‹ Histoire du commerce et de la navigation a Bordeaux, principalement sous l'administration anglaise (volume 2)Chapitre 17 sur 54 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

DISPOSITIONS LÉGISLATIVES RELATIVES AU COMMERCE DES VINS AVEC l'AN- GLETERRE AU XIVe ET AU XVe SIECLE, ET AUTRES CHOSES NOTABLES.

Statut de la vingt-septième année d'Edward III. — Ordonnance de ce prince en 15G4; réclamations qu'elle soulève. — Statut de 1368; réclamations dont il est pareillement l'objet ; permission donnée aux sujets britanniques d'aller acheter des vins en Gascogne . — Le statut de 1305 continue à subsister; impôt consenti au roi, en 1371, par les marchands gascons. — Peu de sûreté des routes de Gascogne à la fin du xiv° siècle; exactions qui s'y commettent. — Descente d'un équipage anglais dans les vignes de Margaux, en 1399 ; propos caractéristique d'un bourgeois de l'époque. — Ordonnance de 13S1 sur la vente des vins en Angleterre. — Modifications subséquentes apportées à la législation sur ce sujet ; les vins de Portugal commencent à s'introduire dans les îles anglaises. — Débat entre l'administration municipale de Bordeaux et un bourgeois de la Rochelle. — Représailles exercées sur des Malouins. — Hausse du vin de Bourg en 1 407 ; (lotte équipée par les Bordelais ; leur rencontre avec les Français en Médoc. — Confirmation des privilèges de Bordeaux obtenue au prix de deux cent quarante barriques de vin. — Requête des communes anglaises en 1420; réponse du parlement. — Réglementation du commerce des vins par Henry IV. — Abondance du vin de Gascogne à Canterbury à l'époque d'un jubilé. — Grande consommation de cette espèce de vin au XV» siècle. — Stipulation d'une trêve en faveur des Rochelais. — Plainte au sujet des vins de Gascogne; moyens proposés pour remédier aux abus signalés. — Interruption du commerce de Bordeaux avec l'Angleterre. — Nouvelles pétitions adressées au roi d'Angleterre par les communes, en 144.4- ; décisions qui en sont la suite.

Il y avait plus d'un quart de siècle qu'Edward III était sur le trône, quand il rendit une ordonnance qui a pris place parmi les statuts du royaume. Par cette ordonnance, il devait être défendu à tous marchands anglais, sous les peines les plus sévères, d'aller en Gascogne pour y retenir à l'avance ou y acheter en gros des vins dont le prix, payable en Angleterre, serait supérieur au prix courant en Gascogne, et cela pour cause de frais d'apprêt, de risques de mer, ou pour quelque motif que ce fût. Tous les marchands gascons et étrangers pouvaient

amener en sûreté leurs vins en Angleterre à quelque port qu'il leur plairait, et en trafiquer, à la condition, toutefois, que le bouteiller du roi pourrait faire la provision de son maître, quand il en aurait besoin, en payant à quarante jours de date, comme d'usage. Nul marchand anglais, ni personne de sa part, ne devait aller se fixer en Gascogne, ou tenir là quelqu'un à demeure pour marchander ou acheter des vins, sous quelque prétexte que ce fût, avant l'époque des vendanges ou de reik, c'est-àdire avant le passage qui avait lieu pour venir chercher des vins en Guienne ; et il n'était permis de traiter des affaires de vins que dans les ports de Bordeaux et de Bayonne. Les contrevenants devaient être arrêtés par le sénéchal de Gascogne ou le connétable de Bordeaux, et envoyés à la Tour de Londres1.

Ces dispositions, suivies de quelques autres mesures, non moins vexatoires pour le commerce de Bordeaux-, soulevèrent tant de réclamations, qu'il ne fut pas possible de tenir la main à l' exécution de la loi nouvelle. Dix ans après, Edward III rendait une ordonnance par laquelle il permettait à tout marchand en possession du

1 Statute I, 27° Edward III, c. v-vn. {Statntes of tlw Uenlm , etc., vol. I, mdgccx, in-folio, p. 531, col. 1.)— Guinodie, Histoire de Liùourne. t. I, p.5G8, 569. Voyez encore p. 43. — Depuis 1310, aucun sujet anglais ne pouvait être cité en justice hors du royaume, même pour des affaires civiles. Ilot. Utt. patent., 13 Ed. II, ni. 27; apud Rymer, vol. II, pars I, p. 406.)

2 Rot. Vase, 28 Ed. III, m. 16. (De enrsii monetarum. — De empeiombui et vendicionibus juxta cursum monete argent! faciendis.)— Ilot. Franc.. 2KEd. III, m. 7. (De navibus Anglie a partibus Vasconie in Angliam redneendis.) — C'est cependant vers cette époque qu'Edward III rendait une ordonnance ainsi intitulée dans le Livre des Rouillons, n° 29, folio .\1\. recto : Lihertas mercandisandi per totum ducatum Aquitanie, concessa majori et juratis et burgensiàtts Burdey&le, solvendo nntiqtws custmmas. Westm.. 52 Ed. III.

droit de cité et non ouvrier, de passer en Gascogne pour y chercher des vins, afin d'amener l'abondance dans le royaume, et aux Gascons et à tous autres étrangers d'y venir avec leurs vins et d'y trafiquer librement, sans nul trouble ni empêchement, sous toutes réserves des droits du roi * .

