‹ Histoire du commerce et de la navigation à Bordeaux, principalement sous l'administration anglaise (volume 3)Chapitre 48 sur 141 · JE · texte numérisé non relu

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60 livres tournois à la grosse aventure, pour faire partie des avitaillements du navire de celui-ci, « pour aller à la pesche de la molue en Terre-Neufve‘. » D’autres fois, le même capitaliste avance des sommes plus considérables à d’autres Basques de Saint-Jean-de-Luz et de Bayonne °.

Mais plus ordinairement c’étaient deux frères, marchands et bourgeois de Bordeaux*, qui faisaient ces sortes d’affaires. Les minutes du notaire Denhors sont remplies d'actes qui leur sont relatifs et qui confirment pleinement ce que nous avons dit de la patrie des pécheurs de morue #. Par l’un de ces actes nous apprenons que nos négociants ne se bornaient pas à des avances de fonds pour la pêche de la morue; ils en vendaient

1 Minutes de Denhors, liasse 184-2, folio xix recto. — Jacques Pichon absent est représenté par Guillemette Doultre, sa femme. — Les minutes de Douzeau renferment aussi des contrats à la grosse; mäis rien n'indique qu'ils eussent pour objet la pêche de la morue. L'un d'eux, du 30 novembre 1521, est pour Guilhem Prat, procureur d'Alain King, marchand, bourgeois et vinatier de Londres, qui emprunte ainsi 176 livres tournois, plus 45 écus d’or au soleil ; un autre, du 25 avril 1558, constate un prèt à la grosse aventure au patron de Ja Légère, de Fécamp, par la Catherine, du mème port, d’une somme de 14 livres 8 sous lournois,'à raison de 30 pour 100 d’intérèt.

? Minutes de Denhors, 14 avril, 29 décembre et 20 janvier 4561, folios iiijxx xiij recto, iiijxx xiiij verso, M ciij verso et x ciiijxx vij verso. — À cette dernière page, il s’agit d’un navire de Saint-Vincent, comme sous le 21 février, au folio » iije 1vj verso. Six jours après, le même notaire enregistre un contrat semblable pour l'avitaillement de la Madelaine, de Bayonne (97 février 1561, folio x iijc Ixxvj verso), déja pourvue de deux autres côtés (24 et %6 janvier, folios m ijc xxx verso et mij° XXXV verso).

3 Une quittance pour Jeanne de Saigues, damoiselle, contre Matheline de Maurian, aussi damoiselle (minutes de Themer, 20 nov. 1577, liasse 488-16, folio 142 verso), semble indiquer que les Maurian avaient été anoblis.

# Minutes de Denhors, 6, 29 mars, 12, 14, 24, 29 avril 1561, folios xliij verso, jiijzx viij recto et verso, ilij:x x recto et iiij:x xj verso, miijciiij*x xv) verso. Ce dernier renvoi se rapporte à un navire de Capbreton.

aussi !, soit qu'ils eussent acheté des chargements entiers, soit qu'ils se fussent associés avec d'autres pour en acquérir ?.

Avec eux on peut nommer Pierre Reynier et Étienne de Comet comme se livrant à des opérations semblables, avec cette particularité que le premier avançait ses fonds à un navire de notre port, la Jacquette-Colette, de Bordeaux Ÿ, et que l’autre se présente avec un air équivoque de noblesse *, tandis que Jean d’Ansogerlo, bourgeois du navire la Jeanne, de Saint-Jean-de-Luz, s'annonce avec la qualité d'écuyer dans deux contrats à la grosse passés dans la même étude et pour le même objet.

