CORDAGES, CHANVRE, MERRAIN , VERRE
Cordcries de Bordeaux au xvie siècle; commerce d'exportation auquel elles donnent lieu, surtout avec l'Espagne. — Cordiers de Saint-Macaire et de Cambes. — Envoi de chanvre à Bilhao et à la Corogne par la voie de Bordeaux; diverses formes du mot employé pour désigner le chanvre. — Commerce de cette denrée à Bordeaux au XVIIe siècle. — Commerce du merrain à Bordeaux, surtout avec la Saintonge. ■ — Importation de merrain du Périgord dans cette ville; affaires diverses auxquelles ces deux espèces de marchandises donnent lieu sur cette place. — Envoi d'osier de Rouen à Bordeaux ; bouteilles d'osier; pétition adressée à Charles Ier, roi d'Angleterre, pour obtenir le monopole de la vente de cet article, dans les Iles-Britanniques. — Industrie de la verrerie à Bordeaux dès l'antiquité ; ventes de salicorne, ou soude, par des marchands de cette ville, à des gentilshommes verriers du Périgord.
De bonne heure il s'établit des corderies à Bordeaux, et l'on peut croire que les cordes demandées en 1253 par Henry III, avec d'autres articles nécessaires à la navigation1, avaient été fabriquées dans cette ville; mais il est bien plus sûr de ne faire remonter le commerce de cordes que Bordeaux faisait autrefois, qu'au xvie siècle, et d'assigner cette époque à la rédaction des statuts des cordiers de Bordeaux2. Parmi les minutes de Douzeau, on rencontre, sous le 9 décembre 1532, une expédition par Jean de Sainte-Marie, pour Bilbao, de cent cinquante quintaux de cordages, en même temps que de cinquantedeux quintaux de plomb et d'un fardeau de toile ; et, à la date du 8 janvier 1546, une vente de quatre-vingts quin-
1 Clam. Lift. fact. in Vase, 57 Heu. III, ni. 8.
2 Anciens et nouveaux Statuts de la ville et cite de Bordeaux, p. 'util.
taux de cordages par Jean Brenal, maître cordier et bourgeois de Bordeaux1, à Juan de Asalde, « marchand et voisin de Yronoranson, en Espagne. » Le 3 mars, le même vend, toujours en présence de Douzeau, à un certain Dervyde, voisin d'Oyarsun, présent, seize quintaux de la même marchandise ; et à bien peu de temps de là, le 14 décembre, le même notaire enregistre la vente à Juan Periz de Baroteran, marchand de Sainte- Marie d'Irun, présent, par Pierre Betz, maître cordier à Bordeaux, de cent cinquante quintaux de ses produits.
Pour l'année suivante, nous trouvons dans le même registre, à la date du 17 janvier, une vente de quatrevingts quintaux de cordages, par Jean Brenal, à honorable d'Ansogarlo, baile de Saint- Jean-de-Luz, et une vente de cinquante ou soixante quintaux de cordages, par Jean Mansiet et Pierre Gravier, cordiers et bourgeois de Bordeaux, à Jean de Sainte-Marie, qui, peu de temps après, charge pour Bilbao vingt-deux quintaux vingttrois livres de cordages-. Le même jour, c'est-à-dire le 17 mai 1547, Micheau Manpetit, de la ville de Sauvetat- (le-Gaumont, vendait à Pierre Yaudret, à Jean Brenal et à Mathurin de Peyrinay, qualifiés de même, soixante quintaux de chanvre, au poids de la Rochelle, à livrer sur le port de la Réole. En rapprochant de l'acte de cette vente celui par lequel un habitant de Fontarabie reconnaît avoir reçu de trois marchands cordiers de Saint- Macaire cent soixante et dix-neuf quintaux de cordages,
1 Plus de vingt ans auparavant, Adam de Brenal, marchand cordier de Bordeaux, vendait a Robin de Saugues cinq quintaux de chanvre an prix de 19 francs bordelais 50 ardits. ^Minutes de Don/eau. 7 avril 1519.
2 Minutes de Douzeau, 2-2 juillet 1547.
à raison de 117 sous tournois le quintal1, on est porté à croire que c'est la proximité du pays de production qui avait engagé des cordiers à s'établir à Saint-Macaire et à rivaliser avec ceux de Bordeaux; mais il y en avait également à Cambes, en état de faire des fournitures considérables à la marine.
