‹ Histoire du commerce et de la navigation a Bordeaux, principalement sous l'administration anglaise (volume 2)Chapitre 5 sur 54 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

COMMERCE DE BORDEAUX AVEC L ANGLETERRE AU XIIIe ET AU XIVe SIÈCLE.

Usage du vin chez les Anglo-Saxons. — Culture de la vigne dans l'ancienne Angleterre. — Vins cités par Chrestien de Troyes comme étant en usage dans ce pays ; mauvaise qualité de ceux que l'on y buvait du temps de Henry I*r. — Vins en usage en Angleterre du temps du roi Jean. — Vins de Gascogne et marchands de Bordeaux qui venaient en vendre à ce prince et à son fils ; privilèges que Jean Sans-Terre accorde pour leurs vins aux bourgeois.— Rapports de Henry III avec le commerce de Bordeaux. — Les affaires y souffrent de la mauvaise administration de la Guicnnc ; expédients du roi pour remédier à sa pénurie. — État florissant du commerce de Bordeaux avec l'Angleterre pendant la première partie du règne de Henry III ; achats devins de Gascogne par ce prince, surtout à des marchands bordelais ; prix de ces vins. — La noblesse, le clergé, le roi lui-même, en font le commerce

« Il est douteux, dit M. Pardessus, que les événements par suite desquels l'Angleterre exerça une assez longue domination sur la Guienne, aient accru notablement les rapports commerciaux entre les deux pays l. » Peut-être l'exposition des documents que nous avons recueillis, nous amènera- 1- elle à une conclusion contraire.

Bien avant la conquête normande, l'Angleterre connaissait le vin; seulement c'était un article cher, dont l'usage ne s'étendait guère aux gens du commun. Le marchand du Colloque d'Alfric importait des pays étrangers du vin et de l'huile; et, interrogé pourquoi il ne boit pas de vin, l'écolier répond qu'il n'est point assez riche pour en acheter, « et le vin, ajoute-t-il, n'est pas la boisson des enfants ou des imbéciles, mais des vieillards et des sages2. » L'un des auteurs de la Chronique

1 Collection de lois maritimes, oie., t. II. introduction, p. lwiij.

8 Thomas Wright, <t Volume of Vocatmlaries , etc. London, 1 h:>7 . in-8°,

p. 8, II.

ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 3o

saxonne rapporte que, dans une circonstance, tous les Saxons furent ivres; « car, dit-il, on leur avait apporté du vin du Sud1. » Maintenant, que faut-il entendre par le Sud? En vérité, nous ne savons que répondre; mais s'il le fallait absolument, nous pencherions vers les comtés méridionaux de l'Angleterre. Le Domesday-Book et diverses autres autorités nous apprennent qu'à l'époque normande il y avait peu de monastères sans vignobles2; et dans ce livre, comme dans le grand rôle de l'Échiquier de l'an 1196, on trouve le nom de vinitor, vigneron3. Le célèbre William de Malmesbury parle d'une vigne dépendant de son abbaye, originairement plantée, au commencement du xic siècle, par un moine grec qui s'était fixé là et qui passait tout son temps à la cultiver4. Un écrivain ancien parle d'une vigne plantée près de Canterbury5, et un chirurgien anglais du xive siècle fait mention d'un jardinier qui s'était coupé la main en

1 The Saxon Chronicle, éd. by J. Ingram. London, 1823, in-4°, p. 188, A. I). 101-2.— A History of domestic Mminers and Sentiments m Englan&âitring the Miâdle Ayes. London, 1862, in-4°, p. 33. —Robert de Biais, prétendant que notre mère Eve mordit, non dans une pomme, mais dans des raisins, ajoute :

Car qui boit à mesure vin,

Plus sentis en est et plus sages, etc.

Beaudous, v. 5647. (Histoire littéraire de la France, t. XXIII, p. 744.)

- Voy. Cnnton. History of the Chwch ofPeterlmrgh, etc. London, m.dc.lxxxv., in-folio, p. 23, 290, 295; Bentham, History and Antiquities of the conventual and cathedral Church of Ely, etc. Cambridge, m.dcc.lxxi., in-4°, p. 127, 157.

:1 Domesday-Book , vol. I , folio 56 recto. — Mag. Rot. 4 Rie. I , rot. 9 recto.

1 A Hist. ofdom. Mann, and Sent, in England, etc., p. 55. — En dépit de nos rerberebes, nous n'avons pu trouver le passage de William de Malmesbury dont M. Wright s'est servi pour avancer ce fait. En recourant, dans ce but, an Monasticon Anglicanum, nous avons rencontré, vol. I, p. 255, une mention de vignes plantées par un abbé de Malmesbury, mort en 1296.

5 Roger. Twysden, Hist. Anglic. Script. X, vol. II, col. 2056, 1. 25.

travaillant dans les vignes1; mais cette culture ne tarda point à être abandonnée, soit par suite de la paresse des habitants et de l'inclémence du climat2, soit à cause du bas prix du vin d'Aquitaine et du bénéfice que donnaient les pâturages5, ou pour tout autre motif4. Toujours est-il que sous Henry II il y avait tel canton de l'Angleterre, comme le comté de Pembroke, dans le pays de Galles, où le vin abondait sur le marché3.

