HISTOIRE DU COMMERCE L
et il ajoute que le commerce des vins de Bordeaux avec l'Angleterre diminua à cause de l'élévation des droits.
Consulté sur la convenance d'admettre nos vins en Écosse sous pavillon français, Jacques I* répondait qu'il ne voyait à cela nulle raison, le vin de France étant, à n'en pas douter, une marchandise de telle nature que ce pays devait être enchanté de l'expédier une fois par an sur quelques navires que ce fût, et de la vendre, sous peine d’une perte considérable*. Où dirait que le roi était instruit des plantations considérables de vignes qui avaient eu lieu depuis quelque temps dans les Graves et qui inspiraient des plaintes au cardinal de Sourdis . Quoi qu'il en soit, la marine de la Grande-Bretagne et de l'Irlande resta en possession de transporter les vins de Gascogne dans les trois royaumes et dans les localités qui en dépendaient, comme Calais.
Nous avons déjà rapporté, d'après une relation du temps, comment, en 1617, des corsaires protestants
1 Chronique bordeloise, p. 152, 155.
? Letters and State Papers during the Reign of King James the Sixth. Edinburgh, m.pccc.xxxviir., in-4°, p. 517.
8 « … tanta fuit [vincarum] a paucis annis circumquaque complantatio, ut ex abundantia vini penuria nascatur argenti, pretiumque illius assuetum pene evanescat. » Ordonnance du cardinal de Sourdis, 1626. (Arch. du départ. de la Gironde, chapitre de Saint-Seurin, n° 406, folio 258 recto.) — On lit dans la Chronique bordeloise, de Tillet, p. 92, qu'en l’année 1578, sous le règne de Henri IL, des lettres patentes furent expédiées pour l’arrachement des vignes autour de Bordeaux, lesquelles furent exécutées, non sans plainte des intéressés. « Il n’y a point à douter, ajoute Lacolonie, que cet ordre du roi si bien exécuté ne füt pour le bien de ses sujets; peut-être ne le seroit-il pas moins dans le temps présent, si ces lettres patentes étoient renouvelées et parfaitement exécutées, sans quoi les habitants de la province tomberont certainement dans l'indigence et la pauvreté, pour avoir mis toutes leurs possessions en vignes. » (Histoire curieuse el remarquable de la ville et province de Bordeaux, t. Il, p. 20, 21.)
croisalent vis-à-vis de Royan, avec des vaisseaux de guerre, forçaient les marchands et les marins qui passaient d'aborder et de payer tribut; en un mot, incommodaient grandement le commerce!. A leur exemple, d’autres Rochelais infestaient tout le littoral de l'Océan. Le capitaine Sore et nombre de ses coreligionnaires, sans parler d’autres pillards ?, avaient répandu la terreur dans ces paragesÿ; mais rien n'égalait celle qu'inspiraient les musulmans, qui, à la même époque, poussaient leurs incursions jusque sur nos côtes.
En 1621, Gilles Esteben, bourgeois et marchand de Bordeaux, avait chargé trente-six tonneaux de vin sur une barque écossaise à destination de Calais et préposé à sa conduite un serviteur. La barque étant sortie de la
1 Voyez ci-dessus, t. I, p. 454-456, et comparez la relation que nous avons suivie, avec celle de Darnal, Chronique bordeloise, ann. 1617, p. 170; sans oublier Automne, Commentaires sur les coutumes générales de la ville de Bordeaux, édit. de 1737, p. 558.
2 « Au cappitaine Carlo Cocceliny et à vingt ses soldatz et trante-cinq lansquenetz de la compaignie du cappitaine Treillard, la somme de cent trente-six escus sol, à luy ordonnée par arrest de la cour de parlement de Bourdeaux pour aller avec deux pattaches hoster aux cappitaine et soldatz de la garnison du chasteau de Fronsac la patache avecq laquelle ilz contraignoient les marchans à payer certains droictz audit lieu, pour fere la capturc desdits cappitaine et soldatz, ainsy qu’il est contenu par ledit arrest du cinquiesme janvier, mil ve quatre-vingtz dix-huict. Signé : Ponrac. » (Est{at des receptes et depenses faites au bureau de la comptablie de Bordeaux, années 1594-1598, folio 93 verso.) — De pareils désordres eurent lieu après le milieu du siècle suivant. Voir une lettre de Colbert à M. Pellot, intendant de Bordeaux et de Montauban, du 3 décembre 1662, publiée dans le grand recueil de M. Clément, t. Il, 2e partie, p. 237, 238.
3 La Popelinière fait mention du capitaine Sore en racontant, à l’année 1369, la capture d’une hurque chargée de blé, et de trois Portugais qui revenaient de Flandre dans leur pays avec une cargaison de cuivre, ferblanc et autres articles. (L'Histoire de France, ctce., liv. XVI: t. IH, folio 97 verso. Cf. folio 19 recto.)
