CHAPITRE XIX
COMMERCE DE BORDEAUX AVEC LES PAYS-BAS AU XVIe ET AU XVIIe SIECLE.
Passage de l'historien de Thou relatif aux navires qui fréquentaient le port de Bordeaux au xvr siècle. — Relations de cette place avec le Conquet. — Commerçants des Pays-Bas en rapport avec Bordeaux; marchandises qu'ils importaient ou exportaient. — Navires hollandais et zélandais soumis en 1620 à une quarantaine, à leur arrivée à Bordeaux. — Flamands et Hollandais établis en Guienne au xvr et au xvnc siècle. — Succursales bordelaises de maisons des Pays-Bas. — Familles flamandes et hollandaises auxquelles est du le dessèchement des marais du Médoc ; traces de la part qu'y prirent ces étrangers. — Prépondérance de la marine hollandaise au XVH" siècle. — Consommation des vins de Guienne dans le nord de l'Espagne ; expéditions de Bordeaux pour les ports de la Biscaye et des Aslurics.
Avec les Anglais et les Écossais, quels étaient les étrangers qui , au xvie et au xvne siècle , venaient à Bordeaux acheter des vins? De Thou va nous l'apprendre. Racontant les projets que formait l'Espagne sur le Conquet, port de Bretagne, dont elle s'était emparée pendant les troubles de la Ligue, il dit que ce port étant l'abord de tous les vaisseaux anglais, hollandais, danois et autres, qui venaient de la mer Baltique et de la Moscovie pour charger des vins de Bordeaux et du sel de Brouage1, et
1 Xous voyons ici la raison pour laquelle certains marchands étrangers se faisaient adresser en Saintonge les vins qu'ils achetaient a Bordeaux. Parmi les minutes de Douzeau, on trouve, a la date du 29 avril et du 4 mai 1546, un payement, parPeyroton du Perrey, marchand et bourgeois de cette ville, a Jean Brygenbarch, marchand de Lubeck, auquel ledit Peyroton devait livrer un certain nombre de balles de pastel « en Broaige; » et un engagement de ce dernier a livrer au même endroit trente-sept balles de la même denrée a un marchand de Dclft. — Ce du Perrey, que nous avons déjà vu, p. 193, note 1, et 595, et que nous reverrons p. 434, note 1, est sûrement le même qui tenait le logis du Chapeau-Rouge, principalement dans le but de profiter, pour son commerce, de son contact journalier avec les Flamands qui fréquentaient sa maison. 11 leur
tous relâchant sur ce point, à cause de sa situation avantageuse, cette puissance se flattait de pouvoir y établir une douane qui lui rapporterait des sommes immenses l . Avant de passer aux nations énumérées dans ce passage, et sans nous arrêter aux huit navires de la flotte de Bordeaux, en 1568, poussés par la tempête et retenus dans le port du Conquet 2, nous constaterons que ce port ne servait pas seulement de refuge aux bâtiments du commerce de Bordeaux, mais qu'il entretenait des rapports directs avec cette place. En 1546, un marchand de Saint-Pol-de-Léon opérait à Bordeaux un payement pour un habitant du Conquet 3, et un marchand de Londres, dans un acte de chargement de quatre-vingt-huit tonneaux de vin, sur lequel il avait emprunté une somme au patron du navire qui les emportait à Bristol, prend la précaution de stipuler que la traversée aura lieu, « sans passer au Conquet, ny desvoyer, si le temps luy sert4. » Plusieurs actes des années 1548 et 1549 attestent la présence d'habitants du Conquet à Bordeaux; ils y venaient traiter des affaires5, et l'un d'eux achetait jusqu'à cent tonneaux de vin « claretz et marchans, et la fustaige d'iceulx non vert d'aulcun, » à livrer sur le port de cette
vendait du pastel, ainsi que des vins claretz de son cru de Mérignac et des crus d'Ev/.ines et du Vigean, et recevait en payement des harengs. (Minutes de Dou/eau, 14 décembre 1546.)
1 Jae. Aug. Thuan. Uist. sui tetnp., 1 i 1 > . CXI, c. it; éd. Lo&d., t. V. p. 438.
2 State Papers, Demestic Séries, Elizabeth, 2 N»>v. 1368; vol. XLV1II, n° 57. Cf. n° 59. — Selon toute apparence, c'étaient les mêmes que ceux au sujet desquels des marchands de Cork, en Irlande, adressaient une pétition a Sir William Ceeil. (Ifctt, Fehr. 1569; vol. XL1X, m> 55. 1.)
