CHAPITRE XXVIII
VICISSITUDES DU COMMERCE DE BORDEAUX AUX XVIe ET XVIIe SIÈCLES.
Concurrence que les vins de Saintonge faisaient à ceux de Guienne. — Impôts dont ces deruiers étaient grevés après le milieu du xvI° siècle ; renchérissement des denrées à Bordeaux. — Difficultés pour faire parvenir des vins de Guienne à Paris. — Mémoire des marchands de Londres concernant les exactions dont ils se prétendaient victimes à Bordeaux et dans le
, voisinage. — Élévation des droits du fisc ; mauvais aloi des monnaies de l'époque. — Plaintes des marchands de vins des Iles-Britanniques à Elizabeth et à Jacques 1°". — Traité de commoerce conclu le 26 mai 4606 entre la France et la Grande-Bretagne ; institution, à Bordeaux et ailleurs, d'un tribunal arbitral chargé de connaître des contestations entre marchands anglais et français; attributions de ce tribunal. — Plaintes des Anglais sur l'altération des vins de Bordeaux ; défense résultant de ces griefs ; suites de cette affaire. — Jacques I°° refuse d'admettre nos vins en Écosse sous pavillon français ; plaintes du cardinal de Sourdis au sujet de la multiplication des vignes dans les Graves. — Corsaires protestants et turcs à l'entrée de la Gironde et plus loin; vente d'esclaves interdite à Bordeaux. — Courses des Rochelais; moyens proposés pour mettre un terme à ces expéditions. — Projet de Canazille. — Droit de Mortagne. — Droit de convoi et augmentations successives de cet impôt ; réclamations des Bordelais à ce sujet et relativement à d'autres. — Historique du droit de fret établi par Fouquet et modifié par Colbert. — Détails sur le mouvement de la marine marchande des Hollandais dans la Garonne et la Charente ; manipulation de nos vins en Hollande,
Le commerce des vins de Saintonge, qui faisait concurrence à celui de Bordeaux vers la fin du xvi° siècle, devait être bien considérable pour que l'assemblée des notables tenue à Rouen, en novembre 1596, ne dédaignât pas de s’en occuper. Entre autres mesures financières prises à cette occasion, un droit de 4 écus fut imposé sur chaque tonneau qui sortirait de la province. Pour obtenir la suppression de la nouvelle taxe, elle offrit une somme annuelle de 24,000 écus, ce qui suppose une exportation d’un nombre égal de barriques.
Précédemment, le corps de ville de Bordeaux avait fait une offre pareille, quoique moins considérable (elle n'était
que de 10,000 livres), pour être déchargé d'une imposition de 5 sous par muid de vin!. « Sire, écrivait-il au roi, le 11 juin 1568, les maire, juratz, manans et habitans de votre ville de Bourdeaulx, remonstrent tres-humblement que le païs de Bourdeloys est le plus steril et infertil que aucun aultre de votre royaulme, comme Votre Majesté a peu veoir à l'œil en faisant votre voiage dudit Bordeaux à Bayonne en l'année 1565, auquel païs n’est possible de semer et faire croistre aultres grains n1 fruictz que des vignes, seulement pour l'entretenement et culture desquelles il y fault tant de frais et de façon, que lesdits supplians sont contrainetz d'y employer tout ce qu'ilz peuvent reserver et acquerir d’ailleurs par leur industrie et trafficq : car la journée de l’homme de labeur, qui anciennement ne coustoyt que deux solz ou six blans, couste à present six ou sept solz; les eschallars quatre foys aultant qu'il souloient faire (que d’habitude). Les muids, qui ne souloient couster que 8 ou 9 livres la douzaine, coustent à present 24 ou 25 livres, et neantmoins on ne cognoit poinct que le vin ait augmenté de pris, » étc. « Si est-ce que nonobstant tout cella, ajoutent les pétitionnaires, il n’y a port ne havre en France auquel Votre Majesté preigne tant de droitz et debvoirs sur lesdits vins et aultres marchandises que au port et
1 Ne serait-ce pas là le droit d'ancrage, appelé ailleurs droit de quayage? (Voir un acte de Douzeau, en date du 12 novembre 1532, concernant la Barbe de Biarrits, chargée de baleine pour Bordeaux, et poussée par le mauvais temps dans le port du Passage.) Par le règlement fait par le duc de Brezé, le 27 décembre 1643, le droit d'ancrage était de 5 sous par tonneau sans parisis, et de G sous 6 deniers pour les étrangers, à cause du parisis qu'ils payaient. Voy. Valin, Nouveau Commentaire sur l'ordonnance de la marine, ete., t. I, p. 94. CF, p. 95.