Jean de Montméjean, cordier de Bordeaux, avait vendu à un maître au cabotage de Royan un câble pesant quatre cent quatre-vingt-deux livres, à raison de 112 sous et demi le quintal 2. Le maître de la Trinité de Saint-Seurin-de-Mortagne en achetait un, avec d'autres cordages, à un cordier de Cambes (1er novembre 1559);#mais il faut croire qu'il fut mécontent de cette fourniture, car on le voit s'adresser quelque temps après à Pierre Betz (19 janvier 1559), le même qui, par acte du 13 janvier 1557, avait vendu vingt quintaux de cordages à trois habitants de Blaye, la moitié à la grosse aventure, pour le voyage que le navire la Marie de Blaye était à la veille de faire à la pêche de Terre-Neuve. Nous avons encore trouvé, au 12 mars, l'acte d'affrètement d'un bâtiment pour charger, tant sur le port de Blaye que sur celui de Bordeaux, uns coardaiges à destination de Bilbao. Citons encore une vente de cordage à un marchand de Laredo, par un cordier de Bordeaux, Jean de Mimizan3, ou peut-être de Montméjean.
1 Minutes de Douzeau, 6 novembre 1547.
2 Ibid., 8 novembre 1550. — Voyez, à la date du 7 décembre 1552, une vente pareille. — Au 2i septembre de la même année 1550, il est fait menlion du chargement sur la Jeannette de Bordeaux, au nom de Bastiano Segni, marchand florentin, de onze paques de filet de charve, ii destination de Saint- Sébastien.
3 Minutes de Douzeau. 12 juin 1551.
Il partait également de Bordeaux pour l'Espagne du chanvre non ouvré. Le 20 septembre 1541, dix « pacques de cherve, » contenant quarante-deux quintaux, sont mentionnées dans une charte partie comme chargées pour Bilbao; et, le 18 octobre, un autre document du même genre porte une balle, plus cent quarante quintaux de cherve, chargés sur la Marie de Bordeaux pour la même destination, avec cinquante-sept balles de papier et une barrique de chandelles. Le 29 janvier de la même année, un marchand reconnaît devoir à Etienne Bernard, maître cordier, 24 écus sol d'or pour cinquante quintaux de chanvre, à raison de 60 sous tournois le quintal. Le 23 juillet 1547 présente, toujours chez Douzeau, le chargement par un Bordelais de cinquantesix paques de cherve à destination de Bilbao. L'année suivante, le 7 mai 1548, deux marchands portugais chargent sur le port de Bordeaux « certain nombre de cherbe pour mener et conduire aux portz et havres de la Colongne1. » Dans ce dernier nom, il est plus facile de reconnaître celui de la Gorogne, qu'il ne l'est de déterminer la patrie des marchands de Feoil2, en Espagne, auxquels Pierre Jehan, marchand et bourgeois de Bordeaux, avait vendu douze quintaux de ckeve, par acte du 21 avril 1550. Dans l'intervalle, un commissionnaire avait chargé sur la Marie de Bordeaux, pour et au nom d'un marchand de Renteria, trois milliers sept cent trente-quatre livres de cherve, quatre milliers cinquaute-
1 D'autres chargements de chanvre sur [Anne de Bordeaux et la Marguerite de Taunont, par un marchand de Nantes, a destination de la Corogne, Bgurenl encore parmi les minutes de Douzeau. a la date du (> novembre lo52.
2 Peut-être s'agit-il de Ferrol, port voisin de la Corogne.
huit livres de lin, à destination du Passage, sans compter vingt-cinq tonneaux une pipe de vin1. Le 21 novembre suivant, un autre marchand de Bordeaux, Mathurin de Peyrinay, chargeait pour Bilbao quatre-vingt-sept quintaux de cherve empaquetés en vingt-trois balles; et, le 16 janvier 1551 , le Saint-Antoine de Cadix prenait à son bord, en sus d'un chargement de vin, à pareille destination, vingt-neuf balles de cherve pesant soixante-treize quintaux2. On ne saurait élever des doutes sur l'interprétation que nous donnons du mot cherve et de ses variantes, en voyant dans le répertoire de Douzeau, sous le 25 août 1547, une vente au dernier négociant que nous venons de nommer, par un marchand de Tonneins, de cent quintaux de cheve, « du creu de ceste présente année et de la première culhie, » et Nicolas André, maître cordier à Bordeaux, livrer quarante-cinq quintaux quarante-sept livres de cherbe, estimée 5 francs bordelais le quintal, à Pierre ïalabot, cordier, natif de Dieppe, « pour le susdit mètre et employer du premier jour en cordage, et celui estre vendu par commun et moitié3. » Le même registre nous éclaire sur le lieu où se vendait cette denrée, dans un acte du 20 juillet 1551, portant vente de cent quintaux de cherve, nouvelle, bonne, marchande, « telle que les cordiers de la présent ville ont acoustumé l'achapter au pont Sainct-Jehan. »
Le xvne siècle nous fournit une vente par un marchand d'Agen, à Nicolas Viault, bourgeois et cordier de Bor-
