‹ Histoire du commerce et de la navigation a Bordeaux, principalement sous l'administration anglaise (volume 2)Chapitre 27 sur 54 · MERCERIE, ET COPEACX POUR FAIRE DES PEIGNES · texte numérisé non relu

MERCERIE, ET COPEACX POUR FAIRE DES PEIGNES

Commerce de Toulouse avec Bordeaux et avec l'Angleterre. — Grand commerce de mercerie anglaise à Bordeaux ; contrat d'apprentissage entre des merciers bordelais et le fds d'un capitoul de Toulouse ; envois de mercerie de cette ville à Bordeaux. — Achats de mercerie mêlée à un marchand d'Angoulême, à un mercier breton et à un Tourangeau ; explication de cette ancienne expression, marchand meslé ; maître veloutier à Bordeaux en 15ol. — Etablissement d'une manufacture de soie à Toulouse; vente de rubans par des Toulousains aux foires de Bordeaux ; apparition des articles de Paris sur le marché de notre ville; mésaventure d'un marchand de Niort. — Marchandises des merciers forains du centre de la France aux foires de Bordeaux ; saisie de ballots par les agents des bureaux du convoi et contablie.

— Relations de commerce entre Bordeaux et les Pyrénées; lettre de change tirée par un marchand de Pau sur un commerçant de la rue des Argentiers ; affaire de peignes de buis et d'étoffes traitée à Bordeaux par un marchand de Coarazze. — Estelles, copeaux à faire des peignes; importance des affaires en ce genre entre Bordeaux et Orléans, par la voie de Rouen, avant et après le milieu du XVI" siècle; envoi de copeaux de cette sorte à Anvers.

Des saut-conduits que nous avons eu l'occasion de citer nous ont. fait entrevoir des marchands du haut Pays se rendant à Bordeaux avec du blé, du vin et d'autres marchandises l. Ces denrées, que l'on pourrait croire destinées au marché de cette ville, allaient quelquefois bien plus loin, et il n'est pas rare de rencontrer des Toulousains en relation d'affaires avec l'Angleterre. Sans remonter péniblement jusqu'au xnie siècle 2, tenons-nous-en au xvie, où nous sommes arrivés. Une charte partie conservée parmi les minutes de Douzeau, à la date du 14 novembre 1547, témoigne d'un chargement sur la Marie de Bordeaux, par

1 Voyez ci-dessus, surtout p. 4-71, i72. — Dans un acte reçu par Douzeau, le 10 janvier 1517, on voit un Bordelais prêter a deux marchands de la Marque, en Condomois, 40 écus sur des vins qu'ils avaient aux Ghartrons.

- Voyez Clans, lift. fact. In Vase, 37 Heu. III, m. 7 m dorso.

Raymond Trinyté, marchand de Toulouse, de soixante tonneaux une barrique de vin à destination de Londres. Un autre, Raymond Tessandier, donne, par acte passé le 25 novembre 1546, procuration à Jean Alias, marchand de Toulouse comme lui, et à François Malbosc, de Rordeaux, à l'effet de recouvrer et recevoir, tant de Henry Masson, Anglais, que d'autres, ce qui lui est dû.

Pendant longtemps, la mercerie nous vint d' Angleterre \ et les merciers de Rordeaux faisaient des affaires considérables : aussi ceux de Toulouse envoyaient-ils leurs enfants en apprentissage chez eux. En vertu d'un contrat passé par le notaire Cochet, le 8 août 1521, le fds de Pierre Baron, capitoul de Toulouse, devait entrer comme apprenti pour deux ans chez Audete Bernard, Jehan not Bertault et Bernard de Lafiteau, merciers de Rordeaux, qui s'engageaient à lui enseigner, moyennant 40 livres tournois, « le mestier et service de mercerie. » Six ans après, un gabarier de notre port déclarait y avoir reçu, pour et au nom de Pierre Gargas, marchand de Toulouse, une pipe blanche pleine de mercerie « estant chargée en ung navire nommé la Marie de Bordeaux, » et de Passa deux pipes pleines de marchandises, l'une et l'autre appartenant à des marchands de Toulouse-.