havre dudit Bourdeaulx, et, qui plus est, au lieu d’estre soulagez et deschargez des anciennes daces et subsides, ils sont journellement imposez et surchargez de nouvelles, et beaucoup plus grandes que les anciennes, et mesmes cinq solz sur chacun muid de vin!. »
Ces dernières doléances expliquent pourquoi, au lieu de demander à Bordeaux les vins nécessaires à l’approvisionnement de Paris, le commerce de cette place, dans une année de disette, s’adressait à la Saintonge, moins favorisée du ciel, sans doute, mais aussi moins pressurée par le fisc. Déjà, même avant leur mise sous vergues, grevés de droits de toute sorte, nos vins n'avançaient plus vers la capitale qu'entourés d'une nuée de picoreurs, assermentés ou non. Écoutons Pierre de Brach, député en cour par ses collègues, les jurats. Conformément à l'usage, il avait été chargé d'offrir un présent de vin pour accélérer les affaires de la ville; mais, à ce qu'il paraît, ce n'était point chose facile que de faire arriver du vin de nos contrées à Paris. « De onze tonneaux que vous aviez chargés à Bordeaux, écrivait de Brach à ses collègues, le 15 janvier 1596, il n'en a esté livré à Rouan par M. Mysson que neuf et demy, six barriques ayant esté mises en remplissage et coulage *, » etc. Depuis Rouen, il avait eu à payer deux écus et demi de voiture par tonneau, et de quatre-vingts à cent écus pour les contributions de cette ville et autres frais inévitables ; de sorte qu'il finissait par dire : « Je change d'advis en matiere de vin et ne suis plus d’advis qu'on en envoie icy, au moins tant que J'y seray; car J'ay cent fois souhaité
1 Archives historiques du département de la Gironde, t. \V, p. 162-164. 2 [bid., t. I, p. 182, n° cu.
que le vin fust encores à la vigne, car je croy qu'en l'entrée d'un roy à Paris, il n’y auroit point plus de mistere que pour y faire entrer du vin : il y a cinquante tenans, aboutissans ou part prenans‘. » À ce présent de vin, la jurade ajouta postérieurement une belle pièce d'ambre gris?, qu'elle avait achetée sans doute dans le pays, de quelque pêcheur qui l'aurait recueillie sur les côtes du golfe de Gascogne.
Vers le même temps, les marchands de Londres présentaient à l'autorité un Mémoire des exactions auxquelles ils prétendaient être en proie, à Bordeaux et dans la rivière de Charente, depuis 1589. On y lit :
D'abord, dans l'année 1590, payé 7 shillings et 8 °% pour les marchandises apportées à Bordeaux, ce qui fait en livres sterling 06000 00 En l’année 1594, payé 7 sh. et 8 °/ montant comme dessus (06000 00 — 4592, payé 40 sh. o/ montant en monnaie sterl. 6000 000
— 41593°, payé 42 sh. et 8% — 40000 00 — 4594, payé 5 sh. o/, montant en monnaie sterl. 05000 00 — 4595, payé 3 sh. °/0 — — 03000 00 — 1596, payé 8 sh. — — 08000 00 — 1597, payé 8 sh. — — 08000 00 — 4598, payé 3 sh. % — — 03000 00
1 Archives historiques du département de la Gironde, t. T1, p. 182. — Nous apprenons en mème temps que le change de Paris sur Bordeaux était de 8 pour 100. . |
