CHANVRE
Le chanvre se récoltait dans le haut Pays, à Tonneins !, Marmande, Caumont et autres lieux circonvoisins, et descendait à Bordeaux par la Garonne : un registre que nous avons déjà cité renferme nombre d'articles concernant ces arrivages*; mais Bordeaux recevait encore du chanvre d’Espagne : on n’en saurait douter en lisant un règlement de la jurade portant défense aux cordiers de cette ville de mêler le chanvre de la Guienne avec celui de la Navarre, sous peine du fouet et de 300 sous bordelais d'amende $.
1 Parmi les minutes de Denhors, on trouve, à la date du 11 juin 1561, un acte portant vente d’un quintal de cherbe à Bernard Le Hoult, marchand et bourgeois de Bordeaux, par Antoine Molyne, marchand de Tonneins-Dessus, à raison de 55 sous le quintal. (Liasse 184-2, folio iije v verso.)
? Rolle des bateulx quy sont montantz en sus au debant la rybyere de Guarone et par debant cette vylle de Marmande, etc. Archives du département de la Gironde, E. Comptablie, folios 8 verso (24 juillet 1595), 11 recto (10 août), 47 verso, 19 verso, 20 recto (12, 18, 24 septembre), etc.
3 Anciens et nouveaux Statuts de la ville et cité de Bourdeaus, p. 262.
La plus grande partie du chanvre qui venait à Bordeaux était de là envoyée à Bayonne et à Saint-Jean de Luz; le reste se consommait sur place et servait principalement à faire des cordages, qui prenaient fréquemment le même chemin !, On embarquait aussi du chanvre pour d’autres ports : un acte de Denhors, du 24 avril 1561, énonce le chargement de treize balles de cherbe pour la Rochelle, sur la barque la Tripe, de Bourg°?. Plus tard, la Rochelle ayant levé l'étendard de la révolte, l'exportation des matières considérées comme munitions de guerre dut être prohibée; et il en fut nécessairement de même toutes les fois que la paix fut troublée, jusqu’à l'arrêt du Conseil, en date du 29 décembre 1719, qui ordonnait que le commerce du chanvre dans l’intérieur du royaume serait libre, avec défense de faire sortir et d'envoyer cette denrée à l'étranger, à peine de confiscation et de 1,000 livres d'amende.
Avant de passer au compte d'un envoi fait à Bayonne, le rédacteur du Mémoire de 1730 termine ainsi ses observations préliminaires au sujet du chanvre : « Quand cette denrée manque dans la province, on en tire de Bretagne et du Nord; mais cela est bien rare. La quan-
1 V. ci-dessus, t. I, p. 483 et suiv. ? Liasse 484-2, fo jjijxx v vo.
3 Reg. B de la Ch. de commerce, folio 102 verso; séance du 12 fév. 1720.
# Colbert de Terron écrivait, de Brouage, à son cousin, le 19 octobre 1661, « qu'il faisoit venir des chanvres de Hannebon et Saint-Malo, pour estre employez en cables et autres manœuvres, » etc. (Colb. 106, Mél., folio 311 recto et verso); et, le 23 mars 1662, il faisait remarquer au grand ministre qu'il y avait des marchandises considérables à espérer de Riga, comme le chanvre. (Ibid., folio 435 recto.) Parmi les minutes de Couthures, on trouve, à la date du 43 juin 1665, un acte relatif à la saisie, au préjudice d’un marchand de la paroisse Sainte-Croix, de 62 quintaux de chanvre chargés sur un « vaisseau ; » mais il n’est dit ni d’où venait ni où allait ce navire.
tité qu'on en transporte dans cette ville va ordinairement à douze mille quintaux, qui font, le quintal apprécié sur le pied d'année commune, à 18 livres, la somme de 216,000 livres. »