‹ Histoire du commerce et de la navigation a Bordeaux, principalement sous l'administration anglaise (volume 2)Chapitre 18 sur 54 · COMMERCE DE BORDEAUX AVEC L ANGLETERRE AU MILIEU DU XVI0 SIECLE · texte numérisé non relu

COMMERCE DE BORDEAUX AVEC L ANGLETERRE AU MILIEU DU XVI0 SIECLE

Analyse d'un registre de la contablie de Hall. — Dénombrement des navires qui s'y trouvent inscrits, et de leurs capitaines. — Différents ports auxquels ils appartiennent. — Individus considérables et corporations mentionnés dans ce registre ; privilèges des dignitaires des églises de Bordeaux pour leurs vins. — Anglais et autres étrangers nommés dans le même registre. — Bourgeois de diverses professions dont il y est fait mention. — Rédaction en gascon de ce document ; explication de cette particularité. — Progrès de la viticulture en Guiennc au milieu du xv siècle. — Payements en nature par les communautés religieuses ; contrat entre les frères prêcheurs de Bordeaux et un menuisier-sculpteur.

Au milieu des calamités de la guerre de Cent ans , les rapports commerciaux entre les deux puissances belligérantes montrent une activité bien faite pour étonner1. Pour se rendre compte du principal commerce de Bordeaux avec l'Angleterre au milieu du xve siècle, il n'y a rien de mieux à faire que d'étudier un manuscrit analogue aux deux plus ancien's que nous avons déjà examinés : c'est un registre de la douane de Hull, qui renferme le détail de tous les vins de Gascogne arrivés dans le port à partir du mois de septembre 14442.

1 Après une captivité de vingt-cinq ans en Angleterre, le duc d'Orléans était convenu de payer 100,000 nobles pour sa rançon. Il commença par en verser 40,000, qui lui avaient été avancés par des marchands florentins établis a Londres. Pour le reste, il espérait le trouver dans la bourse de ses vassaux, et, dans ce but, il sollicita et il obtint des licences au moyen desquelles nombre d'entre eux purent importer dans les possessions anglaises du vin, du fer, du sel, des toiles et d'autres articles. (Rymer, Fœdera, vol. X, p. 777, 785, 812- 826. — Macpberson, Annals of Commerce, vol. I, p. 658.)

2 Nous avons ci-dessus consacré un chapitre entier au commerce entre Hull et Bordeaux, principalement pendant la période anglaise. Au xvie siècle, le

11 commence par Jhesus Maria, et, après une espèce de sommaire contenant les noms du navire entré en douane, et de son maître ou capitaine, ainsi que le nombre de tonneaux dont se compose le chargement, il fait connaître tous ceux qui ont concouru à ce chargement et la part qui leur en revient. Prenons pour exemple le premier article du registre : on y voit que, le 15 septembre, Fan de Notre-Seigneur 1444, 23e du roi Henry YI, est entré en douane le navire appelé la Saubade de Bayonne, dont le maître est Etienne de Jeuberry, et qu'il porte cent trente-six tonneaux et une pipe, savoir : soixante et onze tonneaux et une pipe appartenant à Fortin de Gantelop1; quarante- deux barils au même; dix -huit tonneaux douze barils à Lorens la Boria; trois tonneaux une pipe à Monyn Jeuven de la Layne; trois tonneaux une pipe huit barils à Pey Estort; deux tonneaux à Naudin de Lastage; deux tonneaux à Johan Jeustay; huit tonneaux à Bernard Julian; une pipe à Johan Buscat, et deux tonneaux à Pey Bachey.

Ces navires appartenaient à* divers ports. Après la

garde-note des Archives de la Gironde fourmille d'actes relatifs aux exportations de vins pour le port anglais. Voyez notamment les minutes de Douzeau, aux 16 oct. 1546 ; 25, 28, "28 et 29 avril 1517, aux 25 et 28 mai et au 13 janvier de la même année; celles de Gendrault, au 9 mai 1518, folio Lxxj. recto, etc. 1 Les Canteloup étaient seigneurs de Camarsac (canton de Créon) depuis l'achat de ce domaine par Monot de Canteloup a Brunet d'Aillan [Rot. Vase, 11-11 Hen. IV, m. 18. Cf. 7-8 Hen. IV, m. 8), et possédaient de grands biens. Voyez D. Devienne, Hist. de la ville de Bordeaux, part. I, liv. II, p. 85, 86. — On conserve au musée Britannique une pétition du même Monot de Canteloup, qui se dit éeuyer et propriétaire, avec ses deux frères, d'un houstiel appelé Camarsac; il demande au roi d'Angleterre d'empêcher le maire et les jurats de Bordeaux de mettre, comme ils en avaient le projet, le siège devant ee château, sur lequel ils prétendaient avoir des droits. Ms. Cotton., Vespasien, F. xin, folio 25 recto, art. 34.

