‹ Histoire du commerce et de la navigation à Bordeaux, principalement sous l'administration anglaise (volume 3)Chapitre 4 sur 141 · NOTABLES COMMERÇANTS A BORDEAUX AU XVI SIÈCLE · texte numérisé non relu

NOTABLES COMMERÇANTS A BORDEAUX AU XVI SIÈCLE

Jean de Nahugues. — Noble homme Jean d'Aste ; Charles d'Aste, connétable de Bordeaux. — Jean de Sainte-Marie, marchand et jurat de Bordeaux ; Jean de Sainte-Marie, sieur de Ricault ; Pierre de Sainte-Marie, sieur de Marcillonet. — Antoine Loppes de Villeneuve; ses * associés, ses parents; il est anobli. — Robin de Saugues ; sa famille ; doutes sur sa condition. — François Malbosc I et IT. — François Vaillant; vente de pastel et de clous par ce négociant. — Brandelyn de la Ramyÿere. — François Mellet; pastellaires de Bordeaux ; relations de commerce de ce Mellet avec Rouen; il sert de témoin pour un contrat entre un comédien et un jeune Normand; Jean de Mellet, receveur en Condomois. — Louis, Jean, Charles de Menou. — Bernard, Arnauld, Héliot Bonneau, Augier de Gourgue. — Jean de la Vie et autres membres de la même famille. — Jean, Richard Pichon. — Jean, Arnauld, Louis de Pontac. — Importance des affaires de ce dernier. — Vente à réméré de l'hôtel de Tartas en 1485, et de la maison noble d'Espagne en 1542; Romain Brun engage ses biens à un marchand pour argent prêté et fournitures. — Ordonnance de l'an 1578 relative aux jurats tenant boutique ; certains d'entre eux continuent les affaires ; ordonnances royales touchant la dignité du négoce. — Nobles de race faisant actes de commerce.

Contemporains des négociants italiens dont nous venons d'évoquer le souvenir, Jean de Nahugues, noble homme Jean d’Aste, Antoine et Bertrand Loppes de Villeneuve, Robin de Saugues, François Malbose, François Vaillant, Jean de Sainte-Marie et François Mellet ne faisaient point, à Bordeaux, une figure moins considérable.

Jean de Nahugues se livrait au commerce des pastels et à d’autres affaires qui nous sont révélées par les minutes de Douzeau. Le 30 mars 1501, 1l charge pour Rouen cinquante-quatre balles de cette denrée, plus trois pipes, « une pièce grosse » et trois lopins de salicorne. Le maire et le sous-maire de Bordeaux ayant, le 22 août 1520, adjugé à honorable homme Gilbert Rogeron, pour la somme de 38,500 livres bordelaises, les trois quarts de la ferme et acense de la grande et petite cou-

tume de la maison de ville, celui-ci avait cédé partie de son marché à Arnaud Costans : ce dernier, par acte du 15 décembre 1520, la transporte à Jean de Nahugues et à Arnaud-Guilhem Delcassou. Nous trouvons ensuite de lui deux procurations, l’une du 22 juillet 1521, l’autre du 17 mai 1522; et nous le revoyons, pour la dernière fois, dans un acte de la fin de février 1538, par lequel Jean de Sainte-Marie cède les droits qu'il pourrait avoir “ou prétendre sur une maison située en la rue « par laquelle ôn va du portail de Corn au Château-Trompette, » en faveur de Henry Tolly, marchand anglais !, présent. Ce dernier la sous-loue à Jean de Nahugues.

Jean d'Aste nous apparaît de bonne heure avec la qualité de noble homme, ou d'écuyer et d'archer du Chàteau-Trompetie *, engagé dans toutes sortes d'affaires dont le détail a déjà passé sous nos yeux Ÿ; mais jusqu'ici

4 I était domicilié dans la paroisse Saint-Remi, au moins depuis 1533, comme en témoigne un autre acte de Douzeau du 28 mai de cette année.

? Vente de barriques à Lambert Lancolle, courtier, et à Héliot Fernoy. (Douzeau, 8 et 17 août 1517.) — Vente de draps par N. H. Jean d’Aste, écuyer, et Bertrand du Foussat, marchand de Bordeaux, à N. H. Jean Pinsan, écuyer, de Saint-Martin de Cadillac, Entre-deux-Mers. (Ibid., 7 avril 1520.) — « Oblige pour N. H. Jean d’Aste, escuyer, contre Perrin de Lyon le Vieulx, » pour vente de barriques. (Ibid., 24 novembre 1520.) — Contre Pey de la Rocque, charpentier, c'est-h-dire tonnelier. (Ibid., 49 décembre 1520.) — Reconnaissance de 40 francs bordelais par un marchand anglais pour deux tonneaux de vin. (Ibid., 5 janvier 1520.) — « Carte de vendicion. N. H. Jean d’Aste contre Vidault Darrat, courratier, » etc. (1bid., 2 janvier 1521.) Cf. 28 mars et 24 nov.

8 Voy. ci-dessus, t. I, p. 416. — On peut y ajouter une expédition de vin au Passage (Minutes de Douzeau, 7 octobre 1525), des ventes et achats de diverses denrées et des prêts d'argent par Peyrothon Cuilhe, facteur de M. d'Aste. (Ibid., 17 mars, 4, 11, 12, 16 avril, 26 août, 9 septembre 1552.) On retrouve ce dernier, le 16 mars 1550, le 10 juillet 1551 et les 29 et 30 avril 1552, réglant des comptes avec de gros marchands de la cité de Londres et en relation d’affaires avec un commerçant de Southampton.

nous ne l'avons pas vu marchand de biens, et il est certain qu'à l’occasion il trafiquait d'immeubles. Le 3 août 1545, il vend à un marchand, François de la Croix, une maison située dans la rue de la Rousselle et attenante à la maison du sieur de Montaigne; et, le 2 avril 1551, 1l traite avec François Vaillant d'une autre maison dans la paroisse de Saint-Maixent, et au milieu de la rue du Burgua, confrontant d'un côté à la maison de Jean de Sainte-Marie.

Charles d’Aste, qualifié de conseiller du roi et de son connétable de Bordeaux, dans une multitude d’actes!, paraît avoir été fils de Jean d’Aste. Plus tard, on trouve un Pierre d'Aste, conseiller du roi en son grand conseil, achetant, conjointement avec un conseiller au parlement et une damoiselle, des biens pour les revendre ensuite en détail ?; enfin, le même nom de famille reparaît en 1682 sur la liste des jurats.

Jean de Sainte-Marie a déjà été mentionné dans ce livre, surtout comme faisant la commission pour les pastels$. Ses chais ayant été pillés au sac des Chartrons, qui eut lieu après la mort de M. de Monneins, il poursuivit l’un des pillards et composa avec un oncle de celui-ci, par acte du 18 mai 1549. Le 5 juillet 15592, il avait vendu cinquante balles de pastel à un marchand

1 Minutes de Douzeau, 24 novembre 1557, 8 février 1559, 4 juillet et 4 décembre 1561, etc. — Il existe aux Archives du département de la Gironde, sous la marque E. 48, un terrier, dressé en 1557, par Nantiac, notaire à Bordeaux, pour des rentes dues à Rions, au même Charles d'Aste.

? Contrat d'échange, en date du 8 mars 1601, reçu par Jacques Pascal, notaire royal à Bordeaux. Acquéreurs des paroïsses du Taillan, de Saint-Médard, Saint-Aubin, Parempuyre, Arsac, Avensan, etc., et de la baronnie d’Arès, Léonard de la Chezc, Pierre d’Aste et Marie Lambert revendent en détail ces domaines, de 1601 à 1606. (Minutes de Gaillard, 12 mars 1601 et 2 mai 1606.)