A son tour, cette mesure souleva des réclamations, qui se firent jour dans le parlement. Les marchands anglais qui passaient en Gascogne pour y acheter des vins, exportaient For en grande quantité hors du royaume, et les Gascons, voyant la hâte des Anglais à quitter, pour rentrer chez eux, une terre étrangère où ils ne pouvaient demeurer longtemps sans de grands frais, élevaient le prix de leurs vins pendant le temps de leur séjour; tandis que si les Gascons les menaient eux-mêmes en Angleterre, on les aurait à bien meilleur marché, sans parler de l'obligation imposée à tous les étrangers de rapporter des produits anglais en échange de leurs denrées2. Il semblait donc aux communes qu'il serait bon de restreindre pour un temps la faculté donnée aux Anglais d'aller chercher des vins, pour voir si cela pourrait influer sur les prix. Elles demandaient, en outre, qu'il ne fût accordé aucun warrant particulier, c'est-à-dire aucune dispense aux Anglais, et qu'à leur arrivée dans les

1 Rotuli parliamentorum, A. D. 1564-5, 38 Ed. III; vol. II, p. 287, col. 2.

2 Pour empêcher l'exportation du numéraire, Edward III avait ordonné de mettre en écrit dans chaque port l'argent venu avec les marchands étrangers, afin qu'il n'en sortît pas plus avec eux. (Rot. pari., vol. II, p. 249, col. 2.) — A la fin du xive siècle, un marchand de Pontoise, qui avait mené une partie de vins en Angleterre, étant rentré en France avec le montant des ventes qu'il avait réalisées, se vit pour cela saisir par le fisc tout ce qu'il avait laissé derrière lui. (Rot. Franc, 15 Rie. II, m. 14.)

ports d'Angleterre, les vins fussent mis à terre et <](ii<jc:, sans doute jaugés, pour le bien du royaume.

Par cette considération, il fut décidé que nul Anglais ne passerait en Gascogne pour y aller chercher des vins, mais que la marchandise serait amenée dans le royaume par les Gascons et les autres étrangers. Avec cela, il devait être défendu à tout Anglais de leur remettre ou envoyer de l'or, de l'argent ou autre marchandise, pour en faire acheter des vins, sous peine de perdre l'or, l'argent ou les marchandises ainsi délivrées ou expédiées. Les communes demandaient aussi que tous les navires d'Angleterre et de Gascogne venant dans ce dernier pays lussent premièrement frétés pour amener des vins dans le royaume avant tous les autres navires, et que nul Anglais ne marchandât ni n'achetât de tels vins venant en Angleterre, avant qu'ils fussent débarqués dans la forme prescrite par le statut ', etc.

Ces dispositions furent consignées dans un nouveau statut de 1368 2; mais des réclamations ne tardèrent pas

1 Rotuli parliamentorum, A. D. 1363, 57 Edw. III; vol. II, p. 282, col. 1. Cf. Nicolas, a History ofthe Royal Navy, vol. II, p. 201, 497, 198.

- Acts 42 Edw. III, e. 8. « Item est assentu et acordé, pur profit du roialme, qe nul Engleis passe en Gascoigne pur vins quere illoeqes, mes soient amesnez en Engleterre par les Gascoigns et antres allons. Et sur ce soit (lofons fait parmy le roialme; et qc nul Engleis mette en moins desditz Gascoigns ou aliens, ne illoeqes mande or n argent nantie marchandée pur ont faire achat de vins al oeps dos Engleis, sur forfaiture del or, argent, ou marchandises issint mys es moins, ou mande/; et qe touz les niefs d'Engleterro et de Gascoigne qe viegnent en Gascoigne, soient primerement frottez pur amesner vins en Engleterre devant touz autres; et qe nul Engleis bargaine ne achate tieux vins venant/, en Engleterre, avant q'ils soient mys h terre solonc la fourme de restatut ont fait, » etc. Pétitions t<> tke King andCotmcil, 1099. c. The statut™ of tlie Realm, vol. I, mdcccx, in-folio, p. 389, col. 1 ; et Rot. partiament., vol. II. p. 296, col. 2.) — Macpherson, Annals of Commerce, vol. I. p. 575.

à s'élever encore. Bien que la loi par laquelle il n'était permis qu'aux étrangers d'importer des vins en Angleterre semblât avantageuse à tout le royaume, néanmoins, comme le prince de Galles, qui était en même temps duc d'Aquitaine, se plaignait que son revenu fût diminué par l'absence des acheteurs anglais et que de fortes quantités de vins restassent invendues, au grand dommage des Gascons, qui vivaient pour la plupart de ce commerce1, il fut arrêté que tout individu natif d'Angleterre, d'Irlande ou de Galles, autre qu'un ouvrier, pourrait aller en Gascogne acheter des vins, en donnant caution aux magistrats des ports de départ qu'il achèterait au moins cent tonnes de vin, et ne les importerait dans aucun autre pays, sous peine de confiscation du navire et de sa cargaison, outre la prison2.

Toutefois le statut de 1353 ne fut pas rapporté, mais seulement suspendu jusqu'à ce que l'on pût juger des ef-

1 Rotuli parLlamentorum, A. D. 1369, 43 Edw. III; vol. II, p. 301, col. 2.— Deux marchands de Londres avaient amené dans cette ville et mis en vente six barriques de vin de Gascogne; n'ayant pas trouvé a s'en défaire a un prix raisonnable, ils sollicitèrent et obtinrent, en 1364, la licence nécessaire pour les rembarquer et les diriger sur Calais. (Rot. Franc, 58 Ed. III, m. 8.) Un autre Anglais, bourgeois de Bordeaux, qui avait pareillement expédié a Sandwich vingt-deux barriques de vin rouge de Gascogne, se vit, par la même raison, obligé d'avoir recours au roi pour pouvoir les envoyer en Bretagne ou ailleurs. (Ibid., m. 12.) Edward III permettait encore, en 1367, a Nicholas de Loveyne, sénéchal de Ponthicu, de réexporter dans cette province, pour l'usage de cet officier et de sa famille, vingt barriques de vin vieux de sa cave, que William Stretc, bouteiller du roi, avait déclaré impropres à la consommation des Anglais. (Ibid., 40 Ed. III, m. 2.) Ce qui précède peut servir a expliquer une autre permission semblable, relative a quatre pipes de vin de la Ryne existant a York et admises à passer en Prusse par la voie de Kingston-sur-Hull. (/£«/., 46 Ed. III, m. 46.)