3 Minutes de Douzeau, ±2 mai 1546.
i IbhL, 7 octobre 1546.
' //'/</.. 15 décembre 1518; li mai. 7 novembre 1549.
ville1. En 1550, un autre marchand du Conquet traitait une affaire semblable à Sainte-Foy la Grande2; un second chargeait une forte partie de vins pour Dumbarton ou Leith 3, précédant de quelques mois deux autres expéditions du même genre pour l'Irlande4. Un troisième s'était rendu acquéreur, par le ministère d'un courtier de Bordeaux, de huit tonneaux de vin, pour lesquels il avait, solidairement avec celui-ci, contracté une dette de 120 livres tournois5. Enfin d'autres marchands du Conquet se montrent à Bordeaux en 1558, l'un d'eux en compagnie d'un bourgeois de cette ville, Pierre Garât6.
En tête des étrangers qui venaient charger des vins à Bordeaux au xvie siècle , de Thou nomme les Anglais ; il ne paraît pas cependant qu'ils fussent aussi nombreux que les Flamands et les Hollandais, et l'on peut affirmer que le chiffre des affaires traitées par les marchands des Pays-Bas leur donnait la prééminence sur tous les autres. Pour un Anglais qui figure, dans le répertoire de Douzeau 7, on trouve une multitude de commerçants des
1 Minutes de Douzeau, 15 novembre 1549.
2 Ibid., 24 avril 1550.
3 Ibid., 5 décembre 1550. Voir un autre acte du 24 janvier de la même année, et un second du 31 mars 1551.
* Ibid., 6 et 7 mai 1550. Cf. 6 février, même année.
5 Ibid,, 20 avril 1551.
6 Ibid., 18 janvier, 14 février 1558.
7 Nous ne pouvons entreprendre même de les énumérer; nous nous laisserons aller, cependant, a nommer Adam Goman, ou Gradman, d'Exeter, représenté par un certain Thomas Goswin , qui faisait acheter, par le ministère d'un commissionnaire , vingt-neuf tonneaux , de quatre barriques chacun , du vin du cru de Bordeaux , et dix tonneaux de sel pour un marchand de Bermeo en Biscaye (1er juillet 1549). Le commissionnaiie lui-même était Espagnol, comme Bertrand de la Salle, facteur d'un marchand de Toulouse , qui plaidait contre un marchand de Bordeaux (reg, du parlement , B. 17; 9 juillet 1 £23) , et comme
Provinces-Unies en relation avec Bordeaux, et de nombreux navires venaient chercher surtout nos vins 1 pour les porter ensuite dans tout le nord de l'Europe2. Le 22 octobre 1549, le Dragon volant, de Lubeck, est enregistré comme ayant reçu de Pierre Symonnet , marchand de Middelbourg, pour et au nom de Jeannot Daydie, marchand et bourgeois de Bordeaux, quatrevingt-onze tonneaux deux tierçons de vin. Vient ensuite, à la date du 20 décembre, le contrat d'embarquement sur le Dorblehurt « de Hoyssant de Olande, » de pastel, de vin, d'une barrique deigras* et d'un tierçon de vinaigre, le tout à destination d'Anvers, comme les quatre-vingts tonneaux de vin chargés sur le Dragon de Harlem, par Messers Lope et Diego Ortega de Garrion 4. »
Francisco de Mallona, de la ville de Gucrnica, fondé de pouvoir de Thomas Bostel, marchand anglais, qualifié de facteur et de serviteur de honorable Adam Gradman , dans un reçu de cent tonneaux de vin , du cru de Bordelais, « fustaille d'icculx faicte en Bourdeaux. » (Douzcau, 18 avril 1550.)
1 Voyez ci-dessus, p. 139, et surtout le Mémoire d'A. 6. H. Schayes sur la culture de la vigne en Belgique , dans le Messager des sciences et des arts de ce pays, t. I (Gand, 1833), in-8<\ p. 285-294.
2 Parmi eux, on remarque un navire breton affrété par un marchand de Morlaix, pour charger vingt-cinq tonneaux de vins « des premiers qui se cueilleront et amasseront a ces prochaines vendanges au pays de Bourdelois , » h destination de Morlaix ou de Middelbourg. (Minutes de Dou/.eau , 13 septembre 1347.)