Plus humble, mais non moins entreprenant, Jean Grenier, natif de Jonzac, compagnon, c’est-à-dire garçon barbier, demeurant à Bordeaux, empruntait 27 livres 10 sous tournois à deux négociants accoutumés à ces sortes d’affaires, « pour aller à la pesche de la molue en Terre-Neufve, dans le navire nommé la Jehanne, de

1 Minutes de Denhors, 16 avril 1561 ; liasse 184-2, folio c xxv recto.

2 Ibid., 15 décembre 1561; folio ixe xlvij recto. — Le même notaire enregistre plus loin un acte d'association entre Jean Joyeulx et Mery de la Noue, marchands de la Réole, et Jean Tortigue, marchand de Port-Sainte-Maric, pour la perte ou le gain résultant de la vente de quarante pipes de morue sèche, au prix de 16 livres la pipe, et de vingt et un tonneaux de vin, à 30 livres chacun. ({bid., 13 février 1561 ; folio m iijc xix verso.)

$ Minutes de Denhors, 2 avril 1561; folio xl recto. Cf. 3 ct dernier jour de

# [bid., 26 avril 1561; folio c xlvj recto.

5 Jbid., 3 mai 1561 ; folio c lxix verso, c Ixxj recto. — Jean d’'Ansogarlo était en mème temps baile de Saint-Jean-de-Luz. Voyez ci-dessus, t. I, p. 484, et un acte de Denhors, du 10 février 1561 (liasse 184-2, folio miijc xvij verso), dans lequel il est présenté comme débiteur d’un marchand de Bordeaux, conjointement avec un autre, Michcau de Susset, allié par sa femme, Maric de Saulgues, à l'un des notahles commerçants de cette ville.

Sainct-Jehan-de-Lus. » Le compaignon était peu en fonds, à en juger par un autre acte passé le même jour, . portant reconnaissance d’une dette de 21 livres tournois, envers Guillaume Clavier, maître couturier de Bordeaux, « à cause de despence que ledict debteur a faite dedans la maison dudict Clavier !. »

Un autre garçon barbier, entraîné par l'exemple de son camarade, s'enrôla de son côté sur un navire de Libourne, pour se livrer à la même pêche, et, dans ce but, il s'adressa aux négociants qui avaient prêté à Jean Grenier; mais il les trouva moins larges, et n’en put tirer que 6 livres tournois, pour lesquelles le notaire Denhors dressa le même jour, c’est-à-dire le 23 mars 1561, un autre contrat à la grosse?. La mention qui s’y trouve de médicaments, dont le prix entrait dans cette somme, montre clairement que l’emprunteur allait à Terre-Neuve pour exercer son état, tout en prenant part aux bénéfices comme aux risques et périls de l’expédition.

Nous ne citerons deux autres contrais à la grosse, enregistrés par le même notaire le 25 février 1561 %, que parce qu'ils offrent un Bayonnais prêtant, à Bordeaux, de l'argent à deux de ses compatriotes, propriétaires associés d'un navire en partance pour Terre-Neuve. De tous ces documents réunis, il est permis de conclure que le commerce de Bordeaux a été de bonne heure l'âme des expédrtions entreprises par les Basques pour

1 Minutes de Denhors, 23 mars 1561 ; liasse 184-2, folios x iiije Ixxij recto et x iiije Ixxüiij recto.

2 Jbid., folio miiijc Ixxv recto. >

3 Jbid., folios x ijc xlix recto et mijel recto.

la pêche de la baleine et de la morue, et que si ceux-ci ont fait des découvertes en Amérique, c'est grâce aux encouragements des Bordelais. La reprise de la Floride, en 1568, n’a pas d'autre origine. Le capitaine Dominique de Gourgues, méditant de recouvrer cette province sur les Espagnols, trouvait à Bordeaux un concours qu'il eùt vainement espéré ailleurs f.

À l'exemple des Biscaïens, les Normands, et successivement les Bretons, les Rochelais, les Samtongeois et les habitants des Sables d'Olonne, s'appliquèrent à cette pêche si lucrative, surtout depuis l’année 1604, où Henri IV favorisa l'établissement d’une nouvelle colonie au Canada?, et de bonne heure Bordeaux prit part à leurs opérations. Le nom de Chapeau-Rouge, donné à certaines pêcheries, est sûrement un souvenir de l'hôtellerie où les marins qui les fréquentaient venaient con-

clure des affaires.