Gironde, fit en pleine mer la rencontre d’un forban turc, qui lui courut sus, contraignit l'équipage d'amener et s’empara du bâtiment. À la manière dont furent traités ceux qui le montaient, on put croire à une connivence coupable entre les pirates et le patron, et soupçonner celui-ci d'être resté maître du chargement une fois qu'il avait été débarrassé du surveillant, « d'autant que, par religion, dit Cleirac, les Turcs ne boivent pas de vin, quoy que ce soit, n’en font pas marchandise !. »
Ces Turcs étaient vraisemblablement des corsaires barbaresques, pareils à ceux qui, en 1613, croisaient dans le golfe de Gascogne ?, ou aux forbans signalés plus tard près de l’île d'Ouessant*, et à ceux qui, en 1636, s'emparaient du John, de Leith, parti de Londres pour la Rochelle. Le capitaine et son équipage furent menés à Sallé et vendus comme esclaves *. Naturellement les chrétiens ne manquaient pas d'user de représailles; mais il est à la gloire de Bordeaux d'avoir repoussé cette espèce de commerce. En 1571, un marchand normand ayant amené dans cette ville des nègres et des Maures pour les vendre, le parlement intervint et rendit, conformément à l’ancienne maxime du droit français, un arrêt portant qu'ils seraient relâchés, « la France, mère de liberté, ne permettant aucuns esclaves Ÿ, »
1 Les Us et Coutumes de la mer, édit. de Rouen, p. 96.
? « En la mesme année, les Turcs prindrent en mer quantité d'habitans de Capbreton, lesquels ils mirent à la cadene (chaine), et les bourgeois et habitans dudit lieu, pour redimer de captivité leurs compagnons, firent une queste generalle par toutes les villes du ressort, et implorerent le secours de la ville de Bourdeaux. » (Chronique bordeloise, p. 155.)
3 Leltres, instructions et mémoires de Colbert, t. TX, re partie, p. 181.
# Chambers, Domestic Annals of Scotland, vol. 1, p. 95. 5 Chron. bord., p. 35. Cf. Loisel, Institules coutumieres, iv. I, tit. 1, reg. 6
Pour mettre fin à cet état de choses, un économiste du temps de Louis XIIT proposait plusieurs remèdes. « Il faut, dit-1l, cotiser chaque havre et chaque ville dix lieues près desdits havres, à les entretenir, d'aultant que c’est leur richesse et seureté, tant contre les Turcs, Rochellois et autres corceres, ou bien il faut mettre un impost sur les vins qui sortent tant de la riviere du Rosne, de la Garonne, du Loir que de la Cene. Je m'asseure qu'il n’y a bon François qui n’en soit très-content ; car les Ttaliens, Flamans et Allemans en sortent la plus grande partie, et par ce moyen vous ruinerez la Rochelle et aurez le traffic libre aux Mollucques et terres lointaines, » etc. .
Un moment interrompu, le commerce de Bordeaux reprit de plus belle, pour éprouver une nouvelle perturbation en 1626. Cette année-là, au mois de septembre, le conseil fit avertir de Londres les marchands et les marins anglais de se retirer avec leurs navires et leurs marchandises ?, et, un mois après, tous les bâtiments qui se trouvaient sur la Garonne furent arrêtés par le sieur de Saint-Jean, capitaine de la garnison de Blaye et lieutenant de M. de Luxembourg, gouverneur de cette place. Plusieurs de ces navires étaient chargés de vin et autres denrées ; ayant rebroussé chemin, ils se retirèrent vers Bordeaux; et comme ce fut à la décharge, les maîtres de ces navires réclamaient la totalité du fret,
et Valin, Nouv. Comm., t. 1, p. 391. — On voit ce qu'il faut penser de l’assertion de M. Pierre Clément quand il déclare, à l'honneur de Pontchartrain, -« que, le premier, il fit décider qu’un esclave abordant le sol français serait libre de droit. » (Lettres. de Colbert, cte.,t. III, 2 part., introd., p. Lxx1x.) 1 La Reformation de ce royaume, 1625. (Archives curieuses de l’histoire de France, etc., 2% série, t. II, p. 393.) 2 State Papers, Domestic Series, Charles f, vol. XXXVT, n° 70.
qui était de 15 ou 16 livres le tonneau", se fondant sur ce qu'il n'avait point tenu à eux qu'ils ne fissent le voyage et n'opérassent le transport convenu. Le lieutenant général de l’amirauté au siége de la Table de marbre, au Palais, leur adjugea 4 livres par tonneau, c'est-à-dire le quart; et appel ayant été imterjeté en la cour, le parlement confirma cette décision par deux arrêts d'audience, en date des 1° et 16 février 1629°. Une autre décision rendue vers le même temps, acheva de fixer la jurisprudence au sujet d'un fait qui se reproduisait assez fréquemment sur les côtes de Guienne. La caraque portugaise San Bartolomeo avait échoué sur la côte du Médoc, au lais de Sainte-Hélène-de-l'Étang, au mois de janvier de la même année 1627. Sur les auditions des marins de l'équipage, rendues devant M. de Fortia, maître des requêtes, commissaire député par le roi à la recherche et conservation du bris de ce naufrage, 1l fut rapporté qu'en cas de jet, les marchandises et les biens des marchands devaient aller les premiers *. D'un autre côté, les marchands anglais qui faisaient le commerce des vins de France, adressaient une pétition au conseil. Leurs facteurs à Bordeaux, en prévision de l’embargo et tout aussi sûrement de l'impôt mis sur les
1 À la fin de l’année 1632, le fret de Bordeaux à Londres était de 30 shillings par tonneau. (Sfate Papers, Domestic Series, 1635, vol. CCLVI, n° 3.)
2 Les Us et Coutumes de la mer, p. 80. (Jugements d'Oleron, n° 4.) — Des Anglais furent encore plus sévèrement traités. Un commandant de cette nation s'était emparé d’un navire de Saint-Jean-de-Luz : le pilote du corsaire, William Ramsay, fut arrêté à Bordeaux et incarcéré. (Sfate Papers, Domestic Series, Charles I, Nov. 1632; vol. CCXXXV, no 81.)
