‹ Histoire du commerce et de la navigation a Bordeaux, principalement sous l'administration anglaise (volume 2)Chapitre 7 sur 54 · LES MARCHANDS DE VIN GASCONS A LONDRES · texte numérisé non relu

LES MARCHANDS DE VIN GASCONS A LONDRES

Enregistrement de contrats, créances ou décharges, à Bordeaux et à Londres. —Marchands bordelais en relation d'affaires avec cette ville. — Bourgeois de Londres créanciers de marchands de Bordeaux. — Commerçants des autres villes de la Guienne dans la Cité : Saint- Macaire, la Réole, Libourne, Saint-Émilion. — Droit de cité accordé, à Londres, à des marchands gascons; Anglais admis à jouir du même droit à Bordeaux. — Politique des rois d'Angleterre à l'égard de la Guienne ; état florissant du commerce de cette province avec l'Angleterre. — Dissensions entre les marchands gascons et les bourgeois de Londres; mesures prises par Edward Ier dans le cours de cette querelle. — Règlement concernant le fret des navires chargés de vins et autres marchandises ; coalition des marins pour obtenir un salaire plus élevé. — Relation des hostilités commises sur mer par les Normands contre les Bayonnais et autres, à la fin du xnr siècle. — Capture de vins de Gascogne appartenant à des marchands picards; supplique d'un évêque d'Amiens à Edward Iur. — Nouvel aspect de la querelle entre les marchands de Londres et ceux de Bordeaux ; intervention du roi d'Angleterre : règlement en faveur du commerce des vins de Guienne. — Reprise des relations commerciales entre les deux places ; importante créance transcrite sur les registres de Guild- Hall. — Les hostilités recommencent ; ordonnance d'Edward II sur la vente des vins. — Il fait payer par les marchands de Londres ses dettes envers ceux de Gascogne. — Importation de vins du Rhin dans la Grande-Bretagne. — Edward II achète des uns et des autres.

Les marchands étrangers et autres qui faisaient des affaires ou avaient des intérêts à Bordeaux, arrêtaient leurs comptes au moyen de lettres patentes, ou venaient faire transcrire leurs contrats, leurs créances ou leurs décharges, en un mot, les déclarations auxquelles ils voulaient donner plus d'authenticité et de durée, sur un registre public appelé cartulaire1, évitant ainsi l'ennui

1 Patent. Litt. fact. in Vasconia, 27 Hen. III, m. 13. — Un autre acte, d'une date postérieure, nous apprend qu'un maître William de Welcombe, notaire de la seigneurie de Guienne et bourgeois de Bordeaux, ayant réussi a obtenir le privilège exclusif de faire et recevoir tous les contrats et les chartes des navires en charge dans cette ville, le maire et les jurats réclamèrent et rentrèrent en possession « de faire et de créer les cartnlaires de ladite citée. » (liât. Vase, 'û Ed. III, ni. C.

<S«i HISTOIRE DE COMMERCE

d'aller les affirmer dans les églises1. Nous savons, par M. Jules Delpit, que les choses se passaient de même dans la cité de Londres, et que cet enregistrement avait lieu à Guild-Hall2. Parmi les marchands étrangers qui prirent ce soin, les Bordelais étaient probablement les plus nombreux, avec ceux de Bayonne, qui faisaient également le commerce des vins3; mais comme le scribe négligeait fréquemment d'inscrire et le pays du créancier, et la nature de sa créance, il n'y a guère qu'une cinquantaine de marchands désignés comme Bordelais. Presque toutes leurs créances ont pour cause de bons vins qu'ils ont vendus; l'adjectif n'est jamais oublié là ni ailleurs \ sans

1 Autrefois usitée a Bordeaux et ailleurs, la forme du serment sur le Te igitur, ou eanon de la messe, cessa d'être eu usage depuis une déclaration du roi en date du 27 février 1696, adressée au parlement de Bordeaux, où elle fut enregistrée le 9 mars. (Coutumes du ressort du parlement de Cuienne, vol. E p. 222, 224.)

2 Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre, etc. Paris, 1847, in-4°, introduction, p. xc-xciii. — M. Delpit n'a consulte que les archives de la cite de Londres; niais le Public Record Office renferme également d'autres documents analogues qui n'ont point encore été utilises, par exemple les rôles des dettes des Gascons envers les marchands gascons de Londres. (Foreiijn Mercbunts. Ed. I et II. 390. —[Ed. I] I. T.. 36. 570. Dans le même paquet T. .M. Ed. 1 et 11. 590. IB 300-2 . il existe une pièce intéressante intitulée : Débita que Yascoues de puruijio debent diversis liominibus ciritalis Londonie... pro quibus major et aldermanui, ac céleri cires dicte liritatis, salisfacient creditoribus Anglicii dictorum Yasconum ex parte régis, etc.

• Matth. Paris, llist. AngU, ann. 1254; éd. Lond. 1644), p. ss2. 1. ni.

* Voyez, le grand Rôle de l'Échiquier, onzième année de Jean Sans-Terre, rôle 11, tit. Sudhant.; le rôle des contre-brefs en Normandie, de la deuxième année du même roi. m. 5; le rôle des lettres closes de la trente-neuvième année de Henry III, m. <> nonv. Rym., vol. I, p. 323 ; de la M, île Dame. \. 187, 573, i77 (Fabliaux et contes, t. IV, p. 571. 377,380 ; le Credo au ribaut. v. 21 1 (ibid., p. 431 ; des Femmes, des De: et île la Taverne, V. 11. 17 ibid.. p. 186 ; la Chronique de Bertrand du Guesclin, t. 11. p. 180, v. 18357.- Dans une pièce du rôle gascon de la quinzième année d'Edward III m. 5 /'// dorso . on ielroii\e celte épithète ;i propos de ipiarante-neuf barriques et deux pipes le vin vendue*

doute parce qu'il désignait des vins de bonne qualité, comme il en fallait pour l'exportation.

La plus importante de ces créances, éparses dans un registre de la fin du xme siècle, est celle d'Arnaud Chiket, membre d'une famille de Bordeaux, en compte courant avec les rois d'Angleterre i; elle monte à la somme énorme de 1,200 livres sterling. On trouve ensuite inscrits pour différentes sommes, les noms de Boniface Jourdan, Bonet de Labat, Raymond Aleman, Pierre de Camparrian, de la rue Bouquière, associé d'Amanieu de Safran; Galhard de Spans, Émeric Martin, Jean de Ferrères, Jean d'Is-

par Pierre Maurin, bourgeois et marchand de Bordeaux, a son confrère et concitoyen Gérard Edwards, et rendues dans le port de Londres. Ce dernier ayant refusé de payer, contrairement a la forme des lettres et contrats, le créancier s'était adressé au roi, qui écrivit au sénéchal de Gascogne de faire droit au réclamant. 1 Parmi les Rôles gascons, on trouve, en 1243, un sauf-conduit pour cent quatre barriques de vin, achetées par Henry III, d'Arnaud Calhau et de Guilhcm Chicaud, et une reconnaissance d'une dette de 2,500 livres bordelaises contractée envers Élye de Blaye et Guilhem Chiket, bourgeois de Bordeaux, par Edward Ier, qui s'engage a les payer, eux ou leur fondé de pouvoir, a Paris, dans la huitaine qui suivra son arrivée dans cette ville, promettant de plus de faire conduire a ses périls et risques, a Bordeaux, ladite somme de 2,500 livres, et de ne pas quitter Paris sans avoir satisfait nos Bordelais. (Rot. Vase, 27 Hen. III, m. 17; 8, 9, 10 Ed. I, m. 5.) — Le compagnon de celui qui a donné lieu a cette note, Élye de Blaye, est appelé collecter vinorum régis Burdeyale dans un acte de 1253 (Clans. Litt. fact. in Yascon., 57 Hen. III, ni. 17), et mercator noster dans un sauf-conduit accordé par Henry III a ce marchand et a son représentant, Guillaume le Français, pour trafiquer en Angleterre. (Ib'id., 59 Hen. III, m. 11.) Guilhem de Tilleye reçoit la même qualification (eivis et mercator noster Biirdegalensis) dans un document plus récent (ib'nl, 17 Ed. I, pars I, m. 10), et Guilhem de Bordeaux sous le règne suivant. (IbkL, G Ed. II, pars I, m. 7.) — Deux pièces de l'an 1255 nous éclairent sur le genre de commerce d'Elye de Blaye : la première est une reconnaissance par Henry III de la somme de 600 livres bordelaises, valeur reçue en étoffes, en autres choses a son usage, et en argent comptant. Le roi, prévoyant l'éventualité d'un retard dans le payement de cette dette, affecte dan* ce cas a son extinction le revenu de la grande coutume de Bordeaux, alors engagé audit Élye et a Élye Garpentier, de façon à ce que le premier perçoive ce revenu jusqu'à parfait

sote, Raymond Arnaud et Gaucelm Bonet l, qualifié quelquefois de marchand ou facteur de Pierre Agilon2. Deux d'entre eux étaient des marchands de Bordeaux, qui, ne s'en rapportant pas assez à la quittance qu'ils avaient reçue en 1284 de la reine douairière d'Angleterre, firent transcrire leur titre dans les registres de la mairie de Londres, et exigèrent, en outre, que la reine trouvât des cautions qui répondissent qu'elle ne demanderait pas d'être payée une seconde fois d'une aussi forte somme3; moins défiants encore en cela qu'un autre négociant de Bordeaux, Raymond Columb, auquel il n'avait pas fallu moins de dix communes pour garantir une dette du comte de Toulouse *.