Saubade de Bayonne viennent la Catheline du Fau et la Anthony du Fou, c'est-à-dire du Faou en Bretagne; la Jagmes, la Marie, la Saint-Johan, la Kathelin, de Bayonne , capitaine Saubat de Chalat , qui , deux ans auparavant, avait amené l'évêque Beckington à Bordeaux1; la Juliana de Landernau; la Marie, la Anthony de Londres; la Trinité, la Marie de Courtenay; la Marie de Swansea; la Kathelyn de Plymouth; la George de Dartmouth; la Marie de Hall; la Marie de Rouen; la Maria Kamyk, dont le port d'attache n'est pas indiqué.

Au folio 12 recto, le même écrivain enregistre comme entrés en douane, le 29 octobre et le 18 novembre de la même année, huit navires de Londres et un de Portsmouth, sept de Dartmouth, la Maria de Bayonne, la Jorge Payntone, sans désignation de port, mais dont le maître, Jean Ligier, portait un nom bien connu à Bordeaux comme au Théâtre - Français ; deux bâtiments de Weymouth ; la Seint-Yves de Dyerna; la F être d'Exeter; la Trynytat de Winchelsea; la Jorge de la Foula, dont rien n'indique le pays; deux navires de Hull : la Maria Car eau, commandée par Thomas Golber; la Trynitat de Berkeley; six bâtiments de Bristol; hMartynet Tabbet, dont le port d'attache n'est point indiqué; la Trynytat de Chepyscolle, c'est-à-dire, sans doute, de Chepstow, dans le comté de Monmouth; un navire de Newcastle, un autre de Wanford et un dernier de Southampton.

Au folio 8 verso, sont enregistrés, comme entrés en douane le 13 décembre de la même année 1444, des navires de Milford, de Tenby, de Saint - Sébastien , de

1 ,1 Journal bij one of the Suite of Thomas Beckington, etc., p. 10.

Holderness, de Pensand, de Bridgewater, un de chaque port, et trois de Hull; la Maria de Cledkol, nom que l'on ne retrouve pas dans les meilleurs dictionnaires géographiques de la Grande-Bretagne, d'autres Maria de Guernsey, d'Oxenford, de Lymington; deux navires de Llanethle, trois de Saltash ; la Tyffanya de Cherbourg et la Valentyn de Gloueester. Le 12 janvier, le commis commence à enregistrer, au folio 63 recto, deux nouveaux navires de Hull, d'autres de Talbot, de Saltash, de Tenby, de Guernsey, de Llanethle, de Winchelsea, de Teignmouth, deux de Calais, un de Newcastle, un de Dublin, deux de Cherbourg, le Laurens de la Tour, la Gracya de Dyu d'Orwell, la Jagmes de Caermarthen, la Nycholas de Southampton. Arrivé au folio 78 recto, nous trouvons enregistrés, à la date du 19 janvier de la même année, deux navires de Plymouth et un de Milford, neuf de Fowey, un de Grimsby, et d'autres de Teignmouth, de Weymouth, de Dartmouth, d'Orwell, de Saint-Malo, de Lynn, ainsi qu'un bâtiment sans autre désignation que la Mary a Caste/ le. Enfin, au folio 91 recto, commence la liste des navires qui se sont acquittés : la Julyanne de Saint-Malo, la Christoffle de Panssantz, deux navires de Falmouth, deux de Hull, un de Teignmouth et un autre de Bedford; la Nostre-Dame de Lotudi; la barge de Sent-Julyan de Landernau; la Mary a Lyswer; la Berthylyme duFau, c'est-à-dire du Faon; la Sainte- Katheline de Penmarc; la Nostre-Dame de Wyncem, c'est-à-dire sans doute d'Ouessant.