3 Suivant acte de Dou/cau, du 23 août 1339. un marchand de Bordeaux confesse devoir à un habitant de Saint- Seurin de Chalain en Fronsadais, 48 IV. bordelais « a cause et pour raison de la vendition et délivrance de vingt-quatre tonneaux dagras bons et marchans, a raison de trante souk le tonneau. » Peut-être s'agit-il de dégras pour passer les cuirs en blanc et les rendre imperméables.
' Acte du 2 février 1519. — Dans un autre du 25 octobre 1550, on voit deux marchands de Bordeaux charger, le premier, pour et au nom de Diego Ortega de Carrion, marchand, demeurant a Anvers, cent tonneaux de vin a livrer a Lope de Garrion, demeurant a Londres; le deuxième, en son propre el prive
Peu de jours après la date du contrat relatif au Dragon volant, le facteur du même Symonnet passait un acte pareil avec le patron du Christofle de Hambourg pour un chargement de vin à destination de Londres (26 octobre 1549), et ce marin recevait encore à son bord environ cent cinquante tonneaux, dont deux pipes de vinaigre1, pour le compte d'un marchand de Flessingue, aussi à destination de Londres ou de Middelbourg (12 novembre). Une autre fois, Pierre Symonnet embar-
nom, trois tonneaux et demi de vin et sept tonneaux de vinaigre. Cf. 20 et
23 décembre 1550. — Au milieu du xive siècle , l'Espagne entretenait avec la Flandre des rapports suivis, et les Espagnols se rendaient dans les Pays-Bas pour charger leurs navires de draps, de toiles « et de tout ce que bon et profitable leur sembloit, pour remener en leur pays. » {Les Chron. de Froissart , liv. I, part. II, eh. m; t. I, p. 285, col. 2.) A l'avéncment de Charles-Quint, les deux contrées ayant été réunies sous le même sceptre , nos voisins trouvèrent plus commode , surtout plus avantageux, de s'établir l'a où ils allaient s'approvisionner; toutefois, on rencontre des expéditions de toile, sûrement de Bretagne, par des commissionnaires bordelais, pour l'Espagne. (Douzeau,
24 mai 1553, 28 août 1549, 23 septembre 1550, 2 juillet 1551. Cf. Couthures, 4 mars 1667, folio 63.) — Nombre de maisons des Pays-Bas étant espagnoles, il n'y a point a s'étonner que des navires de ces contrées aient reçu un nom emprunté à la langue castillane. Tel était le San Salvador, d'Anvers, nommé dans un acte, par lequel le patron, a la veille de partir de Bordeaux avec un chargement de vin, de vinaigre et de pastel, destiné a des marchands de Lille, s'engage a servir de père à un pauvre orphelin, âgé d'environ cinq ans, recueilli par un maître joueur d'épée compagnon cordonnier (Douzeau, 8 avril 1546), espèce d'artiste moins autorisé sans doute que les « maistres généraux du jeu de l'espée » qui délivrent un brevet rapporté par Gendrault, a la date du 25 février 1548.
1 Cet article que nous avons négligé , ligure fréquemment sur les connaissements des navires expédiés de Bordeaux pour le Nord. On en voit jusqu'à onze tonneaux, avec trois cent treize pièces de résine et six cents pièces de bois, sur la Lévrière d'Anvers, a destination de cette place; trois barriques, avec deux baricauts de coings et un petit baricaut « d'eau de main, » sur la Françoise d'Arvert, a destination de Londres, et 25 tonneaux avec une pipe d'huile et certaines autres marchandises, comme ver; es, a conduire a Brest. (Minutes de Douzeau, des 8 juin et 16 novembre 1546. Voyez encore le 7 janvier et le 16 février 1547, les 10 mai et 2i novembre 1548, et le 15 mnrs 1550.^
k'te HISTOIRE DU COMMERCE
quait sur le Faucon « de Gonisberck en Ostlande, » deux cent vingt-sept tonneaux trois barriques de vin, huit barils de verjus et vinaigre, deux barriques pleines de verres, une barrique de châtaignes1, deux petites barriques de moutarde2, et autres menues denrées (19 novembre 1549).
On n'en finirait pas si l'on voulait consigner ici toutes les affaires du même genre , traitées à Bordeaux par des Flamands et des Hollandais , ou , pour parler plus exactement, par des commerçants des Pays-Bas3, depuis le commencement du xvie siècle4. Nous citerons cependant encore deux actes de Douzeau, l'un en date du 2 janvier 1549, à cause du nom d'un marchand de la ville de Hambourg, Siliacus Hoppe, nommé dans un acte de prêt avec un marchand anglais de Bristol, et arrêté avec son navire faute d'avoir payé quatorze tonneaux de vin; l'autre du 22 décembre 1550, où l'on voit le vieux tabellion se rendant à la maison d'un débiteur pour y instrumenter, accompagné d'un marchand d'Anvers.