2 Arch. hist., etc. p. 186, 187, nos CLIX, CLx.
3 Cette année fut particulièrement mauvaise pour le commerce de Bordeaux. Un jeune homme, qui avait acheté et embarqué des vins, les ayant vendus avec une perte considérable, avait obtenu des lettres royaux pour être relevé, fondées sur ce qu'il n'avait fait que ce seul acte de marchand; il fut débouté de ses prétentions, et condamné à payer, à moins d'un répit, comme le roi en accordait même avant la déclaration de Louis XIV, du 35 décembre 1699. Voyez Automne, Commentaires sur les coutumes générales de la ville de Bordeaux, etc. À Bordeaux, m. ncc.xxxvu., in-folio, p. 7; et le Ms. de la Bibliothèque publique de Bordeaux, n° 2,967 C, t. I, folio 78 recto.
- Passant ensuite aux importations du commerce de Londres, l'auteur du Mémoire continue ainsi :
Secondement, payé sur les vins el autres marchandises apportées de Bordeaux.
Principalement en l'an 4590, payé pour 7000 tonneaux de vins à 49 sh.
chacun, montant en sterling à la somme de st. . . . .. 06650 00 En l’année 1594, pour 7000 tonneaux, à 22 sh. chacun. . . 07700 00 — A592, — à 34 sh. — 10850 00 1593, pour 4000 tonneaux, à 35 sh. — 05000 00
4594, — à27sh — 04400 00
4595, pour ‘7000 tonneaux, — — 07100 00
4596, — à 40 sh. — 14000 00
4597, pour 4000 tonneaux, — — 08000 00
1598, — à 28 sh. — 05600 00
4599, pour 7000 tonneaux, à 47 sh. — 04200 00
— 1600, pour 4000 tonneaux, à 42 sh. — 02400 00 — 16014, — à 8sh, — 04600 00 — 1602, — — — 01600 00 — 4603, — — — 04600 00 — 1604, pour 7000 tonneaux, — — 02800 00 TOTAL. , . . .. 84100 00
Passant ensuite aux vins embarqués pour Londres sur la Charente, l’auteur du Mémoire en évalue la quantité à six mille tonneaux, de 1593 à 1598, à 54 shillings le tonneau, ce qui fait 16,200 livres, et de 1599 à 1604 inclusivement, au même nombre, à 20 shillings, ce qui donne un chiffre de 5,000 livres, et un total général de 21,200 livres sterling.
Le quatrième point du Mémoire que nous analysons est consacré aux pertes éprouvées par le commerce de Londres sur la Gironde, et causées par M. de Lussan, gouverneur de Blaye, pertes évaluées à 5,919 livres 6 sh.
8 den., « sans compter divers navires et une grande quantité de marchandises enlevées à des marchands et marins d'autres ports d'Angleterre 1, ni un grand nombre de vies d'hommes. » La pièce, enfin, se termine par la « somme totale de toutes ces exactions et pertes payées et supportées uniquement par les marchands de Londres, » somme qui s'élève au chiffre de 168,219 liv. 6 sh. 8 den., représentant 155,731 liv. 6 sols 8 den., monnaie française, « sans compter tout ce que les marchands des autres ports en Angleterre ont payé®. » L'auteur du Mémoire ne spécifie pas quels droits les marchands anglais avaient à payer à Bordeaux; toujours est-il que ce n'étaient n1 le droit de convoi ni le subside de Royan, qui avaient été récemment abolis et remplacés par une imposition unique. Quels qu'ils fussent, ces droits, augmentés du change et des frais, étaient réellement écrasants pour le commerce; avec cela, la mon-
1 fl est à regretter que l'auteur du Mémoire ne donne pas le chiffre de ces navires, et ne nous ait point ainsi éclairé sur le nombre des bâtiments anglais chargés à Bordeaux à la fin du xvie siècle, comme une autre pièce qui nous fait connaître le mouvement de ce port au commencement de cette époque. C'est une quittance du 15 octobre 1509, consentic par frère Archambault de Béarn, « hermite principal de la tour Notre-Dame de Cordan, » à Me Helies du Tillet, comptable (sic) de Bordeaux, de la somme de 76 livres 2 sous, pour les droits qui lui étaient dus cette année sur les navires chargés à Bordeaux, à raison de 6 sous tournois par navire; d’où il résulte qu'en cette année, cinq cent quatre-vingt-sept bâtiments furent chargés dans notre port. (Archives de l'Empire, K. 78, n° 20.)
