‹ Histoire du commerce et de la navigation a Bordeaux, principalement sous l'administration anglaise (volume 2)Chapitre 16 sur 54 · MANUFACTURE D ARMES DE BORDEAUX. — ORFEVRES DE CETTE VILLE · texte numérisé non relu

MANUFACTURE D ARMES DE BORDEAUX. — ORFEVRES DE CETTE VILLE

Célébrité de l'ancienne manufacture d'armes de Bordeaux ; ses produits ; Raymond de Bordeaux, fabricant d'armures; Perriu de Bordeaux, fondeur de canons en Navarre; achat de carreaux d'un marchand de Toulouse. — Loi écossaise relative à l'importation des armes. — Pénurie de documents sur l'ancien commerce du fer à Bordeaux; mentions de forges du Périgord. — Achat de joyaux par Edward Ier, d'un bourgeois de Bordeaux ; corporation des orfèvres de cette ville. — Statuts de ces artisans. — Commandes de joaillerie et achats d'argenterie en France. — Orfèvre de Bordeaux créancier de la reine de Navarre.

Jusqu'à présent nous n'avons parlé que d'une seule industrie bordelaise; il est certain, cependant, qu'il en existait d'autres. Dès le xne siècle, on trouve à Bordeaux une manufacture d'armes1, célèbre au point d'avoir donné lieu à un écrivain arabe du xme de mentionner avec éloges les épées de cette ville2. Cette manufacture produisait également des targes et des lances3; et, vers le même temps, nous voyons un certain « Reymunde de Burdieus » occupé à fabriquer des armures pour des chevaliers anglais4. Dans le siècle suivant, un document des Rôles gascons signale la sortie d'un navire de Dieppe

t Lance porte et escu qui est de Bordel.

(Gérard de Rossillon, p. 5-i5, 1. 8. Cf. p. 5iG, 1. 9.)

Un document de l'an 1206 fait mention d'une amende imposée a un maître de navire qui avait négligé d'apporter au roi ses armes de Gascogne, (llotuli de oblatis et finibus, 7 Johann., p. 361.)

- Ibn-Sayd, cité par Makkari. (Hist. de la guerre de Navarre, etc., p. 103, note 3.)

3 Rot. Vase, 27Hen. III, m. 9.

4 Close roll de la cinquante-quatrième année de Henry 111, cité par Sir Sam. Rush Meyrick, dans a critical Inquiry iule antient Armottr, i. 1. p. ISO,

chargé à Bordeaux de cette sorte d'armes et de chevaux1. D'un autre côté, Froissart nous montre les acteurs du combat des Trente armés de courtes épées « roides et aiguës2, » et le sire de Berkley combattant avec une épée de Bordeaux « bonne et légère et roide assez 3 ; » il nous parle de lances affilées de fer de Bordeaux4, de larges fers de Bordeaux, aigus, mordants et tranchants comme un rasoir, et d' épées forgées dans cette ville, « dont le taillant estoit si aspre et si dur que plus ne pouvoit5. » Enfin Cuvelier en donne à un écuyer anglais une « qui moult chier li cousta6, » et Eustache Deschamps mentionne les dagues de Bordeaux en même temps que les épées de Glermont, les couteaux de Milan, les masses de Damas7, etc. A la même époque, il y avait en Navarre un certain Perrin de Bordeaux, maestro de facer cainones*. Naturellement les armes blanches de la Guienne étaient prohibées à l'exportation, si ce n'est en Angleterre et en Irlande, fermées elles-mêmes à l'exportation du fer9,

1 Rot. Vase, 15, 16 et 17 Ed. II, m. 13 in clorso.

2 Les Chroniques de sire Jean Froissart, liv. I, part. II, ann. 1331, ch. vu; édit. du Panth. lit t., t. I, p. 294, col. 2.

8 Ib'uL, ch. xliii, ann. 1330; p. 352, col. 2.

« Ibid., liv. I, ch. xx, ann. 1383; t. II, p. 429, col. 2.