1 Minutes de Gendrault, 18 et 19 mai 1518, fol. iiij™ iij verso et iiij1* vij iccto.
2 Minutes de Douzeau, 16 janvier 1550.
:i Ilnd., 50 sept. 1551. — Voyez, au 17 novembre, une autre vente de cent dix-sept quintaux de cherbe a Pierre Betz, marchand cordier de Bordeaux.
deaux, d'une partie de chanvre, à raison de 22 livres le quintal1. Enfin, dans la Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis, on voit, en 1636, un autre Bordelais recevant 16,000 livres pour vente de chanvre de Tonneins, Marmande et Aiguillon2.
Indépendamment des corderies appartenant à des particuliers, il y avait à Bordeaux au moins deux corderies de l'État, qui peut-être succédèrent l'une à l'autre. La première en date se trouvait dans la paroisse Saint-Pierre, au lieu dont le nom a conservé le souvenir de cet établissement; l'autre était située dans la paroisse de Puypaulin 3.
11 ne nous reste plus qu'à parler du merrain, pour épuiser la liste des principaux articles qui alimentaient le commerce de Bordeaux antérieurement au xvne siècle.
11 est rarement fait mention, dans les actes anciens que nous avons consultés, du bois employé pour la construction des barriques, sans doute parce que, dans l'état où' se trouvait alors la Guienne, cette province se suffisait à elle-même sous ce rapport, et que les bois ne donnaient lieu à aucune transaction à Bordeaux ; sans compter que, le plus souvent, ils étaient prohibés à l'exportation comme munition de guerre4. Ce n'est que vers le commencement du xvie siècle que l'on commence à pouvoir
1 Minutes de Continues, S lévrier 1 C>rit > . folio -2(\ verso. Cf. folio SI recto. 10 mars 1656.
2 T. III, p. 197, 198.
:i Minutes de Don/eau, H décembre 1552.
4 On a ainsi l'explication de lettres en date du 19 novembre 1541, par lesquelles François Ier ordonne au parlement, au maire et aux jurais de Bordeaux, de laisser passer le merrain et autres bois que le roi de Navarre avait t'ait couper dans ses forets d'Albrel, du Périgord et du Limousin, pour le transporter a la Rochelle et ailleurs, où bon lui semblerait. {Archives historiques d« département de ht Gironde, t. VU. p. 17:2.
signaler des affaires de merrain, surtout avee la Saintonge. Le 1 1 janvier 1532, un marchand de la paroisse de Saint- Romain -de-Benet vend à un Bordelais quatre milliers « de frette dolan, moitié pipaille, moitié barricaille, » au prix de 11 livres le millier; moitié de ce qu'un tonnelier de Bordeaux devait payer plus tard pour une acquisition de deux milliers de merrain du même pays. (16 mars 1551.) Le 4 février 1547, deux Saintongeais, l'un de Jonzac, l'autre de la paroisse Saint-Pierre-dc- Champagnac, vendaient à Augier de Surard, abbé de Sainte-Croix, cinq milliers de merrain tout dolé. Par un autre acte, pareillement reçu en l'étude de Douzeau, le 9 mars 1547, Bernard Forthon, bourgeois et marchand de Bordeaux, achète cent faix de coudre de Saintonge, « moytié pipaille et moytié bariquaille , » rendus sur le port de Bordeaux; et le 12 février de l'année suivante, le même traite avec un homme de Sainte-Foy en Agenais pour la vente de cinq milliers de merrain « à faire barriques, garny de fonsailles. » Le 20 mai 1547, Mathurin Bourdault, de Nieul-le-Brun, en Saintonge, vend à Guillaume de Lartigue le jeune deux milliers de merrain à doler, garni de même, moyennant la somme de 23 francs bordelais le millier; et, le 17 novembre suivant, le même conclut marché avec un certain Guillaume Sarrasin pour deux milliers de merrain à doler. Déjà, ce dernier s'était rendu acquéreur de deux milliers de fonsailles, « bon bois, marchand et à doler, » que lui avait vendues un habitant de la paroisse Sainte-Marie-de-Morens, juridiction de Bergerac ; en même temps il faisait une affaire du même genre, mais une fois plus considérable, avec Guillaume Sarrasin, et il vendait deux milliers de mer-
rain (dernier jour de février 1546) à un certain Pierre Boutin, que l'on retrouve, le 28 novembre 1550, présent à l'acte de vente, passé chez Douzeau, de deux autres milliers de merrain non dolé de la paroisse de Yallet, juridiction de Montandre.
