze pipes de morues, a raison de 14 livres 15 sous tournois; et parmi les minutes de Couthures pour 1668, folio 448, a la date du 5 janvier, la saisie de vingt-quatre barriques de sardines apportées par une barque nommée la Marie du Port-Louis.
1 Rot. Vase, 2 Rie. II, m. 12.
2 En 1513, Florys d'Egmont, seigneur d'Isselstein, adressait de Malines a Henry VIII la demande d'un sauf-conduit pour faire mener un navire chargé de harengs, « de ce quartier de Bourdeau, pour aller iceux changier en vin, tant pour ma provision, dit le pétitionnaire, que pour les garnisons, villes et places du pays de Gheldres qui en sont totalement impourveuz, » etc. (Ms. de la Ribl. Gotton., Galba, B. III, folio 67.) Ce système d'échange devait bientôt être troublé par l'établissement d'un impôt sur le vin, a Anvers (Rehuùme di licrnardo Navagero ritornato ambasciatore da Carlo V. nel luglio 1516, dans les Rektzioni degli ambasciatori veneti, etc., série I«, vol. 1, p. 536), et par une recrudescence de dispositions législatives concernant le commerce de nos vins, en Hollande. En 1516, édit de Charles-Quint, portant défense d'importer des vins français dans ce pays sans une licence, édit enregistré dans le premier Mémorial van Dam, folio 190. (Archives du royaume, a la Haye. Vinrent ensuite, en 1563, une ordonnance qui réglait le prix des vins français et lorrains en Hollande (troisième Mémorial Ernst, folio 27), révoque l'année suivante (ibid., folio 164 verso», et en 1583 une nouvelle ordonnance concernant l'impôt sur les vins français, tant rouges que blancs . imprimée dans le Groot Placaatbœk, 1. 1, p. 1657.
3 Anciens et nouveaux Statuts de la ville et cité de Bourdemu, etc., édit. de 1612, p. 223, 223. — Après le milieu du xiv siècle, un marchand de Bordeaux, nommé Raymond Roger, avait vendu a Ipswicb trente-deux barriques de vin de Gascogne et réalise 256 livres; il demanda et obtint la permission de faire emploi de cette somme en harengs et de les exporter dans ce pays. {Rot. Vase, 57 Ed. III, m. 2.) — Le même Raymond Roger reparait plus tard dans une affaire de wree, qui montre une fois de plus quels abus le droit de bris pouvait entraîner. (Rot. Franc, 12 Ed. III, m. 1.)
bière de leurs pays contre du stockfish, pour le porter ensuite à Bordeaux, et le troquer contre des vins de Gascogne l ; mais il se traitait aussi des affaires importantes de poissons salés entre Bordelais 2, certains d'entre eux agissant pour le compte de marchands étrangers3. Quant à la manière dont se faisait le commerce de la saline, on ignorerait un curieux usage des marchands de morue, la taille contenant leurs noms, si l'on n'avait un factum pour Jacques Lamy, bourgeois et juge de Bordeaux, dans lequel il en est fait mention4.
Comme pour la pêche de la baleine, il y avait, dans le port de Bordeaux, des bâtiments spéciaux affectés à la pêche de la morue, et l'on en peut au moins citer deux, le Lion^ et la Marie, après le milieu du xvie siècle. Le premier avait donné lieu à un prêt à la grosse d'une
1 Rot. Franc, 50 Ed. III, m. 27; 51 Ed. III, m. 6; 1 Rie. II, pars II, m. 13. Cf. m. 16, 21. — Les mêmes rôles renferment un grand nombre de permis d'embarquement de bière anglaise pour la Flandre et la Zélande. Voyez 45 Ed. III, m. 5; 48 Ed. III, m. 8; 49 Ed. III, m. 11; 50 Ed. III, m. 2; 51 Ed. III, m. 6, 12, etc., etc.
2 Voir parmi les minutes de Douzeau, a la date du 9 janvier 1550, une vente de treize pipes de moine, moyennant la somme de 182 livres tournois.
3 Parmi les minutes de Douzeau se trouve, a la date du 12 mars 1550, une reconnaissance par François Sere, du Mas d'Agenais, demeurant a Bordeaux, d'une somme de 35 livres tournois , valeur de cinq barils de harengs blancs expédiés en compte par Pierre Symonnct, marchand de Middelbourg, présent a l'acte.
4Rec. de factums, Bibl. publ. de Bordeaux, Jurispr., n° 3076, t. II, pièce no 93.