Parmi les individus et les corporations nommés comme ayant chargé des vins sur un ou plusieurs des navires de cette flotte, on trouve le seigneur de Bauzan, qui esl

aussi nommé dans le Journal du serviteur de Beckington1; « monseigneur le captau, » c'est-à-dire le captai de Buch, lequel figure également dans le même journal2; messeigneurs de Gloucester et d'Exeter, l'archevêque de Bordeaux et l'évêque de Bazas, les chapitres de Saint- André et de Saint-Seurin, et plusieurs dignitaires de ces églises de Bordeaux, auxquels les rois d'Angleterre avaient accordé, pour leurs vins, des privilèges considérables5;

2 P. 23, 28, 37, 38, 83. — Ce captai de Buch était Gaston de Foix, frère de Jean, comte de Foix. Il fut créé comte de Longueville par Henry V, comte de Bonauges et chevalier de la Jarretière par Henry VI, pendant que Jean, qui avait embrassé le service de la France, était lieutenant-général du roi en Languedoc et en Guienne en deçà de la Dordogne. En cette qualité, Jean confirma, le 26 juillet 1-423, une ordonnance de la comtesse de Foix, sa mère, qui autorisait les partisans des Anglais à circuler, séjourner et trafiquer en ses terres de Béarn, Marsan, Gavardan et Capdessus. (Ms. lat. de la Bibl. imp. n° 9134, folio lvj recto.) — Le captai, en vue de couvrir sa seigneurie et le Médoc, avait élevé et fortifié une bastide sur le bord de la Leyre, en un lieu appelé la Mota de Buch ; mais le nouvel établissement était éloigné des autres centres de population, le marché le plus rapproché se trouvant à une distance de huit milles, ce qui mettait les habitants dans l'impossibilité d'acheter ou de vendre. Henry VI institua en ce lieu un marché hebdomadaire et deux foires par an. Les lettres patentes sont du 14- août 1433, onzième année du règne de ce monarque. (Ibid., folio iiijxx recto.)

3 On trouve parmi les Bôlcs gascons (17 Ed. I, part. I, m. 10), et M. Champollion a publié, dans ses Lettres de rois, etc., t. I, p. 360-362, des lettres d'Edward 1er, en date de 1289, par lesquelles ce prince exempte de la grande coutume de Bordeaux tous les vins des doyens , chanoines , prébendes , chapelains, clercs et portiers lais au service de Saint-Seurin, privilèges successivement confirmés en 1380, 1415 et 1422. (Rot. Vase., 4 Bic. II, m. 11 ; 11 Bic. II, m. 12; 2 Hen. V, m. 3; 1 Hen. VI, m. 8.) — La même année 1289, Edward 1er exemptait de toute coutume, excepté de celle de Boyan, les vins du prieuré des Templiers de Saint- Julien, venus dans la banlieue de Bordeaux (Rot. Vase., 17 Ed. I, p. 2, m. 7. — Arch. hist. du départ, de la Gironde, t. II, n° cxm, p. 123, 134. Cf. Rot. Vase., 4-6 Hen. V, m. 11 et 19; 1 Hen. VI, m. 3) ; et , plus tard , il favorisait de même le prieur et les religieux du couvent des Augustins de Bordeaux, leur permettant de recevoir en franchise les vins ou autres denrées qu'ils pourraient faire amener en ville pour leur consomma-

le monastère, l'infirmier, le réfecteur, le chambrier, le chantre de Sainte -Croix1; las sos titenudas, ou minimettes, les frays menutz, le commandeur du Temple, l'abbé de la Sauve, le recteur de Saint-Ëloi, les prieurs de Bardenac , de Saint-Trélody, des Augustins de Bordeaux et de Saint -James de la même ville.

On remarquera également, dans le registre qui nous occupe, Pey et Richard Macanan, dont la maison, qui a fait souche à Bordeaux, se disait originaire de Londres, et l'était certainement d'Angleterre2; Bernard d'Irlande ;

tion. (Rot. Vfl*c.,34Ed. I,m.20.— Arch.hist.,t.\l, n° ccx, p. 314.) En 1290, l'abbé de Bonloc avait adressé au roi une pétition pour être maintenu dans le privilège de ses vins (Arek. kist., t. II, p. 308) ; nous ignorons si elle fut couronnée de succès. — Le grand recueil des ordonnances en renferme plusieurs en faveur de Saint-Seurin, du chapitre métropolitain et de l'hôpital de Saint- André de Bordeaux, conçues dans le même sens (t. XIV, p. 296, 227; t. XV, p. 582, 583) et renouvelées des rois d'Angleterre. (Bot. Vase, 11 Rie. II, m. 12; 2 Hen. V, m. 7; 1 Hen. VI, m. 7.) Avec cela, les officiers de ces corporations religieuses pouvaient faire vendre leurs vins en détail, a l'égal de ceux que récoltaient les bourgeois. En 1023, le chapitre de Saint-André, ayant vu refuser ce droit aux fermiers de son temporel, réclama auprès des jurais, faisant valoir que les fruits de la messe avaient toujours été tenus et reputes pour bourgeois. [Continuation à la Chronique bourdeloise, p. 14.)

