acte, à la date du 9 juin
à tous banquiers, marchands et autres, d'envoyer aucuns paquets, lettres missives n1 mémoires, à Lyon, Rome ou ailleurs hors du royaume, sans les avoir, au préalable, commupjqués au parlement.
Le 5 juin 1546, Morinat figure seul dans l'acte, également passé par-devant Douzeau, en vertu duquel ce banquier s'engage à faire expédier en cour de Rome certaines bulles et signatures de commenda du prieuré de Saint- Martin de Prignac, diocèse de Bordeaux. Il paraït encore seul dans un acte du 6 janvier, où 1l s’agit des bulles de provision de l'église de Saint-Pierre de Mergnac, au diocèse d'Angoulême, en faveur de M° Aymard de Montalembert, et d'autres bulles de provision de la cure de Saint-Germain de Narcillac, diocèse de Saintes, en faveur de M° Claude de Montalembert. On le revoit dans un contrat analogue concernant une cure du Périgord (8 octobre 1547); mais Pietro Touailla reparaît dans un acte de Gendrault du 30 novembre 1548, qui nous montre Albert Morinat agissant, pour ce Florentin, dans une expédition de bulles de l’abbaye de la Calers, diocèse de Rieux, tandis que Morinat est seul chargé, par acte de Douzeau, du 27 juillet de la même année, de fournir les bulles de commende de la prévôté de Saint-Ybart en Limousin. Il continue seul le même commerce, avec d'autres affaires ?, suivant actes reçus par Douzeau, le 3 juillet 1549, le 10 juillet 1551 et le 1% juin 1552; mais il est sûr qu'à cette dernière date, Pietro Touaïlla n'existait
1 Registres du parlement de Bordeaux, B. 24; ordonnance du 2 août 1542.
? {1 figure dans un acte du 20 juin 1550, comme procureur de Me Niccolo Baïlini, banquier et citoyen de Lyon, et dans un contrat d'achat de rente enregistré parmi les mêmes minutes, à la date du 17 août 1591.
plus : il était mort avant le mois d'août 1549, laissant un testament par lequel il instituait Catherine de Médicis sa légataire universelle ‘, comme s’il eût dû sa fortune à la protection ou aux capitaux de cette princesse, ou plutôt pour soustraire sa succession au droit d’aubaine.
En effet, Pietro Touailla était Florentin ? : n'ayant point été naturalisé, ses biens, en vertu de la législation en vigueur à l'époque, revenaient au roi. Ils étaient considérables et comprenaient nombre d'immeubles situés en Guienne%, notamment des maisons à Bordeaux, paroisse de Saint-Remi, dans le voisinage des compatriotes de Touailla #, ce qui n'empêchait pas ce dernier de louer des chais aux Chartrons pour les besoins de son commerceÿ,
1 Minutes de Douzeau, 17 février 1549.
2 Ibid., 17 février 1549, 16 et 28 août 1550. — N'ayant pas l'intention d'écrire la biographie de Pietro Touaïilla, nous nous bornerons à renvoyer à une autre pièce intéressante qui le concerne et qui se trouve aussi dans le mème réperwire, sous le 98 septembre 1533. Cf. 28 décembre, et 7 octobre 1550.
3 Voir, parmi les minutes de Douzeau, sous le 10 janvier 1542, une vente à pacte de réméré, par un marchand du haut Pays, à Pietro Touailla, d'une maison « bastie à tiers point, place vuide et jardrin ; » sous le 6 février 1546, une acquisition par le mème de deux pièces de terre à Blanquefort ; et, sous le 2 février 4548, l'achat d'une autre pièce de fonds au Taillan, au nom de Pietro Touailla, par Bastiano Segni, marchand florentin, son domestique.
* Minutes de Douzeau, 28 mai 1533. — A la suite d’un procès avec un autre banquier italien de Paris, Ricardo del Bene, Pietro Touailla avait consenti, en faveur de son adversaire, pour sûreté d'une somme de 978 écus d’or sol 2 sous 6 deniers, une hypothèque sur huit maisons situées à Bordeaux, les deux prcmières contiguës, en la grande rue du Chapeau-Rouge, et dans l’une desquelles il demeurait. (Minutes de Douzeau, 27 juin 1544. Cf. 4 mai 1352.) H avait acheté cette maison d'habitation pour la somme de 800 francs bordelais, par acte du 24 décembre 1520, et il y faisait construire une cheminée, en 1521, suivant acte du 26 janvier. — Par d’autres actes du même notaire, en date des 28 août ct 29 janvier 1551, on voit que Matteo Cerretani, Giovanni Salvi et Bastiano Segni, demeuraient, de même que Jean de Sainte-Marie, sur le fossé de Campaure, rue Maubec et rue du Chapeau-Rouge.