Si l'on en excepte un précieux passage de William Fitz-Stephen, qui nous montre la Tamise, à Londres, bordée par des navires chargés de vins et par dos cel-

1 Praclica de Ardern, Ms. de St. John's Collège, Oxford, n° 86, folio 5:> verso. — Voyez, sur les vignes en Angleterre, les tomes I et III de YArchœologia, où la question est traitée par Samuel Pcgge et Daines Barrington; et Macpherson , Annals of Commerce, vol. I, p. 505, 530, 331. — En 1559, le fameux Cecil, écrivant a Sir Nicholas Throekmorton, lui demandait un jardinier français en état de planter de la vigne et de soigner un verger, son intention étant de faire des essais a Stamford, de façon a récolter, a défaut de vin, du bon verjus. (Conway Papers, Publie Record Office, Londres; lettre du 26 mai 1539.)

2 Camden, Britannia, col. cc.i.xix.

3 Michaelis Mnluiuji... Couanentarhu m C. Jutii Agricoles Vitam, scriptore Corn. Tacito. Norimbergs, b.dc.xxxvii., in-8°, rap. xn, p. 85. — Archœologia, vol. I, p. 529.

* Tvvyne, entre autres, attribue l'abandon de la viticulture en Angleterre a l'indolence des habitants, aussi bien qu'au goût, qui se développa ebez eux. pour les vins de Fiance, sous Henry III. (Johannis Tivini Bolmgdamcnsiê, Angli, de Rébus AWionicu. Londini, 1590, in-8°, p. 1 1(5. — Le compilateur de la Vie de Bullcyn, dans la Biographia Britannica, édit. de l77S-!)5. in-folio, s'exprime ainsi : « On affirme qu'il existe un traite de paix entre la France et 1 Angleterre, dans lequel il est stipule que nous arracherions nos vignes et serions les tributaires de nos voisins pour la totalité de notre consommation. Si la destruction des vignes anglaises est due a une autre cause, on la trouvera peutêtre dans la possession de la Gascogne par les Anglais, qui en tiraient du vin a meilleur compte et de qualité supérieure a celui qu'ils récoltaient dans leur pays. » (Kippis, Biogr. Brit., vol. III, p. 2, note, col. 2. Cf. Kllis. a qeneral Iittrod. to Borne admj-Bool; , vol. 1. p. 121.)

8 Giraldus Cambrensis, Uinerarium Cambriœ, lib. II. cap. xn.

liers1, et une mention d'un règlement relatif à la circulation des vins et du sel sur la Gironde du temps de Richard Gœur-de-Lion 2, on ne rencontre guère de traces du commerce des vins en Angleterre antérieurement au xme siècle ; les vins de la Guienne et de la Gascogne n'y sont que peu connus, sans doute parce que la culture de la vigne n'était pas encore propagée dans ces provinces, dans la première surtout, alors couverte de bois et de marais. Un trouvère que l'on s'accorde généralement à placer sous le règne de Henry II, l'époux d'Éléonore d'Aquitaine, Chrestien de Troyes, fait servir à ses héros, en Angleterre, « bons vins d'Auçuerre et de Soissons, » du vin de Poitou et de la Rochelle3; mais si l'on admet ce catalogue d'importations, on est au moins autorisé à

1 Stow, a Survey ofthe Cities of London and Westminster, etc., éd. by John Strype. London, m.dcc.xx., in-folio, vol. II, appendix i, en. n, p. 10, col. 1. — London, mdcccxlii, in-8°, p. 211, col. 1.

2 TtoU/tt. /w?., 13 Johann., vol. I, pars I, p. 113, col. 1 et 2.— Jean ordonneque tous les marchands allant par eau, avec du vin et du sel, jusqu'à Bordeaux, ou revenant par la même voie, soient soumis aux mêmes droits que sous son frère ; il ajoute que les vins des bourgeois de cette ville provenant de leurs vignes propres, pourront passer librement par le fleuve en franchise de droits, etc. Auparavant, nous voyons le même prince accorder a l'évêque de Saintes une permission pour transporter dans les mêmes conditions, a Bordeaux, jusqu'à cent niuids de sel (ibld., p. 2, col. 1), et a maître Pierre de Navarre, son clerc, la faculté d'acheter chaque année, sa vie durant, en Poitou et en Gascogne, dix muids de la même denrée, et de les transporter en franchise partout où il voudrait, par la voie de la Gironde. (Ibid., p. 23, col. 2.)

3Boman de Perceval, Ms. de la Bibliothèque impériale, supplément français, n° 430, folio 139 recto, col. 2, v. 3; folio 182 verso, col. 2, v. 10. — Le trouvère Cortebarbe fait pareillement crier a Compiègne :

Ci a bon v\n frès et novel , Ça d'Auçoire, rà de Soissons.

Des trois Avugles de Compiengne, v. 72. {Fabliaux et Contes, t. III, p. 400.)