5 Ibid., liv. II, ch. v, ann. 1377 (t. II, p. 5, col. 1; ch. lix, ann. 1380, p. 367, col. 2. Cf. ch. xiv, ann. 1388, p. 403, col. 1.

6 Chronique de Bertrand du Gueselin, v. 0017; t. I, p. 322.

7 De la Maledieion sur ceuls qui requièrent à faire armes, publ. par Crapelet. (Poésies morales et historiques ttEustache Deschamps, p. 132. 133.)

8 Yanguas y Miranda, Diccionario de antiguedades del reino de Navarra, 1. 1. p. 68.

9 Le fer employé par les armuriers de Bordeaux devait venir du Lahourd, du moins c'est là qu'Edward Ier envoyait une commande en 1289. ( Rot. Vase., 17 Ed. I, part. II, m. 2.) — Le 24 février 1295, les ouvriers en 1er de liaynnne adressaient une pétition à ce même prince pour qu'il fût remédie au tort que leur faisait l'importation de la clouterie et de la taillanderie des manufactures

des armes et des chevaux de prix l : aussi ne connaissaiton guère, dans le midi de la France, que les lames de Toulouse, les épées d'Allemagne ou de Poitou2; ces premières venaient même en Guienne, si l'on peut donner le nom de lames à des armes de jet. En 1253, Henry III faisait payer à Guillaume le Roux, marchand de Toulouse, 33 livres bordelaises, prix de onze milliers de carreaux à un pied, achetés par le comte de Leicester et livrés à Guillaume de Chabanais pour servir de munition au château de Casteljaloux 5 ; mais, à la fin du xive siècle, l'Angleterre était en état d'exporter de ces projectiles, aussi bien que des lances, ferrées ou non, des arcs et des flèches de guerre 4.

Au xvie siècle, la manufacture d'armes de Bordeaux ne fonctionnait plus, si l'on peut tirer une pareille induction d'un acte du notaire Brunet, du 24 février 1533, par lequel Andrieu de Lasserre , armurier de la paroisse de Saint-Siméon, reconnaît devoir à Jean Baro, « marchand de la ville de Grecq , » 4 livres tournois pour la vente d'un certain nombre de lames d'épée5. Mais une exportation de neuf paires de ciseaux de tondeur

étrangères, notamment de l'Espagne et de la Navarre , et a cette pièce était joint un projet de mandement par eux proposé a ce prince pour défendre l'apport de ces ouvrages. A ce qu'il paraît, ce projet fut adopté. (Lettres de rois, reines, etc., 1. 1, p. 411-413, nos cccxi et cccxii.)

1 Rot. Franc, 52 Ed. III, m. 14, et in dorso.

2 Le Roman de Joffroi de Poitiers, cité dans les notes de Y Histoire de la (jnerre de Navarre, p. 403, note 8. —Petit Thalamus de Montpellier, cité par M. Germain, dans son Histoire du commerce de cette ville, t. I, p. 31.

3 Claus. Litt. fact. in Yasc., 57 Hcn. III, m. 10.

4 Rot. Franc., 19 Rie. II, m. 3; 21 Rie. II, m. 8, 15; 1 Hen. IV, ni. 7.

8 On a le pendant de cette pièce dans une reconnaissance d'une dette de 7 livres 4 sous tournois contractée par maître Pierre Darman, fourbisseur de

par un Toulousain qui expédiait en même temps du pastel à Bilbao1, permet de eroire que la coutellerie de Bordeaux était encore estimée au milieu du xvie siècle, et qu'une pareille exportation était permise, au moins pour l'Espagne. Quant à l'Ecosse, pour ne pas rester en arrière de ses voisines, elle exigeait que tout marchand sortant du royaume ou expédiant à l'étranger une certaine quantité de marchandises, rapportât, à chaque voyage, deux arquebuses à crochet, ou plus, avec poudre et balles, ou au moins du fort métal pour fabriquer de ces sortes d'armes, avec de la poudre afférente, le tout pour l'équipement des sujets de Sa Majesté2.