1 On trouve dans le rôle gascon de la première année de Henry VI. m. 8. la confirmation de lettres patentes de son prédécesseur 18 janvier 1 119 , relatives aux privilèges des vins de cette abbaye et contenant un vidinuis de lettres pareilles, 1° de Richard II, 2° d'Edward, prince de Galles (4 avril 1357). Un autre acte publié dans les Archives historiques du département de lu Gironde, n° xxxi. 1. 1, p. 55, donne rénumération de tous les officiers de l'abbaye de Sainte-Croix.

2 Suivant un titre de l'an 1125, cite par Baurein, Pey Macanaiu avait épousé Marguerite de Prculon. Var. bord., t. II, p. 250. Cf. p. 507; et t. III, p. 275. — Dans le registre de Rateliff, on lit une ordonnance de John de Huntiugdon, gouverneur de Guienne, du 11 novembre 1439, par laquelle Pierre Makanam est nommé l'un des monétaires de Bordeaux. Ms. lat. de la Bibl. imp. n°915i. folio iiijxx.v. recto.) — Damai, sous l'année 1404, cite connue agent de la jurade de Bordeaux un « Richard de Macanan. qui estoit f'avory du roy d'Angleterre... annuel Macanan la ville lit présent de quatre cens cinquante eseus..., le suppliant de les assister a Londres, et leur (humer advis de ce qui se passe-

Monseigneur de Montferrand i ; Bernard de Bertulh, c'està-dire de Vertheuii; « mestre Johan de Brugas, » dont le

roit. » (Supplément des Chroniques de Bourdeaux , p. -41.) Ce ne peut être le Ricardus Makanam, nommé dans l'un des registres des Grands-Jours de Bordeaux, en 1459. (Archives de l'Empire, X. 10116, folios 13 et 93 recto.) Dans un procès jugé également en 1159, par la même cour, figure un Arnault Macanan, qualifié d'Anglais. Il s'agissait d'une barque, ou navire, le Saint- Eustache de la Rochelle , chargé de sel pour la Flandre , par des marchands rochelais. Ce bâtiment, étant devenu la proie de pirates anglais de Bayonne, avait été vendu à cet Arnault avec la cargaison, puis saisi dans le port de Bordeaux a la requête des Rochelais. Ceux-ci ayant obtenu une sentence du sénéchal de Guicnne, Nolot Revesques , pleige et fidéjusseur d' Arnault de Maknam (car il est également ainsi nommé), autrefois citoyen ou habitant de Bordeaux, avait interjeté appel par-devant la cour des Grands-Jours. (Archives de l'Empire, X. 10116, folio 3 recto, 31 verso et 36 recto.) — Dans le registre du parlement de Bordeaux B. 3, figurent : 1° maître Baude Makanan , licencié es lois (folio 11 recto et verso; arrêts du 14 août 1473 et du 6 septembre 1475) ; 2° Etienne et Guillotin Makanans frères (arrêt du 8 juin 1474) ; 3° Jean de Makanan, bourgeois de Bordeaux (arrêt du 17 janvier 1488); 4° Jean Macanam, écuyer, peut-être le même que le précédent. (Arrêt du 30 avril 1489.) Ailleurs on voit Etienne Makanaut ou Makenan, écuyer, échanson du roi Louis XI, porteur, en 1465, de lettres de ce prince aux jurats de Bordeaux (Champollion-Figcac, Documents historiques inédits, etc., t. II, p. 204) ; deux Johan de Makanan, l'un chanoine de Saint-André, l'autre écuyer (Reg. du pari, de Bordeaux, B. 17, 4 mai et 9 juillet 1523; B. 24, 22 mai 1542); « Loys de Macanan, escuyer, et Pelegrine de Garos, damoiselle, sa femme. » (Ibid., 27 juillet et 9 août 1524.) — Parmi les minutes de Capuci, on trouve, a la date du 13 janvier 1514, une exporle en faveur de maître Baude de Macanan, recteur de Saint-Maixent. La Chronique bourdeloise nous fournit, en 1498, Estève de Macanan, sous-maire de Bordeaux (p. 56) ; en 1504 et 1515, Louis et Raymond Macanan, jurats (ibid.); et, en 1522, Jean de Maquenam, au siège de Rhodes. Enfin, parmi les minutes de Douzeau, figure, a la date du 26 octobre 1551, un autre chevalier de l'ordre de Saint-Jean, messire Louis de Makanan, nommé dans deux actes utiles à consulter pour l'histoire de cette famille, comme le bail a ferme du moulin du Moulinât sur la Jalle, le 13 juillet 1541, et le testament d'un conseiller au parlement de Bordeaux (5 mars 1548) , contemporain de Me Bertrand de Makanan, avocat en la cour (13 juin 1552.) Au siècle suivant, on rencontre, le 20 mars 1625, Marguerite de Macanan, dame de Vignolle (ibid.), et un sieur de Macanan, le 1er février 1652. (Couthures, f° 9 r°.) 1 Quel nom donner a ce personnage? Le serviteur de l'évêque Bcckington parle, en deux endroits de son journal (p. 38, 59), d'un Sir Bernard Montfe-