8 Clcirac, les Us et Coutumes de la mer, p. 33, 382. — Voyez, sur le droit de bris, en 1681, la Correspondance de Colbert, t. II, 2 partie, p. G44, note 1.
vins, en avalent chargé sur des navires anglais et écossais plus de quatre mille tonneaux, en retour de draps exportés par les pétitionnaires et dus aux drapiers. Partie de ces vins était arrivée dans la Tamise : on demandait la permission de les mettre à terre et de les vendre.
En 1629, les marchands de vins français et la compagnie des cabaretiers de Londres ayant signalé à l’autorité la grande quantité de vins qui leur restait sur les bras, le conseil émit l'avis de prohiber, au moins pour un temps, toute importation ultérieure; encore nos vins ne devaient-ils être admis qu’en navires anglais? ; mais cette dernière disposition ne devait guère être observée
Dans l'intervalle, la paix entre les deux couronnes avait été proclamée à Bordeaux, avec la liberté du commerce. Le gouvernement de Charles [*° l’apprit par des lettres interceptées à bord d'un navire écossais parti de ce port avec un chargement de vins#, et le commerce entre les deux pays ne tarda pas à recommencer par
1 State Papers, Domestic Series, Charles I, Dec. 30 1626; vol. XLITI, no 109.
2 Jbid., 4629; vol. CXELVI, n° 22. Cf. n° 21, et vol. CXLVII, n° 6. — Deux négociants, l’un de Norwich, l’autre d'Yarmouth, depuis longtemps en relations d'affaires avec Bordeaux, eurent bientôt à demander qu'il fût dérogé à ces dispositions en leur faveur. Leur correspondant, Jean Peyronyne, avait, contrairement à leurs instructions, chargé des vins pour leur compte dans un navire de Dieppe : ils obtinrent qu'ils fussent débarqués et mis en cave à Lynn. (Ibid., vol. CLIIT, n° 64. Cf. n° 65.) Deux autres marchands d'Exeter demandaient la même faveur pour une barque d'environ soixante tonneaux qui était venue charger des vins à Bordeaux au retour d'une campagne à Terre-Neuve (ibid., March 1630 ? vol. CLXIIL, n° 67) : nous ignorons si leur requête fut couronnée de succès. °
8 Voyez une pétition des maîtres de navires anglais commerçant en France, parmi les papiers d'État, série domestique, Charles Ier, 4631, vol. CV, n° 58.
# State Papers, Domestic Series, Charles I, 4629; vol. CLIF, n° 41.
flotte comme autrefois, avec des interruptions causées par les fluctuations politiques. On peut prendre une idée de l'importance des affaires que les Anglais faisaient avec notre place quand on voit un marchand de Bordeaux, Abel Denys, créancier d'un sergent Bowye pour la somme énorme de 700 livres sterling, valeur reçue en vins ?. |
Une année où, à ce qu'il paraît, les affaires étaient dans un état de stagnation, en 1635, un certain Canezilles, marchand de Bordeaux, présenta au ministère les propositions suivantes comme un sûr moyen pour rétablir le commerce :
1° Interdire à toute personne étrangère la banque, le change, la grosse aventure et toutes sortes d’assurances;
2° Empêcher rigoureusement les marchands étrangers de faire aucun débit de détail dans les magasins et dans les foires *;
3° Ne revêtir aucun étranger de la qualité de bour-
1 State Papers, Domestic Series, Charles I, Nov. 22 4651, vol. CCIIT, n° 62; 8 Nov. 1663, vol. LXXXII, n° 535; Charles IT, Oct. 26 1664, vol. CII, n° 435.
2 Jbid., 1652, vol. COXVI, n° 57. .
3 On trouve, parmi les minutes de Denhors (16, 96 juillet, 29 août, 1er septembre 1561 ; liasse 184-2, folios xvj recto, ve Lj recto, vje xlviij verso, vic Lxxij recto, etc.), un Thomas Caneziltes, marchand et bourgeois de Bordeaux; et parmi les minutes de Lacoste, à la date des 9 avril et 9 mai 1574 (liasse 327-3, folios 260 verso et 314 recto), Antoine Canezilles, marchand hôtelier de la
même ville, prêtant 2 livres 41 sous 6 deniers à Jacques Chabot, écuyer, sei-
gneur de la Vergne en Saintonge.
“ La mention, dans un acte de Denhors du 98 janvier 1561 (liasse 184-2, folio mije xxxviij recto), d’un « fermier des deniers des amendes de ceux que acheptent aucunes marchandises sur le port et havre de Bordeaux, » donne à penser qu’il existait un règlement de police auquel Canezilles voulait un complément.
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geois, sous quelque prétexte que ce fût; en dépouiller ceux qui s'en trouveraient nantis;
4° Interdire aux étrangers, tant regnicoles que naturalisés, de faire aucune fonction de facteur ni de commissionnaire, afin que les marchands étrangers ne puissent traiter aucun négoce qu'avec nos marchands bourgeois ;
5° Enjoindre aux marchands étrangers de se retirer de la ville et du pays au bout de quatre mois;
6° Pour retrancher la plus grande cause de nos misères, et pour ôter le plus grand retranchéement de nos prospérités, demander, comme très-nécessaire, que Sa Majesté fasse un édit portant défense absolue des concessions et des usages de la bière, avec rigoureuses défenses à tous les brasseurs, marchands et cabaretiers, de ne plus se mêler, en façon quelconque, de faire ni débiter, en gros ni en détail, cette malheureuse et détestable boisson !. |
On assure que le cardinal Richelieu autorisa Canezilles à faire part de ses idées à toutes les villes maritimes ; nous ignorons si cette cofnmunication eut lieu et quel accueil elle reçut. L'auteur de la Reformation de ce royaume *? paraît avoir été plus heureux.