Avant de passer aux métaux précieux, nous aurions voulu pouvoir parler du commerce du fer à Bordeaux ; mais, à notre grand regret, nous n'avons rencontré aucun document ancien qui l'éclairàt. Au xme siècle, les Anglais, à ce qu'il paraît, n'avaient point encore appris à produire le fer et l'acier3; et, au milieu du xiv°, l'exportation de ces articles était prohibée 4. Au XVe, l'importation des fers d'Espagne en Angleterre, par les

la paroisse Saint-Pierre d'Aressan Entre-deux-Mers , envers Pierre du l'ont, maître fournisseur, paroisse Saint-Kemi de Bordeaux, « pour vendition et délivrance de certaines alamelles et gardes d'espées. » (Minutes de Douzeau, 3 décembre 1551.)

1 Minutes de Douzeau, 12 octobre 1548.

8 James I. Seventh Parliament (13i0\ e. 93.

3 Voyez la ebronique de Thomas Wikes, citée ci-dessus, p. 91, note A. — En 1306, l'évêque de Durbam ayant établi des hauts-fourneaux et promené la cognée dans les bois du domaine de son église pour produire le charbon nécessaire a la fonte du fer et du plomb, défense lui fut faite par Edward Ier de continuer de pareilles déprédations. (Rot. parliament., vol. I, p. 198. col. 1.

* Voyez le statut de la trente-septième année d'Edward III l~3i . eh. \. (The Statuiez at large, etc., vol. I. London, mdcclviii, in-folio, p. 295; Rot. parliament., vol. Il, p. 360, col. I.

marchands italiens et autres, qui y conduisaient également des grains, de l'huile, de la cire et des fruits, donnait lieu à une pétition des communes restée sans effet ' : il y avait donc lieu de penser que les fers de la Guienne et du Périgord prenaient le même chemin en passant par Bordeaux; toutefois, ce n'est qu'au milieu du xvie siècle que nous trouvons un grand marchand bordelais de l'époque engagé dans ces sortes d'affaires2. Un des actes qui leur sont relatifs nous le montre achetant, d'un marchand de Bergerac3, quatre quintaux de fer de Périgord, « de la forge de Bugue ou des Àysis, » moyennant le prix de 40 sous tournois le quintal, au poids de Bergerac. Un autre acte porte vente de soixante quintaux de fer, « bon et marchand, » de la forge de Larmandie en la rivière de Miremont, à Brandelyn de la Bamyere, par Jean Burete, dudit Miremont, fer de fonte, affiné et martelé, moyennant la somme de 49 sous tournois le quintal 4. Trois ans après, un marchand de la ville de Saint-Cyprien, en Périgord, vendait au même négociant de Bordeaux vingt quintaux de fer de fonte, pareillement affiné et martelé, de la forge de Manaurie ; mais, ou les fers de cette provenance étaient plus chers, ou l'article avait enchéri , car le prix stipulé est de 50 sous le quintal5. Plus tard, nous voyons le

1 Rot. parliament., vol. V, p. 31. col. -2. — Apres le milieu du xv- siècle, le fer travaillé fut compris parmi les articles dont l'importation en Angleterre était prohibée sou-, peine de confiscation. Ibid., p. 307. col. 1.

- Minutes de Douzeau. 23 avril et 7 septembre 1348.

■' Ib'uL, 11 janvier 1518.

1 Ib'uL. 13 février 1348.

'■ Ib'uL, 3 juin 1331. — Un autre acte du 18 juin de la même année nous informe (pie André Brandelyn de la Ramyere demeurait sur le grand fossé .-lu

sieur Lesson, bourgeois et marchand de Saint-Jean-de- Luz, amener de Saint-Sébastien à Bordeaux, sur le Lion-Doré de ce port, six cent soixante-quinze barres et demie de fer doubles, avec quelques meules à aiguiser, comme si ce fer fût destiné à fabriquer des armes blanches ou de la coutellerie1. Pour ce qui est de la maind'œuvre, on peut l'estimer, quand on voit, sous la date du 17 avril 1551, Pierre Arnault, bourgeois et chaudronnier de Bordeaux, vendre à Matteo Cerretani, pour la somme de 149 livres 7 sous 6 deniers, 197 livres de ferrures, à raison de 25 livres le quintal, plus cher que le métal acheté par un peyroley de Bazas à Robin de Saugues, marchand de Bordeaux2.