Un autre se contente de faire pareillement crier, par un garçon de cabaret, le bon vin de Soissons. (De Cortois d'Arras, v. lil ; même recueil, t. ï. p. 361.

douter que ces vins méritassent Fépithète que leur donne le poëte. Le vin, en Angleterre, même à la cour du roi, le plus souvent n'était pas potable. Pierre de Blois le représente comme tourné ou fleuri, trouble, huileux, rance, gluant et éventé. « J'ai vu parfois, ajoute-t-il, servir aux grands du vin tellement trouble, qu'il fallait plutôt le cribler que le boire, les yeux fermés et les dents serrées, avec horreur et la bouche ouverte '. »

Si l'on en croit un autre trouvère, postérieur, il est vrai, à Ghrestien de Troyes, on consommait exclusivement en Angleterre des vins de la Rochelle-. C'est beaucoup dire, alors même que, sous cette dénomination, on comprendrait les vins de Poitou et de Saintonge, admis dans ce port depuis 1231 5, et encore en usage à la fin du xive siècle, en Flandre, en Brabant, en Hainaut, dans le pays de Liège et jusqu'en Picardie4. Nous avons, d'ailleurs, un statut de Jean Sans-Terre, qui, en fixant le prix des vins pour son royaume, nous apprend quels sont ceux que l'on y consommait vers la fin dû xir siècle 5 ; mais s'il existe des traces anciennes du commerce

1 Petr. Blesensis, epist. m. (Pétri Btesensis... Opéra omnia, éd. Petro de Gussanvilla. Paris, m.ih.i.wu.. in-folio, p. -i, col. I.)

2 Lors dit li vins de la Rocele...

4e repais trestoute Englctierre, Bretons, Flamens, Normans, Englois, Kl le> ESscos el les [rois, etc.

Henr] d'Akdeli, la limaille des vins, v. il.". (Fabliaux et Contes, édit. <l«' Méon, t. I, p. 156.

3 Veterum scriptorum et mmiumentorum amplissima Collectb, t. I. col. l-2i<;.

4 Chroniques de sire Jean Froissait, li v. I. part. I. eh. cci.wm. ann. 1546, et liv. III, ch. liv, ann. 1386. Édit. du Panthéon littéraire, t. I. p. 233, col. I ; f. II, p. 552, col. I.)

5 Nulle barrique de vin de Poitou ne devait dépasser le prix de -20 shillings, nulle barrique de vin d'Anjou celui de 21 ; et la barrique de vin français était

de vin que la capitale de l'Aunis faisait anciennement avec l'Angleterre1, même par l'intermédiaire des Bordelais2, on rencontre tout autant de documents positifs dans lesquels il est fait mention, dès le commencement du xme siècle, de vins de Gascogne, dans ce pays, des marchands gascons qui venaient y négocier3, et de ceux de Bordeaux, qui sans doute vendaient des produits de leur sol.

A la même époque, Jean Sans-Terre accordait à tous les marchands de Poitou, de Gascogne et de Périgord, la permission de faire le commerce en Angleterre des rriar-

taxée, au plus haut, 25 shillings, a moins qu'il ne fût d'une qualité telle qu'il se présentât quelqu'un qui en offrît deux marcs, au plus. Le roi Jean fixait ensuite le prix du setier de vin de Poitou, le plus cher, a 4 deniers, et celui du setier de vin blanc a 6 deniers. Après avoir fait connaître quelques autres dispositions, le chroniqueur ajoute : « A peine ce premier statut du roi avait-il été mis en vigueur, qu'il cessa d'être observé, car les marchands ne pouvaient soutenir ce tarif, et permission fut donnée de vendre le setier de vin rouge 6 deniers, et celui de vin blanc 8 ; et c'est ainsi que le pays fut rempli de boisson et d'ivrognes. » (Annales monasterii Burtonensis, ap Gale, Rerum Amjlicarum Scriptorum veterum Tom. I, p. 257, 258. Cf. Hoveden., ap. Savile, Rer. Anglic; Script, post Bed. prœcip., p. 796, 797.)

1 Voyez des mentions de marchands de vin de la Rochelle pour l'année 1205, parmi les Close Rolls , vol. I, p. 18, col. 1. Cf. p. 72, col. 1 et 2. — Dans l'une de ces pièces est portée une somme de 40 marcs pour trente barriques de vin d'Oléron , à raison de 20 sous l'une. (Ann. 14° Johann., A. D. 1212; vol. I, p. 126, col. 1.) Une autre renferme une lettre de Philippe III, roi de France, a Edward Ier, pour lui demander de nouveau de faire payer à un marchand de la Rochelle trente-deux barriques de vin qui avaient été fournies a Henry III, son père. (Champollion, Lettres de rois, reines, etc., t. I, p. 250.)

2 Le rôle de la vingt-septième année de Henry III renferme une licence accordée à Arnaud Mainsent , bourgeois de Bordeaux , pour charger sur la Charente une cargaison de vin de la récolte de 1243, et la conduire en Angleterre, ou dans toute autre des possessions anglaises. (Rot. Vase, 27 Hen. tll, memb. 21.)