payement. (IbkL, m. 10.) Dans le second des documents que nous avons annoncés, Élye de Blaye est porté comme créancier de Henry III pour argent prêté et fourniture de vingt et une barriques de vin, en même temps que Guilheni de Forges, Raymond de Gamparrian , Raymond Macau, Raymond Moneder, Pey Gundomer, Guilhem Raymond Columb, Arnaud Galbau, Elye Barbe, Raymond Émerie, Bernard Daillan , Guilhem Artus, Amanieu Columb. Raymond Brun de la Porte et Raymond Alaud , t >us qualifiés de bourgeois de Bordeaux cl présentes comme créanciers du roi, soil pour argent prêté, soit pour fourniture de vins. {Ibid., m. 6.) En garantie de payement, Henry leur donne le revenu de la grande coutume de Bordeaux jusqu'à pleine et entière satisfaction. Enfin, la même année. Elye de Blaye recul le brevet d'une pension viagère de 50 livres bordelaises sur la petite coutume de Bordeaux, dbid.. m. 7.

1 On trouve un Gaucelm Bonet, nomme avec Arnaud Bonet, son fils, en 1").'). dans les Variétés bordelaises, t. 111. p. isr>.

2 Voyez des lettres patentes de Jean Sans-Terre en laveur de Bélanger, Raymond et Bertram Berau, marchands de Martin Algaïs, sénéchal de Gascogne et de Périgord, que ce prince exempte de tous droits royaux [Rot, lin. pat., 4 Johann.; vol. I, pars I. p. K>. col. 1 . et un sauf-conduit accorde it Bernard le Gros, marchand de l'évêque de Woreesler. Ilot. Vase., TV.) lion. III. ni. I'2.

! Collection générale des documents français, etc., introd., p. clxxu, et p. 8. ii" \w.

1 Archives de la ville d'Agen. II. II. Commerce. Reconnaissance d'une dette de 1,000 marcs d'argenj, que la eommune d'Agen. se substituant a son seigneur le comte de Toulouse, s'oblige a payer a Gaillard Golumb. Avril 1240. Les communes nommées dans celle pièce, sont, outre celle d'Agen, celles de

Peu de créanciers domiciliés à Londres firent inscrire leurs créances contre des marchands bordelais; on en trouve cependant quelques-uns. Ainsi, Gaucelm Bonet devait 7 livres pour le fret de son vin ; Raymond de Savenak et Guilhem d'Acre reconnurent devoir 46 livres à Catherine la Française, et 116 sous à dame Philippa, femme de Jean de Paris; Raymond, de Bordeaux, tisserand, devait à Gobert Gérard, de Cahors, 30 livres 15 sous d'argent, et 66 sous 8 deniers pour le prix d'un cheval l. Avec la réputation d'usuriers qu'avaient gagnée les habitants de cette ville2, il y aurait lieu de s'étonner de n'en voir figurer aucun à Londres sur le registre qui nous occupe.

Les autres villes du Bordelais envoyaient aussi leurs marchands à Londres, et jusqu'à ceux de Bergerac se rendaient en Angleterre par la voie de Bordeaux 3. On peut citer les noms de Jean de la Salle et Georges d'Acre, marchands de Saint-Macaire, comme entretenant des relations commerciales avec la capitale de ce pays ; Jean de

Moissac, de Port-Sainte-Marie, du Mas d'Agcnais, de Marmande, de Montauban, de Castel-Sarrasin, d'Auyillars et de Penne.

1 Collection générale des documents français, etc., p. 5, 6, n° xviii.

8 Voir Bourquelot, de l'Origine et de la signification du mot caorsin. (Revue des sociétés savantes des départements, comité impérial des travaux historiques, 9" série, t. V, ann. 1861, p. 791.)

3 En 1243, Henry III ordonnait à Walter d'Arundel, John de Southwark et Bran de la Porte, lieutenant du maire de Bordeaux, d'arrêter et de retenir tout ce qui viendrait de Bergerac dans cette ville , hommes , vins et autres marchandises. (Rot. \asc, 27 Hen. III, m. 7.) Dix ans plus tard, il accordait ;i un bourgeois de Bordeaux un sauf-conduit pour quarante barriques de vin achetées a Bergerac et destinées pour le même port. (Pat. Litt. fact. in Vase, 08 Hen. III, m. 1. Cf. ci-dessus, p. 48.) Il est fait mention des vins de Bergerac et de Saint-Émilion importes a Londres sous Edward Ier, dans un documenl cité par Madox, the Hist. ofthe Excheqtter, etc., ch. xvm, p. 520, note l>.

la Kayne et son neveu, autres Macariens, comme ayant vendu de la cire à Henry III1, et Arnaud de Langon et Pierre de Bourg comme fournisseurs du roi Jean2. La Réole, ville ancienne, située loin de la mer, mais sur un grand fleuve que les navires pouvaient remonter plus haut qu'aujourd'hui3, faisait alors un commerce important, surtout de transit, protégé par les rois d'Angleterre4. On trouve, dans les registres de Guild-Hall, le montant des sommes dues à Amenand d'Espagne, Arnaud et Guilhem Lafossie frères, Gaillard de Gascon, marchand de Réginald de la Roke , bourgeois de la

1 Put. Litt. fart, in Vase., 7û lien. III, m. 3. — Dix quintaux de cire sont marqués 18 livres (> sous 8 deniers.

2 Voyez un ordre de payement de 300 marcs, plus 25 shillings, pour cent trois barriques de vin fournies a ce prince par ces marchands, associés a Raymond de Neriz. (Rot. litt. pat., i Johann., vol. I, p. 28, col. 2.)

3 Pat. Litt. fart, in Vase, 37 Hen. III, m. 20. Le roi ordonne au connétable de Gironde, Alfred de Sulini, de laisser passer Arnaud d'Azerac et ses compagnons avec leur navire, ces marchands ayant solennellement juré de ne céder ni vendre à ses ennemis de la Réole ni cuivre, ni ctain. ni rien autre de leur chargement, mais plutôt de leur résister avec énergie. Cet ordre est suivi d'un ordre pareil, concernant trois navires appartenant a Guillaume Lubel et Arnaud de la Scrynne. et d'une licence accordée aux hommes et aux marchands du comte de Toulouse et de Poitiers de venir a l'année royale dans toutes les possessions anglaises.

* Il existe, a la date du 1(5 juillet 12 H), un mandement de Henry 111 a G. de Neville, sénéchal de Poitou et de Gascogne, pour lui recommander de tenir la main a ce que les prudhommes de la Réole ne fussent point troubles dans l'exercice du droit dont ils étaient en possession depuis le roi Jean, de monter et de descendre librement la Garonne avec leurs marchandises; mandement suivi d'un ordre conforme adressé au maire et a la jurade de Bordeaux. Rot. lilt. cluiis., r> Hen. III, vol. I, p. ô*):>. col. 2. - Apres Henry III. qui défendait si bien, contre les entreprises des Bordelais, les privilèges de la Réole, son petit-fils en concéda a ses habitants d'autres qui furent continues par les successeurs de ce prince. {Royal mut othâf liislor'nal Letters, etc.. vol. I. n° xliii, p. 49. Cf. lett. \i.i\-xi.\i et i.xxi. — Archives historiques du iépartementde In Gironde, vol. II. n°« cxxvi, cxxvu-cxxx, p. r>2-l 10.