Après les armes de Bordeaux on est tenté de citer son orfèvrerie et ses bijoux, en voyant Henry III donner l'ordre d'y faire fabriquer un calice et de le lui envoyer à Meilhan en Bazadais, où il se trouvait alors5; et son fils déléguer, sur le revenu de la grande coutume de Bordeaux, une somme de 9 marcs sterling, pour joyaux achetés de l'un de ses bourgeois nommé Al légat 4. 11 est

Château-Trompette, non loin de Douzeau, son notaire. Il réparait le 27 juillet, dans une vente de 1er a Marsault Groysé, maître serrurier, demeurant en la rue desCapérans, et, le 5 mars, dans une livraison de deux quintaux du même métal a Jean Pascaut, maître maréchal à Bordeaux, moyennant 10 francs bordelais.

1 Minutes de Couthures, 18 et 19 novembre 1654; folios 189 recto el 491 recto.

2 Minutes de Douzeau, en date du 25 novembre 1311.— La nature du métal n'est point spécifiée dans l'acte; mais il est probable qu'il s'agit de métal de cloche, comme dans une autre pièce des mêmes minutes, du 0 octobre 1533. Le quintal y est porté a 13 livres tournois, tandis que l'étain l'est a -21 francs bordelais, dans un acte de Douzeau, du 27 janvier.

:i Claua. L\it. fact. in Vase, 57 lien. III, m. 7. • Rot. Vase, 8, 9, 10 Edw. I, ni. 5.

ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX m\

vrai que rien n'indique que ces bijoux eussent été fabriqués dans cette ville ' ; mais nous savons par ailleurs quelle possédait une puissante corporation d'orfèvres, à laquelle Edward III donna des statuts calqués sur ceux des orfèvres de Londres et rendus communs à toutes les villes d'Angleterre'2. De même, dans toutes les cités et villes du duché de Guienne où il y avait des orfèvres et que fréquentaient les marchands, ces artisans devaient être régis par les mêmes ordonnances que ceux de Bordeaux, et déléguer un ou deux d'entre eux pour venir dans la métropole chercher auprès du connétable « lour certen touche d'or, et ensement le punchon ou la testa de léopard pour mercher lour overages, » c'est-à-dire pour arrêter le titre de l'or qu'ils devaient employer, et recevoir le poinçon à la tête de léopard3 dont il leur était enjoint de marquer leurs ouvrages depuis une époque déjà ancienne4.

1 La même objection se présente a l'esprit a la lecture d'un acte du 25 septembre 1327, par lequel honorable homme Arthus Meynardet s'engage a fournir a noble demoiselle Véronique de Laurensanc« ung callicc d'argent avecques sa patenne, tout dauré entièrement tant haut que bas, pesant le poix de trois marcs et ung gros d'argent, et dans lequel y a ving-ung custodes, une aymage a une Nostrc-Danie, et l'autre de Saint-Jehan. » (Minutes de Charrier, folio 81 recto.)

2 Ilot. Vase, 31 Ed. III, m. 10; 52 Ed. III, pars I, m. 9, 10; 53 Ed. III, m. 5. — Ms. lat. Bibl. imp. 9154, fol. lix verso et lx recto. — Le Livre des Bouillons, n° 25, folio .xliij. recto. (Ordinaclo factaper Edwardum super aurif abris in prejudiclum civitatis, in postulaeionem eornmdem.)

8 Ms. de la Bibliothèque impériale, fonds latin, n°915i, folio .lix. verso.— Les lettres patentes d'Edward III sont datées de Westminster, le A juillet de la trente-deuxième année de son règne.

