‹ Histoire du commerce et de la navigation à Bordeaux, principalement sous l'administration anglaise (volume 3)Chapitre 50 sur 141 · MORUE VERTE · texte numérisé non relu

MORUE VERTE

« La pêche de cette espèce de morue se fait par les habitans des Sables-d'Olonne et des environs de la rivière de Seudre en Saintonge. Elle se fait au grand banc. Les vaisseaux qui reviennent de la pêche commencent à arriver dans ce port vers le commencement de Juillet et successivement jusqu'à celui d'octobre, et y viennent aborder directement pour éviter les frais d’un déchargement et rechargement.

« Bordeaux en reçoit ordinairement, pour sa consommation et pour celle des pays voisins, cent soixante milliers, le millier composé de mille quatre cent vingt-six morues, évalué sur le pied d'années communes, à 500 livres ; font : 80,000 livres.

« On donnera un compte sur l'armement d’un vaisseau destiné à cette pêche, dans le mémoire qu'on va faire pour la Rochelle, parce que cette ville est plus à portée de ces sortes d'entreprises que Bordeaux, qui n'en a Jamais fait!. » |

On est tenté de douter de cette assertion en voyant une plainte des négociants de Bordeaux intéressés à la pêche de la morue, au sujet d'une attaque des Anglais contre les habitants de l’île Royale, qui se livraient à cette pêche à Canceaux ?; mais il n’y a ici qu’une appa-

1 A la fin de l’article sur la morue sèche, on lit : « On ne peut pas donner icy de compte de l'armement d'un vaisseau destiné pour la pêche, parce que les négocians de Bordeaux n'ont jamais fait des armemens de cette espèce; on se réserve de le faire quand on sera à Saint-Jean-de-Luz, où l'on passera en allant en Espagne. »

? Reg. B de la Chambre de commerce, falio 75 recto, 1er décembre 1718.

rence de contradiction. Les Bordelais, nous l'avons déjà dit, n’armaient pas de bâtiments pour Terre-Neuve; ils engageaient seulement leurs capitaux dans ces entreprises, aussi bien que dans les armements qui avaient pour objet la pêche de la baleine.

Les retours des chargements de morue sèche se faisaient à Bordeaux, aussi bien qu'à Nantes, en Espagne et en Portugal *, quelquefois en échange du sel qui nous en venait. À l'arrivée d’une cargaison de ce genre dans notre port, les marchands qui faisaient ce commerce se la partageaient, conformément au statut, et, autorisés par un statut spécial, ils ne souffraient pas que la marchandise leur échappât pour aller sur un autre marché. « La raison et le motif des règlemens, disait l'un d'eux dans une sommation relative à une partie de morue de 160 quintaux vendue à des marchands toulousains, est qu'il faut que la ville soit pourveue, et qu'il est juste que les marchands d'icelle qui en supportent les charges, soient préférés à des estrangers #. »

Ces marchands, dénommés dans une sommation semblable, du 28 octobre 1713, dépassaient le nombre de

1 « I] est rare, dit Savary, que les marchands de Bordeaux ayent des vaisseaux en propre pour la pêche de la baleine; mais il y en a beaucoup qui s'intéressent dans les armemens qui se font pour cela à Bayonne, Saint-Jean de-Luz et Saint-Malo. » (Dictionnaire universel de commerce, édit. de 1748, t. I, p. 41, col. 1.)

? Le Beuf, Du Commerce de Nantes, p. 193. Cf. p. 105.

3 Parmi les minutes de Cochet, on trouve, à la date du 23 décembre 1520 un acte de vente de quatrc-vingt-douze pipes de sel de Portugal, « quictes de XXj pipes pour xx, » moyennant la somme de 632 livres et demie tournois, par Pierre Boyer, marchand de la Rochelle, à Mathurin Rondeau, marchand de la paroisse Saint-Michel.

* Minutes de Michellet, 17 févrig 1711.

cd

vingt et un‘. En comparant la liste donnée par le notaire Michellet avec celle de l'Annuaire général du commerce et de l'industrie de la ville de Bordeaux, et en voyant combien peu de ces noms y figurent, on arrive à cette conclusion: que les maisons, sur notre place, n'avaient pas une longue durée, et que lorsqu'elles faisaient fortune, ceux qui en héritaient s’empressaient d'échapper aux affaires et tentaient de monter dans une sphère réputée supérieure, bien qu'on puisse citer l'exemple de notables commerçants, anoblis pour avoir exercé des charges publiques, qui restaient fidèles à leur profession première ?.

1 Lorens Bonnet, Antoine Géraud, Clémens Duvergier, Durand Domerq, Étienne Faget, Antoine Brousse, Jacques Terrier, Jean Vidal, Dominique Bonnet, Jean Allaux, Benott Bonnefoux, Pierre Azimon, Antoine Delribail, Jean Duprat, Jean Mommoreau, Pierre Deyraut, Jacques Despouis, Jean Cauley, les demoiselles Noguëès et Queyrac, les sieurs Vergès et Delpech.

? Parmi les minutes de Banchereau, on trouve, à la date du 10 mars 1798, un acte par lequel messire Duran Doumerc, conseiller secrétaire du roi, maison et couronne de France, demeurant à Bordeaux, rue de la Rousselle, reconnaît devoir aux sieurs Philippe Fernandès et fils, négociants, rue Bouhant, la somme de 7,999 livres 18 sous, pour prèt à la grosse sur la Nouvelle-Galère, de Bordeaux, du port de 200 tonneaux, ou environ, en partance pour la Martinique, avec la faculté de pouvoir aller à Saint-Domingue.

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