Réole ', etc. Neuf autres sont nommés dans les rôles gascons comme créanciers de l'un d'eux, Roger de Chrestre ou de Crestre, dit Shirbroke, marchand d'Angleterre, pour la somme de 500 livres ou environ, valeur reçue en vins et autres marchandises et argent prêté2. Enfin, parmi les rôles des parlements figure une pétition de Guilkem de Forbernard, « de la Reule, marchand de Gascoigne, » qui se plaignait d'avoir été dépouillé d'une partie de ses vins en vue du Foreland de Thanet5.

Libourne, nouvellement fondée, avait aussi quelquesuns de ses marchands à Londres, qui venaient y vendre les vins de leurs voisins. En effet, une enquête de 1486 nous informe que le territoire de Libourne produisait au plus vingt tonneaux de vin, et du blé, à peine de quoi suffire à la provision des habitants pour deux mois; et néanmoins, de l'aveu des déposants, Libourne était une très-belle ville de grand circuit, dont les édifices étaient les plus beaux de la Guienne. Le commerce seul soutenait donc Libourne et lui procurait les moyens de se peupler4. Deux de ses bourgeois, Rernarcl de la Cave et Gérard

1 Ce Réginald ne saurait être le même que le Reginaldm de Rijola, auquel le roi Jean faisait payer, en 1214 , 15 livres pour dix barriques de vin de < lascogne achetées à Sandwich, a raison de30 sous l'une. {Rot. litt. clans., vol. I, |>. 180, col. 1.)

- Rot. Vase, 55 Ed. III, m. 7. — L'année précédente, le même Roger avait obtenu un délai de trois ans pour le payement de ses dettes, « selon la coutume en usage dans le pays, » en raison de la perte de tous ses biens pour diverses causes. (IbhL, 34 Ed. III, m. 3.) Un an auparavant, un marchand de Bordeaux, nommé Bernard Mercer, ayant obtenu un répit de ce genre, l'un de ses créanciers, Pierre de Serres, réclama, et le roi cassa l'arrêté du lieutenant de son sénéchal comme dérogeant a la loi commune, (llnd., 53 Ed. III, m. 5.)

:i lioiiill parliammtorum, A. D. 1521, 1522, 15 et 16 Edw. II; vol. I, p. 106, col. 1. — Nicolas, a Uist. of the Royal Navy, vol. I, p. 550.

1 Raymond Guinodie, Histoire de Libourne, t. Il, p. 122.

92 HISTOIRE Dl' COMMERCE

Roger, figurent sur le livre de Guilcl-Hall. La ville de Saint-Émilion fournit aussi les noms cFAmanieu de Territ et d'Élye Cucuk1, à ajouter à ceux de Marc de Saint- Ëmilion et de Marc Sturmin, consignés dans des lettres patentes du roi Jean2; mais le registre de la Cité de Londres omet de dire si les créances des deux premiers avaient pour cause ces vins blancs mentionnés par François de Belle-Forest, qui déclare qu'ils ne devaient rien aux vins grecs de Malvoisie3.

Les registres de Guild-Hall nous ont également couserve le nom de quelques marchands gascons qui furent admis à jouir du droit de cité à Londres, et d'autres figurent ailleurs1, avec des Anglais qui avaient obtenu ce

1 Dans un autre acte, il est aussi question d'Elye Cucuk. Voyez Collection générale des documenta français, etc., p. 9, n° xxxn.

- Rot. lift, pat., i Johann., vol. 1. pars I, p. ±i, col. '2; p. -25. col. 1.

;i La Cosmographie universelle de tout le monde , etc. A Paris, m. n.xxv., in-folio. t. I, p. 583, col. 1. (De la Gascoigne ressortant a Bourdeaux.)

4 Dans plusieurs rôles gascons, il est fait mention d'un certain Guillaume Servat, qualifié de bourgeois et marchand de Londres. Ce personnage, dont le nom indique l'origine, avait passé marché pour une fourniture de draps et de 500 quintaux de cire, à livrer annuellement en la garde-robe du roi. qui lui avait assigné en payement les coutumes et fermes de Marmande. (Rot. Yasc., 6 Ed. 11, pars I, m. 7; 7 Ed. II, m. 7; 8 Ed. 11. m. 10.) — Le même prince pressé d'acquitter les dettes que son père avait contractées envers des communes et des marchands de Bordeaux et de la Guienne, « qui honement lui prestèrent le leur, à ses grantz besoignes, en temps de sa guerre de Gascoigne contre le roi de France, » avait affecté a l'extinction de leurs créances le revenu des evèehes. ahhayes et prieurés vacants du royaume d'Angleterre. Cette source n'ayant rien donne. Edward 11 la remplaça par une délégation sur la douane de Southampton, qui fut reportée pins tard sur la coutume des laines, cuirs et peaux velues d'Ipswich. et revint ensuite sur celle de Southampton. {Rot. Vase, 1 Ed. III. m. S.) — Edward III. pressé également de solder l'arriéré des gages dus aux Gascons qui avaient assiste son aïeul dans 1rs mènes Circonstances, avait impute le montant de cet arrière sur le produit de la douane des cuirs, laines et peaux velues, dans le- puis de Dublin et de Drogheda; mais le procureur des créanciers gascons du ircsoi avant trouvi ces

droit à Bordeaux1. Les Gascons payaient des sommes plus fortes que les gens du pays, et devaient en outre donner caution. Pierre Caban fut ainsi reçu bourgeois, moyennant une somme de 100 sous. Un alderman, Gascon d'origine, William Trente, dont le nom se retrouve très-souvent dans les mêmes registres, et quatre habitants de Londres, se portèrent cautions de Pierre Caban2. Les rois anglais, pour se concilier l'affection des Gascons, outre qu'ils faisaient peser sur eux un joug d'autant moins lourd qu'il s'agissait d'une province plus éloignée et plus exposée aux convoitises des États voisins, avaient octroyé plusieurs privilèges aux marchands bordelais qui venaient en Angleterre3. Afin de retenir la Guienne, ils lui demandaient peu d'argent et lui laissaient

ressources trop faibles et demandé que les douanes de Saint-Botulph ou de Kingston-sur-Hull fussent substituées aux douanes irlandaises, Edward III, par un brief du sceau privé, en date du 25 février 1326-7, consentit a engager le produit des douanes de Kingston. (Rot. Vase, 1 Ed. III, m. 3. Yacal quia in rotulo patentium.)

1 Rot. Vase, 1, 2 et 3 Ed. II, m. 13; 21 Ed. III, m. 4. — Une pièce de la même collection, portant renonciation a la bourgeoisie de Bordeaux, stipule que néanmoins le renonçant pourrait faire admettre les vins de ses vignes à la coutume de cette place. (Ibid., 8 Ed. II, m. 8. Cf. m. 11.) — Au siècle dernier, le P. Lambert, gardien du grand couvent des cordeliers, montrait a Smart Lethieullier un manuscrit de Tan 1600 environ, intitulé « la Bourgeoisie de Bordeaux » (Archœologia, vol. I, p. 77) : connaît-on le contenu et le sort de ce volume ?

2 J. Delpit, Collection générale, etc., introd., S 7, p. lxxxvi.

3 Le plus ancien de ces privilèges leur avait été accordé par une charte d'Éléonore de Guienne, du 1er juillet 1189; Henry III les confirma et augmenta en 1256. Dans l'intervalle, il écrivit a son sénéchal de Poitou et de Gascogne de maintenir ses chers et féaux bourgeois de Bordeaux, et de les défendre de tous dommages, de toutes difficultés et injustices, en leur assurant surtout pour leurs vins les libertés d'usage que le roi Jean, son père, leur avait octroyées par lettres patentes en leur pouvoir. Bot. litt. clans., i lien. III ; vol. I, 1>. 425, col. I.

beaucoup de liberté ; mais, en élargissant les franchises commerciales, ils se créaient des ressources dans le besoin, et ce besoin se faisait si souvent sentir, que rarement ils donnaient d'une main sans recevoir de l'autre. Pour habituer les Gascons à l'Angleterre et cimenter par l'intérêt l'union de pays si éloignés, ils appelaient à eux les marchands des extrémités de leur empire en les assurant de leur protection royale !, et il en venait de toutes les parties delaGuienne, même de Marmande2, d'Agen et du Périgord 5 : aussi le commerce de la Gascogne avec l'Angleterre était-il florissant, et les navires à destination de Bordeaux étaient certains, de quelque pays qu'ils vinssent, de trouver dans les ports anglais protection et sûreté, si ce n'est aux époques de troubles où les marins profitaient de l'occasion pour aller en course et faire main basse sur tous les navires qu'ils rencontraient *; mais la turbulente commune de Londres, au sein de laquelle fermentait toujours le vieux levain d'insurrection dont le comte de

1 On trouve, parmi les lettres closes du règne de Henry III. un ordre aux baillis et aux prudhommes de Southampton de notifier aux marchands de Gascogne et d'Anjou de venir en toute sécurité dans ce port arec des vins et autres marchandises pour y trafiquer, moyennant le payement des droits d'usage. i Rot. lift, clans., 10 Heu. III ; vol. II, p. 87, col. l.—llot. Libérale. 10 lien. III. m. 5.)