Le fisc, empressé à saisir toutes les occasions d’asseoir de nouveaux impôts, ne manqua pas d'user du conseil qui lui était donné; mais les Bordelais justifièrent bien mal l’assurance exprimée à Ja suite, car chaque fois qu'il était question d'une mesure de ce genre, ils ne manquaient pas non plus de réclamér. En 1630, une nou-
1 Archives de l'Hôtel de ville de Bordeaux ; publié dans la Statistique du déparlement de la Gironde, liv. X, S 2,t. H, 2e part., p. 327, note 2. ? Voyez ci-dessus, p. 61, note 1.
If. D
velle imposition de 5 p. 100 ayant été établie à Mortagne sur les marchandises qu'ils faisaient porter à leurs périls et risques, 1ls commencèrent par se plaindre aux jurats ; mais ils ne s'en tinrent pas là, et ils demandèrent qu'il fût envoyé une députation à Paris pour obtenir la suppression de cette aggravation de charge, offrant d’ailleurs de faire les frais de cette mission. La requête eut un plein succès à Bordeaux, la Chronique nous:.le dit ; mais elle est muette sur le résultat définitif des démarches faites en cour.
S'il fut sursis à la perception de l'impôt contre lequel ces démarches étaient dirigées, ce répit ne devait pas durer longtemps. Darnal nous apprend plus loin qu'en 1642, l'arrivée devant Blaye d'un vaisseau de guerre pour l'établissement et la levée d'un droit de 5 p. 100 sur toutes les marchandises portées à Bordeaux, excita une émeute dans cette ville; mais le désordre fut promptement apaisé par les soins et la prudence des Jjurats. Hs députèrent ensuite certains des leurs à Paris pour solliciter l'extinction du nouveau droit, et obtinrent un sursis du commissaire nommé par le roi*.
Le commerce avait encore à payer, sous le nom de convoi, un droit sur la circulation des navires, à un receveur délégué par le fermier et autorisé à faire crédit aux marchands, même pour des sommes considérables. Ce droit existait depuis quelque temps et rendait beaucoup #,
1 Continuation à la Chronique bourdeloise, p. 33.
* Ibid., p. 59.
8 Fonteneil, Histoire des mouvemens de Bourdeaux, liv. HI, ch. v, p. 294.
# « La comptablic de Bordeaux, 24,767 livres 8 sols 6 deniers; le convoy de Bordeaux, 2,300,000 livres. » (Estat general du rerenu du royaume de France, M. DC. XLIX.. in-4°, p. 1.)
quand, en 1648, il s’éleva un folle général contre les exactions auxquelles 1l donnait lieu. « Pour le convoy, disait le président Dubernet, dans un Mémoire sur ce qui s'était passé au parlement de Bordeaux, outre les abus du fermier et de ses commis, on se plaint de la ferme mesme à cause des augmentations qu'on y a fait sur toute sorte de denrées, et toutes ces plaintes sont portées par les bourgeois et par les jurats'. »
De ces augmentations, la plus désastreuse pour la Guienne était celle de 2 écus par tonneau de vin, laquelle, ajoutée aux autres droits, grevait la marchandise plus que de raison. Cet impôt de 6 livres avait été établi à Blaye, en 1637, pour deux années seulement. En 1638, il fut prorogé pour quinze mois, et en 1640 pour trois ans. En 1643, il fut compris dans le baïl du convoi pour neuf ans°. Ce terme n'était point expiré, qu'il s'élevait de tous côtés des réclamations au sujet du droit de convoi, ou plutôt relativement aux augmentations qui, de 1,500,000 fr., avaient porté le bail des deux fermes à deux millions. Le parlement proposait, pour ces augmentations, de faire des remontrances, et en atlendant de surseoir à la levée des 2 écus par tonneau, ou, tout au moins, de la réduire à 3 livres, à l'exemple de Blaye, qui n'avait aucun droit à être traité autrement que Bordeaux; on parlait même de supprimer la cour des Aides, détachée du parlement depuis plusieurs années, et de commencer par faire défense aux officiers publics d'exercer, et aux contribuables de les recon-
1 Archives historiques du département de la Gironde, t. 1V, p. 295. ? Jbid..t. W, p. 547; t. IV, p. 294.
3 [bid., t. IV, p. 295, en no'e.
naître‘, Le cardinal Mazarin écrivit, au nom du roi, à ce dernier corps pour lui défendre de délibérer sur la forme du convoi; cependant le parlement rendit un arrêt de sursis. Tout en estimant qu'il y avait lieu à faire casser cet arrêt par le conseil du roi, le duc d'Épernon insista, à plus d’une reprise, pour obtenir de décharger nonseulement tout le Bordelais de l'impôt de 2 écus par tonneau, mais aussi la haute Guienne d'un écu sur chaque tonneau descendant la Garonne*. La régente se rendit à ces observations et diminua l'impôt d'un écu*; mais, sur l'avis de M. d’Argenson*, elle le rétablit vers la fin de l’année 1649, à la suite de la part prise par les Bordelais à la Fronde5.
Cette année, plus que jamais, le commerce maritime de Bordeaux eut besoin de protection. Un garde-côte de Saintonge et de Médoc, nommé Monstry, entrait dans la Garonne avec huit vaisseaux et quelques bateaux ou pinasses®, sous prétexte de venir à Bordeaux, pour y opérer une descente, saccager le faubourg des Chartrons et fermer le passage de la rivière; mais, changeant de tactique, 1l battit l’une et l’autre côte de Saintonge et de Médoc, sur lesquelles il pratiqua toutes sortes de brigandages; et, portant la piraterie plus loin, il arrêta les navires bretons et d'autres bâtiments étrangers, qui se
1 Archives historiques du département de la Gironde, 1. IV, p. 294.
2 [bid., p. 300, 302.