{«.., I vend son bien et empruncte de ses amys, tant pour faire bastir, armer et équiper deux petits navires, en forme de roberge, et une patache, en façon de frégatte de Levant, qui, à faulte de vent, peussent voguer à rame, et feussent propres pour entrer en la bouche des grandes rivières, qu'aussi pour acheter la provision d’une année de vivres, et autres choses nécessaires pour les hommes de guerre et mariniers qu’il entendoit mener. » (La Reprise de la Floride, édit. de la Société des Bibliophiles de Guienne, p. 29, 50.) — Ce passage, joint à un acte de Castaigne, du 14 mai 1572, portant vente de quatre cents quintaux de biscuit au vaillant capitaine d'aventure par deux marchands fourniers de Bordeaux, semble limiter à ses amis personnels le secours qu’il reçut pour son expédition. On sait qu'elle partit de ce port le 2 août ; elle se composait, sans parler de deux barques, de trois “navires, dont le principal avait pour patron un Bordelais, François Laguë, marin consommé, au rapport de Dominique de Gourgues, qui le qualifie de « homme aussi expérimenté au fait de la marine qu'il en soit de ce temps. » (Ibid., p. 48:)

? Valin, Nouveau Commentaire sur l'ordonnance de la marine, iv. V, tit. VI; t. Il, p. 723. Cf. p. 736, 737.

3 Minutes de Douzeau, 44 mars 1552.

On peut signaler, au commencement du xvi° siècle, la sortie de l’Adour, pour le”voyage de Terre-Neuve, du Saint-Pierre, de Bordeaux, navire de cent quarante tonneaux, en même temps que celle de la Marie, du même port, et, peu après, l'entrée de la Marguerite, aussi de Bordeaux, barque de faible tonnage, qui apportait de cette ville vingt barriques de sardines, chargées par Gilles d'Andaldeguy, bourgeois de Bordeaux !, nommé ailleurs comme ayant embarqué, sans doute à destination de notre ville, soixante-trois jarres d'olives ?.

Nous laisserons de côté une vente de vingt-huit douzaines d'aloses, à raison de 18 sous la douzaine, « comme par le passé, » à Ramond de la Vergne, citoyen de Bordeaux, par un marchand de Plassac 5. Nous ne parlerons pas non plus des Normands et des étrangers, Anglais, Irlandais, Écossais, qui venaient approvisionner le marché de Bordeaux de poisson salé, ni des « visiteurs d'iceluy#. » Une pareille digression nous entraïnerait loin de notre sujet, encore plus que l'examen des pièces renfermées dans un manuscrit du Musée britannique, qui se rapporte à Terre-Neuve et aux expéditions entreprises pour protéger les pêcheries contre les envahissements des Français. Nous passerons à ce qui, dans l'histoire des pêches, concerne particulièrement Bordeaux et les deux derniers siècles.

Après le milieu du xvir siècle, nos armateurs, à ce

1 Conterrolle de la recepte du bureau de la coustume de Bayonne, 17 février, 47 et 20 mars 165; folios 23 recto, 53 recto et 58 recto.

2 Jbid., 27 février 165; folio 2 recto.

& Minutes de Douzeau, 18 juin 1561.

# Anciens et nouveaux Statuts, etc., p. 221-296.

5 Additional Mss. 15492.

qu'il paraît, s’adonnaient volontiers à la pêche de la morue. Colbert écrivait, le 3 janvier 1676, à M. de Sève, intendant de Guienne : « Il est nécessaire que les marchands de Bordeaux qui ont perdu leurs vaisseaux dans le voyage de Terre-Neuve, rapportent des pièces en bonne forme pour justifier de leur perte; et, sur le compte que j'auray l'honneur d'en rendre au roy, Je ne doute pas que S. M. ne veuille bien les décharger du payement du droit de 3 livres par tonneau, pourvu que leur perte soit bien constante, » etc.