2 Stat. 43 Edw. III, c. 2. (The Statittes of the Realm, etc., vol. I, p. 391, col. 2.1 — Macpberson, Annals of Commerce, vol. I. p. 577.

fets de cette mesure. Il avait repris toute sa force en 1371 4. Cette année, les marchands de vins de Gascogne, reconnaissants de l'accueil qu'ils recevaient en Angleterre, et des facilités qu'ils avaient pour leur commerce, consentaient au roi un impôt de 2 sous par barrique sous le nom de custume*.

Une anecdote rapportée par Froissart donnerait à penser que les Gascons ne faisaient pas aussi aisément leurs affaires dans leur patrie. Un chevalier breton ayant demandé au sire d'Albret des nouvelles de son pays et comment il se trouvait au service de la France, celui-ci lui répondit qu'il se portait assez bien. « Cependant, ajouta-t-il, j'avais plus d'argent, et mes gens aussi, quand je faisais la guerre pour le roi d'Angleterre, que je n'en ai maintenant; car quand nous chevauchions à l'aventure, nous trouvions toujours quelques riches marchands de Toulouse, de Conclom, de la Réole ou de Bergerac; il se passait peu de jours que nous ne fissions quelque bonne prise, et maintenant tout est mort3. » Froissart ne dit rien des marchands de Bordeaux; mais en supposant qu'ils fussent respectés par les pillards, ils étaient

1 Rotidi parliamentorum, 13 Edw. III; vol. II, p. 306, col. 2.

2 Ibid., p. 391, col. 1.

3 Les Chroniques de sire Jean Froissart, ann. 1388, liv. III; édit. du Panthéon littéraire, t. II, p. 447, col. 2. Cf. Rot. Fr., 11 lion. V, ni. 7 et 9 saufsconduits délivrés a des marchands de Toulouse, de Condoin et de Montauban, pour circuler avec des blés, des vins et autres marchandises chargées a Bordeaux). — Au xive siècle, le Languedoc n'était pas mieux partage que la Guienne. L'histoire a conserve le souvenir des courses d'une bande de pastoureaux dans l'Albigeois, en 1320 (Roger, Archiv. liist., p. 117 et suit. — Rossignol, Monographies communales... un département du Tarn, etc.. part. I, t. III, p. 393, note 4), et de compagnons qui ravageaient la province, en janvier 1303. (Ordonnances des rois de France, etc., t. IV. p. 210. Cf. t. III, p. 433. note d.

outrageusement rançonnés par les propriétaires des territoires sur lesquels il leur arrivait de passer1.

A défaut de ces riches marchands que le sire d'Albret regrettait tant de ne pouvoir plus dépouiller, les Anglais s'en prenaient, à la même époque, aux arbres mêmes et aux vignes du Médoc. Nous avons déjà cité un acte dans lequel il est fait mention de la descente d'un équipage de cette nation dans les vignes de Margaux, en 1399 2; neuf ans plus tard, un marchand de Bordeaux, Bertrand Usanna, rapportait un fait semblable pour justifier la haine qu'il exhalait contre les Anglais, maîtres de la Guienne5 : « Sachez, disait-il à un tailleur de sa connaissance, qu'il nous faut secouer leur joug. » Son interlocuteur lui répondit par une exclamation et en demandant comment une ville qui avait jusque-là été si loyale à la couronne d'Angleterre, pourrait chercher à lui échapper, et comment vivraient les pauvres cultivateurs et les sujets du roi une fois qu'ils n'auraient plus la facilité de vendre leurs vins ni de recevoir en échange des marchandises anglaises. Usanna répartit qu'il ne fallait point s'inquiéter; « car, disait-il, nous vivrons bien sans eux ; nous arracherons la moitié de nos vignes, et nous sèmerons du blé à la place. »

1 Quedam penalia inhibitio contra extorqnentes novas imposiciones a civibus Burdegale, diun per eorum districtus transeunt, seu eorum bona transduci facïunt. Westm., 20 Rie. II, 13 Mart. 1397. (Le Livre des Bouillons, n° GO, folio .Ixi. recto.)

2 Voyez ci-dessus, p. 175, note 1, 1. 5 et 4.

3 « par un temps qu'est passé furent a Margaus ou à Machau , et cou-

poient les arbres avec lez fruyts et les portoient dedeinz loin* niefs, » etc. (Rot. Vase, 9 lien. IV, m. IL — Lettres de rois, reines, etc., t. II, p. 146.) Voyez encore, relativement à la même affaire, le rôle gascon de la 7-8e année de Henry IV. m. 10.

En 1381, la cherté des vins ayant attiré l'attention de l'autorité, le roi rendit une ordonnance sur la vente de cet article. Défense fut faite de débiter en aucun lieu du royaume quelque espèce que ce fût de vin doux ou de claret, sous peine de confiscation. Quant aux autres vins, comme vins de Gascogne, de la Rochelle, du Rhin, d'Osoye1 et d'Espagne, si quelque Anglais voulait pas-

1 Voyez ci-dessus, p. HO, note 4; p. 137, note 3. — On lit dans Y Histoire du roy d'Angleterre Richart, etc. (Archœologia, vol. XX, p. 304), que certains individus s'étant mis a boire, il y en eut plus d'un millier d'ivres, vu, dit l'auteur,

Yen que d'Osore est oit la vinée

E d'Espaii,rne, qui est bonne contrée.