' Rot. fin., 20 Ed, H, m. S.

s Rot. Vase, 18 Ed. II, m. 20.

1 Comme, par exemple, en 1205 et LÎ64. Les marins des Cinq-Ports se montrèrent alors si ardents a la curée, (nie le commerce extérieur, effrayé de leurs entreprises, cessa a peu près les siennes : aussi les marchandises étrangères furent bientôt hors de prix. Les vins de 40 shillings montèrent a 10 marcs; la cire, qui se vendait autrefois le même prix que le vin. augmenta également dans une notahle proportion, et il y eut une grande pénurie de sel. de 1er. d'acier, de draps et autres denrées, que les Anglais n'avaient point encore appris a produire. (Ckronicon Thomœ Wikes, ap. Gale, Hist. Angtic. Seript. A. vol. II, p. 65.

Léicester avait su si bien tirer parti, et qui gardait rancune aux Gascons de leur haine contre cet ancien chef du parti populaire en Angleterre, voyait d'un œil jaloux ces faveurs accordées au commerce d'une ville rivale. Elle profita du moment où Edward, préoccupé de ses guerres d'Ecosse et de ses démêlés avec la France, avait intérêt à ménager une aussi puissante commune que celle de Londres, pour s'opposer à l'exercice des privilèges dont les marchands de Bordeaux avaient joui jusqu'alors1.

Edward, qui ne voulait mécontenter ni les Gascons ni les Anglais, écrivit à son lieutenant pour savoir si les privilèges accordés aux marchands bordelais n'étaient pas contraires aux libertés et franchises de la commune de Londres; car, disait-il, quelque bienveillance que nous avons pour ceux de Bordeaux, nous n'avons pas voulu et nous ne voulons pas leur accorder des faveurs qui porteraient préjudice aux intérêts de ceux qui n'ont pas été consultés. Il savait bien que, l'enquête une fois terminée, les Bordelais ne manqueraient pas d'en demander une à leur tour, et qu'en attendant, les circonstances lui fourniraient l'occasion de prendre le parti qui lui conviendrait le mieux2. Toutefois, un premier accord eut lieu, l'an 1292, entre les bourgeois de Londres et les marchands gascons 3, et fut bientôt suivi d'un traité plus solennel 4.

1 J. Delpit, Collection généraledes documents français, etc., p. 9, 10, n° xxxm.

2 Ses prévisions ne furent pas trompées ; ce n'est que vingt-trois ans plus tard, le 13 août 1303, qu'intervint un arrangement désigné sous ce titre , dans les archives municipales de Bordeaux : Compositio facta inter regem Ançjlie et mercatores vinetarios ducatus Aquitanie super libertatibus quas ipsi mercatores débent fiabere in regno Anglie. (Livre des Bouillons, n° xlviii, folio 30 recto.)

! Ryley, Pleadings in Varliament, etc. London, 1661, in-folio, p. 108, 109. • Ibid., p. 130. — Madox, Firma Bttryi, en. vu, sect. 9, p. 138.

C'est peut-être par une sorte de politique de bascule que ce roi manda, en 1289, aux autorités de Southampton et de Bristol, d'arrêter les vins et tous les biens et marchandises des bourgeois de Bordeaux, accusés de certaines transgressions1; et, en 1293, au gardien de Londres, de suspendre les poursuites commencées contre quelques marchands anglais accusés d'avoir pillé un navire gascon dans les eaux de la Gironde2, en face de Talmont, comme si la cargaison eût appartenu ou fût destinée à l'ennemi1. Il est certain, du moins, que la querelle entre les bourgeois de Londres et les marchands de Gascogne durait toujours, et que le roi avait commencé à s'entremettre entre les parties pour rétablir la paix et la concorde3.

On put considérer ce but comme atteint quand, en 1296, la cause ayant été appelée devant le parlement de Pâques, on arrêta que les marchands de Gascogne qui voudraient venir vendre leurs vins à Londres pourraient le faire en toute liberté, et seraient traités en tout comme les marchands forains demeurant dans la même ville4.

En même temps, il fut répondu à une requête des mêmes marchands, concernant le fret des navires qui portaient leurs vins et autres marchandises. Les cargaisons devaient être déchargées et mises à terre, en celliers

1 Rotulorum sriginalium in curia Scaccarii Abbreviatw, etc.. vol. I. p. 01. col. 2, 17 Ed. I.

- J. Delpit, Coll. gén. des doc. fr., etc., p. 11. n° xxxvm. — Do semblables désordres étant devenus très-fréquents, le passage de mer fut interdit aux commerçants autres que ceux de Brabant, qui venaient acheter les laines anglaises, et le vin manqua en Angleterre. (Annules prioratus de Omuttple, éd. Th. Hearnio. Oxonii, mdccxxxiii, in-8°, p.(>-28 et 641, A. 1). m< exen ci mcgxcv.

:l Rotuli parliamentorum, etc.. A. 1). 1-29-2. -20 Ed. I; vol. I. p. «7. cl. i.

; Ibid., A. 0. 1293, 21 Ed. 1; vol. 1. p. 99, col. 1.

OU ailleurs, et, avant d'en sortir, les propriétaires avaient à fournir bonne et suffisante caution de tenir les conventions laites entre les maîtres des navires et les marchands1. Plus tard, des plaintes s'étant élevées sur les spéculations auxquelles donnait lieu l'affrètement des bâtiments déjà arrêtés pour aller chercher des vins en (iuienne, il fut interdit d'en fréter aucun avant son arrivée au port; encore fallait-il attendre qu'une marée fût écoulée depuis qu'il avait jeté l'ancre. Alors il était permis à tout marchand de vin de louer les navires qui stationnaient ainsi-.

A cette époque, les marins prenaient, pour passer d'Angleterre à Bordeaux et pour retourner de l'autre côté de la Manche, 8 sous et le fret d'un tonneau, estimé autant3, et le patron (meistre shipman), 16 sous et le fret de deux tonneaux, au plus. Depuis, il y eut une coalition entre les marins, et ils refusèrent de servir, si ce n'est pour un salaire excessif : le maître marinier exigeait 24 sous et le fret de trois tonneaux, et quelquefois 100 sous et le même fret. Avec tout cela, lesdits marins ne voulaient point passer avec les Anglais, mais seulement avec les étrangers, s'il y en avait, au grand dommage des armateurs et de la marine d'Angleterre. Ceux-ci ayant porté plainte au parlement et demandé que les maires et baillis des villes où se trouvaient ces marins eussent le pouvoir de les punir à la réquisition des parties lésées,

1 Hotuli parliamentorum, A. D. 1293, 21 Ed. I; vol. I, p. 101, col. 2.

2 Rot. Vrt.sr.,33E(l. III, m. 6.

1 Un maître do navire s'engageait a transporter du vin de Bordeaux a Southampton a raison de 8 shillings. Voyez, sur le fret de Bordeaux en Angleterre, l'Histoire de la marine royale, de Sir Marris Nicolas, en. ix, 1. I, I». 225, 226.

il fut répondu que le roi voulait charger ses amiraux ■d'ordonner que les marins prissent un salaire raisonnable pour leur service et travail, et de les punir en cas de contravention1 .

Comme le document que nous venons d'analyser ne laisse pas même entrevoir les raisons que pouvaient avoir les marins pour se refuser à passer en Guienne ou dans les autres possessions du roi d'Angleterre avec les Anglais, c'est à nous de les rechercher. Nous croyons les avoir trouvées dans les périls de ce voyage, tels que nous les fait connaître une précieuse relation de diverses hostilités commises sur mer par les Normands contre les Rayonnais et les autres sujets du roi d'Angleterre. Sans entrer dans le détail de toutes ces agressions, les premiers avaient, à Royan, coulé bas quatre bateaux de Bayonne et tué dix Rayonnais. La nouvelle de ces excès étant parvenue à Bordeaux, les marins anglais qui s'y trouvaient les dénoncèrent au conseil. Malheureusement, la querelle ne resta pas dans les limites légales; elle donna lieu à une Saint-Barthélémy de Normands, établis depuis dix ans et plus à Bordeaux et à Bourg : ils parlaient français, il n'en fallut pas davantage pour qu'ils fussent massacrés, mis en quatre quartiers et jetés à l'eau2. Cependant, le connétable de Bordeaux, Itier d'Angoulème, convoqua tous les gens de mer, et fit jurer à tous les maîtres de navire qu'à l'avenir, aucun d'eux ne ferait du mal à ses pareils, sous peine de voir tous les autres lui courir sus, jusqu'à ce que le dommage fût réparé. Au départ de Bordeaux, les navires d'Angleterre et de Bayonne se rendirent

1 Botuli parliamtntorum, \. D. 1300, H Rie. II; vol. 111. p. 283, fol. 1. n*37, Los OUm, etc, l. 11. p. 1-21, A. D. 1295.