4 « Si cum lo rey nostre senhor-o sous progenitours antiquement an orde-

nat. » {Copia articulorum aurifabrorum ville et civitatis Burdegale, art. 5.) —

Les règlements rappelés ici furent renouvelés en 1562, dans une ordonnance

où sont invoqués les usages de la fabrique d'orfèvrerie de Paris: « Item est

im HISTOIRE DU COMMERCE

Il ne paraît pas, cependant, que la fabrique d'orfèvrerie de Bordeaux ait été bien fameuse, et la cour d'Angleterre fut plus d'une fois dans le cas de préférer les bijoux de France1, surtout les grosses pièces de l'orfèvrerie de Paris, non moins renommée, au dire de Benvenuto Cellini, que l'orfèvrerie florentine. Ayant à faire un présent au souverain pontife, Edward Ier s'adressa à des artistes français, et plus tard Bettino de Frescobaldi et Cie, de la société de Frescobaldi, de Florence, qui avaient la ferme des impôts de Bordeaux, eurent à payer 500 livres pour cette fourniture2. Gaston de Foix,

ordeiné, y cst-il dit, que orfevers, si bien en Loundres corne aillours deinz le roialme, facent toute manere de vessel et autre overaigne d'argent bien et loialment de l'alaie de bon esterling; et eit cheseun mestre orfever un merche a par lui, et soit le merche conu par ces que serront assignez de par le roi de surveer lour ovcraigneset l'alaie; et que lesditz orfevers ne mettent tour merches sur lour overaigncs tan qe lesditz surveours eient fait lour assay corne serra ordeiné par le roi et son conseil. Et l'assay fait, mettent les surveours le merche le roy, et puis l'orfcver son merche, pur quele il voet respondre. Et qe nul orfever ne prcigne pur vessel blank et plein, pur le pois de livre de orfever, c'est-assaver du pris de deux marcs du pois de Paris, qe dis-et-oet deniers, corne l'en fait a Paris. » (Rot. parliament., vol. II, p. 281, col. t.)

1 Dans l'inventaire des meubles et joyaux de Henry V. présenté au parlement d'Angleterre en 1453, on trouve un pectoral peitreux) garni de sept balais, sept saphirs et douze perles, acheté a Mantes de Jean Says. marchand de Paris. (Rot. parliament., vol. IV, p. 214.)

2 Frederick Devon, Issues of the Exchequtr, p. 1 1 i. r>0 Ed. I.) — C'est peut-être ici le lieu de faire remarquer que d'autres Italiens importaient eu Angleterre des bijoux, en même temps que des objets d'ameublement en drap d'or et en soie. (Ilot. Franc, 14 Rie. II, m. 11.) La même année, 1300, un orfèvre du duché de Gueldres obtenait la permission d'apporter en franchise dans le royaume des articles du même genre, tels que diamants, ceinture d'or ornée de perles, chapelle d'or décorée de même. Fermai! et anneaux, en vue de les vendre au roi ou a d'autres (ibid.); et plus tard un légat du pape obtenait la licence nécessaire pour exporter d'Angleterre des objets analogues. (Rot, litt. clans., 1 Hen. IV, pars II, m. 10; apud Rymer, vol. VIII, p. 117; éd. ni, t. III. pars IV, p. 171, col. l.) Macpherson s'autorise de cet acte pour

comte de Longueville et capitaine du duché de Guienne, avait fait emplette en France de vases d'argent; voulant les transporter en Angleterre, il demanda et obtint à cet effet une permission de Henry YT l .

Néanmoins, à la fin du xive siècle, Bordeaux avait des orfèvres assez opulents, à en juger par une pièce de la chambre des comptes de Nérac. La reine de Navarre, que le trésorier appelle Madame, après avoir acheté chez l'un d'eux, nommé Jean de Hargues, pour 1,200 écus de pierreries et d'autres articles d'orfèvrerie, était partie sans les payer. Le marchand se mit en route sur ses pas et suivit la princesse jusqu'à Tours. Il est probable qu'il y reçut le montant de ses fournitures, mais plus certain que le bon Henri lui alloua une indemnité de 50 écus pour le couvrir de ses frais de voyage et lui donner les moyens de rentrer chez lui2.