Suivant un manuscrit, Osore est Auxerre; mais un autre porte (XOsoye en, et cette version nous semble meilleure. Les deux crus figurent ensemble dans le fabliau du Sot Chevalier, v. 202, où l'auteur, après avoir parlé de vin, ajoute qu'il ignore s'il était « ou d'Auçoirre ou d'Àussai. » (Fabliaux et Contes, édil. de Méon, t. III, p. 2G3.) Parmi les denrées énumérées dans une licence octroyée à Jobn Trayle, sénecbal de Jobn, duc de Gnienne, oncle de Richard H, figurent deux barriques de vin de Qseye, que cet officier, depuis maire de Bordeaux de 1589 h 1398 , pouvait acheter en Angleterre et envoyer dans cette ville avec une pipe de vin de malveseye, une pipe de vernage, soixante-dix barriques de blé, dix d'avoine, cinq de fèves et de pois, et deux de salaisons. (Rot. Yasc., H Rie. II, m. 9. Enfin, dans the Squyroflowe Degré, v. 762, le roi de Hongrie, après avoir énumere une variété de vins, dit a sa fille qu'on lui fera présent de pots d'osey. (Ritson , Ancient Kngleish metrical Romancées, vol. III, p. 1770 La conjecture d'Ellis, qui fait dériver oseg (Y oseille, et voit dans les pots of oseg du vin suret {Specimmt of earlg Knglish Poets, vol. 1, p. 241), nous semble d'autant moins admissible, que, dans un autre poème du xv siècle (the Libcl of English Policy, cb.n; ap. Th. Wright, Poliliral Poems, etc., vol. Il, p. 163), le Portugal est représente comme produisant du vin et de Yoseg. Or, si ce dernier était du vin blanc, ce ne pouvait être que du vin doux ou de liqueur, explication a laquelle vient en aide la place que nous avons déjà vu tenir au vin d'Osoye a côte du vin d'Espagne.— Dans une lettre du 1er juillet 1031, un amiral anglais, après avoir annonce l'arrivée a Pwllhely (Garnarvon) d'un vaisseau pirate de soixante tonneaux chargé de toiles et de vins du Haut-Pays (High Country wynes), nous apprend que cette cargaison était celle d'un navire marchand dont le forban avait fait la rencontre et opéré la capture sur la côte d'Espagne State Papers. Domestic Se-

sor la mer pour les aller chercher et les amener en quelque endroit du royaume, il ne devait pas les vendre, sous peine de confiscation, plus cher que les prix fixés ainsi, savoir : la barrique du meilleur vin de Gascogne, <ÏOsoye ou d'Espagne, 100 sous, et le vin commun des mêmes pays moins cher, selon la valeur, comme 7 marcs, 6 marcs et demi, et 6 marcs; la barrique du meilleur vin de la Rochelle, 6 marcs et moins, suivant la valeur, par exemple 5 marcs et demi, 5 marcs, 4 marcs et demi et 4 marcs. Les pipes et autres vaisseaux de moindre capacité devaient être vendus suivant leur contenance et la bonté du vin. Quant à la vente en détail des vins de Gascogne, (ÏOsotje et d'Espagne, le meilleur ne devait point être vendu dans le royaume, et sur place (e dedcinzj, plus de 6 deniers, suivant la valeur, sous peine de confiscation de tout le vin ; et le prix de celui de la Rochelle ne devait pas dépasser 4 deniers.

Pour le vin du Rhin, comme les vaisseaux dans lesquels il était logé n'avaieut point de contenance certaine, il avait été décidé que le gallon du meilleur, en gros ou en détail, ne serait vendu par les Anglais, en aucun lieu du royaume, au-dessus de 6 deniers, sous la même peine J . Ces prix étaient les mêmes que les prix fixés dans le règlement du 26 novembre 1342 2.

ries, Charles I, 1631, vol. GXCVI, n° 2) ; mais en recourant aux Rôles du parlement, vol. V, p. 117, col. 2, on voit que ces High Country wynes étaient des vins de Gascogne.

1 Rotuli parliamentorum, A. D. 1581, 5 Rie. II, vol. III, p. 121, col. 1 et 2. — Rymer, Fœdera, vol. VII, p. 378; éd. III, t. III, pars III, p. 147, col. 1. (De Precio vinorwn proclamando.) — Macpherson , Annals of Commerce, vol. I , p. 593.

- Collection générale des documents français, etc. [>. (i!). ii" cxl.

Cependant la défense de vendre du vin doux, si ce n'est en détail, jusqu'à la Saint-Jean de l'année 1382, et de n'en vendre ensuite qu'en gros, donna lieu à des réclamations qui furent portées au parlement. Le roi, y faisant droit, ordonna que cette sorte de vin rentrerait dans la catégorie des autres1.

L'année suivante, la législation relative aux vins fut encore modifiée, les ordonnances récentes sur cette denrée furent rapportées, et le statut de la trente-septième année du règne d'Edward III fut remis en vigueur2. En même temps, les vins de Portugal commençaient à s'introduire dans la Grande-Bretagne5.