8 Rot. litt. clans., vol. I, p. 117, col. 2; p. 121, col. I ; p. 128, col. 2; p. 158, col. 2; p. 157, col. 1 ; p. 165, col. 1, etc. — P. 88, col. 2, il est fait mention d'un achal de dix barriques de vin de la Réole, ii 55 sous I deniers L'une.

çhandises de leurs pays l ; il ordonnait à ses chambellans de payer à Bernard de Bordeaux 26 livres sterling pour sa prise de trente-six barriques de vin2, et, par la suite, à Gerold, de la même ville, 325 marcs pour cinquante barriques3. C'est le même qui, à pareille époque, affranchissait les bourgeois de Bordeaux de tout péage royal pour le transport de leurs vins4; qui leur faisait expédier, pour eux et leurs marchandises, des lettres de protection valables dans toutes les possessions anglaises5; qui déléguait, sur le produit des douanes et des maltôtes imposées sur tous les vins descendant ou sortant de Bordeaux, de la Béole ou autre lieu de la Gascogne, le payement de vins achetés en Angleterre de Guilhem Pey, Yidau Regnault et Yidau Guilhem6; et qui donnait au maire, aux jurats et au conseil communal de Bordeaux, Tordre de remettre à son sénéchal les vignes, le fils et tous les biens de Raymond de Bourg7, que son nom désigne aux conjectures relatives à l'ancienne existence des vignes dans cette partie de la Guienne.

1 Ilot. tilt, pat., (> Johann.; vol. I, pars i, p. i5, col. 2.

8 Ibid., i Johann.; vol. I, pais I. p. 2*. cul. 2.

;f Rot. litt. clans., 1 i Johann. ; vol. I, p. 153, col. 2. — A l'année suivante, il est fait mention d'un marchand qui se trouvait a Bordeaux en même temps que le roi, et qui, ayant envoyé des vins a Bristol, s'était vu refuser la faculté de les vendre autrement que sur une mise a prix arrêtée sur rapport de marchands. (Vol. I, p. 173, eol. 2.)

4 Documents historiques inédits, etc., puni, par M. Champollion Figeât, t. M, 2<- part., p. 43, 16. — Henry III rappelle les lettres patentes de sou père dans an ordre adressé au sénéchal de Poitou et de Gascogne, en faveur des bourgeois de Bordeaux. (Rot. litt. clans., I Ben. III; vol. I. p. 125, col. I.

:i Rôt. litt. pat., 15 Johann. ; vol. I, pars I, p. lli, col. 1.— Selehrun de Pons, bourgeois de la Réole, est enregistré comme ayant reçu des lettres de protection en la même forme.

8 Rot. litt. pat., IS Johann. ; vol. I, pars I. p. IS5. col. 2. /.'i»/. ////. dans., s Johann. ; vol. I, p. 73, col. 2.

ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. h\

Le même roi Jean étant, à ce qu'il parait, débiteur envers la commune de Bordeaux d'une assez forte somme pour des achats de vins, un certain Raymond d'Ujac, bourgeois de cette ville, fut chargé de réclamer cette somme à son successeur. Celui-ci ne consentit à la payer qu'à la condition qu'elle serait réduite de 1,080 marcs à 600 ».

Les rapports de Henry III avec le commerce de Bordeaux commencèrent donc par le règlement des dettes que son père avait contractées sur cette place pour achats de vins. En 1218, il faisait expédier à l'archevêque, son sénéchal en Guienne, l'ordre de faire droit à une requête de ses sujets de Bordeaux et de la Rochelle, appuyée d'une recommandation du prélat et présentée par Arnauld de Reisac, bourgeois de cette ville, qui poursuivait le payement de vingt barriques de vin prises par le roi Jean pour l'approvisionnement du château de Douvres. Son fils donnait l'ordre de payer, sur les revenus de la sénéchaussée, deux marcs et demi sterling par barrique2. Il fit pareillement régler à Rusteng de Solers la somme qui lui était due pour quatre-vingt-deux barriques de vin achetées pour le même objet, sous le même règne, par Hubert de Burgh, comte de Kent5.

De pareils débuts étaient bien faits pour inspirer de la confiance au commerce de Bordeaux, et pour attirer

1 Rot. litt. clans., 6 Hen. III; vol. I, p. -481, col. I. Cf. col. 2. — Le nom de Raymond d'Ujac reparaît dans un autre rôle. Voy. vol. II, p. 117, col. 2.

2 Rot. litt. clans., 2 Hen. III; vol. I, p. 351, col. 2. — Plus loin (26 Hen. III, pars III, m. 5) figure une autre fourniture de vins, pour le môme château, par Arnaud Maysent, bourgeois de Bordeaux, par les mains d'Amanieu Bonofus, gardien du navire dudit Arnaud.