Il venait, cependant, de la mercerie d'ailleurs que d'Angleterre. Un mercier de Sainte-Foy-la-Grande se reconnaît débiteur, envers un autre mercier d'Angoulême, d'une somme de 27 livres 10 sous pour mercerie mêlée?; un marchand de Jonzac, au lieu de s'adresser dans le voi-

1 Voyez ci-dessus, p. '2."),"), 254.

8 Minutes de Douzeau, r> février 1547.

! IbiiL, (i février 1549.

sinage, contracte une dette semblable « pouf vente de mercerie mêlée en quinquaillerie, » envers un mercier breton, Gilles Popiot, et se reconnaît débiteur d'une somme plus forte envers un marchand de Lyon, valeur reçue en soie, payable à Toulouse1. Quand on lit dans le même répertoire, sous la date du 8 juin 1541, un acte de vente par Michel Papinot, marchand de Tours, à un mercier de Bordeaux, de ceintures de soie, de plumes, de manchons de satin, de velours et autre mercerie mêlée, on se sent disposé à croire que tous ces articles étaient fabriqués en Touraine; et si l'on se reporte à un procès où figure le même Michel Papinot, qualifié cette fois de marchand de Bordeaux2, on ne sera pas éloigné de lui donner un nom généralement pris en mauvaise part3. Quoi qu'il en soit, un autre document du 28 janvier 1551, portant vente d'effets de femme, partie en velours, par un gentilhomme à un « maistre vouloutier » de Bordeaux, révèle une classe de marchands que nous ne connaissions point encore.

1 Minutes de Douzeau, 9 et 10 octobre 1551.

- Un acte conservé parmi les minutes de Douzeau, et daté du 26 août 1546, nous montre Micheau Papinot, « marchant de Tours, » vendant une pièce de pré située a Camblanes, a Pierre de More, bourgeois, marchand et batteur de monnaie a Bordeaux.

3 Celui de marchand meslé, par lequel on désignait autrefois un brocanteur receleur, un marchand de bric-a-brac. Voyez nos Études de philologie comparée stir l'argot, etc., p. 263. En recourant a l'introduction, p. ix,on voit que le métier de mercier servait fréquemment a couvrir une industrie bien moins honorable, et dans son Supplément a la Chronique bordelaise, Darnal fait mention, sous l'année 1572, d'un mercier receleur qui avait levé boutique dans la rue des Argentiers. Puisque nous sommes dans le royaume de l'argot, signalons une procuration donnée le 3 mai 1559, en l'étude de Douzeau, par Jean Martin et Jeanne Plaiscnce, sa femme, « Egiptiens habitans de la petite Egipte, » à Mp Guichard Boudins, procureur au parlement de P>ordcaux.

Cependant un Florentin nommé Alessandro Sardini venait d'établir à Toulouse une manufacture de soieries où l'on faisait toutes sortes d'étoffes, et qui n'avait pas tardé à prendre un développement considérable1. Au siècle suivant, les Toulousains viennent vendre du ruban de soie aux foires de Bordeaux2; en même temps les articles de Paris font leur apparition sur notre marché. Un marchand de Niort avait mis en dépôt, entre les mains d'un marchand de Thiers, une partie considérable de ces sortes d'articles pour être vendue en commun et par moitié sur la place de Bordeaux ; mais il n'eut pas, à ce qu'il semble, à se féliciter de cet arrangement, car l'Auvergnat quitta Bordeaux en emportant l'argent des ventes qu'il avait réalisées3.

Veut-on savoir ce qu'apportaient à la foire de Bordeaux ces marchands forains du centre de la France? On le voit par la saisie d'un ballot qui en venait. Il s'y trouvait deux pièces d'étoffe de soie de couleur, douze aunes de toile rousse, onze aunes de serviettes ouvrées, une aune de dentelle « Cobert, » deux aunes de celle du Havre et une aune de petite dentelle, deux paires de bas de « P. mezens, » deux paires de gants, deux pièces de tissu, une demi-livre de cordonnet à broder, trois paires de bracelets de jais et cinq lacets de soie *. Une autre saisie de cinq ballots ou mannequins de marchandises, portés au bureau de Blaye dans le temps que le bureau de Bordeaux y était établi, permet d'ajouter à cette liste des

1 Lafaille, Annale* de la ville de Toulouse, part. Il, ann. 1538, p. 11-2.

- Minutes de Couthures, 18 mars 1650; folio 14 recto.