1 Le lo janvier i!KJ0, le facteur d'un marchand d York ajoute une barrique de châtaignes a une cargaison de vin destinée au port de Hull . et le 17 terrier un autre facteur charge pour un marchand de Rouen vingt-cinq pipes vinaticres de pommes, a destination de Londres. (Minutes de Douzeau.)
2 Cet article, fabriqué avec du moût de raisin, d'où son nom (mustum ardens), vient accroître la liste de nos exportations. Il ligure, a la date du 2 et du 28 novembre 1848, dans deux actes de Douzeau, relatifs a des chargements opérés a destination d'Anvers, le second pour Machato Saratany, de Toulouse, et qui comprenait encore du pastel, de la plume et une barrique de fromage. — Sous le 1er mars 1547, ligure un certain Jauhert de Romefort, dit le Momtardier de Saint-Michel.
3 On trouve, par exemple, pour Cambrai, Jacques de Fenyn, marchand de cette ville, chargeant sur navires étrangers, a destination de Middclbourg. des vins et de la plume. (Douzeau, 3 et I novembre el "21 janvier 1549.]
Voir les Minutes de Brune t, 07-1. ;iu (> novembre 1505.
Le répertoire d'un notaire postérieur nous offre Samuel Melic, marchand d'Amsterdam, pareillement détenu pour dettes dans les prisons de la conciergerie de Guienne ' ; un marchand flamand nommé Bongard, achetant à Pujos un certain nombre de tonneaux de vins2, et, ce qui peut sembler plus intéressant, le détail de la cargaison du Saint-Jean de Rotterdam, saisi pour fraude, à Bordeaux, par les visiteurs des vaisseaux d'issue des bureaux du convoi et contablie. Cette cargaison, formée par le courtier royal Jean Boduin 5, se composait d'environ cent trente-six tonneaux de vin de ville, de douze tonneaux de vin de haut4, de vingt tonneaux une barrique et demie de vinaigre, de soixante et une barriques d'eau-de-vie, de dix demi-barriques de prunes et de vingt-quatre tables de noyer5.
De leur côté , les navires des Pays-Bas apportaient à Bordeaux des denrées du Nord, des harengs6, du plomb,
1 Minutes de Couthures, du 6 février 1657, folio 197 verso. - Ibid., 20 avril 1673, folio 555 recto.
3 On le trouve nommé Jean Baudouin, dans la signification d'un arrêt du parlement de Bordeaux, du 14 décembre 1644. (Edicts, déclarations, arrests et transaction, portant reglemens des droicts deubs et attribués aux courtiers roi/aux de Bourdeaux, etc., p. 56, 37.)
4 On disait plutôt de haut pays, comme on lit dans deux actes de Douzeau, l'un du 26 novembre 1346, l'autre du 14 décembre 1548; le premier relatif a l'embarquement, sur la Marie de Bordeaux, de cinquante-quatre tonneaux de vin pour la provision de la maison de la reine Marguerite ; le second concernant une expédition de soixante-six tonneaux , par la voie de Nantes, au cardinal de Cbàtillon.
:i Minutes de Couthures, 21 mars 1637, folio 23 verso.
G Sire Pierre de Bonnegarde, marchand et bourgeois de Bordeaux, reconnaît devoir a Anthony de Fontvielbe, marchand d'Alby, la somme de 573 livres tournois pour cinq letz de harengs de Flandre, vendus et livrés a Bordeaux. «Minutes de Douzeau, 8 juillet 1546.) — Le last formait un poids de 4,000 livres, ou deux tonneaux en termes de mer; il fallait dix milliers de harengs 1. 28
de la frise, du drap, de la couperose1. Plus tard, nous voyons apparaître les fromages, et les importateurs passer, à l'occasion, cet article en contrebande. En 1667, le Druide d'Amsterdam en ayant mis cent dans sa déclaration , il y eut menace de confiscation du navire et des fromages. L'affaire se termina par une transaction-, comme cela avait eu lieu, quelques années auparavant, pour la Concorde de Flessingue*.