3 Voyez ci-dessus, t. 1, p. 304, 305.

de Hambourg; six ans plus tard, en société avec Inigo de Lisana, également en compte avec des marins de ce port!, il charge, pour Bilbao, du pastel au nom d’un marchand espagnol d'Anvers, et s'engage, en cas de prise, à traiter de l'élargissement de l'équipage. (23 décembre 1558.) Les ennemis que l’on redoutait alors étaient les Anglais et les Flamands, nommés dans un autre acte, du 10 novembre précédent, qui garantit au capitaine de la Denise de Marennes la moitié de sa rançon, dans le cas où il tomberait en leurs mains.

Au commerce du pastel, Jean de Sainte-Marie joignait celui du poisson salé, des cuirs et des métaux; il faisait l'armement, et sans doute la banque. Le 7 février 1537, il se révèle comme armateur, et, par un autre acte de Douzeau, en date du 18 février 1538, il vend sept barriques de saumon, à raison de 10 livres tournois la barrique. Le 9 octobre 1550, :l charge douze balles de maroquins d'Espagne sur la Catherine de Libourne, à destination d'Anvers; le 4 juillet 1552, il vend, au prix de 16 livres, un cent de métal à faire une cloche, et, le 7 novembre, un marchand de Londres reconnait, en présence de Douzeau, avoir reçu de Jean de Sainte- Marie, « comme ayant charge de sire Martin de la Roa, marchand espagnol, habitant audit Londres, » la somme de 2,243 livres 8 sous tournois. D’autres pièces, du 5 août 1559, donnent encore à penser que les relations de Jean de Sainte-Marie s’étendaient aussi en Espagne; et, dans un acte du 14 décembre 1550, on le voit engagé dans une affaire avec Thibaut Urtel, l'un de ces mar-

1 Minutes de Douzeau, 7 mars 1551. Cf. 6 juin 1561.

chands de Lyon que l'on ne rencontre que de loin en loin à Bordeaux, à l’époque des foires.

Le 18 novembre 1559, Jean de Sainte-Marie était devenu jurat *; on ne le voit plus figurer parmi les membres du commerce bordelais de l'époque, à moins qu'on ne lui attribue deux actes, l’un du 6 juillet, l’autre du 13 janvier 1559, dans lesquels apparaît un Jean de Sainte-Marie, « marchand d’Armagnac, serviteur et entremetteur des affaires de M. l’evesque de Mende, chancellier de Navarre. » De la magistrature municipale à la noblesse, 1l n’y avait qu’un pas : notre Bordelais le franchit, s’il est permis de tirer cette conclusion d'un acte d'Audouyn, en date du 28 décembre 1572, par lequel Jean Bonneau, sieur de Verdus, déclare tenir à intérêt, suivant l’édit du roi, la somme de 600 livres à noble Jean de Sainte-Marie, sieur de Ricault. Au reste, du temps même du négociant, il y avait un Pierre de Sainte- Marie, écuyer, sieur de Marcillonet*, sans parler de François de Sainte-Marie, « natif de Mont-de-Marsan 4. » - Antoine Loppes de Villeneuve, « de la paroisse Saint- Remy, » louait déjà, le 19 février 1516, une maison « en la grant rue desus le foussé de Trompete, » et, en 1518, une autre maison située aux Chartrons, suivant acte de Douzeau, dû 22 mars. Deux ans après, 1l chargeait, en société avec Jean de Nahugues, Arnault-Guilhem Delcassou

1 Parmi les minutes d'un autre notaire, Girard, on trouve, à la date du 35 octobre 1548, folio 2029, un acte relatif à l'envoi d'un sac par Jean Escaron, marchand et bourgeois de Lyon, à Pierre Terrier, marchand de Périgueux.

? Darnal, Supplement des Chronique... de Bourdeaus, folio 43 recto. — Au folio 31 recto «s’ensuyvent les noms des jurats qui furent faits pendant certain nombre d'années avant l’emotion qui arriva en la ville de Bourdeaus, l'an 1548. »

8 Douzeau, %5 avril et 16 juillet 1552. # Castaigne, 14 mars 1568.

et Alphonse de Lisana!, marchands de Bordeaux, et le commis de Claude le Lièvre, marchand de Paris, du vin et du pastel pour Rouen (14 octobre 1520), et, avec les deux premiers seulement, de ce dermier article pour Londres (13 avril 1521). Le 23 mai 1533, nouvelle expédition de même sorte pour ce port, en société avec Jean de Sainte-Marie, de Toulouse; puis encore une autre en participation avec Pietro Touailla, à délivrer en partie à Martin Loppes, frère d’Antoine?. On le retrouve associé avec Pierre Eyquem, écuyer, sieur de Montaigne, à la date du 30 décembre 1534, dans un chargement de pastel et de vin pour Anvers, et, le 5 janvier suivant, 1l opère un autre chargement, sur la Catherine de Bordeaux, pour la Biscaye, berceau de sa famille *. On le voit encore figurer dans un « transport pour M. de Lestonnat, » marchand et bourgeois de Bordeaux, en même temps que trésorier de la maison commune (11 avril 1522); il est présenté comme acquéreur de rente foncière dans un acte du 9 octobre 1534, et signalé comme défunt dans un autre acte, toujours de Douzeau, du 20 novembre 1543, portant vente d’une maison située en la paroisse Saint-Remi, « en la rue de la Brousse, alias du Peugue, confrontant d’un costé au jardin de feu Antoine de Villeneuve *, » ce qui semble en contradiction avec

1 Voyez, sur ce commerçant, « Carte de vendicion et rentes pour Alfonze Lizanne. » (Minutes de Douzeau, 29 octobre 1520. Deux actes.)

? Douzeau, 28 mai 1533. Cf, 25 mai; 5 juin, 5 juillet, 14 décembre et pénaltième jour de février 1554.

5 Le 6 février 1535, il donne procuration à Arnaud Dupuys, son beau-frère, pour retirer des héritiers de feu « Me Paul Loupes, » en son vivant médecin, demeurant à Cestona, un legs de 20 écus d’er. (Minutes de Douzeau.)

# Dans un autre acte du même notaire, du 12 décembre 1532, les maison et

un acte du 11 juin 1544, portant vente de bien au même.

Bertrand Loppes de Villeneuve paraît avoir succédé à Antoine. Le 5 juin 1537, 1l baille à loyer, pour deux années consécutives, la maison que Jean et Étienne, ses frères, possèdent sur le fossé de Trompette, avec les maisons des hoirs de feu messire Bernard de la Taste. Le 16 du même mois, il se représente chez le même notaire, et reconnaît, tant pour lui que pour ses frères, avoir et tenir en fief féodalement, du prieur du collége Saint-Raphaël, sept journaux de terre à Bouillac. La même année, il afferme à un meunier le moulin d'Ars, et il fait un ontrat de métayage*. Le 29 avril 1540, il loue un chaï aux Chartrons, et, le 2 juin, il donne à loyer à Jacques Arreyrac, avocat au parlement, une maison située sur le fossé de Trompette, moyennant 38 francs bordelais par an. Le 7 octobre et le 15 février 1540, nous le voyons marchand de cire, comme Robin de Saugues, son confrère, et, le 17 novembre, marchand de blé pour Lisbonne. Il faisait aussi le commerce de la saline avec Toulouse, qu'habitait Pierre Loppes, son oncle 4. Bertrand Loppes de Villeneuve étant devenu riche et jurat, puis prévôt de Bordeaux 5, obtint des let-

jardin d'Antoine Loppes de Villeneuve sont indiqués comme donnant sur le grand fossé de Trompette.

1 Minutes de Douzeau, 43 février 4537. Cf. 4er juin 1534. ? Ibid., 11 août.

3 Reçu de 200 livres tournois de Jacques du Tilhet, apothicaire d'Agen, pour prix de neuf quintaux vingt livres de cire. — La cire vendue par Robin de Saugues, jurat et citoyen de Bordeaux, à Catherine de Biron, dame de Duras, consistait en deux quintaux, du prix de 22 livres et demie Île quintal.