3 Royal <uiri other historical Letter*, etc., vol. 1, p. 311. 313, n° cclvbi.

ses produits en Angleterre ; mais le milieu du xme siècle était à peine passé que les choses y allaient aussi mal que sous le règne précédent. Les puissants du jour, nommément les vicomtes et les officiers royaux, se montraient, plus que jamais, âpres à la curée. Ils prenaient aux pauvres, et principalement aux marchands, leurs chevaux, leurs chariots, leurs vins, leurs vivres, leurs étoffes, leur cire, et prétendaient trouver des fraudes dans les mesures pour liquides et dans les aunes. Les Gascons, qui avaient apporté des vins à vendre, voyant que l'on prenait leur marchandise sans la leur payer, retournèrent sans argent dans leur pays, et se plaignirent à tous les habitants de la Gascogne. L'indignation générale qui en résulta tomba sur le roi lui-même1, et détacha de lui beaucoup de nobles, surtout les riches, qui avaient coutume d'envoyer vendre leurs vins en Angleterre2.

On comprend encore mieux un pareil sentiment quand on voit le prince qui en était l'objet commander à son trésorier d'emprunter à Bordeaux des vins, des cuirs et d'autres marchandises, et de les faire vendre, même à moitié prix, pour remédier à sa pénurie".

On peut juger de l'état florissant du commerce de Bordeaux avec l'xVngleterre, pendant la première partie du règne de Henry 111, par la grande quantité de vin que l'on y voit à cette époque4, et par les achats faits pour

1 Matth. Paris, Wstoria major, ann. 1-253; cd. Lond. 1640, p. 860.

2 IbUL

8 Clous. Utt. fart, in Vase, 7>7 Hen. III. m. 11.

1 II y on avait de toute sorte, du un français, gascon, d'Anjou et d'Auxerre. Voyez le grand rôle de la deuxième année de Henry III. rôle 2. uiemb. '2. cité par Madox, Firma Burgi, eh. vi, sect. Il, p. 131, not. yy; el Rotuli Oc oblatlsel

le compte de ce prince à des marchands de cette place. En 1224, il adresse à l'évêque de Londres l'ordre de faire choisir, par des hommes probes et loyaux de la cité, cent barriques de la cargaison de Gérard Columb et compagnie, arrêtés dans cette ville, au prix de 40 sous l'une, s'il n'était possible de les avoir à moins1. La même année, il donnait l'ordre aux baillis de Bristol de faire payer à Arnaud Guilhem trente barriques de vin qu'il avait prises pour son usage2, et à d'autres offi-

fiuibus, p. 250, 500. — Dans le rôle gascon do la vingt -septième année de Henry 111 , nienib. 6 et 8, il est fait mention des vins qui se trouvaient dans l'abbaye d'Evesham, en même temps que des vignes qui en dépendaient. — Il résulte d'un passage de Matthieu Paris que Hugh Nonvold, évèque d'Eiy, avait, eu 1252, beaucoup de vin en fûts dans ses caves. (Historia major, éd. Lond. 1640, p. 855, 1.55.) Un an après la mort de Henry III, le chroniqueur du prieuré de Dunstaple note qu'en 1174, la bière ayant manqué, on but cinq barriques de vin, « ce qui, ajoutc-t-il, nous lit beaucoup de profit. » (Chronicon sire Annules prioratus de Dunstaple, etc. Oxonii, nmeexxxiu, in-8°, p. 125.)

1 Rot. lift, clans., 8 Hen. III; vol. I, p. 010, col. 2. Cf. supr. etinfr., p. 011, col. 2, et 615, col. 2.

2 Rot. litt. clans., 8 Hen. III; vol. I, p. 022, col. 2. — Deux ans plus tard, nouvelle acquisition de dix-sept barriques devin, achetées 58 sous l'une, de Jean du Soley, marchand de Bordeaux, et placées dans le château de Bristol, « pour notre usage, » dit le roi dans un mandat de payement de la somme de 28 livres 18 sous, montant de la facture. (Ibid., 10 Hen. III; vol. II, p. 122, col. 2.) La même année, Jean du Soley et Guilhem Raymond recevaient un mandat pareil, de la somme de 82 livres, pour quarante barriques de vin de Gascogne achetées a Londres, à raison de 41 sous la barrique. Ce dernier avait frété un navire a raison de 52 livres 10 sous, pour apporter de la marchandise de la Rochelle à Bordeaux; le navire ayant passé en Angleterre au service du roi, ce prince ordonna de rendre l'argent. (Ibid., p. 94, col. 2.) — La famille du Soley a fourni à l'abbé Baurein le sujet d'une dissertation, lue a la séance publique de l'Académie de Bordeaux, le 25 août 1707 (reg. mss. conservés a la Bibl. de la ville, t. GXVIII), et reproduite dans le Bulletin polijmathique du Muséum d'instruction publique, etc., année 1815, p. 79-87, 109-117, et en partie dans les Variétés bordelaises, t. VI, p. 115, 114. On peut y ajouter que parmi les rôles des parlements de la neuvième année d'Edward II (1515), on trouve une mention de Perotte Brune de Solier, qui avait été, a ce qu'il parait, lésée par des sujets du comte de Flandres, (fiol. pari., vol. I, p. 356, col. 1.