3 Ibid., p. 503.
# Ibid., p. 370.
5 [bid., p. 372.
6 On donnait surtout ce nom äux barques qui naviguaient sur la côte de Biscaye. (Reg. du Conseil de commerce F. 12. 53, folio 133 verso; séance du 18 mars 1707.)
rendaient directement à Bordeaux, les pilla, et répandit une telle épouvante parmi les riverains, que le commerce fut entièrement interrompu !.
Le chevalier de Thibaut, à la tête d’une flottille équipée par les Bordelais, alla à la rencontre de Monstry, et jeta l'ancre au Bec-d Ambès, pour garder le passage des deux rivières ?. Pendant qu'il couvrait ainsi le pays par en bas, le duc d'Épernon faisait construire un fort à Libourne afin de tenir en bride les Bordelais, en leur coupant, quand 1l lui plairait, toute communication avec le Quercy et le Périgord, et en interceptant ainsi le commerce avantageux qu'ils entretenaient avec ces provinces par le moyen des rivières de Dordogne et de l'Isle5.
En août 1650, on armait de nouveaux bâtiments sur la Garonne, et l’on construisait une nouvelle galère à soilxante-quatre rames, munie d'un coursier de vingtquatre livres de balles. Pendant ce temps-là, le comte de Doignon ravageait les côtes de Montferrand, d'Ambès et de Parempuyre, et y enlevait plus de quatre mille tonneaux de vin, qu'il faisait porter à Brouage ou à la Rochelle.
Pendant tout l'été de 1653, jusqu'à la fin de septembre, la Garonne fut sillonnée par les flottes royales de
1 Fonteneil, Histoire des mouvemens de Bourdeaux, liv. IL, ch. v, p. 287,
2 [bid., iv. IX, chap. vu, p. 513.
3 Supplément au Journal d'Olivier d'Ormesson, t. 1, p. 743.
# Lacolonie, Hist. cur. et rem. de la ville et prov. de Bordeaux, t. NE, p. 117.
5 Fonteneil, liv. IV, chap. vi, p. 432. — Lacolonie, t. II, p. 86, élève ce nombre à six mille tonneaux. — Un acte de Couthures, du 4er août 1653 (folio 191 verso), nous montre un certain César Jamet empruntant une somme d'argent, en partie pour réparer les ruines et détériorations faites par les gens de guerre dans le bourdieu de Montferrand.
France et d'Espagne, et la mer infestée par les incursions des pirates anglais; de sorte que, pendant les mois d'octobre, de novembre, décembre, janvier et février suivants, 1l ne vint point, ou du moins il vint fort peu de navires à fret en ladite rivière. Comme le fait remarquer Cleirac, cette grande disette de vaisseaux fut cause que pour l'envoi et le transport des vins, eaux-de-vie, prunes, miels, pastels, liéges et autres denrées de Guienne, les frets furent excessivement chers et montèrent jusqu'à 46 livres le tonneau.
Dans ces circonstances, certain marchandeau ! ou courtier volant * de Bordeaux se rend en toute hâte à la Rochelle, où 1l trouve un navire flamand, du port de deux cent quarante-huit tonneaux, en repos dans le port; il le frette « cap et queuë Joyeusement pour toutes parties, » à raison de 34 livres par tonneau, afin de venir charger des vins à Bordeaux et de les porter en Bretagne. « Non, dit Cleirac, que ce compagnon en eust besoin ny qu’il fust capable de le charger pour son compte ou par commission : telle pensée estoit fort éloignée de son intention et en grande disproportion avec son pouvoir, son credit ou ses commoditez; mais estimant profiter de la necessité publique en le sous-affretant à plus haut prix, ct par gentillesse faire une negociation tres-asseurée de gros lucre sans labeur et sans risque. »
1 Expression bordelaise formée par allusion aux marchands d’eau qui couraient alors la ville.
2 Courtier marron. Sous ce titre : « Réponse pour les syndics et directeurs des courtiers royaux de Bordeaux, Bourg, Libourne et païs bourdelois, appelans, contre Jacques Andrieu, courtier volant, intimé, » il existe un Mémoire précieux pour l'histoire de notre commerce au xvue siècle. (Recueil de factums, Bibl. de Bordeaux, Jurispr., n° 3076, t. V, pièce n° 25.)
En effet, à son arrivée à Bordeaux, il sous-affrète promptement et entièrement son navire, à raison de 42 livres par tonneau, ce qui lui donna 1,920 livres de profit, et l'un de ses sous-affréteurs fit place à un tiers pour 80 tonneaux, à 48 livres l'un, avec un bénéfice de 240 livres pour ce second affréteur; mais il s’éleva un procès qui fut porté devant le juge de l’amirauté. Après de longs débats, par jugement du 21 mars 1654, les sous-affrétements furent cassés et déclarés conventions dardanaires, ruineuses au public, contraires à la liberté, de grand empêchement à la facilité du commérce maritime, et les sous-affréteurs déchargés de payer autre prix ou plus gros fret que celui qui avait été originairement promis au maître par le contrat d’affrétement passé à la Rochelle, avec les défenses convenables!,
La paix ayant été conclue, le droit de 2 écus faillit la compromettre. Il fut question, au parlement, de continuer sur l’ancien pied et au profit de la ville la levée qui avait été commencée, et à la pluralité des voix on décida que l'on en rétablirait le bureau pour ne pas perdre le temps du chargement des vins Le président d’Affis envoya chercher le juge de la Bourse, le syndie des marchands et un autre bourgeois pour leur tracer la ligne de conduite à suivre; mais tous refusèrent de 6e mêler de cette levée. Pour les y engager, on faisait valoir auprès d'eux l’insistance avec laquelle l'ambassadeur de Hollande réclamait des indemnités pour les navires de son pays capturés l'année précédente par le comte de Doignon, ou affrétés à la même époque, pour servir en