Dans un autre acte, relatif à une vente de six milliers de merrain par un marchand de Bergerac, passé le 15 novembre 1550, l'article est stipulé non-seulement comme « garni de fonsailles, bon, marchant, » mais comme « nect d'aubier et de boys blanc et dollé et boys de casse. »
A cette vente on peut en joindre bien d'autres : l'une, de deux milliers de merrain, à raison de 9 francs bordelais le mille, par un marchand de Monfaucon en Périgord (7 octobre 1525); une autre, de six milliers de merrain « de grousserie, » par un marchand de la Lande (14 octobre 1551); une troisième, de deux milliers du même article, par un marchand de Libourne, à un fort tonnelier de Bordeaux, Jean du Foussat (12 janvier 1550), le môme qui figure dans une affaire de deux milliers de merrain « en grosserie » et de quatre milliers de barres1; une quatrième, de deux milliers de merrain vendus par un autre Périgourdin, de Montravel, au prix de 18 francs le millier2; une cinquième, de six milliers de merrain « tout dollé et une pille de douelle, » par un marchand de Givrac en Périgord (2 février 1551); sans compter deux achats faits, pour ainsi dire, aux portes de Bordeaux3. Mais plus ordinairement, nous l'avons vu, la
1 Minutes de Gendrault, 7 février lois, folio cccxxxvj. recto.
" IhiiL, S décembre lois, folio CCiiij"ix. recto.
3 Minutes de Douzeau, âS octobre 1532, 7 mai 1549. Par le second de ces
marchandise venait de la Saintonge. Le même notaire enregistre peu de temps après une affaire de dix milliers de coudre, vendus par un habitant de Montpellier-de- Médilian à un marchand de Bordeaux, à rendre sur le port de Talmont- sur- Gironde, au prix de 14 livres 10 sous tournois le millier1. Une autre fois, c'est un marché de cinq milliers de merrain « en grosseur, garni de fonsailles, » conclu entre un marchand de Mortagne et un bourgeois de Bordeaux2; puis une vente à Bastiano Segni, commissionnaire italien, de deux cents faix de coudrier de Saintonge, « sellon la mode et faisson que Ton faict les faictz audit pays de Xantonge plyer en ceste ville (de Bordeaux), moytié pippaille, moytié bariquaille, » au prix de 80 francs3; enfin une affaire de trois milliers de coudre entre deux Saintonceais de Tuzac et un Bordélais, moyennant 17 livres tournois le millier1.
Il venait encore à Bordeaux du merrain du haut Pays. Par actes passés par Douzeau, les 12 novembre 1532, 17 janvier 1533, 7 février 1548, et 23 juillet 1549,
deux actes, un habitant de Bayon en Bourgeais vend deux milliers de merrain et deux milliers de barres de barriques, à raison de 4 francs bordelais le millier, rendu sur le port de Meyre, paroisse de Soussans, en Médoc.
1 Minutes de Douzeau, 16 janvier 1518, folio cccxxiij recto.
'2 Ibid., 27 février 1350.
3 Ibid., 14 avril 1550. — Ailleurs, le même notaire enregistre une vente de cent cinq faix de coudrier « en cuilhard au compte d'Espaigne, l'ung tiers pipaille, et les deux tiers barricaille, » pour la somme de 27 livres et demie tournois. (15 février 1550.)
* Minutes de Douzeau, 6 novembre 1551. — Voir, au 26 janvier 1551, une autre vente d'une partie plus considérable par deux marchands, l'un deCourpignac, l'autre de Boisrcdon. Le 16 mars suivant et le 21 novembre 1552, le nom du premier revient a propos d'autres affaires du même genre ; et le 22 avril ainsi que le 21 juin, on voit apparaître des marchands de merrain de Morlagnc-sur-Girondc.
divers individus du Bazadais concluent avec des Bordelais des marchés de merrain « en grosserie, bien dollé, net d'aubier, et de bon joinct, sens gorge, » au prix de 13, 18 et 22 francs bordelais le millier; et de barres, au prix de 13 francs. Le 19 avril 1550, Arnault Esteve, seigneur de Langon, vend deux milliers de merrain pareil « garny de fonsaille, » à raison de 32 francs le mille; et les 27 février 1551 et 22 novembre 1552 nous offrent des ventes semblables, par des marchands de Gasseneuil et du Pian.