5 Minutes de Douzeuu, 14 juillet 1559. Me Jean Guichier (?), procureur de
Pietro Touailla ne s'en tenant pas à celur de l'argent 1, mais embrassant aussi la ferme des impôts?, la commission et la vente de toutes les denrées qui alimentaient le marché de Bordeaux Ÿ.
Outre deux fils, il laissait un neveu, nommé Francesco Touailla, et dans les affaires comme son oncle. On le voit expédiant de la laine et du pastel à Giovambattista et Loranso Guicciardini d'Anvers *, puis propriétaire d'une maison située sur la grande rue du Château-Trompetteÿ, et d’un bien au Taïllan$. D'abord confiée aux soins de Francesco Bonacorsi:et d’un autre, l'administra-
Pierre Eyquem, écuyer, seigneur de Montaigne, baille à loyer à « Picrre de Thoaïilhe, marchand, banquier et bourgeois de Bordeaux, » deux chais contigus, situés aux Chartreux (Chartrons).
1 Voyez, parmi les mêmes minutes, à la date du 16 octobre 1532, un acte relatif au prêt de 125 écus d'or sol, par Pietro Touailla, au patron d'un navire breton, payable au port de décharge : à Calais, à « sire André de Touailhe, » ou, en son absence, au commis de Jean Pichon, aussi marchand de Bordeaux, et, à Londres, audit Andrea Touailla, frère de Pietro, ou à Giovanni Caponi.
2 Carte d’asantion entre sire Pierre Touaille, Pierre Drouet et Jehan de Batz. (Douzeau, 6 décembre 1520.) Le 22 août, P. de Touailla avait acensé et affermé des maire, sous-maire et jurats de Bordeaux, la marque des vins du haut Pays pour le temps d'un an seulement.
3 Voyez, parmi les minutes de Douzeau, à la date du 22 mars 1520, des 7,14, 30 octobre 1535, et du 12 octobre 1526, des envois de vins à Dieppe et à Londres, et, le 14 juin 1532, une expédition de pastel pour Rouen. Plus loin, on retrouve le nom de « Pierre de Touailhe, » associé à ceux de Richard Pichon et d’Arnault de Lestonnat, autres riches marchands de l'époque (17 juillet 1532. Cf. % septembre). Le premier, paroissien de Sainte-Colombe (26 juin 1521), vendait des draps anglais à un marchand de Saint-Macaire (26 octohre 1555), et un chargement de blé à un bourgeois de Marmande (9 juillet 1547).
# Minutes de Douzeau, 14 juin 1541.
5 Ibid., 7 juin 1543.
6 [bid., 12 octobre 1549. — Déjà Francesco Touailla avait des rapports avec cette localité ; représenté par Francesco Bonacorsi, son serviteur, il vendait à une veuve de l'endroit six tonneaux de blé, au prix de 12 francs bordelais 4 sous l'un, ({bid., 29 mai 1549.)
tion de la succession de Pietro Touailla fut transportée à son neveu !.
Avec le nom de Touailla, nous trouvons le nom de Segni, autre marchand florentin établi à Bordeaux, « comme ayant procuration, régime et administration des personnes et biens de Pierre et Lappes de Thoaille, heritiers de Pierre de Thoaille, » et, en cette qualité, vendant à Matteo Cerretani, moyennant la somme de 800 livres tournois, une maison sise en la rue par laquelle on allait du portail du Corn au Château-Trompette®. Bastiano Segni, comme il signe dans un acte de Douzeau, du 26 juin 1557, faisait de grandes affaires, à en juger par une expédition de blé et de fèves, à destination de Portugalete, enregistrée par Douzeau, le 23 janvier 1548; mais ces affaires ne sont rien au prix de celles d’un autre Florentin, que nous avons déjà vu faire le commerce sur notre place*. Le 14 février de la même année, Matteo Cerretani apparaît dans un acte notarié; le 7 mai 1549, il prête au maître d’un navire hollandais 6 livres de gros, monnaie de Flandres, payable à Middelbourg un mais après; le 25 novembre, il charge une partie considérable de vins pour les Pays-Bas; et le 26 avril 1550, un autre envoi semblable part de chez lui pour Saint-Jean-de-Luz, pendant qu'il vend au même marchand, auquel il avait déjà fourni deux milliers de harengs saurs, sans doute de Flandre *, des draps énu-
1 Minutes de Douzeau, 17 février 1549.
2 [bid., 5 avril 1551. Cf. 27 novembre 1550.