# Minutes de Douzeau, 6 février 1538, 7 juin 1540.

5 Darnal, Supplement des Chronique. de Bourdeaus, édit, de 1620, folio 35 verso, 56 recto, années 1341, 1545 et 1551. Voyez ci-dessus, t. I, p. 437.

tres de noblesse, et, à partir du 14 mai 1552, son nom ne figure plus dans le gardenote que précédé de l'épithète de noble, pendant que Béatrix Loppes de Villeneuve reçoit le titre de damoiselle!. En 1566, on trouve M. de Villeneuve juge de la Bourse; mais rien ne prouve qu'il fût de la même famille, ce nom de Villeneuve étant commun à Bordeaux, témoin trois actes de Douzeau, l’un du 7 avril, l’autre du 11 mai, le troisième du 17 juillet 1517, où figurent Naudin, Ramon Bernard et Hélie de Villeneuve. |

Robin de Saugues, dont le nom vient de passer sous nos yeux, mérite de figurer sur le catalogue des grands négociants de Bordeaux au xvr siècle, bien que ses opérations ne semblent point avoir égalé en nombre celles de la plupart des commerçants mentionnés dans ce cha-

1 Minutes de Douzeau, 27 nov. 1552. — L'anoblissement, vers l’année 1550, de cette famille de Villeneuve, son nom primordial de Loupes et son origine biscayenne, ne permeltent pas de la confondre avec sa contemporaine, la famille de Villeneufve de Durfort, qui occupait déjà un rang et une position considérables à Toulouse et à Bordeaux parmi la noblesse du Languedoc et de la Guienne. Dans son contrat de mariage, du 26 décembre 1548, avec damoiselle Marie Potier, fille de Pierre Potier, seigneur de la Terrasse et de Saint-Hélie, et de damoiselle Béatrix Bertier, dame de Castelnovel, noble Jean de Villeneufve, chevalier, est qualifié de viguier de Toulouse. De 1550 à 1591, date de sa mort, on le voit conseiller du roi en son conseil privé, sécond président au parlement de Bordeaux et seigneur, au pays toulousain et en Médoc, d'une foule de lieux énoncés dans son testament, reçu le 25 février 4591 par Me André Dugravey. Noble Jean de Villeneufve, fils du précédent, conseiller au parlement de Bordeaux, seigneur baron de Cantemerle, comme son père, et de nombre d’autres localités, épousa damoiselle Antoinette de Durfort, qui apporta à la maison de Villeneufve, avec les nom et armes des Durfort, les seigneuries de Fauguerolles et de Bajamont en Agenais. — Le nom de Bertier, que l’on vient de voir, figure dans un acte de Douzeau, du 9 septembre 1559, par lequel Marguerite de Lordast, damoiselle de Soulan, en Conserans, reconnaît devoir à N. H. Jean de Berthier, habitant de Toulouse, 50 livres pour vente de draps, de laine et de soie.

ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 27 pitre'. Il était de plus jurat de Bordeaux et propriétaire à Blanquefort, à Saint-Macaire et ailleurs, comme on le voit par des actes de Douzeau, en date du 15 mai 1518, du 21 juillet 1521 et du 29 juillet 1552, époque à laquelle il était mort, laissant une veuve, Catherine d’Argualh ou d’Argueulh, et sans doute un fils nommé Jean’; du moins on trouve, parmi les minutes du même notaire, à la date des 5 et 17 mai 1552, deux chargements à destination du Havre et de Rouen, dans la charte partie desquels figure Jean de Saugues, au milieu de Menauld Vincens, dit de la Grave, Jean d'Aydie, François Malbosc, qui expédient, celui-ci, au nom de Jean Fournier, de Tarascon, quarante balles de copeaux « à faire peignes, » et les autres du liége, du pastel, ou du vin.

Ce Jean de Saugues était-1l marchand? On en peut douter en voyant un individu de ce rom qualifié de « notaire praticien en cour laie et paroissien de N.-D. de Macau, » dans un transport d'une propriété sise à Ludon, fait à Guillemeite d'Argueilh, épouse de Robin de Saugues, marchand et citoyen de Bordeaux*, sans parler de trois terriers dressés par ce Jean et dont l'un se rapporte à cette « honeste feme‘, » marraine d'un navire appartenant à son mari.

François Malbosc, que nous venons de voir, faisait aussi la commission pour les laines et pour le pastel qui

1 Voyez ci-dessus, t. I, p. 320, et les minutes de Douzcau, 50 mai, 17 juillet 1517, 31 mars et 27 avril, 3 et 18 août 1518, 3 juin et 7 octobre 1519, etc.

? Minutes de Douzeau, 5 janvier 1547. — Dans un autre acte du 8 août 1561, figure demoiselle Jeanne de Millanges, veuve de feu maitre Jacques de Saugues, en son vivant procureur en la cour de parlement de Bordeaux.

3 Arch. départ. de la Gironde, E. Terriers, nos 82 et 142.

* Voyez ci-dessus, t. E, p. 417. 5 Minutes de Douzeau, %5 juillet 1552.

servait à les teindre; non-seulement il exportait de cette plante, par mer, à l'étranger, mais il en envoyait, par terre, de Blaye à la foire de Niort'. Le 18 juin 1558, François Malbosc n'existait plus; nous le savons par un acte de cette date, qui nous apprend en même temps que ce notable commerçant possédait une maison dans la rue de la Porte-Médoc.

Nous voyons, cependant, un autre François Malbosc après cette époque : c'était vraisemblablement son fils. Le 28 mai 1559, 894 écus d'or sol lui sont remis pour et au nom de Paulin Benedicte, marchand lucquois, « comme appert par un cartippel faict à la bancque de Lyon, » lequel argent avait été converti et employé en vin pour William Mills, marchand anglais; le 12 octobre, le même Malbosc se porte plège et caution de Nicolas Menussier; marchand de Fécamp; le 15 décembre, se montre un certain de Labat, qui s'intitule serviteur et facteur de François Malbosc; enfin, le 28 juillet 1561, Douzeau passe un «acte de sommation pour les maistres de [cinq] navyres contre Françoys Malbose, » où l'on voit que « icelluy Malboscq auroict affreté leursdits navyres qui sont sur le port et havre de ladite ville [de Bordeaux] pour mener et conduyre leur charge de pastel au lieu de Saint-Andere ou Billebault, » etc.

Nous avons déjà vu François Vaillant faisant surtout la commission pour les pastels; .il ne se bornait pas à ce

1 Minutes de Douzeau, 26 avril 4558. —- Par un autre acte du même, en date du 3 janvier 1552, Me Jean Barbot, vicaire de Saint-Remi, promet de relever indemne François Malbosc l'aîné de la caution qu'il avait fournie aux gens du roi touchant la coutume des vins que l’on emmagasinerait cette année dans les chais dudit Barbot, aux Chartrons.

commerce. Un acte passé par-devant Douzeau, le 1°" décembre 1552, nous le montre vendant à un campagnard cinq quintaux de clous appelés caboches!, payables en un tonneau de vin. Il n'est pas inutile d'ajouter que cette espèce de clous venait d'Angleterre?, tandis que d’autres nous arrivaient d'Espagne.

Jusqu'à présent, Brandelyn de la Ramyere nous avait paru se livrer exclusivement au commerce des fers { : une vente de vin à des marchands, l’un de Londres, l’autre de Paris, enregistrée par Douzeau le 14 juin 1549, nous donne une idée plus étendue des affaires de ce négociant. Elles comprenaient aussi nombre d'autres articles et même des prêts d'argent*.