1 Les Us et Coutumes de la mer, édit. de 16714, p. 349.
guerre ; l'ambassadeur hollandais avait remis son Mémoire au premier président, et demandait une réponse précise, avec menace de mettre saisie-arrêt sur tous les effets des marchands s'il n’obtenait satisfaction.
Une pareille perspective était bien faite pour alarmer le commerce de Bordeaux ; toutefois, les négociants « estans les mieux intentionnez pour le service du roy et plus capables de servir, » se refusèrent à ce que le parlement attendait d'eux. On envoya chez les courtiers de vin pour les avertir de lever l’écu par tonneau ; 1ls déclarèrent qu'ils n’en feraient rien tant qu'on ne leur exhiberait pas un arrêt en bonne forme‘. Contre l'opinion générale, le parlement se décida à en rendre un. M. de Saint-Luc, après en avoir donné avis au cardinal Mazarin, ajoute : « Je dois representer à V. E. l’estat de cette ville qui est veritablement tres-miserable, y ayant trespeu d'union et quantité de debtes et des gens qui sont certaynement ruinés de cette guerre derniere. Il vaudroit beaucoup mieux leur donner quelque chose gratuitement, pour empescher l’entiere ruine du commerce avec la Hollande et les tirer de la derniere necessité, qui est un pressant motif pour vouloir troubler F'Estat, que de leur permettre une levée de deniers si prejudiciable à l'autorité du roy, et qu'ils pourroient faire monter à des sommes immenses ?. »
En 1657, les jurats ayant représenté au parlement que
1 Nouvelles envoyées de Bordeaux au cardinal Mazarin, 20 octobre 1650. (Archives historiques du département de la Gironde, t. VI, p. 424, 495.)
? Lettre du 24 octobre 1650. (Ibid., p. 427.) — Les extraits des registres du Conseil d'État donnés dans la Continuation à la Chronique bourdeloise, p. 68- 71, montrent comment il fut porté remède à la situation.
les fermiers du convoi exigeaient des droits nouveaux aux bureaux qu'ils avaient, entre autres, sur la Gironde, la cour rendit un arrêt pour mettre un terme à ce qu’elle considérait comme des exactions. Cet arrêt se termine par l’injonction de tenir en état les bâtiments que lesdits fermiers étaient obligés d'équiper et d'entretenir pour la sûreté de la navigation, « à peine de répondre des pertes que les marchands pourroient faire faute d'estre escortez par lesdits vaisseaux ‘. »
Les bourgeois de Bordeaux étant exempts du droit de convoi, 1l ne manquait pas de gens qui, pour v échapper, prenaient indüment ce titre. Colbert éveilla sur ce point l'attention de l’intendant Le Jay. Pendant le cours de ses recherches, des contestations s’élevèrent à ce sujet entre les jurats et députés de la ville et les fermiers du convoi. Le conseil d'État fut saisi de l'affaire en 1664, et le roi ordonna que ceux qui prétendaient au titre de bourgeois seraient tenus d'en justifier, sous peine de déchéance, par-devant M. Pellot, alors intendant, commissaire départi dans la généralité de Bordeaux *.
Le procès du surintendant Fouquet, qui commença quelque temps après, vint ajouter à l'émotion causée par cette ordonnance. Parmi les lettres adressées à Colbert, conservées au département des manuscrits de la Bibliothèque impériale, M. Pierre Clément en a remarqué une écrite de Bordeaux, à la date du 8 juin 1665, qui mérite
1 Continuation à la Chronique bourdeloise, p.83.— Dans un état des revenus en 1661, publié par Forbonnaïs (Recherches et considérations sur les finances de France, ctc., t. 1, p. 290), le produit du convoi de Bordeaux est porté à 3,420,000 livres, et les charges à 1,186,484. |
? Lettres, instructions et mémoires de Colbert, ete., t. I, dre partie, p. 15.
d'être mentionnée ici. Il y est dit que, le jour de l’arrestation de Fouquet, un navire lui appartenant, bien que n'étant pas sous son nom, et qu'on n'avait pu visiter à cause de cela, avait été expédié à la Martinique, où le surintendant possédait des habitations, et l'on croyait que ce navire renfermait plus de dix millions. « La quantité fait peur, ajoutait la lettre; mais l'apparence est véritable f. »
Une autre nouvelle, celle de l’extension des fortifications du Château-Trompette, avait porté plus sérieusement l'alarme dans le commerce de Bordeaux. Sur ses réclamations, un jurat et le procureur-syndic avaient été députés auprès du roi pour demander que les bastions dont la construction avait été décidée pour cette forteresse n’allassent pas si avant dans la rivière, ou qu'il fût fait un quai, ou chemin extérieur, pour entretenir la communication entre les marchands des Chartrons et ceux de la ville. Les délégués de Bordeaux devaient, en outre, demander la suppression de 50 sous par tonneau sur chaque vaisseau de fabrique étrangère, la réunion des offices de courtiers au domaine de la ville, la réparation de la tour de Cordouan, et d’autres choses encore ?.