8 Voyez ci-dessus, t. I, p. 265; 312, note 1 ; et 319.
* Cette provenance est formellement exprimée dans un autre acte de Douzeau relatif à la vente de dix {as de harengs blancs, par le mème Cerretani, à des marchands de Montauban, le 5 janvier 1552.
44 IISTOIRE DU COMMERCE
mérés dans l'acte‘; le 19 janvier 1551, il traite avec un Bordelais une affaire de draps encore plus considérable, et, le 6 avril, il vend du vin à un autre. Le 4 juin 1552, il paie à un marchand d'Exeter 236 fr. bordelais, prix de vingt-trois pièces de cordillat vendues à un marchand en même temps courtier à Bordeaux ; et, le 15, il traite avec un commerçant de Saint-Jean-de-Luz pour mille boisseaux de froment. Le 11 juillet, Guillaume de Gaut prête, au nom de Matteo Cerretani, à Edward Prescot, marchand anglais, 22 écus d’or sol, valant 46 sous pièce, contre promesse de payement à Londres, à sire Estiat Cavalcanti, aussi marchand florentin, demeurant dans cette ville. Une autre fois, Cerretant prête une plus forte somme à un négociant anglais de Southampton, et peu de temps après il fait des expéditions de vins à deux de ses compatriotes établis, l’un à Londres, l’autre à Redon (28, 29 novembre, 29 janvier 1552). Le 13 août, le même Cerretani prête 113 livres 11 sous tournois à un marchand de Bordeaux, Arnauld-Guilhem de la Campagne; et les 20 août, 3 et 10 septembre, il vend des barriques. Mais déjà l'on voit apparaître Iacopo, son frère, également marchand de Bordeaux, dans des actes des 12 et 13 août, et du 14 novembre, où 1l le représente, et dans une quittance du prix de vente d'une batterie de cuisine (31 août 1552).
[acopo reparaît plus tard, avec Bastiano Segni, comme
1 Minutes de Douzeau, 24 avril 1550. — Un autre acte du 22 mars 14541 nous montre le même marchand, Jean Saturnye, Soturnye ou de Santourmion, expédiant, pour ct au nom de l'évèque de Bazas, vingt-cinq tonneaux de vin blancs ct clairets, « à delivrer au vicomte de Rohan (Rouen?) pour en faire le plaisir et volonté du cardinal de Lorraine. »
le héros d’une aventure scandaleuse ‘, et, quelques jours après, comme mandataire de Philippe Parentes et Jean- Antoine Barcholy. En cette dernière qualité et en vertu de certaine commission du 15 mars 1558, il somme et requiert le greffier de l'élection de Guienne de lui remettre sns délai tous les rôles, mandements et départements faits à raison de la solde de cinquante mille hommes, pour les termes à échoir?. La dernière trace que nous retrouvions des deux Cerretani est dans les actes d'un prêt d’argent fait à deux marchands de Londres (28 octobre 1559), ou plutôt dans une quittance par laquelle un marinier de Montauban reconnaît avoir reçu de sire Gaspard de Roquasoly, procureur du cardinal de Guise, et par les mains de Matteo et lacopo Cerretani, 30 livres tournois (23 janvier 1559).
Après le nom de Cerretani vient celui de Salv: sur la liste des Florentins établis à Bordeaux au xvi° siècle. Dans une charte partie enregistrée par Douzeau le 8 avril 1521, on trouve Joannis Salvi, marchand de Bordeaux, qualifié de serviteur de « Asolin Saratany, marchand saunoys, » c’est-à-dire siennois, chargeant du pastel à destination
1 Le 28 mars 1559, Bastiano Segni déclarait par-devant notaire « que certain personnaige avoit porté ce jourd’huy cerfain enfant au devant sa maison, adressant à sire Jacques Certany, comme appert par une lettre missive dont la teneur s'ensuyt : « Sire Jacques Certany, vous sçavés comme j'ay porté ung enfant » de vos œuvres pour raison de l'importunité que m'avés faict pour me faire » condecendre à vostre volunté avec de belles promesses... Je me suys efforcée, » avec l’aide de Dieu et des bonnes gens, nourrir jusques icy vostre propre » créature et à icelle faict administrer le sainct sacrement de baptesme, qu'est » la cause que je ne puis davantaige satisfaire vostredit enffant, » etc. Déclarant encore qu'il ne sait à qui est cet enfant, Segni ajoute qu'il l'a remis aux mains d'une nourrice, « jusques à ce que aultrement en feust ordonné. » (Minutes de Douzeau, 28 mars 1559.)