On peut placer sur la même ligne que François Vaillant et Jean de Sainte-Marie, un autre grand commerçant de Bordeaux, François Mellet; leur notaire commun les mentionne quelquefois ensemble. Mellet semble surtout avoir opéré « comme commis et ayant charge de Pierre Assezac, marchand de Toulouse, » selon ce qui est consigné dans un acte du 21 mars 1557, où l'on voit

1 Caboches « servent à mettre sous Îles soüilliers et les sabots des pauvres gens, et, dans les armemens, à faire des sacs de mitraille. » (Reg. du conseil de commerce F. 12. 53, folio 365 recto.)

? Minutes de Couthures, 24 mai 1688, folios 692, 695. : .

8 Dans le Conterrolle de la recepte du bureau de la coustume de Bayonne, est enregistrée, à la date des 8, 10 et 17 mars 1625 (folios #1 recto, 43 recto et 59 recto), l'entrée de trois barques de Bordeaux, la Marie, le Cerf-volant ct l'Alouette, chargées, entre autres articles, à destination de cette ville, de fer et de elous, dont certains sont spécifiés comme étant « cloux de carevelle, » valant 1 ardit la pièce.

# Voyez ci-dessus, t. 1, p. 319. — Le 15 juin 4352, Douzeau enregistre une obligation pour prix de la vente, par Brandelyn de la Ramyere, d’une fourche de moulin à vent et de trois quintaux d'autre fer.

$ Minutes de Douzeau, 11 juin et 30 novembre 1552.

encore le commissionnaire bordelais faisant « racoutrer et empacquer » du pastel par des pastellaires de Bordeaux. Déjà, le 3 juillet 1552, il était convenu de charger sur le César, de Dieppe, une forte partie de vin pour le compte du même commettant. Sûrement c'était de chez lui qu'était parti le drap d’estamet venu de Toulouse, aux Chartrons, à l'adresse dudit Mellet, avec passeport de la traite foraine !, retenu, à ce que disait le batelier, à Castelsarrasin « en peageant ladite marchandise. » (9 août 1552.) Le même Mellet vendait aussi du drap d'Angleterre (9 février 1552), du hareng (10 mars 1553), tout en continuant le commerce du pastel (2, 7 octobre 1561). Il y joignait aussi celui des lhiéges et des résines. Le 30 novembre et le 9 décembre 1552, il charge, une première fois, cinquante, puis dix balles de liége, toutes au nom d'un gros marchand de Limoges, Jacques Boutault; et, quelques jours après, 1l adresse au même, toujours par la voie de Rouen, trente-quatre

1 11 y avait aussi l'imposition foraine, établie en 1551 (Edict du roy sur La perception de ses droicts de domaine forain, et l'imposition foraine, etc. Rouen, 4627, in-8°), et mentionnée dans deux actes de Douzeau, l’un du 8, l’autre du 40 octobre 4552. Par le premier, Pierre du Vignau, marchand et hôtelier du Chapeau-Rouge, reconnaît devoir à Pierre Pinon, clerc et commis d'André Rageau, la somme de 100 écus d’or sol, à 46 sous tournois pièce, à lui prêtée «a pour avoir et recevoir l’estat et office de concierge du bureau général de l'imposition foraine de Bourdeaux. » Par le second acte, Me Bertrand Boysard, procureur général du roi sur le fait de l'imposition foraine au siège général en la ville de Bordeaux, reconnaît avoir reçu du même André Rageau, qualifié cette fois de conseiller du roi, trésorier et receveur général de ses finances extraordinaires et parties casuelles, 69 livres tournois en 30 écus d’or au soleil, ordonnées par les commissaires chargés par le roi de l'exécution de son édit, imposition foraine et domaine forain, « pour subvenir aux frais du voiaige qu'il va presentement faire, par commendement desdits sieurs commissaires, ès villes de Bayonne et autres lieux circonvoisins, pour faire saisir, arrester et mettre en la main d'icellui sire toutes marchandises concernans le droict de ladicte imposition. »

pains de résine !. [l était aussi en relation d’affaires avec des marchands de Rouen, de façon à pouvoir s’accommoder d'une créance de 67 livres tournois sur un marchand de Villefranche-de-Rouergue, pour fourniture de cinq douzaines de bonnets noirs, opérée par un marchand de Toulouse, représentant d'un Rouennais ?; et l’on peut s'expliquer ainsi sa présence comme témoin pour un con-. trat d'apprentissage entre un comédien et un jeune homme de Normandie*. Quelques années plus tard, alors que François Mellet était encore dans les affaires 4, on trouve un Jean Mellet receveur du taillon condomois ÿ : nous sommes embarrassé pour décider si cet officier public appartenait à la même famille, et si celle-ci, sortie du

1 Minutes de Douzeau, 17 décembre 1552. Voyez encore ci-dessus, t. I, p. 473.

? Minutes de Douzeau, 31 mars 1552. — On trouve en quelque sorte la contre-partie de cet acte dans une procuration donnée par un Bordelais à un marchand de Rouen, pour recevoir d’un marchand piémontais le prix d'un certain nombre de tonneaux de vin à lui vendus en la ville de Dieppe. (Minutes de Brunet, 67-4 ; 28 février 1525.) On rencontre aussi, vers la mème époque, des Bordelais intermédiaires entre le commerce de Toulouse et celui de Rouen. Le 24 février 1538, Guilhem Peyre, l’un d'eux, déclarait avoir reçu trois poinçons de cuivre à lui envoyés de Rouen pour les vendre à Toulouse. — Les Normands avaient du crédit à Bordeaux, s’il est permis de tirer une pareille conclusion d'un acte de Douzeau, du 18 février 1547, par lequel un marchand du pays de Normandie se porte garant de Richard Selwyn, marchand anglais, pour certaine somme de deniers.

3 « Pierre Huzey, natif de Saint-Eustache, près Hableneuf, en Normandie, a promis à Jehan Chappan de Leon, joyeur de comedies et histoeres, present, le servir de son estat et vacation et de toutes autres choses licites et honnestes avecques ses domesticques pour le cours et espace de deux ans... moyennant la somme de huict livres tournois pour an. » Jean Chappan s'engage à nourrir Je jeune homme, « et davantaige luy enseigner et faire monstre à chanter, son art et vacation, » etc. (Minutes de Douzeau, 6 mai 1552.)

# Douzeau, 14 mai 4561. — Castaigne, 19 juin 1568; 87-12, fol. jiije iij**} recto.

$ Douzeau, 15 décembre 1559.

commerce par la porte dorée, était parvenue à prendre place dans les rangs de la noblesse.

Notre embarras n'est pas moins grand en consultant les minutes de Douzeau, pour l'histoire d’une autre maison de Bordeaux. Le plus ancien de ces actes est une « oblige pour Bertrand du Foussé, dit de Pascience, contre Loys .Menou, » charpentier de pipes et barriques de la paroisse de Saint-Michel de Bordeaux, « et ce, à cause et pour raison de la vendicion et delivrance de deux cents fays de couldre de pipaille‘. » Sûrement ce tonnelier ne saurait être le même que le Louis de Menou, qualifié de marchand et bourgeois de Bordeaux, dans un autre acte du 6 mars 1552, qui se rapporte à un achat de barriques. Ce dernier paraît avoir succédé cette année à Jean de Menou. désigné de même dans plusieurs autres documents*, et simplement qualifié de jurat dans un contrat relatif au sauvetage d'un navire breton qui avait sombré près de Lormont*. Un siècle plus tard, nous voyons les Menou dans les honneurs réservés aux nobles, notamment,

1 Minutes de Douzeau, 3 janvier 1520. — Les mèmes minutes offrent une multitude d'actes relatifs aux affaires de Bernard du Foussé, ou plutôt du Foussat (voy. 14 janv., 26 fév., 15 mars, 4 et 30 avril, 1er et 11 mai 1517, etc.), entre autres, sous le 20 octobre 1521, une procuration générale d'un marchand de Londres, Edward Burlas.