nom , s'il est le même que celui d'une commune voisine de Bordeaux, semblerait protester contre l'origine plus récente qu'on lui attribue; Jean de Brane; monseigneur Pey Baile ; Johan et Bera Arostanh i ; Pey de Loppe, que la famille de la mère de Michel de Montaigne comptait peut-être au nombre de ses membres2; Pey Colomb, la femme de Helyas Calhau, Galhart, Johan et Monot Monedey, tous trois porteurs d'un nom célèbre dans les annales de la bourgeoisie bordelaise3; messeigneurs de Gassac, Piis de Portz, Vincent de Lariu ; Anthony de

rand; mais en recourant aux Fœdera de Rymer et aux Rôles du parlement, on ne trouve mentionné, a la même époque, qu'un Sir Berlram de Bfontferand. Il est néanmoins fort possible qu'il y ait erreur de la part de l'écrivain du journal, et que le personnage auquel il donne le nom de Bernard, ne soit autre que le fidèle et bien -aimé chevalier Bertrandus dominas de Monteferrando et de Laygorrano, présenté dans un mandement a l'archevêque et autres autorités de Bordeaux comme ayant demandé au roi certaines terres qui avaient appartenu a son oncle Bernard d'Albret, chevalier (Fœdera, t. X, p. 018\ et nommé dans les registres du parlement de Bordeaux, a la date du 2i avril 1172. Dans les actes de reprise des quatrième, septième, huitième et treizième années d'Edward IV, Pétronille Mounferant, veuve de Bertram, que le roi appelle oure oratrice and (rue bedewoman, est assurée de la possession d'une rente de 20 livres par an, qui lui est octroyée sur le revenu des comtes de Bedford et de Bucks. (Rot. parliament., vol. V, p. 542, col. 2, p. 608, col. 1 ; et vol. VI. p. 77, col. 2.)

1 Voyez sur ce nom à! Arostanh, les Variétés bordelaises, t. IV, p. 60-02. On le retrouve dans les Coutumes du parlement de Gnienne, publiées par les frères Lamothe, t. I, p. 81, 100.

2 Ce nom se retrouve a chaque instant dans les anciens registres du parlement de Bordeaux et dans le garde-note des Archives départementales de la Gironde. Nous ne citerons que « Me Anthoine de Loupes, escuyer, seigneur de la Brade en Medoue, » mentionne, à la date du 7 décembre 1568, dans un registre, celui des actes notariés de Martin Arfeulhe, qui en renferme un relatif aux affaires privées de l'auteur des Essais. (12 juin 1569.)

3 Voir sur cette famille, aussi bien que sur celles de Colomb, du Soley et de Calhau, qui le disputaient en richesse et en influence aux Monedey, la Chroniqne bourdeloise , p. 11, ann. 1230; les Variétés bordelaises, t. III. p. 107, note r>, t. IV. p. 58-60, OS; le Bulletin polyma Inique, année 181.1; et le Compte

Lopsaute1, messeigneurs Thomas de Santadas, Pey du Prat, Johan de Castetnau, Pey de Baudeac, et un grand nombre d'autres chevaliers, le connétable, le maire2, Johan Excetre le héraut, Bernard de Gos, vraisemblablement de la famille du pape Clément Y 3. A ces noms se trouvent mêlés ceux d'une multitude de bourgeois de toutes les professions, tels que Guilhem Fau, notaire; « mestre Colin le sabatey, » c'est-à-dire le savetier, ou plutôt le cordonnier; Robert Bertran, maçon; Cronhon, sacquier; Lucas, forgeron; Arnaut Brun, charpentier; « Gensseta, pastissyera; » Saubat, teinturier; et Bernard de Garos , qui est si souvent nommé dans le Journal du serviteur de l'évêque Beckington4, et qu'un acte

rendu des travaux de la Commission des monuments et documents historiques... de la Gironde, etc. Paris, 1855, in-8°, p. 27, 28. — On voit figurer un Mondot de Blanchan, écuyer, sieur de Monadey, dans un acte de Douzeau, du 5 novembre 1552.