1 Histoire de la vie et de l'administration de Colbert, etc. Paris, 1846, in-8°, p. 56, col. 2.
? Continuation à la Chronique bourdeloise, p. 92, 93, ann. 1660. — La tour de Cordouan, dont la carte du siège de Blaye, en 1592, nous offre l'image à cette époque, était depuis longtemps en ruine. Le 17 novembre 1576, le procureur général du roi portait au parlement de Bordeaux des lettres patentes qui imposaient un droit de 10 sous sur chaque balle de pastel et de laine chargée sur la Gironde, « pour les deniers estre employés à la repparation de la tour de Courdoan ; » (Regist. secrets du parl., Ms. appartenant à M. E. Gaullieur, fo'io 205 verso) cet, le 21 mai 1589, les jurats recevaient d’autres lettres semblables, demandant 8,000 livres pour le même objet. (Ibid., folio 237 verso). — Le
Ce droit de fret, de 50 sous par tonneau, avait été établi par Fouquet dans le but de protéger la marine
garde de la tour de Cordouan s'autorisait sûrement du mauvais état de ce phare, pour se dispenser de l'allumer. Longtemps après il en était eneore ainsi. Le 2 avril 1706, un sieur Lafore, interprète juré pour les langues du Nord, se présentait devant la Chambre de commerce de Guienne avec un mémoire signé par quarante capitaines de navires, qui se plaignaient que, du 5 au 12 de ce mois, ils étaient entrés dans la Gironde, et qu'il n'avait point été allumé de feu sur la tour de Cordouan, « ce qui auroit failli à les faire périr. » Sur quoi la Compagnie décida d'écrire au contrôleur général et de lui envoyer le mémoire de Lafore. (Livre des délibérations de la Chambre de commerce de Guienne, A, p. 51, 32.) Il paraît qu'elle écrivit encore à l’intendant de Rochefort; car, le 17 février de l'année suivante, cet intendant répondait par la promesse de mettre si bon ordre à cet état de choses, que l'on n'aurait plus lieu de s’en plaindre à l’avenir. Par la même occasion, il priait la Chambre de faire affcher à Bordeaux et à Blaye les deux publications, qu'il lui avait envoyées, de l'adjudication qui devait avoir lieu à Rochefort, le 28 mars prochain, pour l'entreticn des feux de ladite tour, et de lui faire parvenir des certificats desdites affiches, « ce que la Chambre a délibéré de faire exécuter. » ({bid., p. 59.) Un mois après, l’intendant revint encore à la charge pour assurer qu’il avait recommandé à l’homme chargé d'allumer le feu à la tour de Cordouan, d’être plus exact. (Ibid., p. 97.) Mais il faut croire que la négligence du garde continua comme par le passé; car, à la séance du 11 octobre suivant, il était fait lecture d'un mémoire présenté par le mème interprète que nous avons déjà vu, sur la plainte que plusieurs maitres de navires avaient portée devant le juge de l’amirauté « de ce qu'ayant été forcés d'entrer de nuit dans la rivière, ils avoient couru risque de périr faute d'avoir veu du feu alumé à la tour de Cordouan. » La Chambre délibéra d'écrire de nouveau à M. de Bégon, intendant à Rochefort, et de lui envoyer le mémoire du sieur Lafore, avec prière de donner des ordres pour qu'à l'avenir on tint le feu allumé toute Ja nuit à la tour. (1bid., p. 119.) Le 7 septembre 1710, le même Lafore reparut devant la Chambre avec un placet semblable aux précédents, et celle-ci le renvoya à M. de Beauharnaïis, intendant à Rochefort, en lui adressant la même prière qu'a son prédécesseur. (Ibid., p. 239, 240.) Ces ordres, s'ils furent donnés, n'eurent pas un meilleur sort que ceux qui les avaient précédés, à en juger par une « lettre de M. le comte de Maurepas au sujet de la réparation de la tour de Cordouan, à l'entrée de la Gironde, et de l'entretien du fanal qui y doit estre allumé. » (Reg. du Conseil de commerce, séance du 14 février 1726; F. 12. 73, p. 155.) — Il est probable qu’une négligence aussi persistante avait pour cause la modicité du salaire attribué à celui qui s’en rendait coupable, Deux reçus de Benoit Dugué, « garde pour le roi de la tour de Cordouan, Fun
française !. Un ambassadeur extraordinaire, Conrard Van Beuningen, fut envoyé en France par la Hollande pour négocier la levée de ce droit à l'égard des navires de son pays. Colbert, nouvellement nommé intendant des finances, défendit d’abord avec chaleur l’œuvre de Fouquet*; cependant, d'autres intérêts dominant la question commerciale, le traité du 27 avril 1662 autorisa les Provinces-Unies à ne payer le droit de 50 sous qu'une fois par chaque voyage, en sortant des ports du royaume, et non en y entrant. En outre, le droit fut réduit de moitié pour les navires qui sortiraient chargés de sel. L'ambassadeur Willem Boreel tenta vainement, à son tour, de faire supprimer complétement le droit de tonnage. L'aigreur qui s'ensuivit dans les relations diplomatiques des
du 9 avril, l’autre du 6 juillet 1568, montrent que, dans la seconde moitié du xvie siècle, cet employé ne recevait que 37 livres 40 sous par trimestre. (Minutes de Castaigne, liasse 87-12, folios ce itijxiij recto et ve xxviij recto.) Plus tard, l'entretien des feux de Cordouan fut mis à l'entreprise, et la tour réparée, sans que, pour cela, les choses en allassent mieux ; c’est au point qu'en 1718, cinq naufrages étaient signalés comme ayant été occasionnés par la cessation de ces feux, sans parler des avaries éprouvées par d'autres navires. Voyez le reg. A de la Chambre de commerce, p. 454 (séance du 9 février 1743); et le reg. B, folio 27 verso (séance du 26 mars 1716), 61 verso, 63 verso et 64 verso (43 et 20 janvier, 40 mars 1718), 96 recto, 97 recto (7 et 14 décembre 1749), etc. Le reste du volume présente une multitude d'autres mentions se rapportant à la tour de Cordouan et au rétablissement d'une balise, en forme de pyramide, plantée au bas de la rivière, sur la pointe de la Coubre. (Folio 44 verso, 47 décembre 1716; 50 recto, 8 et 15 avril 1717; 69 recto, 23 juin 1718, etc.) — Nous ne saurions mieux terminer cette longue note qu'en renvoyant à un mémoire de M. Tamizey de Larroque, intitulé : Louis de Foix et la tour de Cordouan, qui a paru dans la Revue de Gascogne, t. V, 1864, p. 329-343, 495-438 ; et à un autre morceau publié par M. J.-F. Samazeuilh, sous le titre de : Deux Hôtes de la tour de Cordouan, dans la Revue d'Aquitaine, 4° année, t. IV, 1850, p. 549-557, et Se année, t. V, p. 88-94.