à leur destination, par quatre, par cinq, par six, dans Tordre où ils avaient été chargés, les uns devant, les autres après, manifestant ainsi des dispositions pacifiques. Cependant, quatre-vingts navires de Normandie étaient restés à Bordeaux, et chargeaient des vins. Une fois prêts, ils ne voulurent point se séparer ; mais bientôt ils dressèrent leurs châteaux devant, derrière, sur les mâts, et ils arborèrent leurs bannières comme gens de guerre. En cet équipage, ils sortirent ensemble de la Gironde, tournèrent autour de l'île d'Oléron suivant l'usage1, cinglèrent devant la Rochelle, et trouvèrent au pertuis d'Antioche un navire de Bayonne chargé de draps et autres marchandises de Flandre; ils l'attaquèrent, prirent les marins, tuèrent les marchands de Bayonne et de Bordeaux, les pillèrent pour une valeur de 3,000 livres, et coulèrent bas le navire.

Quelque temps après, les gens des Cinq-Ports et de Bayonne, et autres marins d'Angleterre et d'Irlande, allèrent au temps des vendanges à Bordeaux, pour charger des vins, suivant leur habitude. Effrayés par les menaces des Normands, ils ne voulurent pas appesantir leur marche; ils réduisirent leur cargaison de moitié, ce qui les constitua en perte de 10,000 livres, eux et le royaume d'Angleterre2.

Muet sur ces désordres, qui présentent certaines proportions, et que nous font connaître des dépositions du temps , un historien d'une époque postérieure attribue

1 Bernard Palissy, des Pierres, parmi ses œuvres complètes, éclit. de 1811, p. -277. L'auteur y décrit le chemin que prenaient les navires, de quelque grandeur qu'ils fussent, pour aller le plus directement de Bordeaux a la Rochelle un en Bretagne, en Flandre et en Angleterre.

1 Ghampoîîion, Lettres de fois, reines, etc.. t. I, p. r>92-r>9i.

l'événement qui domine tous les autres, l'annexion momentanée de Bordeaux à la France, à une circonstance de peu de gravité par elle-même. Au rapport de Thomas de Walsingham, deux pilotes, l'un Anglais, l'autre Normand, s'étaient pris de querelle dans l'un des ports de la Guienne; le Normand fut tué. Cette affaire ayant eu du retentissement, les compatriotes du mort crurent qu'elle intéressait l'honneur de la nation et voulurent la venger. Ce ne fut d'abord qu'une querelle entre particuliers; mais elle s'échauffa au point que des vaisseaux anglais, ayant rencontré une flotte normande qui revenait de Gascogne chargée de vins, s'en emparèrent et la conduisirent en Angleterre1. Informé de ce qui s'était passé, Philippe le Bel demanda satisfaction et cita le roi d'Angleterre à comparaître devant lui. Pour conclure, les choses en vinrent au point que Bordeaux rentra pendant dix ans sous la domination française-.

Ce fut en 1293 que le roi de France envoya L'un de ses chevaliers à Bordeaux pour annoncer la paix. Le nouveau venu la fit proclamer à son de trompe, et défendit de par son maître, sur vie et sur membres, et sur forfaiture de terres et de châteaux, que nul ne fit dommage ou molestation et ne suscitât des tracas aux gens du royaume d'Angleterre ou d'Irlande.

1 Holinshed et, d'après lui, Southey (Lires of the British Admirais, etc. . font honneur de cet exploit à l'amiral anglais Sir Robert Tiptefl ; mais, comme a soin de le faire remarquer Sir Harris Nicolas, t. I, p. 268, note h, le fait ne se trouve rapporté par aucun écrivain contemporain.

2 Walsingham, éd. de 1574, p. 21. — Polyd. Virg., Hitt. AngL, lib. XVI; éd. Lugd. Batav. 1649, in-8°. p. 124. D. Devienne. Hist. de la ville de Bordeaux, l™ part., liv. II, p. 46. — Sir Harris Nicolas, a Histery of the Royal Nawj, etc., vol. I. en. \, p. 207.

A ce moment, Sir Edmimd, comte de Lancastre, frère d'Edward Ier, était à la cour de France. Il manda à Sir Stephen de Penchester, gardien des marchands anglais à Bordeaux, la nouvelle que les marins d'Angleterre, de Bayonne et d'Irlande, pouvaient aller en toute sécurité à Bordeaux et autres points des possessions françaises, et y faire le commerce comme par le passé. Sur cette assurance, ils se rendirent à Bordeaux pour charger des vins. Les Normands, l'ayant appris, formèrent une flotte de plus de trois cents navires, et la partagèrent en trois parties, qui se postèrent en embuscade, l'une à l'île de Bas, la seconde à Saint-Matthieu, la troisième à Penmark. Quand les navires chargés passèrent en vue de ces localités, la flotte normande se jeta sur eux à l'improviste et en prit soixante-dix, par cinq, par six, par dix, à mesure qu'ils se présentaient; les cargaisons furent pillées, les marchands et les marins massacrés et les navires livrés à la merci des forbans. La perte, dans cette circonstance, ne s'éleva pas à moins de 20,000 livres sterling, sans parler des morts.

Le gardien des Anglais, c'est-à-dire leur consul, ne se lassait pas de recommander à ses compatriotes de bien se garder de causer le moindre dommage, le moindre ennui aux sujets du roi de France; avertis par une triste expérience de ce qu'ils devaient en attendre, ces étrangers prirent leurs précautions pour se défendre en cas d'attaque. Ils partirent ensemble de Portsmouth, le 24 avril, lendemain du jour de Saint-George, et arrivèrent sans encombre jusqu'à Saint-Matthieu en Bretagne, où ils furent obligés de s'arrêter faute de vent, De son côté, la flotte de Normandie était dans la Charente, au pont de Tonnay,

102 HISTOIRE Dl COMMERCE

et chaque navire prenait une demi-charge de vin pour marcher plus légèrement, dans l'éventualité de l'attaque que les Français méditaient contre la flotte d'Angleterre, de Bayonne et d'Irlande. Ils se hâtèrent le plus possible de sortir de la rivière, et, poussés par un vent favorable, ils s'avancèrent vers la côte de Bretagne le vendredi avant la Pentecôte, avec deux cents navires bien montés de gens d'armes, garnis de châteaux hardis devant et derrière, et de châteaux au sommet de chaque mat, et surmontés de bannières de taffetas rouge de deux aunes de large et de trente de long, signe de mort sans rémission, « et mortele guerre en tous les lious où mariners sont. » Ainsi équipés, ils attaquèrent les Anglais; mais cette fois ils furent battus et eurent à subir de cruelles représailles1.

Pendant le cours de ces désordres, des marchands d'Amiens et d'Abbeville, ayant chargé, sans doute à Bordeaux, des vins de Gascogne sur dv<> vaisseaux normands, les Anglais prirent ces vaisseaux et transportèrent la cargaison dans leur pays. A celte occasion, l'évèque

1 Lettres de rois, reines, etc., t. I. p. .~><!(i. 307. — Comparez ce récit avec celui de Nicolas Trivet, qui assigne a cette bataille la date du vendredi 15 mai, la sixième fête avant la veille de la Pentecôte. (Annales sex regttm Angliœ, éd. Ant. Hall. Oxonii, h.dcc.xix., in-S". p. -21 't. Voyez encore le récit de Peter de Langtoft, dans le livre de Sir Barris Nicolas, qui cite également les relations de Knyglitcn et de Hemingford. (A History ofthe lU>u<il Navy, vol. I. P. 268, 269.) — Sous l'un des règnes suivants, l'on retrouve une attaque de corsaires normands contre des Hayonnais, qui usèrent de représailles en taisant arrêter un navire de Normandie en rade a Bordeaux. (Rot* Vase.. Il et 1-2 Ed. II, ni. 10 in dOTSO.) Ils s'étaient confédérés avec les Flamands, qui, avec leur concours, tirent beaucoup de mal a la marine française. Vovei les grandes Chroniques de France, etc., t. V Paris, IK~>7. petit in-S" . p. 25, ann. 1316; sans regarder à la note l, consacrée à rechercher le sens de BaotioiSj mit lequel il semblerait qu'il fut impossible de se méprendre.

d'Amiens, Guillaume de Màcon, adressa au roi d'Angleterre Edward Ier une supplique qui, indépendamment de ces faits, nous en révèle d'autres qu'un historien du commerce bordelais ne doit point dédaigner.