1 Voyez, sur le nom de Lopsault, qui était celui d'une église du Médoc, les Variétés bordelaises, t. Il, p. 131-136. — Il est a croire que cette famille a fourni un maire a la Rochelle au milieu du xme siècle et un autre au commencement du xivj; du moins on trouve un sire Raymond et un sire Pierre de Loupsault dans la liste qu'a donnée Arcère. {Histoire de la ville de la Rochelle, etc., t. II, p. 526,527.)

- Ce maire de Bordeaux était Gadifer Shorthose , qualifié d 'écuyer dans le rôle gascon des années 9 et 10 de Henry VI, m. 15. Plus tard, on le trouve appelé Godifer Shurtoise, miles, dans l'ordonnance de sa nomination (Rot. Vase, 11 et 12 Hen. VI, m. 15), et Gadifer Chartoyse dans un autre acte. (Ibid., 24 Hen. VI, m. 8. Cf. 19 Hen. VI, m. 11 ; 23 Hen. VI, m. 14.) Il avait succédé a John Holland en 1432, et fut lui-même remplacé par Henry Redlbrd en 1452, après que Bordeaux, ayant capitulé et fait sa soumission a Charles VII, fut revenu a l'obéissance du roi d'Angleterre.

3 En remontant jusqu'au xme siècle, on trouve un Guilhem de Gus au service de Henry III. (Rot. Vase, 27 Hen. III, m. 26.)

4 A Journal Inj une of the Suite of Thomas Beckington, etc., p. 26, 28, 29, 53, 34, 56, 77, 82. — C'est le même qui, créancier du connétable de Bordeaux, récemment décédé, le faisait excommunier, par un abus de la puissance ecclésiastique, dont Edward III avait essayé d'arrêter les empiétements sur

du 6 avril 1433 qualifie de bourgeois de Bordeaux1. On remarque encore, dans le registre qui nous occupe, Thomas Ebert, Helyas Holdt, Thomas Wedreby, Johan Mortone, Guilhem Ormesby, Johan Sprot, Guilhem Berling, que leurs noms semblent indiquer comme Anglais; Johan de Granvyla, qui l'était peut-être; Ramon Motz, Emor Rhychold , auxquels on peut attribuer une origine allemande2, et Johan de Seratanis, qui semble tirer la

l'autorité royale dans les matières de commerce. Un bourgeois gentilhomme de Bordeaux, Pierre Bonnel ou Bonneau, débiteur de Guillaume Mercer pour des vins achetés de lui, s'était vu citer devant l'official et interdire, sous peine de 100 marcs d'amende, de s'adresser a la justice civile pour être payé. Il eut recours au roi, qui n'eut rien de plus pressé que d'expédier au sénéchal de Gascogne, au connétable de Bordeaux et au prévôt de l'Ombrière, l'ordre de faire droit au pétitionnaire. (Rot. Vase, 22 Ed. III, m. 15. — Lord Treasurer's Remembrancers of Exchequer, Originalia, 22 Ed. III, m. xxxv.) Bernard de Garros fut anobli en 1446. (Rot. Vase, 24 Hen. VI, m. 6.) — Encore au milieu du xvi« siècle, un riche marchand de la Bousselle, Jean d'Anduysse, fermier de la dîme que les chanoines et le chapitre de Saint-Esprit-loz-Hayonne percevaient a Saint-Macaire , obtenait une sentence d'excommunication contre un certain d'Abathe, « a faultc de payement de quartieres a luy deues des années xlv, xlvj, xlvij et xlviij. » Minutes de Gendrault, 1548, folio cclxix recto. Cf. 10 décembre 1543, et Arfeulhe, ojuin 1568.)

1 Rymer, Fœdera, vol. X, p. 543. — Le nom de Bernard de Garros, seigneur de Besson en Médoc , reparait en 1159, dans un procès avec l'abbé de Vertheuil pour la possession de dîmes dans la paroisse de Soussans. (Registre des Grands-Jours, X, 10116, folios 4 recto, 7 recto et 12 recto; et 10117, folio 93 verso.)