1 Rotuli parliamentorum , A. D. 138:2, 6 Rie. H; vol. III, p. 138, col. 1.

2 Ilot, parliament., A. D. 1383, 7 Rie. II, vol. III, p. 16-2, col. 1. — M.Champollion a publié, d'après une copie de Bréquigny, une lettre de Richard III empruntée aux Rôles gascons, par laquelle ce prince confirme les immunités et privilèges dont jouissaient les marchands de vin du duché de Guienne, en vertu d'une concession d'Edward III (Lettres de rois, reines, etc., t. II, p. 249, 230) ; mais il faut prendre garde que la date de 1388, attribuée a cette pièce par l'éditeur français, et celle de la deuxième année de Richard II ne concordent pas, par suite d'une faute d'impression qui a changé un chiffre arabe en chiffre romain. Il faut lire onzième année et rattacher le document en question a un autre transcrit dans le Livre des Bouillons sous le n° 38 (folio .lx. verso) et sous cette rubrique : Stutnta concernencia ntilitatem mercatomm linrtlet/ale. Le roi notifie aux Bordelais, le 13 juin 1388, un statut arrêté dans le dernier parlement et en rapporte les termes; il s'attache ensuite a rassurer ceux qui voudraient acheter ou vendre blés, vins, « avoir de pois, » salaisons, poissons et autres vivres, hunes, draps, mercerie « et toutes manières d'autres choses. » — On retrouve, memb. 19 du rôle de l'an II de Henry IV, le vidimus des lettres de confirmation de la concession d'Edward III par Richard II.

3 Parmi les comptes de l'échiquier royal pour l'année 1112-13. figure Oliver Martin, marchand portugais, à l'occasion d'un a-compte du payement de 381 livres ordonnancé a son bénéfice pour quatre-vingt-seize pipes de vin des Algarves fournies au roi au prix de i livres la pipe. (Devon, Issues ofthe Exchequer, p. 328, 3:29. ^ — Gilles le Bouvier, décrivant le Portugal, a grand soin de dire: « En cedit royaulme croistde bons vins et grant foison figues el raisins, qu'il/ meinent vendre en Angleterre pour ce que il/ sont aliez aveeques eux. » Berry,

Près de toucher à son terme, le xive siècle s'agitait clans les convulsions d'une guerre qui n'en était encore arrivée qu'à la moitié de sa durée, et dont le cours n'était interrompu que par des trêves1. Pendant l'un de ces armistices, des corsaires armés par l'administration municipale de Bordeaux, ayant brûlé en mer une barque rochelaise chargée de cinquante tonneaux de vin, contrairement aux stipulations arrêtées entre les belligérants, le sire de Pons, l'un des deux conservateurs des trêves, octroya marque sur la cité de Bordeaux à Guyot Potard, de la Bochelle , et fit prendre et retenir à Pons un certain nombre de Bordelais. Des réclamations s'élevèrent au sujet de ces mesures prétendues illégales par ceux qu'elles atteignaient, et le débat fut porté devant les conservateurs des trêves, le sire de Pons et Henry Percy, lieutenant du roi d'Angleterre en Guienne. Il se termina par un appointement arrêté dans féglise de Chenac, en la chàtellenie de Mortagne, le 2 mars 1393 2, et les vins de la Rochelle, importés en Angleterre même par les

Descriptions des pays et régions oh il a esté de son vivant. (Ms. de la Bibliothèque impériale fr. 5873, folio 52 recto.) — Dans une charte du 10 février de la quarante-sixième année d'Edward III, il est fait mention d'un chargement de cent neuf tonneaux de vin « de la Rebasele » opéré dans le port de Lisbonne par un marchand de Gênes, sans doute a destination de l'Angleterre. (Public Record Office, Navy Accounts, 44-47 Ed. III, T. G. 23522.) Depuis l'an 1353, il existait un traité entre l'Angleterre, Lisbonne et Porto. {Rot. Fr., 27 Ed. III, m. 1 in dorso.)

1 Le 12 février 1384, mission est donnée a Nicholas de Dagworthc et Robert de Cholmesle d'aller en Guienne proclamer les trêves conclues entre les rois de France et d'Angleterre. (Rot. Fr., 7 Rie. II, m. 7.) Elles n'étaient pas expirées qu'un certain William de Tonge, bourgeois et tavernier de Londres, ayant exporté du blé a Bordeaux pour l'échanger contre des vins, sollicitait un saufconduit qui le mît a l'abri des hostilités, et il l'obtint. (Ibid., 8 Rie. II, m. 7.)

2 Le Livre des Bouillons, n" 140, folio C.xxiiii. verso.

336 HISTOIRE Dl' COMMERCE

Italiens, continuèrent à soutenir la concurrence avec ceux de la Guienne1.

Une autre fois, des habitants de Saint-Malo ne s'étaient pas montrés plus scrupuleux observateurs des trêves. En 1369, un marchand de Londres avait chargé du vin de Gascogne et très-certainement payé entre les mains de Richard de Saintes2, ou de son successeur, les droits dus au duc de Bretagne : il avait donc toute raison de se croire à l'abri des attaques des Malouins. Il fut pillé. S'étant plaint au roi d'Angleterre, il parvint, après bien des négociations 3, à obtenir la permission d'exercer des représailles contre les sujets d'un prince ami4.

L'année suivante, Richard II, qui sentait le besoin de ménager les habitants de Bordeaux et surtout le commerce, confirmait plusieurs des immunités des marchands de la Guienne5.

Au commencement du XVe siècle, le vin était peu abon-

1 Voyez, dans le rôle français de la onzième année de Richard II, memb. 1!), un sauf-conduit octroyé a un navire de Stralsund chargé par un marchand de Gênes de vins de la Rochelle et d'autres marchandises; et, dans le rôle français de la treizième année de Henry IV, m. 3, un sauf-conduit accorde a un Anglais et a un Gascon pour importer en Angleterre une certaine quantité de vins et autres denrées achetés a des marchands de la Rochelle.