Après avoir exposé que les marchands picards, et principalement ceux d'Abbeville, avaient eu fort à souffrir des violences de toute espèce commises en mer par les Normands et les Anglais, et que tous les vins achetés par eux en Gascogne et embarqués sur des vaisseaux normands avaient été pris par ces insulaires, l'évêque supplie le roi de faire restituer les vins saisis aux marchands d'Amiens et d'Abbeville, jurant que nombre d'entre eux avaient employé à l'acquisition de ces vins la plus grande partie de leur fortune. Il termine par une demande qui lui est personnelle, et déclare que parmi les vins saisis se trouvaient quarante barriques fdoliaj reconnaissables par les marques qu'elles portaient, marques consignées, avec les noms des mariniers et des navires, dans une cédule jointe à la requête. Il prie le roi de vouloir bien ordonner la restitution de ces quarante barriques ou de lui adresser de ses vins propres, attendu qu'il n'a rien à boire dans la présente année1.

Pendant que la Guienne était occupée par les Français, la querelle des marchands de Londres et de Bordeaux prit un autre aspect. L'an 1300, Edward Ier fut obligé de demander à la commune de la première de ces deux villes pourquoi elle troublait les Bordelais dans l'exercice

1 Recueil ries monuments inédits de l'histoire du tiers état. Région du nord, t. I, n° ceci, p. 806-808. — La pièce, qui est sans autre date que celle du vendredi après la Trinité, est attribuée par l'éditeur, feu Augustin Thierry, a l'année 1294 environ.

de leurs privilèges et voulait leur faire payer un droit nouveau de 2 deniers par barrique de vin. La commune répondit que les marchands bordelais , comme les autres marchands étrangers, n'avaient jamais eu le droit d'avoir un domicile dans la ville1, ni d'y loçer les autres marchands, ni de leur donner à manger, tant que la ville de Londres avait joui d'une entière liberté, comme elle en jouissait alors, et que le droit de 2 deniers par barrique avait été autorisé par le roi lui-même pendant un temps qui n'était pas encore expiré2.

Edward, soit qu'il ne voulût pas se contenter de ces explications, soit qu'il cherchât un prétexte pour se faire donner de l'argent par les deux parties, écrivit, l'année suivante, pour avoir des renseignements plus précis au sujet des plaintes des marchands de Bordeaux. 11 voulait savoir, disait-il, si les Bordelais pouvaient ou non habiter les magasins où ils avaient le droit de déposer leurs marchandises. La commune répondit très-sèchement et trèsbrièvement, absolument dans les mêmes termes dont elle s'était précédemment servie, et sans ajouter aucun renseignement nouveau3.

A la suite de cette espèce d'enquête, Edward 1er fit et promulgua un règlement en faveur du commerce des vins de Guiennc, dans les pays de sa domination. Les

1 On lit néanmoins ce qui suit dans l'un dos registres municipaux de la cité de Londres : « ... Mercatores de Vasconia et alii alienigens in dicta civitate ad invicem habitare et hospitare possint, prout hactenus facere consueverunt. « Voyez Liber custumarum, articles conceded l>\ Edward 11. 1-2 Ed. II. Miinimentn Gildhallœ Lan (Ionien si s, vol. II. part I. p. 27-2. Cf. Grani and confirmation of libertés, 15 Ed. 111, vol. 11. part II. p. MO.

- J. Delpit, Collection gén. des documents français, etc., p. 53, 33, n" i.w.

■] Ibid., p. 35, 36, u° lxxi\ .

marchands gascons pouvaient s'y rendre en toute sécurité, avec leurs vins et marchandises, et y commercer en gros dans les cités, bourgs et villes qui possédaient un marché, tant avec les gens du lieu qu'avec les étrangers. Ils avaient pleine liberté de mouvement pour les denrées et articles qu'il leur serait arrivé d'amener ou d'acheter, à condition de payer les coutumes; mais les vins ne pouvaient sortir du pays sans la volonté du roi.

Les mêmes marchands avaient la faculté de se loger, avec leurs marchandises, dans les cités et les villes spécifiées ci-dessus, suivant l'agrément des maîtres des logis ou des maisons ; et les marchés qu'ils avaient conclus, une fois que le denier à Dieu avait été donné et reçu, devaient être fermes et stables, de façon à ce qu'aucune des parties contractantes ne pût s'en dédire. Passant ensuite au droit de prise, le roi déclarait y renoncer et s'engageait à ne plus prendre de vin auxdits marchands sans le payer au prix débattu avec eux. Le jaugeage des barriques n'était point oublié. L'arrivée des vins nouveaux devait être le signal d'une visite générale des vins vieux, opérée moitié par des marchands de Guienne, moitié par des prud'hommes de l'endroit; ceux qui étaient trouvés gâtés seraient traités comme d'usage. Le législateur définit ensuite les devoirs des baillis et officiers des foires, cités, bourgs et villes en possession de marchés, à l'égard de ces négociants, et le recours qu'ils ont dans le cas où ils auraient à se plaindre de la police; il décide que tous les procès qu'ils pourront avoir, à l'exception de ceux où il s'agirait de la peine de mort, seront précédés d'une enquête pour laquelle on prendra autant que possible des marchands de vin el des

lOfi HISTOIRE Dl COMMERCE

notables de l'endroit en nombre égal. Pour ces libertés, les impétrants consentirent un droit de 2 sous, une fois payé, par barrique de vin amenée par mer dans les pays soumis à la domination anglaise1.

A partir de ce moment, les relations commerciales entre les deux métropoles continuèrent comme de plus belle. La même année 1302, des marchands bordelais firent transcrire dans les registres de Guild-Hall une créance importante par la valeur de la somme qui en était l'objet, et que M. Delpit a publiée comme spécimen de ces sortes de transactions à l'époque. Gaucelm Bonet, bourgeois de Bordeaux, celui-là même qui avait fait enregistrer une quittance de la reine d'iVngleterre-, se présenta à Guild-Hall, accompagné de témoins, et demanda d'y faire transcrire une déclaration de lui, rédigée en forme de lettres patentes, munie de son sceau, et

1 Champollion, Lettres de rois, reines, etc., t. II. p. 5-9. La pièce est du 15 août 1302, et se trouve, avec une confirmation d'Edward III. du <S août 1328, dans le nouveau Rymer, t. II, pari. II, p. 747, puis avec une de Richard II. en date du 12 juin de la onzième année de son règne, dans le rôle gascon de cette année, niemb. 3, dans le manuscrit latin de la Bibliothèque impériale 9134, folio xlvij recto — xlviij recto, et, avec d'autres confirmations postérieures, dans les rôles gascons de la deuxième année de Henry IV. memb. 17, 10. des années 7-10 de Henry V, memb. (>, et de la première de Henry VI. memb. 9. Le même règlement est rappelé dans un sauf-conduit donne a onze marchands de Marmande dénommes dans l'acte, et a d'autres viueturii de la même ville qui ne le sont pas. (Rot. Vase, 9 Ed. III, m. i. On trouve dans la même collection, a l'année suivante, d'autres lettres de protection pour des marchands de vin gascons et autres marchands étrangers. Ibid., H) Ed. III, m. I.) — Citons encore, pour n'y plus revenir, des lettres closes de 1332, sixième année d'Edward III nouv. Rym., vol. II. part. II, p. 830 ; des lettres patentes du 12 août 1340, vidiméesdansle rôle gascon de la dix-septième année d'Edward III. memb. I (Pro mercatoribus vinetariis de ducatu Aquïtunie. De exempUflcaikme), et d'autres lettres patentes du même prince, en date du l« février 1333. Ordinaeio de empeione vinorttm in Vasconia, - - Ilot. Vase., 28 Ed. III. m. i»i.

'-' .1. Delpit, Collection générale des documents français, etc.. p. s. n° \w.

par laquelle, en son nom et celui de son iils, il reconnaissait avoir été payé, par un marchand anglais, d'une somme de 200 marcs, et lui avoir cédé tous ses droits sur diverses obligations des comtes de Warwick, d'Arundel et autres grands seigneurs anglais1.