? Manuscrit harléien n° 288, folio 236 recto.
3 « À Richard de Pichon, conseiller et secretaire du roy, Guillaume Bourcaud et Jehan Roux, cy-devant fermiers du convoy qui se levoyt en lad. ville de Bourdeaux, et lequel est [et] demeure estaint et abolly par le moyen de l'establissement de lad. nouvelle imposition ordonnée pour l’estinction d'icelle et du subcide de Royan, la somme de 14,700 escus sol sur certain moingz de la somme de 32,768 escus 68 sols faisant partie d'icelle somme de 32,768 escus
naie, surtout celle d'argent, était de si mauvais aloi, que les étrangers, nommément les Flamands, la refusaient. Cela se passait en 1546; les monnaies anglaises avaient alors neuf onces d’alliage sur trois onces d'argent. Il en fut ainsi jusqu’au temps d'Elizabeth, de 1558 à 1603, époque où fut mise en circulation, sous l'impulsion de. Thomas Gresham, une nouvelle monnaie conforme à l'ancien étalon anglais, c'est-à-dire onze onces deux drachmes d'argent fin et dix-huit drachmes d'alliage. Pour l'or, 1 y avait deux étalons'. De tout cela, il résulta une grande confusion et beaucoup d'embarras pour le commerce, sans parler de la fausse monnaie, alors très-répandue *.
: Une note présentée à Henri IT par Henry Cobham, ambassadeur d'Angleterre, et une plainte adressée au successeur d'Elizabeth par ses sujets, qui venaient acheter des vins à Bordeaux et à la Rochelle, montrent à combien de tracasseries ils étaient alors en proie dans ces deux villes, peu éclairées sur leurs propres intérêts. Habitués à descendre et à entreposer leurs marchandises chez les courtiers et certains bourgeois, qui étaient auto-
48 sols, employée en l'estat desd. rembours, baïlhé à ced. contable, suyvant l'arrest du Conseil par lettres patentes de Sa Magesté du 2% jour d’apvril 1595, » etc. (Estat des receptes et depenses faites au bureau de la comptablie de Bordeaux, 1594-1598, folio 64 verso.)
1 Voyez, sur les monnaies anglaises de 1546 à 1605, Ruding, Annals of the Coinage of Great Britain, etc., 34 edit. London, 1840, in-#, vol. 1, p. 312,
2 « En ce temps-là il y avoit un prevost à Xaintes, nommé Grimaut, qui m'asseura qu'en faisant le procès à un faux monnoyeur, iceluy luy baïlla le nom et surnom de huit-vints hommes, qui se mesloyent de son mestier.. qu'au nombre d'iceux il y avoit plusieurs juges et magistrats, tant du Bordellois, Perigord, que de Limosin, » etc. (Des Metaux et Alchimie, parmi les OEuvres complètes de Bernard Palissy, édit. de 1844, p. 200.)