2 La consommation de nos vins en Allemagne, qui a donné lieu a l'établissement de tant d'Allemands a Bordeaux, n'existait pas encore, a ce qu'il parait. Les vins étrangers les plus on faveur de l'autre côté du Rhin, semblent avoir oto ceux d'Italie, peut-être aussi ceux do Grèce. Voyez la chronique do Conrad Herdegcn, citée par Roth, Geschichte des Nuernbergischen Handeli. Leipzig, 1800-2, in-8°, t. I, p. 123, en note. En général, les Allemands, maintenant si répandus sur toute la surface de la France, ne venaient autrefois quassez rarement chez nous : aussi disait-on proverbialement le plus estranger d'Allemagne, au lieu de l'être le plus hétéroclite du monde. Voyez la Grctnde Chirurgie de M. Gui de Chauliac, etc. A Tournon, 1398, in -8°, êpitre dedieatoiro, p. 25, lig. 1.

sienne de la Toscane1. Nous sommes encore tenté de nommer Guilhcm Gordon, comme si c'était un Écossais établi en Guienne, et Francisco Karlyn, que son prénom semble désigner comme Espagnol.

Dans le registre que nous venons d'examiner, deux choses nous frappent plus que tout le reste. D'abord, quoiqu'il ait été tenu en Angleterre, il est écrit en gascon ; mais rien de plus facile que de se rendre compte de cette particularité : selon toute apparence, c'était la reproduction du livre tenu par le connétable du château de Bordeaux, qui avait soin d'envoyer son travail par le même convoi que les vins, afin d'assurer la perception des coutumes au port d'arrivée. En second lieu, les noms des propriétaires expéditeurs ne rappellent aucun de ceux qui figurent actuellement sur les rôles des contributions : ce qui montre avec quelle rapidité les populations se renouvellent. Déjà nous aurions pu faire cette remarque à propos des registres analogues à celui de Hull, qui ont passé sous nos yeux; mais le nom de Cabarrus, inscrit sur le Papirtis de maître Jean Guichard, et la date reculée de ce document2, auraient enlevé à

1 Dans une charte partie enregistrée, a la date du 8 avril 1521, parmi les minutes du notaire Douzeau, il est fait mention de « Asolin Saratany, marchand saunoys, » c'cst-a-dire de Sienne, comme faisant des affaires avec Bordeaux.

2 « .xxviij0. die septembris costumavit co... Nosfre Domine de Exemue.... Portât c.j. toïï.

« Alaydisa de Caberutz, x ton franco.

« Eodcm die [xxiiij°. die Octohris] costumavit le Gabriel de Brigegauter.... Portât c.viij. ton.

« P. de Cabarrius, ij toû franco. »

(Papirus Johannis Guicardi, clerici, contrarotulatoris magne custume in Castro Burdegalensi, anno Domini M0, ccc. viij., etc. Voyez ci-dessus, p. Î78-180.)

notre observation la force quelle emprunte au registre de 1444. Nous avons également attendu jusque-là pour faire encore remarquer qu'il ne renferme aucune mention de marchand de vin proprement dit : c'est qu'il ne semble pas qu'il y en eût alors. Les négociants en cette sorte de denrée ne remontent pas bien haut. Encore en 1730, l'auteur d'un Mémoire que nous comptons publier, écrivait : « On regarde les vins comme une marchandise qui n'est pas susceptible d'entreprise, à cause des coulages, de l'incertitude des prix dans les pays étrangers, et du danger qu'on court que les vins se gâtent, surtout les rouges qui se conservent difficilement. C'est pourquoy les négociants sages et entendus ne donnent pas dans ce commerce; ils se contentent d'acheter en commission pour les étrangers, regardant ces sortes d'entreprises comme très-scabreuses et très-périlleuses. »

Une troisième particularité qui nous a frappé en parcourant le registre de la douane de Hull, c'est de voir que parmi les navires qui viennent de dénier sous nos yeux, on n'en trouve aucun qui soit indiqué comme appartenant au port de Bordeaux : ce qui annonce, non que ce port n'eût point de marine (nous avons vu le contraire), mais que cette marine n'était propre, tout au plus, qu'au cabotage.