11 paraît que, tant que vécut Edward 1er, le procès entre les marchands de Londres et ceux de Bordeaux fut décidé en faveur de ceux de cette dernière ville ; nous sommes même tenté de croire que c'est pour les favoriser que ce prince frappa d'un droit de 4 sous par barrique tous les vins de Bergerac et de Saint-Émilion importés en Angleterre2; mais, à l'avènement d'Edward 11, la commune de Londres recommença bientôt à s'opposer aux privilèges de sa rivale. Dès 1309, les Gascons, inquiétés, furent obligés d'obtenir un nouveau mandement du roi;

1 Collection générale îles documents français, etc., p. 37, 38, n° lxxviii.

2 Rot. orig. in cur. Scaccar. Abbrev., vol. I, p. 57, col. 2, 16 Ed. 1. — Les poils où ce droit devait être perçu étaient au nombre de treize : Douvres, Roniney, Sandwich, Saint-Botulph, Keath, Rye, Faversham, Southampton, Londres, Hull, Hastings, Yarmouth, Bristol. Plus tard, a ce qu'il paraît, les bourgeois de Libourne ayant été compris dans la même mesure, réclamèrent et obtinrent que leurs vins qui avaient été saisis en Angleterre leur fussent rendus. (Rotuli parliamentorum, etc., A. D. 1290, 18 Ed. I; vol. I, p. 59, col. 1.) A partir de ce moment, les marchands de cette ville, comme ceux de Bergerac et de Saint-Émilion, ne furent plus soumis qu'a un droit de 2 sous sterling par pièce. (Rot. orig. in cur. Scaccar. Abbrev., vol. I, p. 80, col. % 22 Ed. I. — Ce sont les articles de l'estat de la terre de Gascoigne, 10 Ed. Il [1317]. Public Record Office, France, Aquitaine, 4 to 16 Ed. II, iCO, T G. 4643, n°5.) — Un passage de Froissait (liv. Ier, part. I, ch. ccxviif) semble indiquer que les vins de Bergerac étaient en faveur auprès des barons anglais. Voyez l'édition de Buchon, t. I, p. 184, col. 1. — Après cela, on ne s'explique pas comment les habitants de Bergerac et de Sainte-Foy pouvaient venir chercher des vins a Bordeaux ; on sait cependant, par une pièce du rôle gascon de la trente-deuxième année d'Edward III, memb. 11, qu'ils étaient soumis a un droit de 6 deniers par livre pour les vins et autres marchandises qu'ils achetaient dans cette ville, ou qu'ils en exportaient par ferre ou par eau.

mais la commune de Londres sentit bientôt quelle pouvait plus aisément se dispenser d'obéir à Edward II quelle n'avait pu le faire sous son prédécesseur, et le maire se contenta de répondre que les exemptions accordées aux Bordelais avaient été temporaires et que leur temps était fini * .

La querelle ne resta pas dans les bornes légales. Au sein même du port de Londres, nos compatriotes osèrent soutenir leurs droits les armes à la main, et furent maltraités. Le roi se vit obligé d'envoyer un commissaire spécial chargé de rétablir l'ordre2, et de faire ensuite mandement sur mandement pour protéger les Gascons3.

Ces querelles, et d'autres causes peut-être, firent considérablement augmenter le prix des vins à Londres, et, dès le commencement de l'année suivante, Edward 11 fut obligé de faire une ordonnance sur la vente de cet article, devenu plus cher qu'il n'avait jamais été. Nul, excepté le bouteiller du roi , ne pouvait aller au-devant des marchands pour leur acheter leurs marchandises, et cet officier ne devait acheter que ce qui lui était strictement nécessaire. Avant d'être rentrées dans les celliers, les barriques devaient être marquées des deux bouts, afin que les acheteurs pussent savoir ce qu'elles contetenaient; et quand elles étaient dans les celliers, elles ne pouvaient être vendues aux revendeurs qu'après trois jours. Aucun marchand de vin en gros (grossour) ne devait être tavernier, et vice-versâ; aucun tavemier ne devait mettre son vin en vente avant qu'il eût été

1 Collection générale des documents français, etc. p. 1-2. ii" i.\\\i\. " laid., p. 13, ii" m .

■; l/'iil.. i>. r>. î i. n01 \u. m ii.

examiné par les essayeurs jurés, et chaque barrique marquée à sa valeur : le meilleur vin, à 5 deniers le gallon ; le meilleur après, 4 deniers; et l'autre, 3 deniers. Les acheteurs avaient le droit de voir tirer le vin du tonneau, et ce qui restait de lie au fond des barriques devait être mis sur les futailles de moindre prix. Les dégot ailles de vin devaient être jetées, afin qu'elles ne fussent mises dans aucune boisson qui dût entrer dans le corps de l'homme1.

Malgré ces mandements, l'irritation durait toujours. Edward II avait plusieurs fois ordonné aux gens de Londres de cesser, pendant l'instruction du procès, toute voie de fait et toute opposition aux privilèges des marchands bordelais; mais les Anglais n'en avaient tenu aucun compte. De nouveaux sévices eurent lieu; le roi s'en plaignit avec plus d'instance : il lui fut répondu que le vin confisqué l'avait été parce que, contrairement à un autre privilège de la ville, il avait été vendu à un revendeur étranger2. Le roi répondit qu'il défendait d'en user ainsi, et fit rendre immédiatement les vins saisis.

Il faudrait suivre, l'histoire de Londres à la main, les différentes phases de cette lutte perpétuelle des marchands gascons et des marchands anglais, pour s'en rendre un compte bien exact; mais les documents transcrits et publiés par M. Jules Delpit5 peuvent donner une idée du degré de vivacité auquel elle était parvenue, lorsque le

1 Collection générale des documents français, etc., p. ii, 45, n° xciv. — Il paraît que le commerce des vinaigriers, si bien établi plus tard en Normandie (Jes Manuscrits français de la Bibliothèque du roi, t. IV, p. 221 , 222), n'existait pas en Angleterre.

- Collection générale des documents français, etc.. p. iS. n° c.

:! Ibid., p. 10. n° ci.

roi, profitant d'une sédition pour acquitter ses dettes, les mit à la charge des marchands de Londres, et les obligea à payer à des Gascons ce qu'il leur devait pour sa provision de vin : somme importante, si Ton considère que cette provision ne s'élevait pas à moins de mille barriques par an j . Sous divers prétextes, la commune de Londres s'y était refusée; mais, le 30 août 1315, Edward écrivit une lettre si impérieuse, que la corporation n'osa pas continuer sa résistance. Le registre a conservé le nom de nos compatriotes chargés de recevoir ce dangereux remboursement2; et nous avons ailleurs le nom d'un marchand de Gondom, Guillaume de Toulouse, ou de Tolosa, qui avait également fourni au roi des vins et de grands chevaux, et dont la créance fut réglée d'une manière analogue : une lettre de ce prince aux consuls de Gondom mit à leur charge le payement de sa dette, qui ne s'élevait pas à moins de 450 livres sterling".

Ainsi couverts, les marchands gascons se crurent maîtres du marché anglais; mais leur illusion fut de courte durée. Ils se trouvèrent bientôt en présence des vins du Rhin, que des marchands de Cologne venaient vendre dans la Grande-Bretagne4. Le roi voulait exercer sur eux

1 Rot. Vase, i el S Ed. II. m. 6-9, II. 17. 19. Cf. 6 Ed. II. part. I . m. 10. 13, 17, 18.

2 Jules Delpit, Collection générale des documente français, etc., p. 50, 54, n° cm.

8 Rot. Vase., 7 Ed. II, m. 2, 9; 8 Ed. II. m. 2.

* Dans le grand rôle de la onzième année de Jean Sans-Terre Rot. 5 recto, ni. 2), il est t'ait mention de trois tonneaux de prise de Saxe, ce qui ne peut se rapporter qu'à des vins du Rhin importes en Angleterre. — Voyez les règlements concernant la vente des vins du Rhin à Londres, dans les Munimenta Gildhallœ Londoniens'®, publiés parM.Riley, vol. II, part. I. p. 62, 63.- In vieil écrivain anglais, après avoir cité le vin blanc iïOseyeei le vin rouge de Gascogne, mentionne relui du Rhin et de la Rochelle; mais des manuscrits, au lieu de Ryn, donnent Renie, qui ne peut s'appliquer qu'a la Réole. Voyez fhe Vision and the

son droit de prise, comme sur leurs compatriotes de Lubeck1 et les marchands gascons, c'est-à-dire lever sur la cargaison deux barriques ; les Allemands s'y refusèrent et se pourvurent devant le parlement2. Nous ignorons sa décision ; nous savons seulement qu'un certain Jean de Cologne, qui paraît avoir été au service d'Edward III, achetait des vins du Rhin pour ce monarque 3 une année où ceux de notre pays étaient tellement durs, verts et peu potables, que l'on pouvait à peine les boire4 : ce qui explique une demande d'exportation d'ale5, et rendit plus facile l'exécution de l'ordre d'Edward, adressé au sénéchal de Gascogne, comme aux magistrats de Bayonne et de Bordeaux, d'armer tous les navires en état, dans tous les ports de la province, pour contrecarrer les desseins de certains étrangers poussés par les Écossais6.

