‹ Histoire du commerce et de la navigation à Bordeaux, principalement sous l'administration anglaise (volume 3)Chapitre 13 sur 141 · IT · texte numérisé non relu

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de Sir David Inglis, porteur d'un nom connu depuis longtemps sur notre place‘.

Sir David était-il dans les affaires? Il est permis de le croire en le voyant charger des vins pour le roi d’'Angleterre*; mais son titre de chevalier peut être invoqué contre cette supposition. D'ailleurs, le commerce se montrait fort contraire à un cumul de nature à donner une injuste prépondérance à celui qui en aurait Joui et qui ne pouvait qu'être tenté d'en abuser.

En 1705, le roi de Suède ayant institué un consul suédois à Bordeaux, une violente opposition se manifesta contre cette création nouvelle; la Chambre de commerce lança un Mémoire, et l'envoyé de Suède y répondit. Le débat fut porté devant le Conseil de commerce, et la discussion s’ouvrit le 5 mai 1706. Les députés représentèrent que Sa Majesté Suédoise n'avait accordé ses lettres patentes pour l'établissement de ce consul que sur le rapport d'une chambre de commerce étrangère, qui peut-être n'était pas bien instruite des règlements en vigueur chez nous; qu'il serait nécessaire d'avoir commurnication des raisons et des motifs qui avaient déterminé la chambre de commerce de Suède à solliciter l’établissement de ce consulat; que cette nouveauté dans une ville où les étrangers étaient traités comme les nationaux

1 Parmi les minutes de Douzeau, on rencontre, à la date du 15 novembre 1546, un John Englysshe, marchand de Hull, payant avec Gregory Pucel, marchand d'York, et un autre, 180 écus d'or pour vingt tonncaux clarefz et rouges ; et parmi les papiers d'État déposés au Record Office (Domestic Series, Charles IT, 1667, January 31, vol. CLXXXIX, n° 121), on voit un autre John Inglish en relation d’affaires avec Bordeaux.

2 State Papers, Domestic Series, Charles 11, 1667, March %6, vol. XCV, n°50- Voir encore les minutes de Couthures, ann. 1670, folio 601.

donnait lieu de soupçonner qu’il n’y eût eu de la surprise dans l'obtention de ces lettres patentes, dont les suites pourraient être désavantageuses au commerce mutuel des deux royaumes; qu'ainsi 1l serait à propos d’être informé au préalable de ces motifs, comme des priviléges et droits attribués aux fonctions de ce consulat, pour savoir s'ils n’attentaient point à l'autorité du roi et de la justice, et à l'intérêt du commerce de Bordeaux. Les députés ne croyaient pas que le sieur Luetkens, nommé pour remplir cette fonction de consul, voulût l'exercer quand 1l saurait que moralement elle était incompatible avec le commerce considérable qu'il faisait à Bordeaux; que s’il en était autrement et qu'il eût la liberté d'exercer les deux fonctions, il serait à craindre qu'il n abusât de celle de consul pour s'attirer un plus grand commerce, au détriment des sujets du roi et des autres négociants suédois établis à Bordeaux ou qui auraient dessein de s’y établir : « car pouvant découvrir, par ce moyen, les correspondances, il luy seroit aisé par des avis secrets et supposés d'oster le crédit aux négocians françois et suédois pour faire réussir des projets intéressés qu'il pourroit faire exécuter impunément sous le nom de personnes préposées, avec lesquelles 1l s’associeroit. » Le procès-verbal ajoute « qu'on ne voit point de consul dans tous les estats du Ponant, parce que le commerce y'est parfaitement connu et partout si bien étably qu’on n’a pas besoin de consuls, les puissances, par le ministère de leurs ambassadeurs ou envoyés, pourvoyant aisément aux inconvéniens qui peuvent arriver au commerce de leurs sujets. »

1 Reg. du Conseil de commerce F. 12. 51, folio 402 verso. Cf. folio 436 verso.

Cette opposition contre l'institution du sieur Luetkens continuait encore plusieurs mois après!.

La Chambre de commerce de Bordeaux ne se montrait pas moins jalouse de tout ce qui paraissait de nature à porter atteinte à son autorité. Les marchands de Périgueux avaient demandé qu'il fût établi une juridiction consulaire dans leur ville : cette compagnie, de concert avec le maire et les consuls, forma opposition à cette requête, se fondant sur ce qu'il n y avait presque pas de commerce sur cette place, et que le peu d'affaires qui s’y faisait ne méritait pas une juridiction consulaire ?.

1 Reg. du Conseil de commerce F. 12. 55, folio 68 vo; séance du 18 août 1706. — Dans l’un des volumes suivants (F. 12. 71, p. 1141; 6 avril 1724), on lit une délibération sur un Mémoire du résident de Suède, qui demandait mainlevée d'une partie d’alun adressée de ce pays aux frères Luetkens, marchands de Bordeaux, par des marchands de Malmock, et saisie par le directeur des fermes, « sur le fondement que les commissionnaires de ladite ville n’ont pu accuser juste le poids dudit alun, lors de la déclaration qu'ils en ont faite. »

? Reg. du Conseil de commerce F. 12. 73, p. 772; séance du 12 déc. 1726. — Un arrêt du Conseil d'État, en date du 17 février 1732, qui casse l'élection faite d'un sieur Fauconnier pour premier juge dans la juridiction consulaire d'Angoulème, nous-apprend que cette ville possédait une pareille juridiction vers la même époque. Fauconnier avait été élu le 22 décembre 1730 ; le mème jour, Jacques Galliot, Mathieu Joubert et Jean Sazerac, anciens juges et consuls dans ladite juridiction, « tant pour eux que pour les anciens juges-consuls et marchands, » formaient opposition à cette élection, se fondant sur ce que ledit Fauconnier, ayant été l'un des quatre consuls de l’année 1731, ne pouvait être continué en charge en 1732, suivant la disposition de l’article 4er de l’édit de Charles IX, du mois de novembre 1563, portant établissement dans la ville de Paris d’une juridiction consulaire, à l'instar de laquelle toutes les autres du royaume, et notamment celle d’Angoulème, avaient été créées. (Ibid., F. 12. 79, p. 188, 189; séance du 21 février 1752.) — La même année, le Conseil d'État fut appelé à statuer sur les brigues pratiquées par les marchands de Bordeaux pour parvenir au consulat, et ordonna que les directeurs de la Chambre de commerce seraient élus conformément à l’arrèt du 26 mai 1708. (Ibid., p. 342, 681, 722, 723; 24 avril, 21 et 28 août.)

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