? Minutes de Douzeau, 8 janvier 1521, 10 février 1536. Cf. 10 septembre 1552.

8 1bid., 44 octobre 1520. — Dans une « oblige pour Jehan de Menou comme ouvrier de Saint-Remy de Bourdeaulx, » il figure au nom et comme fabricien de cette église et substitut de honorable homme Antoine Loppes, dit de Villeneuve, également marguillier de ladite paroisse. (bid., 11 septembre 1548.) It reparaît ensuite comme exécuteur testamentaire de Johannicot Forthon, avec « Joannis Salvi, » qui avait concouru au testament en qualité de témoin. (Ibid., 30 juillet 1518. Cf. 8 juillet.) Jean de Menou avait épousé Isabelle Lambert (ibid., 26 mai 1518), qui est trop loin de Marie Lambert nommée cidessus, p. 21, note 2, pour que l’on puisse songer à rattacher par ce lien la famille de Menou à celle d'Aste.

en 1647, Charles de Menou, chevalier, sieur de Charnisey, gouverneur et lieutenant général ès pays: et côtes de l’Acadie et confins d'icelle en la nouvelle France!. Le conquérant de la Floride n'était-il pas lui-même d'une famille de commerçants ? Le 28 janvier 1517, le notaire Brunet dresse l'acte de vente d’une maison située « sur l’estey du pont Saint-Jehan, » à Bernard Gourgue, marchand de la paroisse Saint-Michel, représenté par sa femme, Jeanne de Minvielle. Le 30 mars 1520, Arnauld de Gourgue, marchand de Bordeaux, donne procuration pour avoir recours contre un marinier au sujet de la cargaison d'un navire chargé à Vannes de toiles*, mer-

1 Valin, Nouveau Commentaire sur l'ordonnance de la marine, etc., t. 1, p. 7.

2 Cet article était au nombre de ceux qu'exportaient nos armateurs. Le marquis de Villars, ambassadeur à Madrid, écrivait à Colbert : « Le plus grand commerce de France pour l'Espagne sont les toiles ; c'est un nombre infiny ce qu'il en vient de France, tant pour l'Aragon, Catalogne, Navarre et Valence, que pour toute la Castille et l’Andalousie, et aussy pour les Indes. La France en fournit plus que toute l'Europe. » (Correspondance administrative sous Louis XIV, p. 455.— Lettres, instructions et mémoires de Colbert, t. 11, 2e partie, p. 798, 799.) « Les Espagnols, dit un écrivain du xvue siècle, ne peuvent vivre sans nos grains, ny aller aux Indes querir la despoüille des mines sans nos toiles et cordages. » (Moyen d'enrichir la France de la despoüille des Indes, etc., s. 1. ni d.,in-4°, p. 4.) — En 1718, un négociant de Bordeaux, dont le principal commerce consistait en toiles, ayant fait venir de Bretagne plusieurs balles d'une espèce appelée encamans, en avait vendu pendant la foire à deux négociants de Barcelonne et à un marchand de Figuières. Au moment d'expédier la marchandise, dans un bateau, pour Agde, le directeur des fermes la fit saisir comme ayant passé debout. Plainte des directeurs de la Chambre de commerce de Guienne, qui font surtout valoir qu'une pareille mesure blessait les privilèges de la foire et pouvait empêcher les étrangers d'y faire des emplettes, et renvoi devant le conseil de commerce, « avec défenses aux parties de faire aucune poursuite ny procédure ailleurs, » ete. (Reg. du Conseil de commerce F. 12. 63, folio 7 verso; séance du 13 janvier 1718. Cf. F. 12. 65, folio 375 recto, 2 décembre 1719.) Les toiles bretagnolles et de Laval figurent aussi en plus d’un endroit du Conterrolle de la recepte du bureau de la coustume de Bayonne, conservé aux Archives du département de la Gironde (G. Rurcau

IT. s)

lus, cire, cuirs, chanvre et autres marchandises, et qui s'était perdu à l'Île-Dieu. Après le milieu du xvr siècle, on voit un Héliot Bonneau de Gourgue, marchand parcheminier à Bordeaux, et un autre, revêtu de charges qui étaient des étapes pour arriver à la noblesse. Le 10 juillet 1559, Augier de Gourgue était receveur des parties casuelles et taillon de Bordeaux *, sans cesser, pour cela, d'être dans le commerce “; et, dix ans plus tard, un

des finances). Voyez folio ? verso (4 janv. 1625), folio 8 verso (18 janv., même

année), etc., en même temps que les toiles d'Allemagne, de Brabant, de Flan-

dre, de Hollande, de Cambrai, de Reims, de Rouen et les toiles de ménage. (Fos 23 vo, 50 r°, 35 met vo, 47 vo, 50 ro, 58 vo, 61 ro, G8 re, 75 vo, 97 re, etc.)

1 Minutes de Castaigne, 23 et 27 avril 1568; folios jije xxij r° et iije xxx r°.

? Minutes de Douzeau. — Dans trois actes de Castaigne, du 19 et du dernier jour de février 1568 (87-12, folio Cxxxviii recto et Cixxij recto), relatifs à des paiements faits à Arnaud de la Porte, « cappitaine et bourgeois du navire nommé {a Fleur, du port de 200 tonneaux, » nolisé par M. de Ber, reprèsentant de Monluc, Augier de Gourgue est qualifié de « commis à fere les fraiz de l'extraordinaire de la guerre en Guienne. » Le 25 septembre 1578, il figure dans un acte du notaire Guay, relatif à un prèt de 3,000 écus d'or à Catherine de Médicis, par le baron de la Tresne, avec les qualifications de conseiller du roi, trésorier de France et général de ses finances en Guienne.— Dans l’article nécrologique qui lui fut consacré en 1594, date de sa mort, il est appelé « Augier de Gourgues, conseiller du roy en son conseil d'Estat, maistre ordinaire de son hostel, et president des tresoriers de France en la generalité de Guyenne, au bureau estably à Bourdeaux. » (Chronique bourdeloise, édit. de 1672, fe 38 ro.)

3 Par acte de Themer, en date du 12 septembre 1566 (488-11), sire Menault Vincens, bourgeois et marchand de Bordeaux, cède à sire Augier de Gourgue, « aussi bourgeois et marchand dudit Bourdeaulx, » les créances qu'il a sur des marchands anglais : 1° 520 écus sol que lui doit Me Henlyn; 2 300 livres tournois à lui dues par John Cook, marchand de Plymouth; 3° 500 livres tournois par William Meynard ; 4° 1,440 écus par Thomas Trolloppe ; 5° 252 écus par John Bayley, de Liverpool; plus le prix de cent trois tonneaux de vin à 10 écus et demi l'un, et cent trente-quatre balles de pastel vendues à William Chambers, et les différentes sommes dont lui est redevable John Peckharh. — On voit qu'Augier de Gourgue était fort riche. Blaise de Monluc le nomme, au livre VI de ses Commentaires, comme s'étant offert, en 1568, à faire venir du blé du haut Pays et du bétail des Landes, « sur son crédit, » pour soutenir la guerre contre les hugucnots. (Édit. du Panthéon littéraire, p. 305, col. 2.)

autre personnage de la même famille, qualifié d'écuyer, comme Dominique de Gourgue‘, devenait jurat ?.

Les de la Vie, les de Pichon, et bien d’autres, n’ont peut-être pas une origine différente, et ce serait leur faire une injure gratuite que de vouloir leur contester des antécédents pareils à ceux des familles de Montaigne et de Verthamon*. Par acte du 15 mars 1520, Jean de la Vie charge du vin, du froment et du seigle pour Landernau. Les minutes de Douzeau présentent également, sous le 4 août 1541,.Jean de Faus, dit de la Vie, bourgeois et courtier de Bordeaux, et, à la date du 5 novembre 1552, M. de la Vie, conseiller au parlement.