A peine les marchands de vin gascons étaient-ils payés, que le roi, non content d'avoir obtenu de la commune de Bordeaux des vins pour sa guerre d'Ecosse7, opérait, par le ministère de Stephen d'Abingdon, son bouteiller8,

Creed of Piers Ploughman, etc., éd. by Thomas Wright. London , m dccc xxxii, in-12, vol. I, p. 14, v. 452.

1 Rot. pat., 51 Hen. III, m. 51. (Nouv. Rym., vol. 1, p. 471.)

2 Rotuli parliamentorum, A. D. 1514 et 1515, 8 Ed. II, n° 112; vol. II, p. 515, col. 2.

3 Rymer, vol. V, p. 676. — Macpherson, Annals of Commerce, vol. I, p. 512.

( Chronique latine de Guillaume de Nangis, t. II, p. 150. — Dix pages auparavant, le môme écrivain mentionne comme très-abondante la récolte des vins en France, à ce point que le setier de bon vin, ordinairement de 5 ou 6 deniers (les grandes Chroniques de France, t. V, p. 354), se vendait 1 denier, et quelquefois moins.

5 Rot. pat., 9 Ed. III, pars I, m. 57, 58, mal cites par Macpherson, vol. I, p. 512, 515.

6 Rymer, vol. IV, p. 651, 652, 656, 658, 659, 665. — Macpberson, vol. 1, p. 510,511.

7 Rot. Vase, 10 Ed. II, m. 2. (Nouv. Rym., vol. II, part. I, p. 555.^

s Dans le principe, cet officier se bornait a envoyer a Bordeaux un homme

Mi HISTOIRE DU COMMERCE

d'autres achats qui le constituaient débiteur à nouveau d'une somme de 1,545 livres 18 sous 3 deniers sterling, envers des marchands de diverses localités de la Guienne et de la Gascogne, avec lesquels il était déjà vraisemblablement en compte1. Pour s'acquitter, Edward leur délégua d'abord la coutume entière des vins, tant celle qui s'appelait issak que celle qui était due au roi pour les vins des marchands des cités de Bordeaux et de Bazas et

de confiance pour renouveler en Guienne la provision royale (Rot. Vase, 2 Ed. III, m. 4; 3 Ed. IIÎ, m. 1 ; o Ed. III, m. 9, 10, 16; 6 Ed. III, m. 7); quand le roi ne faisait pas acheter ses vins a Londres des marchands de Bordeaux (Rot. Libérale, 10 lien. III, m. 5) ; mais a l'avènement de Henry IV, a ce qu'il paraît, les choses changèrent, et, le 20 décembre 1399, Pierre Mersshe fut nommé a vie houteillcr en chef dans le duché de Guienne. (Rot. Vase, 1 Hen. IV. m. 23.) Huit ans après, Louis Johan, substitut du bouteiller en chef du roi dans le port de la cité de Londres, recevait, pour lui et Thomas Walsingham. clerc de cet officier, une licence pour passer en Gascogne, avec la commission d'aller chercher des vins et de les amener en Angleterre, après avoir fidèlement acquitte les coutumes, subsides et autres droits. (Und., 7-8 Hen. IV. m. (i. Sous l'un des règnes suivants, le grand bouteiller de la couronne rentra dans le plein exercice de sa charge a Bordeaux, où elle consistait a prendre, lever et ramasser tous les vins qui revenaient de droit annuellement au roi, c'est-adire à exercer sur les vins les prérogatives de la couronne, avec obligation de rendre compte au connétable. En 1458, ce poste de bouteiller était rempli par Sir Ralph Botiller, dont le nom propre exprimait en même temps celui de son office, en latin pincerna. Occupe, en Angleterre, au service de son maître, il demanda un substitut, et Nicholas Bolthorpe fut nommé; mais, ce dernier n'ayant point accepté , la nouvelle place fut définitivement donnée a .lolin Pikbourne. {Rot. Vase, M et 18 Hen. VI. in. 7 et 15; 20 Hen. VI, m. 0; 2(i Hen. VI. m. ô. — Ms. lat. Bibl. imp.. n" 9154, folios iiijxx iiij verso et Gxiiij recto.

1 Ges marchands, au nombre de vingt-quatre, figurent, avec le chiffre de leur créance, dans le rôle gascon de la treizième et quatorzième année du règne d'Edward II, memb. 2. Parmi les noms que l'on peut se croire autorisé a considérer comme bordelais , on remarque ceui de Guillaume de Seint-Lobey (Saint-Loubès?', de Garsie de Lognon Léognan? . d'Arnaud de la Vie et de Gaillard Ikam (Yquem?). Peut-être Arnaud de Luk etait-il d'origine italienne; mais plus certainement Bernard Grymwanle était dune famille venue d'Angleterre.—Au nombre des fournisseurs gascons d'Edward III. je ne vois guère que Jean de l'Isle et Pierre de Gamparrian qui soient de Bordeaux. Voyez le rôle gascon de la quatrième année de ce prince, memb. ô.

des villes de Marmande et de Port-Sainte-Marie, et payable au château de l'Ombrière. Plus tard, il affecta à l'extinction de sa dette la totalité de la coutume due à la couronne dans la ville de Marmande, et tous les revenus de la sénéchaussée d'Agen; mais, comme la première fois, ces ressources furent insuffisantes ou détournées de leur destination, et les créanciers réclamèrent. Pour les apaiser, Edward leur accorda un supplément de 300 marcs à prélever sur les revenus du duché de Guienne; cette seconde ordonnance eut le sort de la première. C'est alors que, perdant patience, les « povres marchauntz vinetors de Gascoigne » adressèrent au roi et à son conseil une pétition pour réclamer le payement de cette somme de 300 marcs; ainsi pressé, Edward revint sur sa promesse *. En ce qui touche le principal, quand et comment fut-il payé? Les documents relatifs à cette affaire s'arrêtent là, de même que ceux qui concernent la querelle des marchands gascons et des marchands anglais présentent une lacune pendant les troubles de la fin du règne d'Edward II.

Plus d'un siècle après, cette querelle se ralluma. Cette fois, c'étaient les marchands de Londres qui se plaignaient du traitement qu'ils recevaient. En 1446, le maire et les aldermen, saisis d'une plainte de l'un d'eux, adressaient une circulaire à tous les maires, jurais, baillis, officiers et ministres du roi, en Gascogne et en Guienne, et principalement à leurs chers et illustres amis les maire et jurats de Bordeaux. Ils leur rappelaient que parmi les

1 Rotuli parliamentorum, A. I). 1321 et 1322, 13 ci 16 Ed. II; vol. I, p. i06, col. 1.

privilèges accordés à la commune de Londres par les rois d'Angleterre, depuis la conquête, se trouvait un article d'après lequel tous les bourgeois de cette ville pouvaient faire le commerce dans tous les domaines du roi sans payer aucun droit, et que si quelqu'un, soit en deçà, soit au-delà de la mer, leur prenait quelque chose, les vicomtes de Londres avaient ordre de les indemniser par la saisie des navires des pays où l'on aurait porté atteinte à ce privilège. En conséquence, comme William Abraham, alderman, et Alan Johnson, bourgeois de Londres, se plaignaient qu'à Bordeaux on exigeât (Feux et des autres marchands leurs concitoyens des droits qu'ils ne devaient pas payer, la corporation de Londres fit savoir à la commune de Bordeaux qu'elle ne voulait pas souffrir cet attentat à ses privilèges, et qu'elle priait, requérait et exhortait celle-ci de renoncer à cette prétention, et de faire rendre aux susdits marchands ce qui leur avait été injustement demandé, si elle ne voulait que l'on s'en prît aux navires de Bordeaux mouillés dans la Tamise l .

1 Archives historiques du département de lit Gironde, Q° i.xvm, t. I. p. 117- 149. — Dans cette pièce, écrite en latin, l'exercice de ces représailles esl exprimé par un verbe dérivé du saxon, nam, gage. Voyez le Glossaire de du Gange, au mot Namitim.')

ET DU LA NAVIGATION A liOliDEAUX.

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