2 L'acte de sa nomination se trouve parmi les rôles français de la vingt-quatrième année d'Edward III, mcmhr. 3.

:î On peut s'en faire une idée en recourant a une lettre d'Edward II au roi de France, au sujet d'un navire anglais expédié a Bordeaux pour charger des vins, frété dans ce port pour en porter a Rouen, <•! arrête par le duc de Bretagne, alors notre allié, (iiot. litt. dans., 11 Ed. II, m. 2-2 in dorso; apud Rymer, vol. III, p. 601, nov. éd.. vol. II. pars I. p. 133, col. 2.'

* liât. Franc, 19 Rie. III, m. 3. — En 1387, Richard II avait octroyé ;i Jean, duc de Bretagne, un sauf-conduit pour une barque de Nantes qui se rendait a Bordeaux afin d'y charger des vins a l'usage de la maison de ce dernier prince. (Ibid., 11 Rie 11, m. 7.

'' Le Livre des Bouillons. n° (>1. folio ,l\ii. verso.

dant, et Fou vit monter le prix de celui de Bourg jusqu'à 40 fr. la barrique, près de trois fois plus qu'il ne coûtait environ cent ans plus tard 1 . Cette hausse se manifesta pendant le siège de Blaye par le duc d'Orléans, qui eut lieu en janvier 1407, à l'époque où les étrangers venaient acheter les vins nouveaux. Il y avait alors en rade, à Bordeaux, cinquante navires marchands venant du dehors. Soit que les Bordelais les missent en réquisition, ou, ce qui est moins probable, qu'ils armassent des bâtiments à eux, ils équipèrent une flotte, qui alla à la rencontre des Français jusque devant Saint-Julien en Médoc, et leur livra bataille2.

En septembre 1415, Henry Y, étant en France, avait recours à Bordeaux pour obtenir des subsides, et la ville profitait de l'occasion pour obtenir, de son côté, une nouvelle confirmation de ses privilèges. Espérant tenir la campagne, le vainqueur d'Azincourt demandait à son sénéchal en Guienne jusqu'à sept cents barriques devin. La ville lui en envoya deux cents en échange de cette

1 Vente de seize tonneaux de vin, au prix de 12 fr. bordelais l'un, par Jean Andron de Lansac, seigneur de Maurion, a Jean du Bognau, dit Bogrelot, marchand de Bordeaux. (Acte du notaire Bosco, en date du 4 avril 1497.) — Dans d'autres affaires de la même espèce conclues postérieurement, le tonneau de vin rouge, blanc ou clairet, du cru de Bourg est porté a 20 francs bordelais, 10 francs la pipe (minutes de Douzeau , 14 septembre, 3 octobre 1541), et plus tard a 18 fr., rendu a Bordeaux. (Uùd., 9 septembre 1550.) — Parmi les pays où le vin de Bourg paraît avoir été en faveur, il faut compter d'abord la Bretagne (Clans, litt. fact. in Vase, 57Hcn. III, m. 1), puis l'Irlande. (Douzeau, 19 septembre 1550. Cf. 5 novembre 1546.)

2 Archives du département de la Gironde, série II. 657; ordre de Malte, terrier 1206.— A la suite de cette pièce, publiée dans les Archives historiques, etc., t. III, p. 179-181, le scribe mentionne les prix des diverses denrées, tels que blé, froment damoiseau, seigle, millet, vin, etc., et parle d'une forte gelée, qui, en 1406, emporta une grande partie de la récolte, en Guienne.

confirmation, et imposa la production pour faire face à cette dépense. Le maire et le clerc de ville furent députés pour offrir ce présent au roi ; mais ayant trouvé du mécontentement chez le comte de Dorset, bienfaiteur et ami du corps de ville, ils écrivirent aux jurais de leur envoyer encore quarante tonneaux de vin1.

En 1420, les communes demandent que nul vin de malvoisie, de Romanie2, ou aucun autre vin doux, ne fût vendu en détail en Angleterre, sous peine de 100 sous d'amende au roi pour chaque futaille , et de confiscation du prix du vin. Elles demandaient encore que tout vin de Gascogne ne pût être vendu moins de 6 deniers le gallon, sous peine d'une amende de 6 livres pour chaque futaille et pareille confiscation par chaque contravention, et que , pour le vin du Rhin et de la Rochelle , ce tarif fût de 4 deniers le gallon au plus, sous la même peine, etc. Le parlement répondit : « Soit-il corne est désirée par la pétition, s'ile plest au roy5. »

Henry IY s'occupait aussi de réglementer le commerce des vins en détail à Rordeaux. Par édit royal, il fut défendu aux habitants, à moins qu'ils ne fussent

1 Darnal, Supplément des chroniques de... Bourdeaux, p. 12.

2 Voyez le Ms. harléien n° 442, art. 118, folio 219 recto. En 1415, «Laurence de Platea, marchant de Peamont, » adressant a Henry V, en son parlement, une pétition pour se plaindre d'avoir été non-seulement emprisonné par le comte d'Arundel, trésorier d'Angleterre, mais encore dépouillé de ses marchandises, les énumère, et l'on y voit figurer neuf butta de « Romeney » avec neuf tonneaux de bastard, un tonneau de vin cuit, dix tonneaux de vin d'Espagne, quatre de vin de la Rochelle et deux de vin rouge de Gascogne. (Rot. parliam., vol. IV, p. 90, col. 1.) Le même vin de Romeney se représente plus loin, sous l'année 1429, après deux autres articles, notamment les malvoisies, dont le prix avait considérablement augmente. Ibid., p. 364, col. 1.)