Excessif dans les classes élevées de la société française , le luxe commençait à descendre dans une sphère inférieure où jusqu'alors on s'était plus occupé à produire qu'à dépenser3. Peut-être, comme les magistrats de

conserver aux ouvriers anglais le renom d'habileté qu'ils avaient mérité dans les premiers temps du moyen âge (Annals of Commerce, vol. I, p. 607), mais il est bien plus probable que les articles en question étaient venus d'Italie avec leur propriétaire.

1 Rot. Vase, 11 et 12 Hen. VI, m. 2. — Sous l'un des règnes précédents, la même faveur avait été accordée à un médecin, autorisé à passer la mer avec quatre ceintures d'argent et sept coupes, ou hanaps, de même métal, du poids de sept marcs. {Rot. Franc., 15 Rie. II, m. 14.)

- Archives du département des Basses-Pyrénées, B. 166, folio lxxiii recto.

:i L'un des articles du contrat de mariage de Jeanne et Isabeau de Lauvergnac, damoiselles, dressé par Douzeau le 19 décembre 1538, montre ce qu'était la toilette d'une épousée de condition, a Bordeaux, vers le milieu du xvie siècle : « Item, est-il dit dans l'acte, seront lesdites filles habillées le jour des nopees. chascunc d'elles d'une cothe de satin, d'une robbe d'ung fin noir, les

l'époque, les marchands bordelais se contentaient-ils encore de vaisselle d'étain; mais il leur fallait déjà de ces cuillers d'argent, de ces bijoux, de ces pat enos 1res de corail avec pater d'or dont il est fait mention dans plusieurs actes de notaire qui ont passé sous nos yeux1. Ils se donnaient les objets de prix jusqu'alors réservés à la noblesse2, en attendant qu'ils parvinssent à se glisser dans ses rangs.

manches doublées de veloux et le bas de satin, avec le chapperon de veloux. manchons et autres haltillemens nécessaires pour ledit jour. »

1 Minutes de Douzeau, 7 décembre 1541, 8 août 1518. — Dans un autre acte du même, en date du 27 mars 1519, on trouve une vente a Guillaume de la Cornière, marchand et bourgeois de Bordeaux, par Brandelyn de la Ramyère, de six anneaux d'or, « a ung chascun desquel/ y a enchâssé une turquoisse, six autres turquoisses hors d'ovre, et ung rubin. » — Au nombre des objets de prix pour lesquels Jean Couthereau, marchand de Bordeaux, confesse devoir a Micheau Papinot, autre marchand de la même ville, la somme de li livres 12 sous 5 deniers, ligure « une corde de patenostres de Veni/e, » avec quatre anneaux d'arquemye, trois pommes d'albâtre garnies d'argent et trois flacons de jais. (Minutes de Gendrault, "21 mars 15430

2 Dans un autre acte du notaire ci-dessus, on voit, a la date du 50 novembre 15i8, une dame bordelaise donner a réméré à un banquier italien, qui s'était chargé de lui faire venir des bulles de Rome, les objets suivants, en garantie de 465 écus sol, qu'elles devaient coûter : deux grandes tasses martelées, quatre tasses ouvrées a la mode de Portugal, une douzaine d'assiettes, deux salières, une écuelle a oreilles et une cuiller pesant seize marcs, un grand bassin, deux aiguières, une coupe dorée, deux cuillers pesant seize marcs, deux tasses et un couvercle de coupe en vermeil, quatre cuillers du poids de six marcs six onces, un réchauffoir, une aiguière et quatre tasses pesant seize marcs, le tout formant le poids de soixante et dix marcs six onces d'argent. — Plus tard, noble Adam de Benquct se défait de trois chandeliers d'argent tin, du coin et marque de Paris, pesant 7 marcs 1 once 2 gros, pour 0 livres 5 sous tournois; et Joachim de Ségur, écuyer, vend a M" Louis de Pontac un bassin. deux coupes, deux aiguières, deux salières, le tout d'argent et pesant 10 inares 2 onces et demie, pour la somme de 250 livres tournois. Minutes de Douzeau, 5 mai 1552; 51 mai 1557. deux actes.

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