Quelquefois il n'est point aisé de déterminer la provenance de la marchandise. Le 8 juin 1550, Douzeau dresse un acte de vente de huit milliers de merrain à Sauvât Mestivier, tonnelier de Bordeaux, par Bernard Gai vain, prévôt de la juridiction de la Barde; mais ce nom de lieu est aussi bien commun à la Saintonge qu'au Périgord. Un acte du même, en date du 12 février de la même année, nous apprend que non content de convertir ses acquisitions en barriques, Mestivier cédait quelquefois en nature le merrain qu'il avait acheté, tandis que presque en même temps un spéculateur livrait à un tonnelier quatre milliers de merrain tout dolé, « pour iceux convertir en pipes et barriques bonnes, marchandes et de la jauge de Bordeaux, barrées par chascun bout d'une barre, » moyennant 11 francs le millier1.
Dans la fabrication des tonneaux, l'osier, alors comme aujourd'hui, accompagnait le merrain; mais il en est rarement fait mention dans les documents anciens qui nous sont passés par les mains; disons mieux, nous ne connaissons qu'un reçu de cent cinquante paquets d'osier
1 Minutes de Douzeau, r> février 1550.
contenant six cents mo liées, envoyés de Rouen à Bordeaux l, et une vente de quatre milliers de vime blanc, à raison de 46 sous tournois le millier2. Prenons garde, toutefois, que l'osier, outre qu'il était employé à fabriquer des paniers et des corbeilles, servait encore à recouvrir des bouteilles en verre, sans doute de dimension considérable. En 1630, William Deane, ou plutôt Guillaume Doyen, marchand français, adressait une pétition à Charles Ier. Après lui avoir exposé le fâcheux état de ses affaires, il signale au roi l'importation en fraude qui se fait des bouteilles d'osier par des potiers et des marins, ce qui élève le prix de la marchandise, et il termine en demandant des lettres patentes qui lui confèrent ce monopole3. Nous ne savons s'il les obtint, ni si la fabrication, l'usage et le commerce des bouteilles d'osier, existaient à Bordeaux.
Nous avons de plus fortes raisons de penser qu'il s'y trouvait des verreries, même à une époque reculée. « Il est permis de conjecturer, dit Jouannet, que l'art du potier et celui du verrier, portés dans ce pays à un assez haut degré de perfection dès le temps du Haut-Empire, fournissaient peut-être un article de plus aux exportations des Bituriges chez leurs voisins. Nous remarquerons à ce sujet qu'on a trouvé de nos jours des vestiges de fabriques de ce genre dans le Médoc, à Yertheuil ; et qu'à Bordeaux, le cimetière antique de Terre-Nègre, qui paraît, à en juger par les médailles, n'avoir pas reçu de sépultures depuis la fin du second siècle, renfermait
1 Minutes de Douzeau, 9 février 1550.
- Ifrid., 19 mai 1552.
:î State Papers, Domestic Séries, Charles 1, vol. CLXXX, n" i5.
494 HISTOIRE DU CUMMEKCK
une immense quantité de vases dont les marques nous ont révélé l'existence de plus de quarante fabriques différentes. Or, ces vases, de formes élégantes et variées, d'une pâte fine et en général bien manipulée, ont été reconnus pour être d'argile du pays1. »
L'auteur du passage qui précède, après avoir commencé à parler des ouvrages des verriers bordelais, les perd de vue, sûrement à cause de la difficulté qu'il trouvait à déterminer l'origine de ces vases. Nous ne sommes pas moins embarrassé pour assigner une provenance à un objet de cette nature rapporté d'Aquitaine par la femme de Louis le Gros, qui, à son tour, en avait fait présent à l'abbaye de Saint-Denis-; mais nous pouvons alléguer en faveur de l'ancienne existence de verreries dans les environs de Bordeaux, le nom de Veyrines donné à une tour qui s'y trouve5, et celui de Verrière qu'on lit dans un acte ancien, relatif à une vente de merrain par Jean Granyer, sieur de la Yerrière-la-Motli»1 . paroisse de Saint-Christophe-de-Double, juridiction de Coutras*.