Vers ce temps-là, Jean Pichon était avocat à la même

2 Supplement des Chroniques de Bourdeaus, folio 47 verso.

8 Par exemple, on retrouve fréquemment, dans l'ancien commerce de Bordeaux, le nom de Dusault, à partir du 19 décembre 1498, date d'une vente de vins enregistrée par le notaire Bosco. Cinquante ans après, « Baude Dusau, » écuyer et bourgeois de Bordeaux, achète de Julien Endelan, pareillement écuyer, sieur de la Touche, en Saintonge, et en partie de Blaignan, en Médoc, deux tonneaux de vin, « du creu des vignes pour ceste presente année que ledit sieur de la Touche tient et possede audit Medoc, tant à Podensac qu'audit : Blaignan. » Prix : 16 fr. le tonneau. (Douzeau, 7 sept. 1552.) On trouve encore, en 1561, 1562 et 1565, un Jacques de Gobineau, mort jurat (Suppl. des Chroni-

ques de Bourdeaus, édit. de 1676, fes 75 vo et 76 vo), et à la même époque, un Étienne Goubineau, bourgeois et marchand de Bordeaux (minutes de Lacoste, 15 janv. 1560; liasse 327-3, fo ix r°, etc.), premier consul de la Bourse, en 1576, et nommé à chaque page du registre de Themer pour 1577, liasse 488-16.

4 À l’année 1553, on trouve Martial Verthamon, marchand de Limoges, prenant à ferme le greffe de cette ville (Arch. du départ. des Basses-Pyrénées, B. 1829. Cf. B. 1835 et 1875) ; et qualifié de marchand de bétail dans le contrat de mariage de son fils, François Verthamon, avec Marie Versoris, contrat cité dans une note de d'Hozier inscrite en marge d’une généalogie conservée au Cabinet des titres de la Bibliothèque impériale. Après lui, Joseph et Guillaume Verthamon continuèrent les affaires, et en firent souvent à Bordeaux. Voyez les minutes de Lacoste, 44 janvier, ter «t 10 février 4974; liasse 327-3, folios 48 verso, 107 verso et 134 verso.

couret clerc ordinaire de la maison commune de Bor.-

deaux, différent d'un Jean Pichon que nous avons déjà vu en 1532 ?, et qui reparaît dans un acte de Douzeau, du 14 avril 1546. L'un ou l'autre était sûrement de ces hoirs de feu Richard Pichon, qui semble avoir fait fortune dans le commerce; car on les voit propriétaires d’une maison dans la rue par laquelle on allait du Ghapeau-Rouge au Château-Trompette*, d'une seconde maison entre les rues de la Coquille et des Argentiers”, et d'une troisième rue Poitevine$f. Un autre Pichon, Jacques, bourgeois et marchand de Bordeaux’, était, en 1568, juge de la Bourse, et, plus tard, on trouve un Richard de Pichon, conseiller et secrétaire du roi. L'auteur de Mémoires sur le commerce et les finances de France, les colonies de l'Angleterre et de l'Espagne, après 1718, fait remarquer judicieusement que, chez nous, le commerce n'étant point honoré, considéré et protégé comme il l'est ailleurs, ne se perpétue pas dans les familles, tandis qu'en Hollande, en Allemagne, en Angleterre et autres contrées, la famille du marchand

1 Douzeau, 13 sept. 1548. Cf. Darnal, Suppl. des Chron. de Bourd., f° 38 ro.

2 Voyez ci-dessus, p. 12, note 1.

3 Minutes de Douzeau, 17 août 1546, 2 avril 4517. — Dans le bail à loyer d'une maison située aux Chartrons, dressé par le même notaire, le 5 novembre 1549, il est fait mention d’un chai contigu appartenant à Richard Pichon.

# Minutes de Douzeau, 27 juin 1544.

5 Jbid., 6 août 1557. Quatre actes. 6 [bid., 23 août 1558.

1 Denhors, 31 mars, 1er, 4, 14 avril 1561 (liasse 484-2, folios Lxiij r°, Lxix vo, LXXV) ro, jiiÿx x) re, itijzx xijij vo), etc. — Castaigne, 5 juill. 1568; liasse 87-12, fol. ve xiiij re et suiv. — Dans les minutes d’un autre notaire, Lacoste, Jacques Pichon, son frère Richard et leur sœur Isabeau figurent ensemble, avec « Mathieu Chertany, » à la date du 15 septembre 1574.

8 État des recettes et dépenses faites au bureau de la comptablie de Bordeaux, 1594-1598, folios 52 recto et 64 verso.

persévère dans sa profession, continue d'amasser du bien et forme de puissantes maisons et de grandes entre-

prises. Le commerçant français ne pense à s'enrichir que pour être en état de placer son fils dans une charge, « De là vient, ajoute l'écrivain, que le fils, abandonnant le métier de son père, ne profite pas de ses lumières, de ses fonds, de ses habitudes et de ses correspondances, pour continuer et augmenter avec succès son commerce. Un homme nouveau prend sa place, et commence avec beaucoup de peine, sans expérience de cette profession, et souvent sans argent et sans crédit. » Bordeaux ne pouvait faire exception à cette règle, encore en vigueur aujourd'hui; toutefois, devenus officiers ministériels, les fils des notables commerçants de cette place n’abandonnalent pas pour cela les affaires. Deux notaires et secrétaires du roi, M° Jean de Pontac, greffier civil et criminel

en la cour de parlement®, et Arnauld du Perrier, <on-

trôleur de la contablerie de Bordeaux, chargeaient pour Rouen une cinquantaine de tonneaux de vin Ÿ; et un autre Pontac, Louis, sieur d'Audenge et de Lacanau en Buch, et receveur d’Armagnac, si nous ne faisons point erreur #,

1 Ms. de la Bibl. imp., suppl. fr. n° 1792, folios 56 verso, 57 verso.

2 ]] faut prendre garde de confondre ce personnage avec celui que Gendrault, dans un acte du 19 juillet 4545, appelle « feu maistre Jean de Pontac, licentié ès droitz, doien et chanoine en l’eglise metropolitaine de Bordeaux. » Cf. 21 août. Après lui vint Jacques de Pontac, qualifié de même par ce notaire (18 mai, 12 et 19 juin 1548) et par Douzeau (18 juillet 1550. Cf. 2 et 4 octobre 1559, 7 mai 1561).

# Minutes de Douzeau, 29 janvier 4549. — Les 16 et 17 février 1550 présentent une vente de vins, chargés sur deux navires de Fécamp, par un Bordelais, à noble homme Louis de Sapas, écuyer, contrôleur de la Réole (cf. 23 juin 4547), ou de Bazadais, comme il est appelé dans d’autres actes du même Douzeau (6 juill. 1561) et d'Aubrin, notaire à Saint-Macaire (30 sept. 1567).

# Douzeau, 9 janvier et 2 mars 1549, 18 avril, 8 juillet ct 16 août 1550.

prêtait à Romain Lamy, marchand et bourgeois de Bordeaux, 230 livres, par acte du 21 avril 1558.