3 Rotuli parliamentorum, A. D. 1420, 5 Hen. V; vol. IV. p. 126, col, 2.

bourgeois, d'en vendre de cette manière et en taverne depuis le jour de la Pentecôte jusqu'à la fête de Saint- Michel. Passé cette époque, tout le monde était libre de vendre son vin comme il l'entendait1.

Le jubilé qui eut lieu cette même année 1420 à Canterbury, et qui attira au tombeau de saint Thomas environ cent mille pèlerins de toutes les parties tant de la Grande-Bretagne que de l'Irlande et même du continent, paraît avoir été une source de profit pour le commerce de Bordeaux. Du moins, un document de l'époque porte que le vin de Gascogne abondait dans la métropole anglaise, au point qu'une bouteille de vin rouge s'y vendait 8 deniers, et une bouteille de vin blanc 62.

La guerre de Cent ans, qui régnait alors, rendait les communications avec la Rochelle, et sans doute avec Bordeaux, difficiles et dangereuses, ce qui n'empêchait pas la consommation d'être chez nos voisins au-delà de toute créance5. En 1410, une trêve ayant été conclue

1 Rot. Vase, 2 Hen. IV, m. 20. — Delurbc, Chronique bordeloise, folio 23 v°.

2 W. Somner, the Antiquities of Canterbury, etc. London, mdcciii, in-folio, part I, append., p. 51.

3 A la fête qui eut lieu pour l'intronisation de George Nevil, archevêque d'York, en 1467, il fut consommé cent barriques de vin. (Somner, the Antiquities of Canterbury, etc., part. II, app. de Nicolas Battely, p. 29.) A une fête pareille donnée pour l'installation de l'archevêque de Canterbury, Warham, en 1504, on but six barriques de vin rouge, a 4 livres l'une ; quatre de vin clairet, du prix de 73 sous 4 deniers la pièce; deux de vin blanc , l'un de choix et de 3 livres 6 sous, l'autre pour la cuisine et marqué 5 livres. A cette énorme quantité, il faut ajouter une butt de malvoisie, coûtant quatre livres, une pipe d'ossey, du prix de 3 livres, et ùïutl aimes (allem. aun?) de vin de Rcane, comptés 1 livre 6 sous. (Ibid., p. 27. — Archœologia, etc., vol. I, p. 330.) Il n'est pas inutile de faire remarquer en passant que Drake, qui a donné la même liste que Battely, la recule jusqu'à l'archevêque Robert Winchelsea, intronisé en 1295. (Matthœi Parker... de Antiquilate Britannicœ Ecclesiœ, ctc.Londini, Mdccxxix, in-folio, ad calcem Acad. Hist. Cantebrigiensis, p. lxiii.)

entre les deux puissances belligérantes, il avait été stipulé que tous les marchands d'Angleterre pourraient venir à la Rochelle par terre et par mer, charger des vins, et retourner dans leur pays, avec réciprocité pour les Rochelais *qui voudraient venir vendre leurs vins en Angleterre; et une proclamation avait fait connaître ces dispositions dans tous les ports situés vers la côte ouest de ce pays1.

Une plainte, peu honorable pour le commerce de Bordeaux, fut, quelques années plus tard, portée au parlement d'Angleterre. Déjà en 1423 il s'était élevé des réclamations au sujet des mesures des liquides, notamment sur la diminution de la contenance des tonnes, pipes, tierçons et hoguettes de vin de Gascogne, et l'autorité avait pris des dispositions à cet égard2 ; mais, au lieu de cesser, le mal, à ce qu'il paraît, du contenant s'étendit au contenu, de façon à donner lieu à une nouvelle supplique. Au vieux temps, disaient les pétitionnaires, quand les vins de Gascogne et de Guienne étaient bien et consciencieusement faits, comme ils devaient l'être, ils étaient d'un bel aspect, fins, agréables au goût, duraient quatre ou cinq feuilles, et ne faisaient pas plus de quatre ou cinq pouces de lie dans une tonne, et de deux ou trois pouces dans une pipe. Maintenant, par suite de fabrication déloyale, et attendu d'ailleurs qu'il s'en faut de huit ou neuf pouces que les fûts dans

1 notuli parviennent or um, A. D. lilO, M Hcn. IV, vol. III, p. 645, col. 2.

2 Ibid., vol. IV, p. 256, col. 1. — La contenance de la tonne de vin est fixée a deux cent cinquante gallons ou environ, la pipe a cent vingt-six, le tiercon a quatre-vingt-quatre , la lioguettc a soixante-trois. Voyez encore vol. V, p. 1 1 i . col. 2.

lesquels on les loge en sortant du pressoir, ne soient pleins, lesdits vins ne peuvent avoir leur ébullition naturelle et rejeter leur écume au dehors, comme ils devraient le faire. De là, non-seulement grande déconvenue pour les maîtres de maisons importantes qui se croyaient sufsamment pourvus de telle denrée, mais encore sérieux dommage et perte pour les autres acheteurs et vendeurs, au temps présent et passé, et, selon toute apparence, dans l'avenir, au cas où il ne serait point apporté un prompt remède à cet état de choses. Dans ce but, les pétitionnaires proposaient au roi de charger le sénéchal de Guienne, par lettres scellées du sceau privé et adressées à toutes les villes et bourgs de la province , comme aux maire et jurats de la ville de Bordeaux, de faire une ordonnance par laquelle, en chaque endroit ou marché des côtes où l'on ferait du vin , il serait nommé des experts pour rechercher ou faire rechercher et détruire les abus nouvellement introduits dans la fabrication des vins, et ramener la véritable et loyale méthode autrefois usitée Aucune futaille de vin ne serait autorisée à passer du lieu de production sur aucun marché pour être vendue de l'autre côté de la mer, à moins d'avoir été essayée et marquée, comme bonne et bien faite, d'un signe connu, d'une marque de fabrique, accompagnée de l'estampille des personnes commises à la surveillance et à l'essai desdites futailles , et cela sous peine de confiscation d'icelles et du vin ainsi mis en vente au mépris des règlements. Si dans quelqu'une desdites villes ou bourgs , il était trouvé frelaté ou gâté , les fonds supérieurs des futailles seraient enlevés , et le vin publiquement répandu, conformément à la coutume observée