Au commencement du xvir siècle, les négociants de Bordeaux continuaient à prendre part à la pêche de la morue. La Chambre de commerce adressait au contrôleur général un mémoire, pour demander la suppression des droits sur toute la cargaison des navires qui allaient à Terre-Neuve faire la troque ou la pêche du poisson sec ou vert, et elle se faisait lire un autre mémoire au sujet du rétablissement de la pêche au même endroit et du reversement des sels, devant Bordeaux ou Blaye, dans les bâtiments destinés à ces expéditions ?.

En 1709, les sieurs Ayma, Pujols et Duc, négociants de Bordeaux, demandaient qu'il leur fût permis d’acheter en Hollande un navire de construction anglaise, qu'ils destinaient à la pêché de la morue et au commerce de l'Amérique sous pavillon français. Les directeurs de la Chambre de commerce, consultés, ayant rendu le meilleur témoignage aux pétitionnaires, ceux-ci obtinrent du Conseil supérieur la permission qu'ils sollicitaient; mais

1 Lettres, instructions et mémoires de Colbert, t. XII, 1re part., p. 556, note 2. ? Registre À de la Chambre de commerce, p. 94 (9 février 1708), p. 100 (49 avril 1708), p. 106 (31 mai), p. 407 (15 juin), p. 411 et 4112 (26 juillet). |

n'ayant pu en profiter à cause du renchérissement des vins et autres denrées, qui rompit les mesures qu'ils avaient prises et leur en fit différer l'exécution, 1ls adressèrent au Conseil, l’année suivante, une nouvelle requête qui obtint le même succès‘. On en peut dire autant de celle d’un autre négociant de Bordeaux, le sieur Beau- Jon. Il avait demandé de faire décharger au port de cette ville neuf cent quintaux de morue verte, venus pour son compte sur un bâtiment commandé par un capitaine anglais, qui avait échoué à l’île de Ré : le Conseil donna un ordre pour autoriser cette opération ?.

Dans l'intervalle, un Écossais établi à Bordeaux, George Boyd, adressait au contrôleur général un placet au sujet de l'opposition que lui faisaient les commis des fermes, de lui laisser décharger deux parties de morue verte, de pêche française, l’une de neuf mille cent cinquante et une morues, et l’autre de quatorze mille. A l'en croire, ces dernières, venues de Bilbao, y auraient été reversées sur des barques, du bord d'un navire français de Granville qui les avait pêchées au banc de Terre-Neuve. Boyd suppliait qu'il lui fût permis (en payant les droits) de décharger et de vendre ces morues à Bordeaux, où, disait-il, elles étaient nécessaires à la subsistance du peuple. « Il a paru, dit le procès-verbal de la séance du Conseil où cette affaire fut discutée, que ces morues devoient estre renvoyées à l'estranger, si mieux n'ayme le sieur Boyd que les deniers qui proviendront de la vente qui s’en fera soient consignez pour estre confis-

1 Registre du Conseil de commerce F. 12. 55, folio 59 verso (séance du 3 mai 1709) ; et folio 205 recto (5 septembre 1710). ? Reg. F. 12. 67, folio 8 verso; séance du 18 janvier 1720.

quez si. 1l est justifié que ces morues viennent de nos ennemis !. »

Un registre des archives départementales de la Gironde que nous avons déjà eu l'occasion de citer plus d'une fois, le Rôle des bateaux qui remontèrent la Garonne jusqu'à Marmande en l'année 1593, présente à chaque ligne des mentions de transports de morue, qui montrent bien dans quelle proportion énorme cette espèce de salaison contribuait à l'alimentation publique. Bordeaux en envoyait jusque dans le centre de la France, si l'on peut tirer une pareille conclusion d’un acte du 30 janvier 1561, portant vente à un marchand -de Moussages, en Auvergne, de merluche, baleine et hareng *.