risés par un ancien statut à recevoir les Anglais, ils faisaient des affaires sous la caution des courtiers. Les maire et jurats, voyant là un abus, prirent un arrêté pour défendre à ces officiers. ministériels de continuer. Les marchands anglais réclamèrent, invoquant l'illégalité du nouveau statut, qui, étant dépourvu de la sanction royale, n'avait point été vérifié par le parlement de Bordeaux, « et moings observé jusques en l’année M"° soix* dix-neuf. » Ils représentaient encore qu'il n'y avait dans cette ville « aucuns chais, halles ny autres lieux destinés pour recevoir les marchandises des estrangers, » et que les contraindre à se loger, avec elles, chez les marchands, c'était les livrer, pieds et poings liés, à la merci de leurs concurrents. « À cause de ce, ajoutaient les pétitionnaires, lesdits marchans ont puis ledit temps failly de cesser leur commerce et fermer leurs bouticques, en quoy lesdits marchans anglois ont receu notable perte‘. » L'ambassadeur ne dit rien de l'obligation imposée aux Anglais qui remontaient la Gironde de déposer leurs canons en passant devant Blaye, pour ne les reprendre qu'au retour. L'un de ses successeurs ayant réclamé, Louis XIIT rendit une ordonnance qui affranchissait le commerce de cette formalité; mais le jurat Fontaneil se trouvait en ce moment à Paris pour les affaires de la ville, et, sur les remontrances qu'il fit et donna par écrit, dans le but de signaler l'importance d'une pareille
1 Archives de la ville de Bordeaux, carton des lettres de personnes distinguées, du xvie au xvuie siècle. — La pièce se termine ainsi : « Et plus bas est escript : « Le Roy veult cest affere estre promptement vuidé en son conseil » d’Estat, les maire et juratz, et aussi les courretiers de Bourdeaulx appellés et » eulx, ou procureur pour eulx, ouys, Faict à Paris, Sa Magesté estant en son » conseil, le xvje may 1583. Signé : PINART et HENRY COBHAINS, » etc.
permission, il fut sursis à son exécution, qui n'eut pas lieu. De là des plaintes, qui s'exhalaient encore quinze ans après?, sans que, dans l'intervalle, les fils des anciens maîtres de la Guienne eussent autrement à se plaindre du traitement qu'ils y recevaient 5.
Les marchands anglais avaient-ils, à Bordeaux, acquitté les droits, opéré leur chargement, et pris un permis de débarquement, ils se voyaient soumis à une deuxième et à une troisième visite *, qui les mettaient à la merci d'employés plus ou moins bien disposés, et dans l'alternative de décharger ou de payer. A cet effet, 1] y avait dans la Gironde un stationnaire pour exercer la police sur les
1 Chronique bordeloise, ann. 1616, p. 168. Cf. ci-dessus, t. I, p. 180.
2 « À Bordeaux, nonobstant les traictez, on force les maistres de navire de laisser leur canon à Blaye pour se rendre proye aux freluqueurs et autres officiers de la doane, qui, trouvans nos gens sans armes, leur usent une infinité d'insolence. Et despuis peu, dit encore Philippe Burlamachi au secrétaire d'Etat John Coke, contre les franchises et privileges que les Anglois y ont tousjours eus, ont deffendu que nul d'eux peust achetter les vins du tiers et quart, où cy-devant les achettoyent des vignerons et autres, qui les apportoyent en la ville. » (State Papers, Domestic Series, Charles I, Nov. 9 1635, vol. CCE, n° 37.) Cf. an humble Declaration of the Wrongs unto the English Merchants in France, etc. (Ibid., Jan. 1st, vol. ccxxx1, n° 5, in fine.)