Le même, qualifié cette fois de conseiller, notaire et secrétaire du roi et son contrôleur en sa chancellerie, payait comptant une somme bien plus considérable, 940 livres tournois, à Arnauld Estève, seigneur de Langon, suivant « contrat d’achapt de veiselle d'or et d'argent! pour M. de Pontac. » Nous en concluons que ce dernier était un capitaliste en état de faire des affaires considérables, qu’il ne les repoussa point quand elles se présentaient ?, et, ce qui est plus intéressant à constater, qu'au xvi° siècle, la noblesse d’ancienne chevalerie per-

. La Ung bassin d’argent, en nouvalle, bien ouvré et la plus grand part dauré, avecques ung vase et deux salieres faictes de la fasson du bassin; une couppe d'argent daurée et bien ouvrée, et le couvercle de mesme; une autre couppe d'argent daurée, le pié ouvré ; troys couppes d'argent que ont le bort du pied dauré et la pomme du milieu et le bort dauré, et une desdictes couppes a une seinture par le dehors daurée faicte ainsy [que] les troys couppes d'argent ct les deux sallieres ; poisent six mars cinq onces troys cartz. Plus, les vases et les deux couppes daurés, le couvercle de une desdictes couppes dauré, poisent huict mars troys onces troys cartz; plus, le baissin sept mars et demy. Plus, ung pere de daurures à thaille d’esparnye esmaliée de blanc, rouge, vert et noir, et y a ausd. daurures cinquente-quatre pierres; poisent cinq onces et demye et ung gros d’or. Plus, ung autre pere de daurures esmalliées de blanc et rouge, et y a ausd. daurures cinquente et huict pierres; poisent cinq onces et demye d'or. Plus, une seinture esmaliée de blanc et noir, à tailhe d’esparnye, et y a à ladicte seinture cinquente et cinq chenons et ung crochet et huict pilbiers; poise douze onces troys cartz d'or. Plus, ung autre pere de daurures sans esmailh, à chenons brisés, et y a ausdictes daurures cinquente-huict pierres ; poisent troys onces et demye d'or. Ung pere de brasselès esmailhés de blanc, noir et rouge et vert; et y a ausdicts brasselès, en tous deux, vingt et quatre pierres, etc. (Minutes de Douzeau, 16 juin 1561.)

? Les minutes de Douzeau, qui semble avoir été le notaire de la famille de Pontac, au moins depuis le 7 juin 1533, donnent une grande idée des affaires de Louis. Voy. sous les 26 juin, 16 août et 18 mars 1550, 25 mai et 16 août 1551, 26 oct. 1552, 5 mai 1557 ; 16, 95 juin, 21 janv., 5 fév., 16 mars 1558; 17 juill., 5, 8n0v., 3, 15 déc., 28 janv., 7, 17 fév., 2 mars 1559 ; 24 juill., 2 août 1561 , etc.

dait du terrain et que la nouvelle, issue du commerce, en gagnait.

Déjà, vers la fin du siècle précédent, un marchand de Bordeaux, Arnauld de Lescale !, achetait de noble homme, Gautier de Lunel, trésorier et procureur d'Alain d’Albret, comte de Dreux, etc., la maison noble appelée hôtel de Tartas, paroisse Saint-Paul, pour la somme de 1,000 fr... à pacte de réméré pour cinq ans ?. À son exemple, mais bien plus tard, Jeannot et Fort de Minvielle frères, marchands et bourgeois de Bordeaux, achetèrent, aussi à pacte de réméré et au prix de 2,252 livres tournois, la maison noble d'Espagne, paroisse de Mérignac. Enfin Romain Brun, écuyer, seigneur de Montguyon en Blayais, désirant faire entrer au couvent de l'Ave Maria, de Bordeaux, sa fille aïnée, et acheter à Isabeau Brun, sa seconde fille, « certains draps de soye, » engageait, faute d'argent, une partie de ses terres au marchand Njicolas Henry ‘.

En 1578, il fut ordonné que les jurats qui faisaient le commerce eussent à cesser leur trafic et à fermer boutique pendant le temps de leur magistrature : c'était un | acheminement à la noblesse. Les jurats y arrivèrent en 15815; et si certains d'entre eux se retirèrent des affaires, il en est plus d’un qui les continuèrent, princi-

1 11 y avait à Eysines, à la porte de Bordeaux et du Médoc, un bourdieu de ce nom, dont les vins, avec ceux de la maison noble de Calon, se vendaient aux Anglais jusqu'à 39 fr. le tonneau. (Minutes de Douzeau, 20 octobre 1559.)

3? Acte du 18 juin 1485, publié dans les Archives historiques du département de la Gironde, t. VE, p. 373, 874. ‘

3 Minutes de Douzeau, 20 septembre 1542.

# Arch. départ. de la Gironde, E. Terriers, n° 445; acte du 19 déc. 1533.

5 Supplement des Chroniques de Bourdeaus, folio 55 recto.

palement le commerce maritime, le premier, le moins roturier de tous, celui qu'un gentilhomme pouvait faire sans déroger. Charles IX et Henri IV l'avaient formellement déclaré avant Louis XIII et Louis XIV, et le grand roi ne faisait que confirmer diverses ordonnances de ses prédécesseurs, quand, à son tour, 1l déclarait que « tous gentilshommes pourroient, par eux ou par personnes interposées, entrer en société, et prendre part dans les vaisseaux marchands, denrées et marchandises d’iceux, sans que, pour raison de ce, ils fussent censés réputés déroger à noblesse, pourvu toutefois qu'ils ne vendissent point en détail. »

On est peut-être curieux de savoir si, en Guienne, la noblesse d'épée, la noblesse de race, se lançait dans les entreprises commerciales en même temps que dans les hasards des combats. Nous n'avons aucun renseignement à cet égard, si ce n’est une quittance de 500 livres tournois souscrite par Odet de Foix, lieutenant général et

1 Edit portant que le commerce de mer ne desrogera point à noblesse (août 1669), dans le registre du secrétariat, Ms. de la Bibl. imp. 6652, fulio 21 recto, . année 1670. — Valin, Nouveau Commentaire sur lordonnance de la marine, liv. 11, tit. vin (des Propriétaires de navires), t. k, p. 529, 531. — « I ne restoit plus, ajoute le savant jurisconsulte, que le commerce de terre, au sujet duquel le roi ne s’étoit pas encore expliqué nettement, quoiqu'il eût déja marqué plus d’une fois l'estime qu'il faisoit du commerce en général, en accordant des lettres de noblesse à ceux qui s'y étoient distingués d’une maniere particuliere ; et c'est ce qui donna lieu à un dernier Edit du mois de Decembre 1701, dont l'article premier est conçu en ces termes : « Vonlons que tous nos sujets nobles » par extraction, par charges ou autrement, excepté ceux qui sont actuellement » revètus de charges de magistrature, puissent faire librement toute sorte de » commerce en gros, tant en dedans qu’au dehors du royaume, pour leur compte » Ou par commission, sans déroger à leur noblesse. » Le reste du chapitre, qui est fort curieux, est consacré à l'examen de deux brochures sur la même matière, publiées vers le milicu du siècle dernier. Voyez encore Pierre Clément, Lettres, instructions et mémoires de Colbert, t. I}, 1re partie, introd., p. CLx!Ix.

grand sénéchal de Guienne, à M° Hélye du Tillet, -« comptable de Bourdeaulx, » à raison de la traite de cinq cents tonneaux de blé que le noble seigneur avait fait tirer du pays -et envoyé vendre en Espagne !, et un acte de société entre Henri de Foix, comte d’Astarac, et d’autres individus y dénommés, pour une expédition de quincaillerie aux îles du Cap-Vert*; mais d’autres docu-