Dans l'intervalle, l'autorité municipale avait eu à se défendre d'un plus grave danger. Une épidémie exerçait des ravages en Hollande et en Zélande : outre la terreur qu'inspirait la contagion, il y avait lieu de craindre que les commerçants venus des Pays-Bas ne se vissent refuser le feu et l'eau4. Les jurats ordonnèrent que tous les navires mouilleraient devant les palus de Blanquefort pour y faire leur quarantaine, et que les maîtres seraient tenus de déplier toutes les marchandises et de les faire parfumer5.
Au nombre des importations des Flamands à Bor-
saurs pour un last, et. douze ruirs de bœuf seulement. Le last, mesure de capacité de 80 bushels, valait un peu plus de 29 hectolitres.
1 Minutes de Douzcau, ;i la date du 50 juin 1546. — Sire Peyroton du Perrey, marchand et bourgeeis de Bordeaux (voyez ci-dessus, p. 195, note I, et p. 127 . reconnaît devoir a Jean Ghcldolf, marchand d'Aix-la-Chapelle, établi a Anvers, le prix d'un fort envoi de ces sortes de denrées.
- Minutes de Couthures, acte du 30 octobre 1667, folio 179.
:i Ibid., acte du 15 février 1655, folio 50 recto.
* En 1537, une« malladie et pestilence » s'étant manifestée a Toulouse, deux marchands de cette ville, qui se rendaient a la foire de Niort, demandent au notaire Douzeau un certificat afin de trouvera se louer sur la route. Cet officier dresse un premier acte le 2-2 octobre 1557, un second à leur retour, le 10 décembre, et un troisième le 15 février suivant ; par ces pièces on est au courant de tous les mouvements de nos Toulousains, et de leurs appréhensions.
:i Continuât, à la Chron. bourdeloise, commentant Vannée l<>20, etc. p. 97.
deaux, nous avons longtemps caressé l'espoir de trouver de ces objets d'art tels que l'on en rencontre dans les comptes de la dépense de Henri IV, alors roi de Navarre * ; mais nous n'avons rien découvert qui nous autorise à dire que ces objets aient jamais figuré comme appoint dans les transactions commerciales de ces étrangers avec notre place; et les tableaux flamands et hollandais que l'on conserve au Musée de la ville de Bordeaux ont une autre origine. Dans les nombreux documents que nous avons consultés, nous n'avons rencontré aucune mention d'objet d'art ou d'ameublement importé à Bordeaux par les Flamands qui venaient y faire du négoce , si ce n'est une table faite à la mode de Flandre et deux chaires de Flandre2; mais l'on voit aussi un notable commerçant de notre place, François Malbosc, expédiant un buffet et une table à un marchand d'Anvers3.
Ces fréquents rapports entre les Pays-Bas et Bordeaux ne pouvaient manquer de fixer de bonne heure chez nous des Flamands et des Hollandais. Un acte du 28 avril 1343 fait connaître un Bernard Guillaume de Bruges4, associé avec Pierre Yirac , comme lui marchand et bour-
1 Vente par Sophorien de Corse, marchand flamand, d'un cabinet, pour la somme de 50 livres. — Vente de quelques tableaux de Flandre, par Jean de Beycr, pour la somme de 12 éeus et demi. (La Rochelle, 12 et 15 juillet 1588. Archives du département des Basses-Pyrénées, B. 2943.)
- Minutes de Douzeau, 19 février et 7 novembre 1559.
3 IbuL, 7 juin 1549.
4 Ce nom, qui est aussi celui d'une commune voisine de Bordeaux, sur les confins du Médoc , dont elle faisait partie (minutes de Dartigamala, 7 mai 1474, et de Capuci, 23 juillet 1513), pourrait tout aussi bien en venir; mais, de bonne heure , la ville flamande tirait des vins de nos contrées. Douzeau prend note d'un chargement par Pierre Poictou, marchand de Bruges, de soixantetrois tonneaux de vin a destination du port de Boulogne. (6 mars 1546.)