Nous n'avons rencontré aucune mention expresse de la verrerie autrefois fabriquée à Bordeaux, antérieurement au xvic siècle. Comme le tarif du péage de Castillou en Périgord, celui de Ladouze en fait mention, avec cette différence que L'article est plus développé : « Pour pao-
1 Statistique de la Gironde, liv. X, § n; t. Il, part II. p. 324.
2 Sugerii abbatis s. Dionysii de Reims in administratione sua gestis, apud Duohcsne, t. IV. p. 549; ap. Bouquet, t. XII, p. 101, D.
;1 Rot. Vase, 1S Ed. I, ni. f2. — >f . Champollion Lettres de rois, reines. vi*.. t. I, p. 375) traduit de Yitrinis par de Vitrines. Voyez encore Histoire des niées maudites de ta France et de f Espagne, etc., t. 1. p. ÎM, note -2.
1 Minutes de Douzeau, 7 novembre 1351,
ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 49b
quet de verres, y est-il dit, ung verre ; et avec ce, celui qui porte les verres doit avoir ung plain verre de vin par pièce1. » Mais rien ne vient nous apprendre si la marchandise sortait de Bordeaux. Il y avait, cependant, des verriers dans cette ville : on lit, parmi les minutes de Douzeau, à la date du 14 août 1549, une vente par Antoine Boyleau, verrier, bourgeois et paroissien de l'église Saint-Pierre, à Lyonnet Julio, écuyer, demeurant en la paroisse Saint-Bar thélemy-de-Bellegarde, juridiction de Monpont en Périgord, de cent quintaux de salicorne bons et marchands au pays de Bordeaux.
Vient ensuite Pierre Boyleau, en compte avec des marchands de verre du Périgord et de la Réole, pour vente de cet article, de verre cassé et de salicorne. Le 11 octobre 1552, il vend quatre charges, pesant douze quintaux, de cette dernière denrée, à Antoine Gonyn, frère de Gilles Gonyn, aussi écuyer, maître verrier de la « Vigueyrie en Perigort; » le 20 du même mois, il règle une fourniture de cent deux quintaux de salicorne de Narbonne, faite, au prix de 5 francs le quintal, à Berthomieu Robert, écuyer, de la paroisse Saint-Michel-du- Double, diocèse de Périgueux, et il s'engage à prendre à son débiteur des verres jusqu'à concurrence de 200 francs bordelais sur une créance de 510 2. Le 1er février 1558, le même Pierre Boyleau vend douze charges de salicorne, prêtes, pesant chacune trois quintaux, à Louis Legret, « escuyer et gentilhomme de verrière, demeurant à la Forchete, paroisse de Saint-Marsau, terre et
1 Voyez ci-dessus, p. 216, 239, note \.
- On voit en marge de l'acte un dessin grossier représentant un verre assez semblable a certains verres a pied d'aujourd'hui.
sennorie de Montpont en Perrigort; » le 14 août de Tannée suivante, il reçoit une reconnaissance d'un reliquat de compte pour vente de verres à un marchand du même pays; enfin, le 29 du même mois, et aussi le 31 octobre, on le voit créancier d'un marchand de verres de la Réole pour salicorne et verre cassé. Le 29 novembre, Jacques Despratz, daureur de verres, de la paroisse de Gussac, juridiction de Badefol en Périgord, et Antoine Colomb, écuyer et gentilhomme verrier, reconnaissent devoir à Pierre Boyleau, le premier, 57 livres tournois pour sept charges de salicorne ; le second, 200 livres tournois, montant de soixante et quinze quintaux dé la même denrée. Signalons encore une vente semblable, au prix de 109 livres 9 sous tournois, par le même, à « Marselot Julhiot, » écuyer et seigneur de la Mothe, archer de la garde du roi et maître de la verrière Saint-André en Périgord, juridiction de Bergerac (1er avril 1559). Mais ce dernier ne s'en tenait pas seulement à Pierre Boyleau : ie 23 octobre 1559, Douzeau passait, au nom de « Marcalet Galiot, » une reconnaissance de 126 livres, pour vente de salicorne, à Guilhem Badie, marchand de Bordeaux; et, le même jour, il dressait un acte semblable portant dette de 54 livres au même par Jamme Grame (James Graham), écuyer, sieur de la verrière de la Lande en Périgord. Nommons encore Lionnet Noble, marchand de verres, demeurant en la paroisse Saint -Pierre de Bordeaux, d'après un acte du 31 mai 1552, qui rétablit créancier d'un marchand de Macau.