À cette époque, les Basques allaient encore à la pêche de la baleine, et, sans sortir des minutes du notaire Denhors, on trouve des achats de fortes parties d'huile de ce poisson à des armateurs de Saint-Jean-de-Luz et de Saint-Vincent *; mais 1l paraît qu'au xvu° siècle, la

! Registre du Conseil de commerce F. 12, 35, folio 141 verso; séance du 28 février 1710. |

? Minutes de Denhors, liasse 184-2, folio mijc xlvij recto. — Le 15 février de la même année, Jean Bochier, marchand de Périgueux, reconnait devoir 35 livres tournois à François de Pontcastel, marchand, bourgeois et jurat de Bordeaux, pour prix de quatre pipes de merluche et de morue. (Jbid., for miijexxxix recto et miijcxl recto.)

8 Minutes de Denhors, 12 et 20 mars 1561; liasse 184-2, folios m iiije xix verso et miijcIxiiij recto. — Dans le premier des deux contrats, il s'agit de trente barriques de graisse de baleine achetées au prix de 8 livres 15 sous tournois l’une ; et dans le second, de vingt barriques d'huile moyennant 9 livres tournois chacune. — Nous n'avons pas trouvé ce terme d'huile, au lieu de graisse, avant 1707, date d'une affaire soumise à la Chambre de commerce, et dans laquelle il est question de quarante-deux barils d'huile de foie de stockfish, venus au sieur Boué par un navire danois (reg. A, p. 72, 14 juillet 1707). Plus tard,

baleine ne se montrait plus sur nos côtes, et même que les Basques avaient renoncé à l'aller chercher dans les mers du Nord. Un bourgeois de Bordeaux, nommé François Laure ou Lavre, établi à Porto et désirant rentrer en France, avait sollicité la permission de Joindre à ses effets cinq cents quintaux de fanons de baleine. Il allégua, à l'appui de sa demande, que depuis longtemps les Basques n'allaient plus à cette pêche‘; qu'en 1707, ils y avaient envoyé seulement un petit navire, « qui fut rançonné ; » que l’année suivante ils n’en avaient expédié aucun, et qu'ainsi ils ne faisaient pas concurrence au commerce des autres négociants français. En dépit de ces arguments, le Conseil, considérant que ces fanons de baleine étaient de pêche, sinon de propriété hollandaise, jugea convenable de refuser ?.

Toutes les pêches étrangères étaient prohibées depuis plusieurs années, et l’on ne s’explique pas comment le commerce pouvait l'ignorer. C'est, cependant, l'excuse que mettaient en avant, d'abord des marchands de notre place, pour obtenir mainlevée d'une saisie opérée à la requête de l'un des commis de la compagnie du Nord lésée dans ses priviléges Ÿ, puis un négociant suédois éta-

la Chambre intervint dans une autre affaire relative à un achat de morue et d'huile de poisson. ({bid., p. 246, 5 novembre 1710.)

1 Voyez, à ce sujet, une lettre d’un sieur Turbide (sans doute Difurbide), de Saint-Jean-de-Luz, au sujet de la pêche de la baleine, dans le registre du Conseil de commerce F. 12. 57, folio 211 verso (séance du 29 décembre 1713); et Saint-Jean-de-Luz historique et pittoresque, etc., par Léonce Goyetche. Bayonne, 1856, in-12, p. 140. |

? Reg. F. 12. 55, folio 245 verso; séance du 2 mars 1708. Cf. folio 247 verso, 16 mars.

8 Le premier président de Pontac à Colbert, Bordeaux, le 25 septembre 1662. (Bibl. imp., Colb. 114, Mél., folio 435 recto.) — Ce magistrat signale le dom-

bli à Bordeaux, le sieur Luetkens. Il avait reçu une partie de fanons et se les vit saisir par les commis des fermiers généraux. Il eut beau réclamer, prétendant que cette marchandise provenait de la pêche des sujets du duc de Holstein-Gottorp : la Chambre de commerce, à laquelle il avait porté ses doléances, ne jugea pas même à propos d'envoyer son mémoire au contrôleur général, comme elle le fit plus tard dans une circonstance analogue.