geois (le Bordeaux, et avec deux marchands de la cité de Londres, à propos d'une réclamation de 700 écus d'or par eux confiés à un commis anglais et confisqués par le sénéchal de Saintes et d'Angoulême1. Un arrêt du parlement de Guienne, du 14 août 1515, nomme comme demandeur Arnault Richard , marchand flamand2, et des notifications d'arrêts subséquents nous donnent les noms d'autres commerçants du même pays établis dans le nôtre. Nous ne citerons que Samuel Merman, l'un des aïeux d'une famille encore subsistante à Bordeaux3, Dominique de Ram, docteur en l'un et l'autre droit, avocat au parlement de Bordeaux 4, et Jean Ridder, sans doute le même que celui qui figure dans les relations des troubles de cette ville pendant la Fronde5, et qui pourrait bien être l'associé de la maison Bierquens et Ridders, dont il est fait mention dans un acte du 19 décembre 1650 6. On y voit figurer en même temps d'autres marchands des Pays-Bas, pareillement établis à Bordeaux, tels que Jean Deneve et les sieurs Bacqueman et Wesclrop, « aussi marchants flamants, » ces deux derniers mis en demeure de recevoir une somme par eux fournie en Hollande pour Gédéon Sauvage, bourgeois et marchand de Bordeaux. Une lettre de change, tirée le 28 février 1651, par un marchand de la Rochelle, sur
1 Rot. Vase, 16 Ed. III, m. 31 in dorso. - Reg. B. 13, folio 4 verso.
3 Edicts, déclarations, arrests et transaction , etc., p. 35.
4 Minutes de Douzeau, 17 février 1538.
:i D. Devienne, Hist. de la ville de Bordeaux , part. 1. liv. X , i». 171. G Minutes de Continues, fol. 305 recto. — Voy. encore un arrêt de la Chambre de l'édit de Guienne, du 5 sept. 1648, dans les l s et coutumes de la mer, p. 251. Contracté maritimes, cli. IV.
un commerçant de Niort, logé à la Poire-d'Or, à Bordeaux, nous donne les noms de deux autres marchands flamands domiciliés dans cette ville1, et nous en avons recueilli un troisième dans un acte du même Couthures2. Un certain Jean François Brower, fils d'un bourgmestre de Dunkerque, était venu à Bordeaux par ordre de sa mère. Laissé sans argent, il mit opposition sur les sommes dues à feu son père par son cousin Abraham Àlkan, bourgeois et marchand de Bordeaux3. Deux autres cornmerçants de la même nation, Alard et Cram, y étaient également établis, mais non naturalisés : ce qui donna lieu à une ordonnance du maire et des jurats, qui cassèrent les lettres de bourgeoisie que ces étrangers avaient obtenues contrairement aux formes du statut4.
Certaines maisons des Pays-Bas étaient représentées à Bordeaux par quelqu'un de leurs membres, dans le but de faciliter leur négoce. Telle était la maison Lopez, qui existait à la fois à Bordeaux et à Anvers. Le chef du comptoir de Bordeaux, nommé « honorable Bertrand Loppes de Villeneufve, » était jurât et prévôt de la cité : ce sont là du moins les titres que lui donne le notaire Douzeau dans un acte du 12 mai 1546, où il est représenté comme ayant chargé sur le navire hollandais les Quatre Fils Aymon, du pastel, pour et au nom de sire Martin Loppes, marchand d'Anvers5. Suivant acte du
1 Los sieurs Valandal et Daniel Oycns. (Minutes de Couthures, 17 mars 1650, folio 548 recto et verso.)
2 Godel'roy Vloots. (Ibicl, 5 août 1655 , fol. 192 recto.)
3 Ibid., 21 novembre 1651 ; fol. 544 recto.
1 Continuation à la Chronique bourdeloise, p. 74, et plus haut, p. 81. s Voyez encore quatre actes reçus aussi par Couthures, les 9 et 10 mai 1547, trois le jour suivant, et un le 20 mai.
26 février, Bertrand Loppes opérait aussi pour d'autres que son homonyme, ayant chargé du vin pour Londres, en société avec des maisons de Bordeaux et de Bilbao. Nous le reverrons plus tard.
Une autre maison hollandaise avait une succursale sur notre place. Au milieu du xvne siècle, Josué van Herlant était négociant à Amsterdam, tandis que Jacob van Herlant était bourgeois et marchand de Bordeaux. On voit ce dernier prêter à la grosse, pour le compte de son parent de Hollande, la somme de 1,600 livres à Jean de la Rivière, qui avait chargé des vins à destination de Rotterdam, et payer en outre 64 livres tournois pour l'assurance de cette somme, à raison de 4 pour 100 l.
On rencontre encore les noms de Gabriel Davensens 2 et du sieur Despans, marchand flamand, habitant aux Ghartrons3; mais ils s'effacent devant ceux de Cat, de van Bomel et de Gaussen, dont il faut pareillement l'aire honneur au commerce. Ils appartiennent à des familles dont les auteurs, « marchands flamands habitués à Bordeaux \ » ayant entrepris le dessèchement des marais de la Guienne, s'étaient établis dans cette ville5. Sûrement
1 Acte de Couthures, du 50 décembre 1654, folio 547 recto.
- On trouve Bernard Davanseau, de Villeneuve en Bourgeais, dans un acte de Douzeau, du 19 niai lo4G.