5 Dans un inventaire du Lion-Doré de Bordeaux, on trouve des eins, c'est-adire des hameçons, de Terre-Neuve. — Ce navire ou barque, affrété a Saint- Sébastien par un marchand de Saint-Jean-dc-Luz, était arrivé devant Bordeaux avec cent quatre paquets de morue sèche. 11 portait encore six cent soixantequinze barres et demie de fer doubles, quelques meules a aiguiser et quarante milliers d'oranges. (Minutes de Couthures, 18, 19 et 20 novembre 1654; folios 489 recto, 491 recto, 195 verso et 507 recto.)
somme de 200 livres tournois, avec intérêt au taux de 30 pour 100, payable quinze jours après le retour du navire à Bordeaux ou à la Rochelle, « pour fere vente du poisson ou pescherie faicte à Terreneufve. » Le propriétaire de la Marie, Bernard Audebert, marchand et bourgeois de Bordeaux, avait pareillement pris à la grosse aventure et à tous périls de mer, une somme de 100 livres tournois, avec intérêts à 27 et demi pour 100, payable un mois après l'arrivée du bâtiment, « ayant posé F ancre en ceste ville, ou ailleurs, pour fere vente de sa charge de molue de Terreneufve1, » etc.
De pareils contrats ne sont pas les premiers que l'on rencontre parmi les minutes des plus anciens notaires de Bordeaux ; mais il est à remarquer que généralement les navires dont ils enregistrent l'engagement pour Terre- Neuve, sont étrangers à notre place. Le 13 avril 1546, le patron de la Marie de Capbreton, au moment de partir pour cette pêcherie lointaine, embauche un canonnier, un tonnelier2 et des marins bordelais; et le 7 mai de la même année, par acte du même notaire, noble homme Jean d'Aste, citoyen de Bordeaux, prête à la grosse 50 écus sol d'or au maître de la Catherine île Saint -Jean de Lu:, pour le voyage de Terre-Neuve, payable au retour du navire sur le port de Bordeaux ou de la Rochelle. Le 19 avril 1548, un marchand de Cap-
1 Minutes d'Àrfeulhe, du 5 mars 1564 et du ôl mais 1585. Voyez encore, pour la pêche au congre et ii la morue, d'autres actes du même, a la date du 7 mars et du 5 août 1561, et du 6 juin 1565.
2 Des capitaines se bornaient a se munir de futailles toutes faites. Le 17 février 1549, le maître de la Primerollede Fécamp déclare devoir a un marchand de Bordeaux le prix d'un certain nombre de barieauts, « pour mettre et charger audit navire demi-millier de morue verte. »
breton, demeurant au Croisic, en Bretagne, reconnaît avoir reçu de Pierre Granhon, bourgeois de Bordeaux, 50 écus sol d'or, à 30 pour 100, pour le même objet1. Deux armateurs de Libourne contractent un emprunt semblable sur notre place, le dernier à 35 pour 100 d'intérêts, pour seconder une expédition du même genre entreprise par la Madeleine et la Catherine; et le même notaire enregistre l'affrètement de la Catherine de Saint- Gilles pour Terre-Neuve2.
Nos capitalistes prêtaient encore à la grosse aux armateurs de Bouen3, à charge de revanche. Un marchand et bourgeois de Bordeaux, André Seigneuret, avait armé un navire pour le voyage de Terre-Neuve, et, dans ce but, emprunté à la grosse de fortes sommes de Pierre Lafon, également bourgeois et marchand de Bordeaux, de Nicolas d'Iris et Pitre Petersen, bourgeois de Bouen, et d'Herman Hem, marchand flamand. Arrivés en Amérique, des hommes de l'équipage firent des trocs de pelleteries avec les sauvages, et, sous ce prétexte, les gardes-côtes d'Acadie saisirent le navire et le poisson qu'il portait. La nouvelle en étant venue en France, les créanciers de Seigneuret voulurent le contraindre au payement de leurs avances, et relevèrent appel des inhibitions données par le lieutenant général de l'amirauté, prétendant que Seigneuret s'était rendu coupable de baraterie; mais, par arrêt du parlement de Bordeaux, en date du 31 août 1646, il fut renvoyé absous, sans préju-
1 Minutes de Douzeau. — A la suite de cet acte vient un contrat d'engagement d'un tonnelier pour le voyage de Terre-Neuve.
2 Minutes de Douzeau, dernier de février 1549, 11 mars 1551 el 28 avril 1557.
3 Ibid., ô mars 1549.
dice pour les uns et les autres de se pourvoir contre le patron, l'équipage et les déprédateurs1.
