‹ Histoire du commerce et de la navigation à Bordeaux, principalement sous l'administration anglaise (volume 3)Chapitre 40 sur 141 · SAVON · texte numérisé non relu

SAVON

Au xvi siècle, 1l se chargeait annuellement à Marseille, pour Bordeaux, cinq mille caisses de savon marbré, ou environ. Il en venait aussi du Languedoc, où l’on avait établi quelques manufactures; mais on en tirait peu de ce côté-là, ce dernier savon étant inférieur à celui de Provence. |

À ces détails, l’auteur du Mémoire de 1730 ajoute :

1 « Anthony Muilhe descent avec son guabarot, troys pipes huylhe d’olyf et une pipe prune... — Arnaud Vyolete descent dys pipes e demye prune, e dus pipes estany de huyl d'olyf, » etc. (Rolle des bateulx quy sont montantz en sus ou debant la rybyere de Guarone e par debant cette vylle de Marmande, etc., 21 et 24 octobre 1695, folios 24 verso et 27 recto.)

2? Nous ne citerons qu'un de ces négociants, le sieur Pinto, que son nom indique comme Portugais ou Israélite. Voyez le registre À de la Chambre de commerce, p. 349 et 350, séances des 7 et 14 janvier 1712. Pour les réclamations de la compagnie au sujet des exactions des fermicrs généraux sur les huiles, nous ne pouvons que renvoyer, pour l’année 1711, aux pages 175, 278, 300, 519, 327. Pour les années suivantes, les mêmes griefs se représentent encore plus fréquemment. Voyez le registre B, folios 25 verso, 27 recto, 29 recto, 31 verso, 32 recto, 43 recto, 46 recto, etc.

« Ce ne sont jamais les Marseillois qui envoyent à Bordeaux leur savon; ce sont les négocians de cette ville qui le font venir pour leur compte. » Ils en avaient fait un article d'exportation pour la Hollande‘, et le recevaient souvent par là, surtout quand ce savon n'y trouvait pas marchand*?. En 1706, un négociant bordelais, nommé Chaumeton, demandait un passeport pour faire venir mille caisses de savon de Marseille et les envoyer ensuite dans les Pays-Bas, avec exemption de droits du bureau d'Agde et de ceux de Bordeaux, et un autre passeport pour recevoir en franchise trois cents barriques d'huile venant du Languedoc.

Plus tard, à ce qu'il paraît, on établit des fabriques de savon plus rapprochées de Bordeaux, et même dans cette ville 4. On avait demandé qu'elles chômassent pen-

1 Les Pays-Bas exporlaient des savons jusqu’en Écosse. Un Anglais avait monté une savonnerie à Leith et obtenu un privilège pour la vente exclusive de ses produits; mais on se vit bientôt obligé de revenir sur ce monopole. Le savon de Leith était de mauvaise qualité, et les habitants des comtés éloignés trouvaient plus d'avantage à recevoir leurs marchandises de Hollande. La ville de Campver y devint le centre de cette fabrication. Voyez R. Chambers, Domestic Annals of Scotland, vol. I, p. 511; et Van Bruyssel, Histoire du commerce et de la navigation en Belgique, t. NI, p. 161.

? Reg. B de la Chambre de commerce, folios 132 verso, 137 recto, 138 recto; séances des 24 avril, 5 et 19 juin 1721.

3 Registre du Conseil de commerce F. 12. 51, folio 435 recto; séance du 4 août 1706. Cf. folio 435 recto ; et reg. F. 12. 53, fulios 65 recto, 67 verso. — Plus loin (F. 12. 86, p. 72; séance du 26 févr. 1795), il est fait mention d'une contestation entre le sieur Desclaux, négociant à Bordeaux, et les fermiers généraux, au sujet de la restitution des droits qu’on lui avait fait payer au bureau d'Agde sur soixante caisses de savon et une caisse de saucissons qu'il avait fait venir de Marseille pour les colonies.

* Voyez registre C, folios 40 recto (49 décembre 1726), 11 verso et 16 recto (2 et 28 janvier 1727). Plus loin, folios 27 recto à 2 verso (18, 31 juillet et 7 août), il est question d'un Mémoire du sieur Pelé, chef de la fabrique des savons blancs et marbrés de Bordeaux, au sujet de cette industrie ct pour em-

dant les trois mois d'été. L’intendant Boucher consulta la Chambre de commerce ‘de Guienne, et les directeurs de la compagnie se montrèrent favorables à cette demande, donnant pour raison « qu'encore que les chaleurs soient plus supportables en Guienne que dans les pays voisins de la Méditerranée, elles sont néanmoins assez vives pour empescher que les savons fabriqués en esté ne soient aussi fermes qu’il est nécessaire, et que leur consistance estant molle, ils fondent et se dissoudent dans l’eau fort promptement, ce qui cause un préjudice considérable dans l'usage qu’on en fait. »

Page 1