Le registre qui a donné lieu aux observations précédentes nous a fourni des renseignements sur l'état du commerce des vins et de la propriété foncière en Guienne au milieu du xvc siècle; peut-être par lui saurons-nous quelque chose sur les progrès de la viticulture dans cette contrée. A voir le grand nombre de corporations religieuses et de gens d'église qui figurent parmi

les expéditeurs de vins en Angleterre, on ne peut s'imaginer que le clergé, en possession d'une bonne partie du sol, n'ait rien fait pour en tirer des produits de plus en plus satisfaisants. Les communautés religieuses, par leur instruction et l'étendue de leurs correspondances, étaient en position de se procurer des renseignements exacts sur la culture de la vigne ; et la stabilité de leur existence les mettait en état de la conduire avec la continuité de principes et de pratiques d'où sa perfection dépend. Voilà comment et pourquoi les grands vignobles de Saint- Émilion, de Guîtres et de Faise, de l'Isle, de Vertheuil et de Cantenac, en Guienne, le Clos-Vougeot et l'Hermitage, dans une autre province, étaient possédés par ces corporations, avant la révolution de 1789, qui les en a dépouillées. « C'est, ajoute M. Biot, qui ne cite que ces deux derniers grands crus, qu'elles les avaient créés ou améliorés par une industrie aussi éclairée que patiente. Aux époques reculées où leur plantation remonte, le clergé seul avait assez de richesse, d'intelligence et d'esprit de suite, pour concevoir et mener à bien de pareilles opérations ! . » Ayant renoncé à s'occuper de travaux publics, tels que chaussées, hôpitaux et ponts2, il reporta ses soins et ses capitaux sur une occupation qui lui sembla plus propre à récompenser les uns et à faire valoir les autres. C'est pour y arriver plus sûrement que le prieur de l'église de Saint-Romain de Toulouse avait sollicité, vers l'époque à laquelle nous reporte le registre de la douane de Hull , la permission

1 Article sur l'ouvrage de M. Léopold Delisle. (Journal des Savants, novembre 1851, p. 671.) - La Bible Guiot de Provins, v. 683. (Fabliaux el Contes, t. II, p. 529.)

de vendre des vins aussi bien que d'acquérir des terres1. On peut juger de l'abondance des produits viticoles des établissements religieux en voyant ceux qui les dirigeaient payer en denrées de cette espèce les ouvriers et les artistes qu'ils employaient. Pierre Berquin, maître menuisier et sculpteur à Bordeaux , s' étant chargé de la construction d'un rétable dans l'église des frères prêcheurs, avec ornements et statues de cinq pieds et demi de haut, convint de recevoir, en sus de 4,500 livres et de la nourriture des ouvriers, deux tonneaux de vin du couvent, qui, selon toute apparence, n'était pas du pire2.

1 Rot. Vase, 18 Hen. VI, m. 6.

2 Minutes de Couthures, ann. 1669, folio 74. — Le même Pierre Berquin, « bourgois et menuisier-sculpteur de Bourdeaux et y habitant, parroisse Saint- Pierre, » reparaît dans un acte du 24 février 1673 ( folio 110 recto , relatif ii

un corps de carrosse « en sculpture, » qu'il s'était engagé a faire pour."," livres tournois. — Des arrangements pareils à ceux du contrat de 1669 n'étaient pas rares. Pour n'en citer qu'un seul, du siècle précédent, Antoine Cleise, maître serrurier, s'engage à faire une horloge qui « aura cinq pieds de hault et trois pieds en carré , » et a la garnir de toutes les roues, aiguilles, contrepoids et cordages nécessaires; « et sera tenu, ajoute le notaire, la faire de bonne estoffe, » et la régler sur la grosse cloche de la paroisse Saint-André , pour le prix de 40 écus sol, 10 écus en argent et le reste en blé. (Minutes de Gendrault, 7 mars 1548, 293-1, folio -470 recto.) — Le même registre présente auparavant deux actes analogues, avec cette différence qu'il n'y est pas question de payement en nature, sans doute parce que d'un côté il n'y avait point de vin ou de blé a écouler, et que d'un autre il s'en trouvait peut-être trop. Ce sont des contrats, pour la construction des orgues de l'église Sainte -Eulalie , entre les membres de la fabrique, frère Jean de Ci vrac, infirmier de Sainte-Croix de Bordeaux, et Olivier Artaud, maître menuisier de cette ville. (Ibid.t 1 1 juin 1348. folio Cxxix verso et suiv.) La reproduction des détails dans lesquels entre le notaire serait ici hors d'œuvre; nous nous contenterons de les signaler aux curieux.

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