Fort de cette décision, le directeur des fermes de Bordeaux fit saisir un paquet de fanons de baleine apporté par le capitaine d’une navire suédois. Un négociant de notre ville, dont le nom a déjà passé sous nos yeux, Thomas Clock, intervint en même temps que les directeurs de la Chambre de commerce de Guienne, et, sur leurs représentations réunies, le Conseil supérieur prononça mainlevée de la saisie, à charge de renvoi du paquet à l'étranger.

Au nombre des salaisons que les étrangers continuaient à importer à Bordeaux, nous avons encore à mentionner

mage qui pourrait résulter pour les fermiers du convoi, si la saisie était maintenue. A cette époque, le fermier des cinq grosses fermes de France l'était cn même temps des apprêts des huiles et fanons de baleine. Un contrat à la grosse recu par le notaire Brisson donne à penser que ce traitant se laissait aller quelquefois à s'intéresser aux armements de pèche. (Minutes de Couthures, 18 septembre 1665 et 11 janvier 1667.)

! Registre A des délibérations de la Chambre de commerce, p. 24 (10 décembre 1:05) et 51 (10 novembre 1706). Cf. p. 73 (38 juillet 1707).

? Voyez ci-dessus, p. 241.

$ Registre À de la Chambre de commerce, p. 108; séance du 22 juin 1708. — Registre du Conseil de commerce F. 12. 53, folios 322 recto et 323 verso; séances des 30 juin et 6 juillet 1708. — La maison Clock existait encore vers le milieu du xvie siècle, comme en témoignent deux actes du notaire Treyssac des 16 juin et 13 juillet 4744 (folios 830 et 976), relatifs à l'abandon de la cargaison d'un navire.

le saumon, qui n'y arrive plus aujourd'hui. Au commencement du xvi siècle, 1l nous venait de Danemark. Un négociant écossais que nous avons déjà vu dans notre ville, et l’un de ses compatriotes établi à Rouen, représentant les avantages qui reviendraient au royaume s’il plaisait à Sa Majesté de leur accorder des passeports, tant pour les vaisseaux écossais qui viendraient chercher de nos produits que pour les navires français qu'ils voudraient envoyer en Écosse pour en tirer diverses marchandises, mentionnent le saumon de ce pays comme article d'exportation. Consulté sur le point de savoir s’il y avait lieu de prendre en considération les placets des sieurs Boyd et Arbuthnot, le Conseil de commerce, après avoir émis l'avis de traiter les navires écossais avec la même faveur que les suédois et les danois, qui étaient exemptés du droit de 50 sous par tonneau, manifesta l'opinion qu'on ne risquerait rien par une pareille démarche, attendu que le roi ne tirait aucun droit des productions de l'Écosse, qui ne venaient point en France; que les navires danois qui nous apportaient du saumon, au lieu de celui d'Écosse, étaient exempts du droit de fret, et que la modération des droits était avantageuse aux fermes et au commerce, « nos pesches et nos manufactures ne souffrant aucun dommage de ce qui vient d'Écosse, car nous ne peschons point de saumon. »

1 Registre du Conseil de commerce F. 12. 51, folio 28 recto; séance du 39 juillet 1704. « Et après diverses réflexions faites sur toutes ces observations, . il a été arresté que les députés de Roüen et de Bordeaux écriroient aux négocians de ces deux villes qui ont quelque commerce et relation en Escosse, pour les pressentir sur les veües qu'ils peuvent avoir dans le commerce à faire avec les Escossois, et sur l'espérance dont ils pourroient se flatter qu'il ne seroit peut-estre pas impossible que le roy ne les favorisât de quelque exemption de

Le Mémoire de 1730, qui nous donne la statistique du commerce de Bordeaux pour cette année, ne fait mention ni de saumon salé ni même de hareng, bien qu'il en vint alors comme par le passé et comme aujourd'hui!; 1l renferme seulement les articles suivants sur les deux espèces de morue qui arrivaient à Bordeaux pour alimenter cette ville, la Guienne et les provinces limitrophes.

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