CHAPITRE PREMIER
US COMMERCE DE BORDEAUX PENDANT I,' ANTIQUITÉ ET LE MOYEN AGE, DU Ier AU XIIe SIÈCLE.
Passage île Slrabon relatif à Burdigala. — Sa situation favorable au commerce. — Commerce primitif de Burdigala; manière dont il se faisait. — Itinéraire des marchands de la Méditerranée dans l'intérieur. — Une flottille sur la Garonne au V* siècle. — Barques d'osier des anciens Bretons. — Topographie du port de Burdigala. — Articles principaux du commerce de celte place ; huîtres, vin, etc. — Invention des tonneaux. — Voies romaines dans l'Aquitaine. — Portrait d'un marchand gallo-romain au IVe siècle. — Tableau de l'Aquitaine au Ve siècle; ravages des Barbares et autres calamités, — Négociant syrien à Burdigala. — Mauvais état de la Gironde. — Envoi d'huile de celte place en Neuslrie. — Invasion des Normands; accusation portée contre les Juifs de Burdigala. — Péchait-on déjà la baleine sur les côtes voisines?-- Poissons que l'on y péchait. — Rôles ou jugements d'Olcron.
Le témoignage le plus ancien que l'on puisse invoquer pour établir l'antiquité du commerce de Bordeaux, est un passage de Strabon, qui écrivait au Ier siècle : « La Garonne, dit-il, après s'être grossie de trois autres rivières, va se jeter dans l'Océan, entre le pays des Bituriges, dits Vivisci, et celui des Santones, deux peuples gaulois d'origine. Les Bituriges sont le seul peuple étranger qui habite parmi les Aquitains, sans en faire partie. Sa place de i. i
commerce est Burdigala, ville située sur une espèce d'anse formée par la Garonne1. »
C'est sûrement cette situation qui avait déterminé la fondation de la cité gauloise en face du coteau de Cenonla-Bastide, dont la rivière baignait alors le pied2. Burdigala était en outre circonscrite, au nord et au sud, par deux cours d'eau alors assez considérables pour que l'un d'eux reçût le nom de mer, autrefois affecté à des rivières3. Ces cours d'eau, qui aujourd'hui se glissent furtivement dans la Garonne après avoir servi à blanchir le linge de nos lavandières, devaient alors apporter à la cité les denrées que produisait la lande, principalement le bois, quoique Burdigala fût alors entourée de forêts4. C'étaient la forêt de Talence, celle du Bouscat , « laquelle
1 Géographie de Stralwn, liv. IV, ch. h; t. II, p. 59.
2 On a trouvé, a ce qu'il parait, au pied du Cypressat, de gros anneaux de fer auxquels on attachait les navires. « Ce fait, ajoute 1). Devienne, ne prouve autre chose, sinon que cette espèce de marais, qui est au pied de cette montagne, en étoit autrefois sépare par un bras de rivière, et que les vaisseaux s'y niettoient à l'abri. » (Hist. de la ville deliordeaux, part. I, dissertation préliminaire, p. xxj.ï
3 La Marne, la Maronne, dans le Cantal. C'est ainsi que chez les Égyptiens le nom primitif du Nil était, au rapport de Diodore de Sicile, liv. I, ch. xu et xix, ïixsavvjç, qui signifie en grec Océan. En français, nous avons mare, marias et marécage; et nous disons encore aujourd'hui de la contrée située entre la Dordogne et la Garonne, Y Entre-deu.r-Mers.— Quand on voit Edward III concéder a John Coupale de Dynaunt le canal de mer attenant a lOmbrière de Bordeaux (Rot. Vase., ann. S Ed. III, membr. 1(>. Cf. 21 Ed. III, m. 1-2 . il faut entendre le Pcugue. Sur letymologie de ce dernier nom, on peut consulter Baurein , Variétés bordelaises, t. VI, p. 17."), 197; et sur l'extension donnée au mot mer, le Glossaire de du Cange, a Mare, t. IV, p. 2<s<>. col. 3, et surtout p. 287, col. 2.
i Grégoire de Tours rapporte qu'en 582, des loups, étant entrés dans Bordeaux, y dévorèrent des chiens. (Hist. eccl. gent. Franc, lih. VI, cap. xxi.) — Dans les actes des rois d'Angleterre qui se rapportent a la Guienne. il est fréquemment question de leur forêt de Bordeaux, et plusieurs d'entre eux ont pour objet des concessions de terrain a y défricher et a convertir en vignes.
pour le jourd'huy, écrivait un annaliste du xvie siècle, étant réduite en un village, ne retient de l'antiquité que le seul nom l ; » sans parler de la foret du Cy pressât, signalée par un autre écrivain du siècle précédent comme faisant partie du domaine de la couronne 2. Mais ce remarquable bois de cyprès se trouvait de l'autre côté de la Garonne, et c'était une entreprise considérable que de la traverser, surtout dans l'état d'indiscipline où se trouvait alors le fleuve5. Défendue de ce côté, Burdigala l'était encore par des marais qui s'étendaient au-delà de la Devèze et du Peugue, et le long de la Garonne, mais qui rendaient le séjour de la ville fort insalubre. Pour que les Bituriges, après s'être établis dans cet endroit, persistassent à y demeurer, il fallait qu'ils y trouvassent
« ad excolendum per di versas partes, tam ad vincas quam ad aliam agriculturam. » Voyez Rohtli litterarum patentium, ann. 7 Johann, (vol. I, part. I, j). (>5, col. 1); Patent, litt. fact. in Vasconia, 57 Hen. III, memb. 10; Rat. Vase., 7 Ed. I, m. 6; 1:2 Ed. I , m. 5; 17 Ed. I , part. I, m. 5; et Baurein, Variétés bordelaises, t. IV, p. 70-72.
1 Chronique bordelaise, ann. 1180, p. 10.
- A Journal by one of the suite of Thomas Beching ton, etc. London , mdcc.cxxvih, in-8°, p. 54. Voyez encore Fonteneil, Histoire des mouvemens de Bourdeanx, liv.IV, en. iv, p. 599, ann. 1650.
3 « Garumna... diu vadosus et vix navigabilis fertur... jactat navigantes atrociter. » Pompon. Mêla, lib. III, cap. h. (Galliœ ara exter'wr.) — « Pernicior nnda Carnmnre. » Claudian., lib. II in Rnfînnm, v. 115.
polsus ab scslii
Oceanus, rcfluum spargil per culta Garumnam,
In (lumen ciirrenle mari.