1 Archives de l'Empire, K. 80, n° 6. :

2 « Saichent tous que par-devant moy, Jehan Castaigne.. ont esté presens en leurs personnes Gassiot de Ferbost, marchand dud. Bordeaux, au nom et comme precureur speciallement fondé de... Henry de Foix... d'une part, et Charles Alegret, capitaine et advitailleur du navire nommé Le Levrier de Cadillac, et Jehan Neyrault, marchand et bourgeois dud. Bordeaux, aussi advitailleur dud. navire, Anthoine Mercier, lieutenant dud. capitaine, et Pierre Poisdenier, habitant du lieu de la Tremblade en Arvert, maistres dud. navire, d'autre part; lesquelles parties. ont faict, passé et accordé entre elles les choses qui s’ensuivent : savoir est que lesd. Alegret et Poisdenier ont recogneu et confessé… avoir et tenir dud. sieur conte led. navire bien et deument garny, apareillé, munitionné et equippé de tous apareilz, ustencilles, munitions et artillerye convenables, necesseres aud. navire, pour icellui mener et conduire. du present port et havre de Bordeaux jusques au lieu de Cap-de-Verft en la coste de Geyné, chargé tant de marchandises de quinquaillerye que de victuailles requises et necesseres pour led. voiaige, lesquelles marchandises et victuailles ont esté par lesd. Alegret et Neyrault.… fournies aud. navire... Led. navire arrivé aud. lieu de Cap-de-Vert, ou autre lieu commode et convenable pour le profit et utillité desd. parties, propre pour fere descharge et vente desd, marchandises, seront tenus lesd. maistre et capitaine y fere lad. descente, descharge et vente... et. le retour avec led. navire. en l’ung des portz et havres du present royaulme de France... et principallement au port et havre dud. Bordeaux ou de Requeichon. Et estant led. navire arrivé en l’ung desd. ports à droicte descharge, lesd. maistre et capitaine seront tenus d'en advertir led. sieur conte, ensemble led. Neyrault, advitailleur, pour aller prendre et recevoir leur part et cotité du profit qui sera provenu dud. voiage, paravant que fere descharge desd. marchandises et choses qui seront raportées d'icel voiage ; lequel profit ct gaing qui proviendra dud. voiage sera party et divisé entre lesd. parties. dont led. sieur conte en tirera la quarte partie pour le corps dud. navire, lesd. Neyrault et Alegret, advitailleurs, l’autre quarte partie; et cncore led. Alegret, capitaine, compaignons et equipaige, la moitié, » etc. (Minutes de Castaigne, 12 mars 1568; liasse 87-12, folio ijc ij verso.)

ments de l'époque, joints à ce que nous connaissons des us et coutumes de la noblesse, nous permettent de conjecturer que les gentilshommes gascons ne s’en tenaient pas toujours à la vente de leurs récoltes.

La coutume de Troyes permettait aux nobles de race, s'ils venaient à tomber dans la misère, de faire le commerce sans déroger à leur qualité, et Grosley dit : « Nos vieilles chartes nous offrent une foule de nobles vivant marchandement*. » En Italie, les gentilshommes pouvalent se livrer au trafic; cette liberté existait aussi en Provence, au dire de Papon. Enfin, en Angleterre, les cadets des familles de condition grossissaient les rangs du commerce et s'y distinguaient. Chez nous, on trouve parmi les minutes de Douzeau, à la date du 8 juillet 1550, deux chargements de fortes parties de pastel, sur le port de Toulouse, « pour et au nom de M. Arnault de Prat, seigneur de Espenses; » et un siècle après, un Jean Lupé paraît avec la qualité de marchand et bourgeois de Bordeaux *; mais 1l nous est impossible de décider si le premier de ces personnages appartenait ou non à la famille - de Spens, dont nous avons parlé avec quelques détails. Quant au second, il était sans aucun doute étranger à la

. 4 Titre 1, art. 4, et titre Il, art. 16. (Les Coustumes du bailliage de Troyes en Champagne, etc., par Me Pierre Pithou. A Troyes, M. pc. xxvir., in-4°, p. 7, 80.) . ? Éphémérides, édit. de Patris-Dubreuil (Paris, 4841, in-8o), t. 4, p. 13. Cf. Mémoires présentés par divers savants à l’Académie des inscriptions et belleslettres, etc., 2c série, 1. V, p. 55.

8 Histoire générale de Provence. Paris, M. DCC.LxxvII.-LXXXIV., in-49, t. HIT, p. 495.

# Arrèt de la Chambre de Guienne, du 8 août 1646, cité par Cleirac dans son Usance du negoce ou commerce de la banque des lettres de change. À Bourdeaux, 1656, in-£°, p. 164.

5 Les Écossais en France, t. 1, p. 251-235.

famille de Luppé, qui a toujours fait une figure considérable en Gascogne et en Béarn.

Un autre document, de date plus récente que les chartes parties dressées par Douzeau, nous montre une princesse du sang royal se livrant, ou du moins tentant de se livrer à des opérations de commerce dans une province voisine de Bordeaux.

. L'année 1587 avait été, à ce qu'il paraît, fort mauvalse pour les vendanges, en Bourgogne et en Anjou, à ce point que le commerce de Paris s'était trouvé dans l'obligation d'aller s’approvisionner en Saintonge. Un commis de Nicolas de Longueil, marchand parisien, avait acheté à Cognac cinq cents tonneaux de vin, et adressait requête au gouverneur de la province pour être autorisé à franchir le pont de Saintes, barrière à la fois politique et commerciale. Deux mois après, une nouvelle supplique arrivait à la même adresse. Cette fois, il s’agissait de Diane de France, fille naturelle et légitimée de Henri IL, alors dauphin, et d’une Piémontaise, ou même de Diane de Poitiers, suivant Brantôme. Mariée successivement à Horace Farnèse, duc de Castro. fils du duc de Parme, et à François de Montmorency, fils du connétable, Diane était devenue duchesse d’'Angoulème. Sans doute, voyant l’abondante récolte de 1582 dans son duché, elle vit là une source de profits. Mais 1l fallait des permissions, et la noble dame ne pouvait prendre une part directe à une opération de commerce : ce furent des marchands de Cognac qui se chargèrent de faire pour elle les demandes nécessaires « touchant la traicte et passeport de trois cents thonneaux de vin. » Son nom ne devait servir qu'à écarter les obstacles; pourtant, il

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n’en fut pas ainsi. Henri IT avait d'abord octroyé gracteusement les permissions demandées : sur les représentations de Charles de Brémond d’Ars, lieutenant général pour le roi de Saintonge et d'Angoumois, Henri III révoqua la licence accordée.

Avant de terminer ce chapitre, nous ferons encore observer que les enfants naturels des grandes familles étaient quelquefois réduits à exercer des professions manuelles qui les rangeaient au-dessous des négociants et leur faisaient perdre, si ce n’est leur nom, au moins leur noblesse. David de Montferrand, écuyer, était mort laissant un fils naturel nommé Guy de Montferrand : Jacquette de Carle, damoiselle, sa veuve, mit l'enfant en apprentissage chez Jean Sarlas, orfèvre de Bordeaux, « durant le temps et espace de six ans, » moyennant la somme de de cinquante livres tournois ?.

1 Louis Audiat, Le Commerce au xvie siècle. — Le fisc et les vins de Sainlonge. (Revue des Provinces, vol. XI, 3° liv., 15 juin 1866, p. 487-491.) — Parmi les minutes de Douzeau, on trouve, à la date des 10 et 15 nov. 1519, ün reçu de 15 livres 15 sous tournois payés par Guillaume de Rusy, ou Rusé, trésorier et receveur général des finances d’une autre duchesse d'Angoulème, mère de François Ier, pour le transport, de Castres jusqu'aux Chartrons, de trente et une pipes et demie de vin, et un connaissement énonçant soixante et une pipes chargées pour la même princesse, à destination de Taillebourg:; mais rien n'empêche de croire que ces vins ne fussent « pour la provision de Madame, » comme les trente-cinq tonneaux de vin, « tant de Grave que de haut Pays, » chargés pour Nantes par N. H. Henry Richard, écuyer, valet de chambre ordinaire du roi.

? Minutes de Lacoste, 8 janv. 1570. — Minutes de Castaigne, 28 févr. 1572; liasse 87-14, folio iij:*xviij recto.

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