Avant d'épuiser les détails que nous avions à donner sur la part que les Bordelais prenaient autrefois à la grande pêche, nous citerons un fait qui semble indiquer que si les Anglais empruntaient autrefois le secours des Basques, ils employaient aussi des bâtiments construits en Guienne. En 1633-34, six marchands de Barnstaple adressaient aux lords de l'amirauté une pétition dans laquelle ils exposaient qu'ils avaient acheté une petite barque appelée le Jean de Libourne, qu'elle avait fait le voyage de Terre-Neuve, en touchant à Cadix, d'où elle était venue avec du poisson2.
Le poisson frais formait également, à Bordeaux, un article de commerce assez important, si l'on considère qu'il n'était point limité à la consommation locale. Avant le milieu du xvie siècle, on se plaignait déjà que journellement des marchands regrattiers de cette ville et d'autres encore se répandissent dans les environs, sur la Garonne et la Dordogne, et achetassent, avant même qu'il fût pris, le poisson, soit lamproie, saumon ou alose, pour le transporter à Toulouse et ailleurs, de façon qu'il était presque impossible aux Bordelais d'en avoir, si ce n'est à un prix élevé. Le procureur général du roi ayant signalé cet abus au parlement, la Cour ordonna qu'inhibitions et défenses seraient faites aux marchands poissonniers et autres d'accaparer ainsi le poisson frais"'; mais
1 Cleirac, les is et coutumes de la mer, p. 450, 451. (Jurisdiction (te lu marine, % xxxni, n° 6.) 8 State Papers, Domestic Séries. Charles I. 16334, vol. CCXL1I, n" 59. :; Registres du parlemenl de Bordeaux, 1!. 21, folio <> recto; ■■> mai r>r>-2.
il en fut de cette ordonnance comme de tant d'autres : elle ne reçut point d'exécution1.
Au reste, ce n'était pas la première fois que l'autorité supérieure avait cherché, en réglementant la vente du poisson frais, à le rendre moins rare, surtout moins cher, sur le marché de Bordeaux. Déjà, au milieu du xve siècle, les magistrats envoyés dans cette ville pour y tenir les assises dites Grands-Jours, avaient imposé au maire et aux jurats l'obligation de construire une halle spéciale, « pour eschever (éviter) les granz abuz et violances qui se font bien souvent aux jours magres et que l'on veult poisson, car chascun s'esforce de prandre à voulenté et sans aucun ordre ne police. » En attendant la construction de cette halle, qui devait mettre fin à tous ces désordres, la Cour avait ordonné que deux ou trois hommes seraient commis par les maire et jurats, pour vendre et distribuer, les jours maigres, la marchandise en présence des poissonniers, et défense était faite d'user de violence envers ceux-ci ou à l'égard des délégués de l'administration municipale, comme aussi de prendre le poisson par force2.
1 Un des registres des actes du notaire Martin Arfeulhe renferme, a la date du 23 avril 1569, un contrat entre Pey Daney, marchand et pêcheur, habitant de la Teste-de-Buch, et un marchand d'Ares, par lequel le premier s'engage a livrer à l'autre « tout le poysson appelé la toulh, touïhie, beyto et martherame , que ledit vendeur peschera le mecredy, le jeudy et vendredy et autres jours de vigilles, puys le jour en datte des présentes jusques au dernier jour de may prochain venant, pour et moyennant le pris et somme de cinq solz tournois pour poysson desd. quatre sortes. » D'autres espèces sont nommées dans la suite de l'acte, qui est fort curieux, telles que le grondin rouge, vendu 12 sous tournois la douzaine, le pirlon nègre 6 sous, la raie, le barret, le rousseau et le merlus, 24 sous, toujours la douzaine.
2 Registre des Grands-Jours de Bordeaux, ordonnance du 3 novembre 1159, art. 21, 22. (Archives de l'Empire, X. 10117, folio 51 verso.)
Comme le vin, cette denrée était frappée de droits considérables, et, à son arrivée sur le marché de Bordeaux, elle tombait entre les mains de l'autorité municipale, c'est-à-dire devenait la proie de l'arbitraire. Le captai de la Teste-de-Buch commençait par prélever un impôt sur les bateaux pêcheurs et sur chaque prise de poisson, se fondant sur un contrat de l'an 1360 par lequel Guilhem Bardin et plusieurs autres habitants de la Teste confessent devoir à messire Jean de Grailly, captai de Buch, pour raison de la ferme de la capte1, 80 écus d'or; se fondant aussi sur des lettres patentes de Louis XI, de l'an 1462, qui, conformément au traité conclu avec Gaston de Foix, comte de Candale, captai de Buch, cède et délaisse sans réserve à celui-ci tout ce qui pourrait appartenir au roi2.