;5 Actes de Couthures, en date du 3 octobre et du 0 novembre 1652 (folios C9 recto et ô!)l recto et du 17 niai 1(>;>6 (folio Ni verso .
* Archives historiques du département de la Gironde, t. 11, ir* clxxviii, p. '201.
'■' Baurein, Variétés bordelaises, t. I, p. 170. 271, 272; t. II, p. -277; et Darnal, Supplément à la Chronique Iwurdeloise, p. 111, année 1599. — Eu recourant a une souree a laquelle nous avons fréquemment puisé, nous voyons qu'en 1643, Outger Lussen, PiterCal et autres Hollandais, avaient entrepris le dessèchement des marais appelés nie d'Épernon; qu'en 1646, la famille Cat et quelques autres opérèrent de même sur les marais de Lesparre, Saint-Vivien et
c'est d'un étranger originaire des Pays-Bas que vient le nom du domaine du Flamand, de la métairie de la Hutte, commune de Parempuyre, à treize kilomètres de Bordeaux, et celui de la forêt du Flamand dans le bas Médoc.
Pour exécuter ces travaux de dessèchement, les Hollandais qui les avaient entrepris durent appeler des gens de leur pays, de tout temps habitués à en exécuter de semblables1. Le grand nombre de noms flamands restés dans le peuple, à Bordeaux et aux environs, semblerait indiquer que ces ouvriers s'y établirent , surtout sur les terrains conquis par leur travail . Le nom de Poldre de Hollande donné à l'un de ces terrains, perpétue le souvenir d'une victoire de l'industrie.
Au xvne siècle, le commerce et la navigation, à Bordeaux, étaient presque entièrement entre les mains des Hollandais. Un ambassadeur de Louis XIY auprès de la cour de Copenhague écrivait au secrétaire d'État de la marine : « Il est certain que les gens de ce païs-cy commencent à se servir du sel de France plus qu'ils ne faisoient auparavant , et que les vins rouges et blancs qui viennent par Bourdeaux et par Nantes, y sont d'un plus
Vendays. En 1680, il y avait à Bordeaux deux marchands hollandais établis, Henry van Bomel et Joachim Mendorze Cat; et, plus tard, nous trouvons aux Chartrons Hendriek Seelcn, bourgeois et marchand, spéculant sur les huiles et les sucres. (Recueil de factums, Bibl. de Bordeaux, Jurisprudence, n° 3076, t. V, n° 86 et suiv. ; t. XIX, n° 6; n° 69, p. 9, col. 2; et n° 71.) — Excité par l'exemple des Hollandais, en 1772, M. Cabarrus, négociant a Bordeaux, offrait de dessécher a ses frais deux marais a Cantenac. (Archives historiques du département de la Gironde, t. I, p. 241, 242, n° cxxiv.)
1 « Ernoul le Courant, dit Fossieur, né du pais de Hoilande, povre laboureur a bras. » (Trésor des chartes, rcg. JJ. 135, ch. xlij, folio 9 recto et verso, année 1388.) Les mineurs étaient assimilés a des furets, et appelés Iwrons. (Ckron. de Froissart, liv. 1, part. II; t. I. p. 017, col. 2, année 1370.)
grand débit, et beaucoup plus cher qu'ils n' estaient cydevant. On s'est persuadé qu'ils estoient plus sains que le vin du Rhin, et cette opinion en pourroit procurer le débit avec avantage; il est à considérer aussy que la conjoncture est très-favorable pour mettre entre les mains des Danois une partie du commerce que les Hollandois faisoient en France, et diminuer par là leur navigation l. » Cette navigation ne fut jamais plus puissante que sous Philippe II, à la fin du xvie siècle, alors que les Espagnols possédaient les Pays-Bas, et que les navires de la Biscaye associés à ceux de la Hollande et de la Zélande constituaient des flottes considérables à la poursuite des mêmes intérêts. Sous un pareil régime, on comprend aisément que les Biscaïens, après avoir transporté autrefois nos vins dans les Iles-Britanniques-, aient continué la même industrie sur un autre point plus hospitalier; mais on ne peut que s'étonner de voir les marins basques venir chercher des vins dans notre pays pour les rapporter dans le leur, et le nord de l'Espagne demander cette denrée pour sa consommation. Or, c'est ce qui résulte des documents de l'époque. Un marchand de Chirac charge sur la Marie de Bordeaux vingt-sept tonneaux de vin « de hault pays » à destination de Saint -Sébastien 3, et, la même année, une expédition analogue part de
1 Lettre de M. de Bonrcpaus à M. de Pontchartrain, Copenhague, 28 avril 1(>!)5. ^Archives de l'Empire, K. 1336, p. 23.^
- Ilymer, Fcedera, etc., t. XI, p, 674. — Dans une pièce plus ancienne, on voit arrêté dans le port de Sandwich un navire de Bayowie commande par un patron de Blaye. (RM. Ffanc., 9 Rie. Il, ni. 1.