1P. Clément, Lettres, instructions et mémoires de Colbert, etc.,t. 1, Chronologie, année 1659.
2 Voir la Correspondance de Colbert, t. IE, 2% partie, p. 425, note 1.
deux peuples fut plus tard une des causes de la guerre qui éclata en 16721.
On comprendra facilement les réclamations des Hollandais contre l'imposition dont nous venons de parler, pour peu que l'on ajoute foi à ce que dit Colbert du nombre de navires qui venaient tous les ans dans les rivières de Garonne et de Charente enlever des vins pendant les trois derniers mois. Il s'élevait à quatre mille, chiffre qui, d’après les données même du grand ministre, suppose un personnel de quatre-vingt mille matelots et le chargement de huit cent mille barriques ?. Colbert ajoute, en vue de justifier le peu de crainte que lui causait la menace d’une nouvelle imposition sur nos vins : « Ils portent tous ces vins dans leur pays, où ils payent leurs droits d'entrée. Ils en consomment le tiers ou environ. Les deux autres tiers sont conservés, accommodés et frelatés, et ensuite, lorsque la mer s'ouvre au mois de mars ou d'avril, rechargés sur les mesmes vaisseaux et portés en Allemagne, mer Baltique et autres pays du Nord où les vins de France se consomment. Ces mesmes vaisseaux reviennent chargés de bois, chanvre, fer et
1P. Clément, Hist. de la vie et de l'administration de Colbert, ch. 1v, p. 140- 146. — Lettres, instructions et mémoires de Colbert, etc., t. Il, 2 partie, p. 42, note 5. |
? Ce chiffre a paru si exagéré à Forbonnais, qu'il l'a remplacé par celui de trois à quatre cents, qui ne suppose. plus que huit mille marins et un chargement de quatre-vingt mille barriques. (Recherches et considérations sur les finances, t. 1, p. 418. — On rencontre dans les papiers d'État conservés au Record Office, à Londres, plusicurs mentions de navires des Pays-Bas en route pour Bordeaux ou revenant de ce port chez eux (State Papers, Domestic Series, Charles IT, vol. CLXXI, n° 140 ; 1666, Sept. 24. — Vol. CLXXXII, n° 120 ; 1666, Dec. 24); mais aucunc ne témoigne d'un pareïl nombre. Voyez d'autres mentions de navires hollandais à Bordeaux en 1665, parmi les minutes du notaire Couthures, folios 15 et 16.
autres marchandises de gros volume, qui servent à leurs bastiments; c'est ce qui produit leur puissance et l’abondance de leurs peuples et de leurs gens de mer.
» Si les impositions qu'ils mettront sont égales sur tous ces vins, ils courront risque que les Anglois et les François mesmes qui ne les payeront point, pouvant les porter dans le Nord à meïlleur marché qu'eux, s’attireront ce transport, qui est tel qu'il cause, comme j'ay dit, toute la puissance des Hollandois.
» S'ils ne mettent des impositions que sur les vins qui se consomment en Hollande, ils ne peuvent retrancher cent cinquante ou deux cents barriques de leur consommation, qu'ils ne retranchent en mesme temps un vaisseau de leur nombre, et la vie et la subsistance à vingt hommes qui la trouvent sur ce vaisseau. Et dès lors qu'ils viendront par ces moyens à retrancher le nombre de leurs vaisseaux, leurs gens de mer iront dans les autres pays chercher leur subsistance.
» Le roy d'Angleterre a fait la mesme chose dans son dernier parlement ; mais, au lieu de nous faire du mal, il se trouve que l'on n’a jamais tant enlevé des vins de France que cette année-cy !. »
1 Lettre à M. de Pomponne, 21 mars 1669. (Lettres, instructions et mémoires de Colbert, 1. W, 2 partie, p. 462, 465.) Trois ans plus tard, Louis XIV écrivait : « Depuis les fortes impositions mises en Angleterre sur le vin, il est extrèmement diminué de prix à Bordeaux. » ( Ibid., p. 838, col. 2.) — Voyez, sur les douanes à Bordeaux vers 1679, Chéruel, Histoire de l'administration monarchique en France, t. 1, p. 535, 356.