8 La lettre suivante, conservée dans le même carton que celle de H. Cobham, témoigne du bon accueil que les Anglais de distinction recevaient de la jurade: « Messieurs, lui écrivait l’un d'eux, je ne puis pas que tesmoigner ina recognoissance par ce mot, tant de l'honneur que m'avez fait, que de l’obeissance que ces bateliers ont rendu à vos commandements par le devoir dont ils se sont fort dignement acquittez en me rendant en ceste vi:le de la Ste.-Macquere : ce que m'obligera d'en rendre compte an roy, vostre souverain, et de demeurer prest à le recognoistre en mon particulier, à la pareille quand je vous pourray estre utile en qualité, Messieurs, de vostre bien humble et tres-affectionné serviteur, Doxcaster. — De Ste.-Macquere, ce 27 d'aoust 1621. »
# On rencontre, parmi les minutes de Castaigne, à la date du 9 mars 1568 (87-12, folio Ciiijrxxv. recto), Richard de Pardeiïlhan, « marchand de ceste ville de Bordeaux, et visiteur, de pour le roy, sur la riviere, port et havre dud. Bordeaux. »
navires qui entraient et qui sortaient. Soupçonnait-il la moindre fraude, il arrêtait le suspect ou le renvoyait à Bordeaux pour y être déchargé, au grand dommage de l'affréteur, contraint de payer une amende arbitraire. Les marchands anglais signalaient aussi d’autres abus qui avaient lieu pendant les foires de Bordeaux. Elles emportaient de droit avec elles, pendant leur durée, l'affranchissement des impôts qui pesaient sur toutes les marchandises achetées ou vendues dans le port, et les Anglais se plaignaient que, depuis le commencement du siècle, on eût exigé l'acquittement des coutumes pour tous les vins achetés ailleurs qu’en ville ou en Graves. Ils demandaient ensuite à être admis, contrairement à un arrêt du parlement de Bordeaux, au bénéfice de la chambre mi-partie, instituée pour connaître des procès entre catholiques et protestants. Si les Français, ajoutent-ils en terminant, ont fait retentir les deux pays de leurs plaintes concernant les fraudes pratiquées dans la vente des draps anglais en France, et si les lords du conseil privé se sont attachés à réformer de tels abus, les pétitionnaires sont en droit de réclamer le redressement de ceux qui ont lieu journellement concernant la mauvaise fabrication des vins et les tromperies sur la nature et la mesure des marchandises dont la vérification ne peut avoir lieu qu'au moment de les livrer aux détaillants : ce qui entraîne une perte considérable, aucun . recours ne pouvant être admis, vu qu'un certificat, même signé d'un notaire et de témoins, ne saurait l'être’. Toutes ces plaintes donnèrent lieu à des négociations
1 Bibl. Cotton., Caligula, E. XI, folio 205 recto. La pièce a été fort endommagée par le feu.
qui se terminèrent par le traité du 26 mai 16061. Le premier article annonce l'intention de ne rien changer aux conventions précédentes, et le second, l'ordre envoyé dans toute l'étendue des deux royaumes, « de bien et favorablement traicter les subjects de l’un et l’autre prince, et les laisser traffiquer en toute seureté et liberté les uns
avec les autres, sans les molester, ny permettre qu'ils
soient indeuëment travaillez, ny molestez pour quelque occasion que ce soit. » Par le troisième article, tous les droits imposés sur les sujets et marchandises des deux royaumes sont maintenus; mais « pour le regard des levées et impositions qui se levent au profit de certaines villes particulieres, » ordre est donné, dans le quatrième article, aux maire et échevins de Rouen, Caen, Bordeaux et autres villes, de produire leurs titres devant le conseil du roi pour en obtenir la confirmation ou les voir casser, « leur faisant cependant inhibitions et deffenses, à peine de la vie et du quadruple, de lever plus que ce qui est porté par lesdites lettres, ny exceder les conditions portées par icelles. » Après quelques dispositions générales sur la liberté des transactions, stipulée en faveur des commerçants des deux nations, il est institué un tribunal arbitral dans chacune des villes nommées cidessus, à l'effet de recevoir les plaintes des marchands anglais et de vider tous les différends qui pourraient intervenir en matière commerciale. Ce tribunal devait être mi-parti, c'est-à-dire composé de quatre, et, au besoin,
1 Dans celui du 24 février, il est fait mention d'un arrêt du conseil du 21 avril 1600, portant règlement sur les draps anglais importés par les marchands en France, notamment en Guienne. (Lettres, instructions et mémoires de Colbert, t. 11, 2e part., append., p. 830, note 2.)