3 Minutes de Douzeau, Ier septembre 1547. Une expédition i\c vin par un autre marchand de Chirac ligure dans le même registre, a la date du 23 juin de la même année.
notre port pour celui du Passage1. Deux marchands, l'un de Cours en Bazadais, l'autre du Condomois, embarquent pareillement des vins à Bordeaux pour les conduire à Saint-Jean-de-Luz, Fontarabie ou le Passage2; deux marchands de Burgos3, puis deux autres d'Illana et de Gijon, en font autant pour ces diverses localités4.
Garcia de Toredo, marchand de Saragosse, déclare devoir à un commerçant de Bordeaux, sire Etienne Daguerre, 68 écus sol, valant 45 sous pièce, à raison de la vente de huit tonneaux de vin 5; un bourgeois de Laredo charge trente-trois tonneaux pour cette ville 6 ; Antoine Faure en expédie vingt-quatre de notre port pour Saint- Sébastien, ou Laredo7, et, à son exemple, deux autres marchands, l'un de Sainte-Bazeille, l'autre de Guerrande, chargent des vins pour la Biscaye, après s'être réservé d'indiquer ultérieurement le point où ils devraient être débarqués8.
Bordeaux continuait donc, bien longtemps après le xme siècle, à fournir l'Espagne de vin; seulement ses exportations en ce genre n'avaient plus lieu que pour le nord, et nos marchands y rencontraient des concurrents de l'Àngoumois. En revanche, les Bordelais exportaient
1 Minutes de Douzcau, 21 janvier 1547. (Deux pièces.)
5 Ibid., 5 mai 1548.
3 Ibid., 21 novembre 1548. — Deux jours auparavant, Douzcau avait enregistré l'envoi a Bilbao d'un tonneau et demi de vin de graves.
4 Ibid., 8 juillet et 8 décembre 1549. * Ibid., 24 janvier 1549.*
6 Ibid., 21 janvier 1548.
7 Ibid., 12 février de la même année.
s Ibid., 23 du même mois, même année. — Auparavant, les marchands dont il s'agit avaient chargé des vins a destination de Redon ou de Quimper. (17 lévrier loiO.
des papiers dans la Péninsule. Un vieux notaire, que nous avons souvent cité, Douzeau, enregistre, le 15 novembre 1532, le chargement, par un marchand de Pampelune et deux commissionnaires de Bordeaux, de cinquante-neuf paquets de papier joints à une forte partie de toile et à cent cinquante quintaux de plomb, le tout à destination de Bilbao. Le 18 janvier et le 24 mars de la même année, il dresse les contrats d'affrètement de deux navires de notre port, pour expédier, toujours à Bilbao, du papier, du pastel et deux barriques de peinture; le 6 mars 1547, il enregistre rembarquement, sur l'un de ces navires, la Clémence de Bordeaux, de soixantedeux balles de papier pour Claude Salviat, marchand de Lyon, qui les envoyait à Portugalete; le 14 juin 1550, il passe un acte relatif au chargement de vingt-huit balles de papier et d'une balle d'aiguillettes pour Bilbao, et, le 10 juillet 1551, celui de quatre balles de papier, de pastel, de dix pipes de merlus destinées à Saragosse, et de cent cuirs de bœuf pour la Biscaye. Un autre notaire, Martin Arfeulhe, constate, à la date du 13 juillet 1569, le chargement sur le navire espagnol Notre-Dame de la Conception, mouillé dans le bassin d'Arcachon, de cent trente et une balles de papier et de cinq balles de lin, également à destination de Portugalete, pour le compte de sire Adam Francisco, bourgeois et marchand de Bordeaux.