? Minutes de Douzeau, 12 avril 1559.
d'Anvers, pour un marchand de Toulouse. Dans cet acte, comme dans une oblige du 10 juin, nous avons sûrement le « Jehan Salvy » de Douzeau, qui effectivement faisait la commission sur le pastel pour les fabricants de coques du haut Languedoc ; mais 1l opérait aussi pour d’autres, tels que Jean et Barthélemy Patras, de Villefranche-de-Rouergue (15 et 24 mai 1532), et il chargeait pour Londres, en société avec Antoine Loppes de Villeneuve (13 avril 1526; 5 avril 1533). Il ne se bornait pas uniquement au pastel. Le 17 mars 1537, il charge pour Rouen, en même temps que Guilhem Peyre, cent soixante pains de résine, trois barriques de couperose, une barrique et une balle de liége. Le 25 février de l’année suivante, 1l envoie du buis et du liége à François Malbosc, à Rouen, et, de concert avec le même et un marchand d'Albi, 1l expédie à Anvers, le 12 mai 1549, du bois de brésil, du vin de Gaillac et de Rabastens. Nous n’en finirions pas si nous voulions relever, seulement parmi les minutes de Douzeau, dans lesquelles nous puisons, toutes les chartes parties qui se rapportent aux affaires commerciales de Salvi; nous nous contenterons de citer encore deux actes du 18 juillet 1558, qui le montrent en butte à des difficultés avec l’un de ses commettants du Languedoc. Pour vider ce différend, Jean Rignac et François Malbosc furent nommés arbitres et amiables compositeurs. Une procuration, dressée le 14 mai 1561, permet d'étendre l'existence de Salvi jusqu'à cette date.
Un autre Florentin, ser Pietro de Lutiano, figure encore parmi les minutes de Douzeau, sous le 27 octobre de l'année 1546; mais nous manquons de renseignements sur ses affaires.
À côté des Florentins, des Lucquois exerçaient à Bordeaux la banque et le négoce. Nous en pouvons nommer au moins deux, Francesco Esbuire et Barsoboni. Le premier figure, à la date du 15 septembre 1524, dans les . registres du parlement, avec des Espagnols, Esteban de Santiago et Martissans de Villaviciosa ! ; le second, parmi les minutes de Douzeau, pour des expéditions de fèves en Îtalie, à la date des 11 novembre et 5 décembre 1550. Dans l'intervalle, c’est-à-dire le 4 décembre, il prêtait à trois marchands de Santiago 300 écus d'Espagne.
Aux Italiens établis à Bordeaux, il faut ajouter ceux qui, sans y être domiciliés, y faisaient des affaires. C’est ainsi que Paul de Galles, ou plutôt Paolo Galli, qualifié par Douzeau de « marchand d'Italie, demeurant pour lors en la ville et cité de Bourdeaux, » prêtait, par acte du 2 juin 1558, une somme de 200 livres tournois à un bourgeois. Un autre Italien, « Hieronimo Pelissal, de Vicence, au pays de Venise, » constituait comme son procureur « en toutes ses causes mues et à mouvoir, tant au lieu de la Rochelle qu'ailleurs, » François Mellet*, dont nous parlerons plus lom.
Une pièce de l'époque achèvera de nous instruire sur la variété et l'importance des affaires que les marchands italiens faisaient sur notre place. Le 25 mai 1543, le facteur et serviteur d’Alessandro Anthinori, Simone Picori et Giovanni Simonetti, qualifiés tous trois de marchands florentins, avait, par actes reçus en les études de Me Otin et Bilhouard, notaires, affrété en la ville « du Pont le Bigne » des navires bretons « pour venir prandre
1 Reg. du parlement de Bordeaux, B. 17.
? Minutes de Douzeau, 8 décembre 1555.