3 Ihid., 20 juillet 1653, folio 571 recto, cf. -28 juillet, folio 573 recto.

1 Ihid., 27 déeemlxv 1667, j>. 10!).

étrilles et des chapelets \ qui venaient probablement aussi de Limoges.

Les Pyrénées envoyaient aussi à Bordeaux, surtout pendant le temps des foires, des marchandises qu'il n'est guère possible de déterminer avant le milieu du xvne siècle. A cette époque, nous voyons un marchand de la ville de Pau tirer une lettre de change sur un commerçant de la rue des Argentiers, payable à un marchand de Toulouse, ou à son ordre, dans le courant de la foire prochaine2. Un autre, marchand du bourg de Goarazze, en Béarn, étant à Bordeaux en octobre 1656, avait traité d'une balle de peignes de buis, partie à 40 sous le cent, et partie à 3 livres 15 sous; et d'une balle d'aunettes contenant vingt-cinq pièces de grandes et bâtonnées, à 4 livres pièce, le tout à rendre d'abord à Langon, puis, sans rompre charge, à Bordeaux5.

Cette mention de peignes de buis fabriqués dans les Pyrénées, est la seule que nous ayons rencontrée dans les minutes des anciens notaires de Bordeaux, tandis qu'à chaque pas nous y trouvons spécifiés des estelles, des copeaux « à faire peignes, » embarqués à destination de Rouen. Le 14 octobre 1520, Douzeau dresse une charte partie dans laquelle figurent, au nom d'un marchand de Toulouse, représenté par Jean de Nahugues, commissionnaire à Bordeaux, cent douze balles de « boys à faire peignes. » Le 22 mars 1532, acte de chargement, sur le Pierre du Conquet, de cinquante-deux balles du même

1 Minutes de Couthurcs, 29 avril et 12 mai 1654, folios 201 recto, 207 recto.

2 Ibid., 30 octobre 1654, folio 451 recto. — Au 26 octobre, folio 448 recto, on lit un autre acte relatif a des ventes faites pendant la foire de mars suivant.

3 Minutes de Couthures, 6 décembre 1656. folio 255 verso.

article pour Orléans et Blois; le 24 mars, nouvelle charte partie comprenant soixante -quatre balles d'estelles en compagnie de pastel et de laine, comme dans une autre expédition de cent sept balles faite par Jean Salvi et Jean Hutin, d'Orléans (6 juillet 1532); enfin, les 20, 24 et

28 mai de l'année suivante, le même registre présente trois nouveaux envois, le premier de cent soixante balles, le second de deux cents, le troisième de cent soixante et une. Le 17 janvier, cette quantité s'accroît encore. Le

29 juillet, Douzeau relate seulement trente-six balles; le 30 août, onze; le 8 octobre, soixante-quatre; et le 17, soixante-cinq, dans des chartes parties de navires affrétés pour Rouen. Le 22 février 1538, un Bordelais charge encore un navire d'une partie d'estelles à livrer dans la même ville à un autre Bordelais, François Malbosc; et, le 29 mai 1549, quatre négociants de notre place arrivent au chiffre de trois cents balles dans une nouvelle expédition de « coppeaux pour fere peynes. » Enfin, le 27 mai 1541, deux d'entre eux, Jean Salvi et Jean de Sainte-Marie, envoient encore à Rouen seize balles de la même marchandise, et, le 5 avril 1550, François Malbosc, que nous venons de voir, en achète d'un marchand de Toulouse quarante-deux balles. De pareils actes reparaissent à chaque pas avant comme après le milieu du xvic siècle, et quelquefois, quoique moins fréquemment, les envois sont dirigés sur Anvers l.

1 Minutes de Douzeau, i niai 1532. La charte partie porte dix-sept balles de copeaux avec deux halles de laine et une barrique de vinaigre.

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