dans la bonne cité de Londres. Les pétitionnaires voulaient encore qu'il fût interdit d'acheter, de faire acheter et de charger en Gascogne et en Guienne, pour l'Angleterre, d'autre vin que de bon vin tenant la jauge, et à l'époque où de tels vins seraient suffisamment et dûment essayés dans la manière et forme susdites, en sorte qu'il n'y eût pas plus de quatre ou cinq pouces de lie dans un tonneau et trois dans une pipe, sous peine de dommages-intérêts envers l'acheteur; enfin la jauge de chaque pièce de vin devrait être vérifiée j .

Pendant une ou plusieurs des dix années qui suivirent, le commerce des vins de Gascogne avec l'Angleterre fut interrompu; du moins les marchands anglais n'eurent plus la permission d'en venir chercher, comme par le passé, à l'époque des vendanges, ce qui porta un coup funeste à la prospérité de la Guienne2.

En 1444, les communes s'adressèrent de nouveau au roi, en son parlement, pour le prier de considérer les points qu'elles lui soumettaient. Depuis un temps immémorial, une grande partie des vins récoltés en Guienne arrivaient habituellement dans les ports de Bordeaux et de Bayonne, par terre et par eau, chaque année, à la fête de saint Martin. C'étaient, comme ce sont encore, disaient les pétitionnaires, les meilleurs vins, les plus agréables et les plus sains de tous les vins récoltés ou faits dans ces cantons. A cette époque, grande quantité de ces vins et de ceux qui étaient récoltés dans le voisinage venait en Angleterre et s'y vendait à meilleur marché et

1 Rot. parliament., A. I). Ii.r2, 10 lien. VI; vol. IV, p. 405, roi. ± - Lettre adressée a Henry VI par ses ambassadeurs en 1442, et publiée a la suite du Journal du serviteur de l'évêque Beckington, p. 51.

avec plus d'abondance que maintenant. Il y avait aussi un plus grand nombre de marchands dans ce pays, et de plus riches, parce qu'ils pouvaient acheter et vendre des vins et d'autres marchandises dans tous les coins du duché ; comme aussi beaucoup plus de marchands gascons de la ville de Bordeaux et d'autres localités dudit duché se rendaient d'habitude et annuellement , à l'époque des vendanges, en Angleterre, avec leurs vins, parce qu'ils ne pouvaient pas les vendre à Bordeaux ni dans les autres localités de la Guienne, aux marchands anglais. De même, dans ce temps-là, l'Angleterre possédait moitié plus de navires et de bâtiments qu'aujourd'hui : ce qui était un bien réel pour tous les états et conditions, une grande richesse, et, par la puissance d'une telle marine, une sécurité pour tout le pays et un sujet sérieux de crainte pour tous ses ennemis. « Et maintenant, au temps qui court, ajoutent les pétitionnaires , lesdits marchands anglais sont forcés d'acheter leurs vins et de vendre leurs marchandises à Bordeaux et à Bayonne, et nulle autre part, au grand dommage de tout ce pays et à l'amoindrissement du commerce et de la marine susdits. » Làdessus, ils demandaient au parlement d'ordonner et d'établir que toute espèce de vin du duché sous l'obéissance du roi d'Angleterre pût être admis librement dans lesdits ports , et que les marchands anglais pussent ensuite acheter et vendre librement des vins et toutes sortes de marchandises dans toute l'étendue de la Guienne, comme ils étaient accoutumés à le faire dans les anciens temps, sans aucun empêchement ni violence de personne, sous peine, pour les coupables, d'une amende de 1,000 livres de monnaie anglaise légale; se soumettant,

d'ailleurs, à payer au roi et à ses héritiers toute manière de coutumes, subsides, tailles, devoirs et autres droits, établis depuis longtemps, etc. Cette déclaration, comme celle par laquelle se termine la pétition, dont les auteurs affirment n'avoir en vue que l'avantage commun du royaume et un but de charité, ne persuada pas Henry VI et ses conseillers, et il fut répondu à la requête par la formule sacramentelle le roy s'advisera \ qui équivalait à un ajournement.

La couronne se montra moins rigoureuse à l'égard d'un autre vœu exprimé par les communes. De plusieurs côtés, des marchands anglais qui faisaient le négoce avecla Gascogne et la Guienne s'étaient plaints des prohibitions apportées au commerce des vins du haut pays, et des nouvelles impositions exigées des importateurs de cette denrée. Le parlement demanda qu'ils fussent affranchis de cette entrave, sous peine d'une amende de 20 livres sterling et de dommages-intérêts au triple, à infliger au fonctionnaire qui se rendrait coupable de pareilles exactions; et, cette fois, il fut répondu : Le roy le voet -

1 Rotuli parliamentorum, A. 1). 1444, 23 lien. VI; vol. V. p. !1~ col. 2.

2 Ibid., vol. V, p. 117. col. 2.

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