tiers de compter 26 livres 5 sous à Guillaume Arthur et Arnaud de Bordeaux, pour quinze barriques de vin, à raison de 35 sous chacune'1, prix payé à Etienne de Bordeaux et à Guilhem Columb , qui avaient vendu au même prince , l'un trente-huit barriques de vin pour 56 livres 15 sous, l'autre vingt-cinq pour 43 livres 15 sous, pendant que Semirette et Galhard de Bordeaux avaient obtenu de leurs vins seulement 33 sous , Raymond de la Grave et le Loué, de la même ville, deux marcs et demi2, un demi-marc de plus que le roi Jean n'avait payé le vin d'Auxerre3. Enfin, en 1243, son fils ordonnançait, au profit de Pierre et Arnaud Calhau, bourgeois de Bordeaux, une somme de 270 livres sterling destinée à

1 Bot. litt. clans., S Hen. III ; vol. I, p. 625, col. 1. Cf. p. 650, col. 2.

2 « Semirettus de Burdigala » était créancier de Henry III pour 59 livres 2 sous, prix de vingt-trois barriques de vin; « Galhardus de Burdigala, » pour

28 livres, prix de seize barriques; « Beimundus de Grava, » pour 17 livres et demie, représentant sept barriques. (Rot. litt. clans., vol. I, p. 623, col. 2. Cf. p. 649, col. 1.) — Un autre ordre de payement en faveur de Pierre Buzun, de Bordeaux, porte le vin acheté de lui (trente-cinq barriques pour 62 livres . au prix de 56 sous la barrique. (II?., 9 Hen. III; vol. I. p. 18, col. 2. Ce Pierre Bu/un, ainsi que Gérard Columb et (>, Arnaud Jean, Boaefoux et Pierre Simon, ses confrères, figurent dans plusieurs autres endroits du volume auquel nous venons d'emprunter ce qui précède. Voyez p. 019, col. "2; p. 655, col. i; p. 656, col. 2; p. 638, col. 1 ; p. 659, col. I ; p. 645, col. 1. Ann. 8° Hen. III, A. D. 1224.) Dans le second, le nom de Pierre Simon, sans doute le même, reparait sur un mandat de payement de la somme de 175 livres . délivre en faveur de sept marchands de Bordeaux, Thibaut de Bristol, Arnaud de Fontilnts, Pierre Simon, Walter d'Auge, Fortin de Noelain, Boberl Regard et Jean Perker, pour cent barriques de vin, a raison de 55 sous lune. Voyez ann. 10" Hen. III, A. D. 1225; t. II, p. 86, col. 2.

3 Rot. litt. clans., 17 Johann.; vol. I, p. 217, col. 2. Cf. p. 220. coi. 2. — Dans la première des pièces auxquelles nous renvoyons, il est fait mention de quarante-huit barriques de vin de Gascogne et d'Anjou, achetées par le roi. a raison de 20 sous l'une. — Ailleurs, c'est du vin d Anjou et de France demandé par Jean Sans-Terre. | //m/., 6 Johann., vol. 1. p. 2. col. I. Cf. p. 5. col. I.

solder un achat de trois cent deux barriques de vin !, en attendant que ses rapports avec le commerce de notre place devinssent plus étroits2.

Outre les vins que Henry 111 lui achetait, il s'approvisionnait aussi chez les grands propriétaires de vignobles, et traitait des affaires de ce genre, même avec l'archevêque. En 1242, il se reconnaissait débiteur de la somme de 1110 marcs 11 sous 4 deniers sterling, prix de cent barriques de vin qui lui avaient été vendues par les procureurs du prélat3, et il faisait charger toutes ses acquisitions sur un bâtiment4. Gros décimateur dans plusieurs paroisses, le primat d'Aquitaine recevait encore du vin d'ailleurs, ce qui le mettait en état d'en vendre d'aussi fortes parties. Ainsi l'abbé de Saint- Vincent de Bourg était tenu de faire porter tous les ans, dans le cellier de son métropolitain, une pièce de bon vin, représentant la dîme de Saint-Michel de Terrafort 5. A l'exemple du primat, les évêques de Gascogne ne manquaient pas d'envoyer leurs vins à Bordeaux pour en opérer la vente. En 1254, l'évêque d'Agen, qui voulait faire prendre ce

1 Fines, liberate et contrabrevia de Yasconia, 27 Hen. III, m. 13. Cf. Rot. pat., 58 Hen. III, m. 12. (Pro Arnaldo Guillelmo, Emerico et Remundo Alaundo. — Pro Segino Rarbe et Elija Rarbe. — Pro Elya Carpentario. — Pro Remundo Monader. — Pro Reyinaldo de Camparrian et Johanne de Chiaute. — Pro Emerico Sicardi , etc.)

2 Par ordonnance en date de 126G, aucun marchand étranger ou venant d'outre-mer n'était admis à exercer le négoce en Angleterre sans licence d'Edward, fils aîné de Henry. (Pat., 50 Hen. III, m. 22. — Nouv. Rym., vol. I, p. 468.) Quatre ans plus tard, ce jeune prince fut autorisé à engager, aliéner ou bailler à ferme les coutumes royales a Bordeaux , grandes et petites. (Pat., 54 Hen. III, m. 19. — Nouv. Rym., vol. I, p. 48S.)

:î Rot. V«^.,26Hcn. III, m. 2.