Ces droits sur la pêche pour le captai de Buch allèrent, à ce qu'il paraît, toujours croissant, à ce point que dans les doléances des pêcheurs du captalat présentées en 1727 aux commissaires nommés par Louis XV, il est dit que depuis moins de cinq ans ces droits s'étaient élevés de 15 livres à 50".
Le captai de Buch exigeait encore des pêcheurs de ses
1 Le droit de capte consistait dans la prise du second poisson après le plus beau de chaque pèche dans la grande mer. Voir un Mémoire de M1' Duboismartin, avocat, pour les marchands poissonniers des paroisses de la Teste, Gujan, Certes, Andernos, Loge, Arès-en-Buch et autres. (Archives départementales de la Gironde, Intendance, carton 1654.) Si ce mot de capte esl dérive de captalat, il faut avouer (pie les seigneurs de l'époque féodale étaient ingénieux a tirer parti de tout.
2 Procès-verbaux des visites faites par ordre du roy concernant la jiesclie en mer, Ms. de la Bibliothèque publique de la ville de Bordeaux, n° 706, p. :2(i0.
3 Procès-verbaux, etc.. p. 209.
domaines le droit annuel d'un plat de poisson1, et l'un de ces seigneurs avait arrêté, bien entendu à son avantage, un tarif des prix auxquels le poisson devait lui être livré pour sa table2. Encore dans le cours du siècle dernier, M. de Ruât avait la prétention de prendre de ses vassaux tout le poisson qu'il lui plaisait et de le faire apporter chez lui à Bordeaux. Pour autoriser une pareille prétention, ce seigneur alléguait l'exemple du feu duc d'Épernon, qui, en 1659, lors du passage de Louis XIV, fit apporter à Bordeaux, dans la cour de son château de Puypaulin, tout le poisson qui venait du captalat de Buch, et le fit distribuer aux officiers de la suite du roi "\
A la même époque, le poisson salé était soumis à un droit qui, réuni à celui de placage ou de hallage, connu sous le nom de bégiiérieu, appartenait en partie aux religieux réformés de l'ordre de Saint-Dominique de Bordeaux. 11 est aisé de se rendre compte du produit total de cette imposition, quand on voit les révérends pères affermer, pour trois années consécutives, leur part, consistant en un huitième, moyennant la somme de 400 fr. par an4.
Au milieu du xvnc siècle, il était perçu un droit « sur tous vaisseaux, barques ou bateaux arrivant chargés de sardines en grenier au port de... Bourdeaux, 315 desd. sardines; sur chasque vaisseau, barque ou batteau, arrivant aussi aud. port chargé d'huistres ou de moucles, un panier appelé porte-duei vulguairement, qui est un
1 Procès-verbaux des visites... concernant la pesche en nier, p. 210.
*IM., p.2H.
5 Ibid., p. 3.T).
'' Minutes de Couthures. 7 octobre 1654, folio £43 recto.
panier plain descl. huistres ou moucles1. » Les importateurs de saline, les marchands de poisson frais ou salé étaient tenus de se munir d'une billette pour les droits du contable et du contrôleur ; autrement la marchandise était saisie-. Ainsi le voulait un « arrest portant défiances de faire entrer aucunes marchandises dans la ville de Bordeaux sans billette, » ordonnant à tous bourgeois et autres de porter leurs marchandises au bureau de la contablie, à peine de 500 livres d'amende, et de confiscation des marchandises3.
Par arrêt du conseil d'État, en date du 7 juillet 1687, les jurats de Bordeaux, à l'exclusion des officiers d'amirauté, connaissaient de la vente et des achats du poisson dans les bateaux, sur les grèves, ports et havres, en dérogation de l'ordonnance de 1681 4. Toutefois ce n'était point là que se traitaient à Bordeaux les affaires de poisson. Toute la marée provenant de la Teste, de Gujan, de Cazeaux et d'Andernos5, y était apportée dans une halle
1 Minutes de Couthures, acte du 10 novembre 1656, folio î!iô-:2io. — A la suite, il est fait mention des droits sur les citrons et oranges et sur la droguerie. Depuis lo7-2. date d'une ordonnance de Charles IX mit le roulage et le cabotage, et l'apport ou entrée des étrangers en Fiance. Bordeaux était l'un des quatre ports ouverts a L'importation des épiceries et drogueries. Fontanon, les Edicts et Ordonnances des rois de Irance, etc.. t. I. p. W'2. art. iv.)
s Voir dans le registre du notaire Couthures de l'an RR>9, folio 8. l'acte d'une saisie opérée le li janvier sur cinq barriques de sardines sortant par la porte du Chapeau-Rouge « en fraude des droicts du Roy. sans avoir prins de billete de lad. romptablie, » etc. Plus loin, a la date du 17 janvier de la même année, parait une autre saisie ■ sur une barrique de sardines et deux barrils de bannes, pour estre sortis de la seneschaussee bourdeloise sans en avoir paie le droict »
;! Extrait des registres de la cour des aides de Gaienne, 13 septembre 1663. lis. de la Bibl. publ. de la ville de Bordeaux, iv> 2967 c. \, r> la tin.)