de cinq marchands, français et anglais, élus tous les ans, et appelés conservateurs du commerce; leurs attributions comprenaient également le règlement des salaires des gardes et contre-gardes, chargeurs, déchargeurs, emballeurs, portefaix ‘, etc., la vérification des franchises et priviléges des villes et des bourgeois, et celle des poids et mesures, aussi bien que des marchandises. « Et d'autant, est-il dit dans l'art. 13, que la principale plainte faicte par l'ambassadeur de la Grand’ Bretagne et par les marchands anglois est contre un arrest donné au Conseil de $S. M. T. C., le 21°. jour d'Avril 1600, portant reiglement sur le faict de la drapperie qui se transporte par les marchands anglois au royaume de France, et principalement ès provinces de Normandie, Bretagne et Guyenne, $. M. T. C. a revocqué et revocque ledit arrest. » Le traité renferme dix articles de plus; mais il ne s’y trouve rien de relatif à Bordeaux, si ce n’est un ordre aux officiers des ports et hâvres des provinces cidessus de traiter favorablement les sujets britanniques ?.
1 Un acte d’Arfeulhe, en date du 15 novembre 1567, nous éclaire sur les arbitrages à cette époque. Jean de la Fourcade, marchand de Bordeaux, et Morgan Ap Howell, marchand anglais, étaient en litige « pour raison de marchandize ; » ils s’en remirent à la décision de trois négociants bordelais, Arnauld Maillard, Bernard Lahoule et Pierre du Perrey, et d’un commerçant anglais, Thomas Scroll. — Un autre acte du mème notaire, en date du 9 août 1568, nous offre un autre marchand anglais poursuivant au civil les enfants de feu Bertrand de la Salle, par-devant le parlement de Bordeaux, et les registres de cette compagnie présentent plus d’un procès semblable. Nous n'en citerons que deux : le premier entre Pey Ap, marchand de Bordeaux, demandeur, d'une part, et John Esquire, Roger Laton et James Molet, marchands anglais, défendeurs, d'autre part (Reg. du parl. de Bord., B. 4, 13 mai 1486) ; le second entre John Chimay et Peyrot Ducassou. Le sénéchal ayant relaxé ce dernier, Chimay avait appelé de la sentence ; il lui fut enjoint de vider l'appel. (1bid., B. 11, 21 avril 1513.)
? Le Mercure françois, t. YX, à la fin de l’année 1695, date de la confirmation
Ceux-ci s'étant plaints à leur souverain de l’altération des vins qu'ils prenaient à Bordeaux, ces griefs, fondés. ou non, lui fournirent un prétexte pour leur défendre de charger de ces vins avant le mois de décembre, « chose grandement prejudiciable, dit Darnal, et venant de l’invention de quelques ennemis de la ville de Bourdeaux. » Louis XIIT écrivit, à cette occasion, aux jurats, demandant des éclaircissements sur ce sujet, afin de réclamer par son ambassadeur et d'obtenir que le commerce fût remis sur l’ancien pied. On envoya des mémoires justificatifs bien amples pour se laver de ce que l'on appelait des calomnies!, et la défense ne fut sans doute pas maintenue; mais le résultat désiré se fit longtemps attendre.
En effet, Darnal écrivait, sous l’année 1613 : « Fut faite ladite année une assemblée des cent trente conseillers de la ville, et par leur advis furent dressez memoires pour respondre à la plainte des Anglois concernant la faction des vins de Bourdeaux. Lesquels memoires furent envoyez au conseil, voulant le roy faire instance aux fins de faire revoquer l'edict du roy d'Angleterre prohibant à ses subjects de faire achapt desdits vins jusques au mois de decembre. Et les aucuns de ladite assemblée furent d'advis de supplier le roy de trouver bon, pour rendre la pareille, que nul François n'achaptast molue ny autre poisson sallé desdits Anglois, sinon après Pasques, et leurs drapperies après la S.-Jean. » Darnal fait observer que la prohibition dont il s’agit ne fut pas bien exécutée,
du roi Louis XIIT. — Archives curieuses de l’histoire de France, etc., publ. par F. Danjou et M. L. Cimber, 2e série, t. Il, p. 345-3559. 1 Chronique bordeloise, p. 146.