4 Ibid., 27 et 28 Hen. III, m. il.— A Hist. of the Royal Navy , vol. I . P. 203. s Galiïa ckristiam, t. II , col. 857, D.

chemin aux siens, obtenait de Henry III, pour trois cents barriques, exemption des péages royaux sur tout le parcours de la Garonne , et un ordre en conséquence adressé aux connétables de Meilhan et de Gironde , au gardien du pont de cette dernière localité et aux autres officiers préposés à la surveillance de la rivière l. Une fois le haut clergé dans cette voie, le reste l'y suivit, et le siècle n'était point fini qu'il éclatait, entre les consuls et le clergé d'Agen , un procès scandaleux suivi de graves désordres. C'est alors qu'intervint une lettre de Philippe le Bel, dans laquelle il est fait mention d'un mandement de ce prince au sujet des clercs qui faisaient le négoce-. A son exemple, Edward s'occupa de ceux de Bordeaux tonsurés et mariés, qui vivaient de leur revenu, du négoce, de quelque profession industrielle, ou simplement de leur travail. Ils demandaient le maintien de leurs privilèges, et ils l'obtinrent toujours3, en dépit de l'opposition des bourgeois, «moult convoiteus, » comme Froissart accusait tous les Gascons de l'être4, et surtout jaloux de jouir seuls des avantages de leur situation topographique. Vers la fin du xivc siècle, cette opposition étant devenue plus tracassière, Richard II se vit obligé d'intervenir, et les

1 Roi. pat., 38 Hen. IU, m. 17.

- Barrère, Histoire religieuse et monumentale au diocèse d'Agen, li\. VII, chap. i; t. II, p. "I. — Voyez, sur les clercs marchands, les Olim, vol. 11. folio 8 recto ; et Y Essai sur l'histoire du commerce de Sarl/oune . de M. Celestin Port, p. 81-83.

■! Rot. Vase, 29 Ed. 111, m. 3 el 9. Nouv. Rym., vol. 111, part I,p.310. - Voyez, sur les clercs mariés, le rôle de la onzième année d'Edward II. m. 17 /'// dorso (ibid., vol. Il, pars I, p. 342); Eusèbe de Laurière, de f Origine du droit d'amortissement, preuves, p. 2~>; et Boutai ïe. Actes du Parlement de Parie, etc., t. I, p. 361, eol. 2.

'' Chroniques, ann. 1336; liv. !«*, part. II ; t. I. p. 345, eol. 2.

adversaires des cleres de la province de Guienne reçurent l'ordre de mettre un terme aux exactions dont ceux-ci avaient à se plaindre1.

Le roi lui-même, bravant le mépris public, et sans souci d'être ravalé par quelque troubadour au rang d'un serf ou d'un bourgeois2, vendait bien du vin. En 1243, étant à Bordeaux, il mandait à tous les baillis et vicomtes de ne point permettre que, dans le ressort de leur juridiction, il en fût vendu avant les siens, que maître Wiberd de Kent amenait en Angleterre5; il avait un acheteur en titre4, et il octroyait, pour les religieux malades de l'abbaye de Beaulieu, une barrique de vin, à prendre sur celles qu'il envoyait dans ce pays5. La reine avait aussi ses vins; et l'on peut mentionner jusqu'à vingt pièces achetées pour elle, au prix de 70 marcs, à Gérard du Bosc, marchand de Bordeaux, sans que l'on puisse indiquer avec certitude quel devait en être l'emploi6. Un sauf-conduit pour trois cents barriques de vin, que Bérard d'Albret venait acheter en Guienne, en 1326, et qu'il devait conduire pareillement en Angleterre pour son usage7, nous fait soupçonner une spéculation com-

1 Rot. Vase, M Rie. II, m. 6.

2 Voyez Pierre Vidal (Per pauc de chantar , etc.), dans le Choix des poésies originales des troubadours, t. IV, p. 105.

1 Rot. Vase., 27 Hen. III, m. 14, 18. — Plus loin, on trouve nommé un autre maître de navire chargé d'une commission pareille. Le roi s'engage a lui payer pour fret de son bâtiment, jaugeant 170 tonneaux, 8 sous, s'il aborde a Southampton , et 9 sous, s'il va jusqu'à Sandwich.

4 Madox, the History and Antiquilies of the Exchequer, etc., eh. xviu, p. 533, note b; 2,ul éd., vol. I, p. 778, note b.

'■'' Rot. Vase, 27 Hen. III, m. 12.

G Issues of the Exchequer , etc., publ. hy Frederick Devon. London, 1837, m-8°, p. 41. (42 Hen. III.)

7 Rot. Vase., 19 et 20 Ed. II, m. I.

48 HISTOIRE UV COMMERCE

merciale de la part de quelque noble, une pareille quantité dépassant de beaucoup la consommation d'un particulier, quelque qualifié qu'il fût.