; Liv. I. tit. II, art. o.
5 II en venait une grande partie de Soulac, ou les religieux du prieuré de Notre-Dame jouissaient du droit de pèche, qu'ils prétendaient tenir de la reine
fermée appelée la die. Le jurât, après que l'on avait fait prendre en nature ce qui se levait ordinairement (tant de paires de solles, tant de darnes d'esturgeon ou de créac pour les officiers de ville, etc.), taxait la marée lui seul et en faisait lui-même livrer ce qu'il lui plaisait et au prix qu'il voulait; en sorte que les particuliers qui désiraient avoir du poisson de mer, n'en pouvaient obtenir pour leur argent s'ils n'étaient amis ou connus du jurât, maître absolu de la clie. Et comme on était obligé, pour avoir de la marée, de dire pour qui on la demandait, il n'est pas douteux que les prix ne fussent aussi à la volonté arbitraire du jurât, sans que le pêcheur, qui était présent, pût ni osât rien vendre à personne, le marché lui parût-il encore plus avantageux1.
Il est vraisemblable que les marchandises rapportées de Flandre et des Pays-Bas par les marchands de Bordeaux qui y avaient conduit des vins, ne différaient guère de celles que nous venons d'énumérer. Dans le rôle gascon de la dix-huitième année d'Edward II, se trouve un acte qui roule sur une importation de cent quintaux de cuivre chargés en Flandre à destination de Bordeaux, par trois habitants de Condom 2, à une époque bien rapprochée de celle où le prince anglais, irrité de l'assistance que les Écossais recevaient des Flamands, défendait à ses
Éléonore de Guienne. C'était surtout de Ta que Bordeaux recevait ses huîtres, célèbres dans l'antiquité et encore à l'époque où parut pour la première fois le Dictionnaire géographique de Vosgien, dans lequel il n'a jamais cessé d'en être fait mention. Voyez Estât des droicts et appartenances du prieuré de N.-D. de Soulac et de son revenu, note informe déposée aux Archives départementales de la Gironde.
1 Procès-verbaux des visites... concernant la pesche en mer, etc., p. ooo.
2 Rot. Vase, 18 Ed. II, m. 6 in dorso.
sujets de Guienne d'avoir le moindre rapport avee eux1. Un autre acte relatif à une saisie, par le fermier des épiceries et drogueries, de huit pacques de cire contenant 223 quintaux 23 livres, introduits en contrebande à Bordeaux, nous fournirait matière à une addition, si, en même temps que de marchands de Flandre, il n'était question dans cet acte de marchands lucquois comme intéressés dans l'affaire 2, et si nous ne voyions un autre Italien, commissionnaire à Bordeaux, charger, à destination de Middelbourg, une fois huit tonneaux de miel, une autre fois une demi-pipe de cette denrée, avec treize tonneaux de vin « de hault pays5. »
1 liai. Vase. 15, 16 et 17 Ed. II, m. 13 in dono.
2 Acte de Martin Arfeulhe, du dernier jour de mai 1367.
3 Minutes de Douzeau, 23 et 28 février 1330. — Le même répertoire relate, a la date du 31 janvier 1332, un chargement, par des marchands de Cork, de cent quatorze tonneaux deux barriques de vin et deux tierçons de miel, a destination de l'Irlande; sous le 11 mars 1331, une vente de seize tonneaux de miel, par deux habitants de la paroisse de « Preyssac en terre gasque, » a Mattco Ceretani, marchand de Bordeaux, au prix de 31 fr. le tonneau, rendu sur le port de Castres; et, sous le 13 mai de la même année, une reconnaissance a cet étranger de 64 livres 8 sous 8 deniers de gros, monnaie de Flandre, comptant pour 8 livres 3 ducats d'or, a cause de la vente d'une halle de poivre et cannelle pesant 103 livres trois quarts, et de vingt-quatre pains de cire pesant 1,138 livres, plus 200 livres de sucre, le tout poids de Flandre. Voyez encore, aux 17 juin et 31 août de la même année, une vente de trais milliers de cire par un marchand de Luheck, et de trois tonneaux de miel par un Médocain, paroissien de Bfoulis.