Un document du règne de Henry III nous montre de nouveau Pierre Calhau faisant acheter par Matthieu Mercer, son marchand, c'est-à-dire son commis1, trente barriques de vin de Bergerac2; et en continuant à parcourir les rôles gascons, on trouve le même Pierre créancier d'Edward Ier, qui lui délègue 20 livres tournois sur le prix de la prévôté de Barsac, et ordonne, en cas d'insuffisance, de prendre sur les revenus et issues du Médoc jusqu'à parfait payement de ce qui était dû à ce négociant3. Plus loin apparaît le nom d'un membre d'une autre famille de l'aristocratie commerciale de Bordeaux, Raymond Monader, auquel le même prince reconnaît devoir 200 marcs pour argent prêté, et 182 livres 10 sous pour cent quatrevingts barriques de vin rendues en Angleterre, partie aux risques et périls du vendeur, partie à ceux de l'acheteur4.

Nous croyons en avoir assez dit pour montrer à quel point la consommation de nos vins en Angleterre était considérable sous Jean Sans-Terre et Henry III , et dans quelle large mesure ces princes y prirent part ; nous ferons maintenant observer que les choses ne se passi*rent pas autrement sous leur successeur.

En 1300, Adam de Rokesle, bouteiller d'Edward Ier,

1 En comparant deux pièces relatives a un certain Alard de Winehelsea .

dans lesquelles le commandant du navire dont il était propriétaire reparait ensuite avec le titre de marchand dudit Alard , ou voit dans quel sens il faut l'entendre. (Rot. Vase, Il et 1-2 Ed. H, m. 5 /// dorsù. — Les Anglais donnent encore le nom de bmjers aux commis chargés d'acheter en fabrique.

- Bot. pat. et chart. Vase. 07, ô8 Hen. III, pars II. m. H.

3 Ibid. .8,0, 10 Ed. I, ni. 5. ' Ibid.

payait 4,393 livres 17 shillings 10 deniers pour quatorze cent onze barriques dix quarts et demi de vin acheté pour le compte de ce prince, en sus de 136 livres pavées en prenant, en vertu de son droit de recta prisa, cent cinquante-six barriques de vin arrivées à différents ports dans le courant de l'année1; et, à la mort d'Edward Ier, le sénéchal de Gascogne reçut Tordre de se procurer, pour le couronnement de son successeur, mille barriques de bon vin , que les marchands de la société des Friscobaldi, de Florence, devaient payer sur les revenus du duché, dont ils étaient les receveurs2.

1 Liber quotidianus contrarotulatoris garderobœ anno regni régis Edwardi I 28, etc. Londini, mdcclxxxmi, in-4°, p. 356.

2 Rymer, Fœdera, vol. II, pars I (Lond. 1818), p. 7. — On trouve dans le Ms. cottonien , Caligula D. III , folio 3 , des lettres patentes d'Edward II , en date de 1308, qui en renferment et en continuent d'autres par lesquelles Émeric de Friscobaldi et Cie sont constitués receveurs en Aquitaine; et dans le Public Record Office, un ordre du connétable de Bordeaux, Ricbard de Havering, en date de 1307, a « Emery de Friscobaud e ses compaignouns » de payer à Tbonias Beautlour, marchand de Londres, 50 liv. st., représentant «vins et autres divers biens qe furent en la charge Richard e Simon Martin , marchand/ de Londres, qui par mesebaunce estoient neez en l'ewe de Gerunde. » (Miscellanea, Quecn's Remembrancer, T. G. 27239.) — Dans les premières années du règne d'Edward II , ces financiers ayant quitté les possessions anglaises sans rendre de compte et en emportant tout ce qu'ils y avaient, le roi lança contre eux un mandat d'arrêt; mais bientôt, par d'autres lettres, il revint sur cet ordre, qui resta sans effet. (Rot. Vase., 5 Ed. II, m. 11 et 12. Cf. Rym., nov. éd., vol. II, pars II, p. 190, 217.) — Voyez, sur les mêmes financiers et sur d'autres Italiens employés à Bordeaux et a Âgen par les rois d'Angleterre, Madox , Virnia Burgi, p. 97; the Hist. ofthe Excltequer, etc., vol. II, p. 76, 239, 292; et Bond , Extracts from the Libérale Rolls , relative to Loans supplied by Italian Merchants to the Rings of England, in the 4Zth and H"' Centuries, etc. (Archœologia , vol. XXVIII , p. 233.) — Dans l'un des rôles gascons du règne de Henry III, on trouve des lettres de rémission en faveur d'un marchand florentin, qui s'était, à ce qu'il paraît, rendu coupable de quelque irrégularité dans l'exploitation du change royal. (Clans. Lit t. fact. in Vase., 37 Hen. III, m. 5); mais rien, dans cette pièce, n'indique que les faits reprochés a cet étranger aient eu lieu en Gascogne. Un autre document de la même série nou^

Les détails qui précèdent, sur les rapports du commerce de Bordeaux avec les Plantagenets, suffiraient pour montrer à quel point cette place était déjà florissante au xme siècle ; mais on n'a vu qu'un coin du tableau , et le reste ne mérite pas moins l'attention.

montre Edward Ier demandant a Richard Rugepelle ctCie, marchands lucquois, do prêter miile livres tournois au connétable de Bordeaux , Adam de Norfolk , qui devait les employer pour le service du roi. Rot. Vase, 7 Ed. I, m. ~2.

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