‹ Histoire du commerce et de la navigation à Bordeaux, principalement sous l'administration anglaise (volume 3)Chapitre 55 sur 141 · FER · texte numérisé non relu

FER

I] venait à Bordeaux, de Suède et d'Espagne, du fer supérieur à celui qui sortait des forges du royaume; la quantité qui nous arrivait ainsi de l'étranger montait ordinairement à vingt mille barres, pesant 6,000 quintaux, à 16 livres le quintal, année commune, représentant 96,000 livres.

Savary, exposant les relations commerciales qui existaient entre notre port et l'Espagne, donne en ces termes le détail des fers qui nous venaient de ce pays : « Le commerte que l'on fait de Bordeaux en Espagne, et d'Espagne à Bordeaux, est peu considérable. On y envoye des pots de fer et du papier de Périgord, du blé et autres grains, quand le transport en est permis, surtout du froment et des fèves. — Les marchandises qui en viennent par les retours sont du fer plat et du fer quarré, des ancres à navires, des avirons; des pierres à aiguiser, des huiles de baleine et fanons; des clous de poids et menus; des laines et des sardines, quand on en pêche à la côte d'Espagne. »

En 1713, des négociants français ayant demandé la permission de faire venir du fer de Suède, il en fut référé au Conseil de commerce, qui en délibéra dans sa séance du 30 août. On y lut une lettre de M. de Campredon, résident de France à Stockholm. Après avoir déclaré qu'il ignorait si dans ce royaume on avait besoin du fer de Suède, il ajoutait que si, comme on l’assurait, les Anglais en avaient apporté une grande quantité à

1 Dictionnaire universel du commerce, t. 3, p. 41, col. 1.

Bordeaux et à Rouen, il était surpris que les Français ne l’allassent pas chercher eux-mêmes, qu'ils pourraient l'y avoir pour 66 ou 70 livres le millier, qu'il se vendait à Bordeaux 100 livres et à Rouen jusqu'à 120 livres. Les Anglais venaient ordinairement sur lest en Suède pour faire ce commerce; mais, en cette année 1713, ils y avaient amené une grande quantité de vin, M. de Campredon ne dit pas de quel pays.

Le rédacteur du Mémoire de 1730, après les détails que nous lui avons empruntés, continue en ces termes : « Avant que de donner des comptes d'achat et de vente d’une cargaison faite en Suède pour Bordeaux, on observera qu'il n'y a pas de change direct d'aucune place du royaume pour Stockholm; que les traites et remises ne peuvent se faire que par la voye d'Amsterdam ou de Hambourg *; qu'Amsterdam change avec Stockholm en donnant un rixdalder courant pour 32-33, quelquefois 35 marcs de cuivre, ce qui varie suivant le change, et que le dalder de cuivre est composé de 4 marcs, et chaque marc de 8 orts.

« Le poids de Suède, ajoute l'écrivain, est de deux sortes : l’un qu'on appelle schippon, dont on se sert pour

l Registre du Conseil de commerce F. 12. 57, folio 177 verso. — Le procèsverbal de la séance se termine ainsi : « 11 a paru d’un sentiment unanime que la permission de faire venir en France du fer de Suède devoit estre accordée à tous les négocians qui en demanderoient, en payant les droits. »

2 Déja, à l’article du bœuf salé d'Irlande, l’auteur avait dit : « Il faut observer qu'il n'y a pas de change direct pour l'Irlande, et que les remises, ou traites, se font toujours par Londres dans les négociations qu'on fait dans ce pays-là : ce qui fait une différence, au profit du commettant, de 11, 12 et quelquefois de 13 pour 100; parce que l'espèce d'Irlande est plus basse que celle d'Angleterre d'environ 8 pour 100, et que l'Irlande a peu d'occasions de remettre à l'Angleterre. »

peser les marchandises grossières, contient 400 livres, et se divise en 20 lisponds de 20 livres chacun; et l’autre, appelé de même, sert à peser les marchandises fines, comme le fer, le cuivre, et contient 320 livres, et se divise en 20 lisponds de 16 livres chacun. »

Vers 1730, les forges du Périgord produisaient deux espèces de fonte, consistant, l’une en chaudières destinées à la cuite des sucres bruts dans les îles de l’Amérique, l’autre en marmites et autres ustensiles de cuisine pour l'exportation en Espagne.

Il se chargeait à Bordeaux, année commune, pour les colonies, mille huit cents chaudières à sucre de différentes grandeurs, sans parler des formes et pots de terre fabriqués dans les environs, à Sadirac'. Quant à l'importation de la petite poterie de fer en Espagne, l’auteur du Mémoire de la Chambre de commerce de Guienne

1 Voyez ci-dessus, p. 314. — La fabrique de Sadirac remont.:' au xvie siècle, si ce n'est plus haut. Le 22 juillet 1519, Bertrand Eyquem, dit Berthomé, confessait, par-devant notaire, avoir vendu à Philippon Petit, marchand de la paroisse Saint-Michel, « tout l'ouvrage de poterie qu'il fera ou fera fere, » à dater de ce jour jusqu'à la Saint-Michel suivante, « marchè fait à xiiij ardits la xije, ouvre grosse et ouvraiges de huict ou de six ou v ardits la douzaine, pour tracque, etc. » Le 22 février 1520, on trouve un autre marchand de la paroisse Saint-Michel, Perrot de Labatut, passant un contrat avec Pey Bonneau, et lui achetant « tout l'ouvraige de poterie de terre, tant oulles, brocs, chanffettes que autre ouvraige, que ledit Pey Bonneau fera ou fera fere en ladite paroïsse de Sadirac... juc'à la feste de Nostre-Dame Chandeleur, etc. » Le 30 mars de l’année suivante, le même marchand signe un traité semblable avec deux autres potiers de la mème localité, Bertrand et Jean Papon. Enfin, le 7 mai et le 30 décembre 1521, Philippon Petit reparait et fait emplette de vingt douzaines « conques bonnes et marchandes, » et de « six grosses d'ouvraige de potherie de verderie bonne et marchande, comme sont chauffetes, plats, escuelles et autres ouvraiges, » au prix de 8 francs borde.ais le tout. (Minutes de Cochet, liasse 104-1.) Ces pots sortaient de la même fabrique, et de celle d’un nommé Ramon Ducau, de Sadirac aussi.

se déclare hors d'état d'indiquer la quantité qui sortait de notre port; « mais on est informé, dit-il, que l'objet en est très-mince et d’une très-petite importance. »

Il semble avoir ignoré que les forges du Périgord ne se bornaient point aux articles de ferronnerie que nous venons de signaler ; elles produisaient encore de l’artillerie. En 1671, Colbert, donnant des instructions à son fils, le marquis de Seignelay, lui disait : « En Périgord, il y a une fonte de canons de fer establie, et une manufacture de toutes sortes de fers pour la marine. »

Un registre de la Chambre de commerce de Guienne fait mention, à la date du 4 novembre 1706, de la saisie, un jour de foire, de vingt-quatre canons de fer provenant de forges du Périgord *. Il est naturel de penser que notre port demandait aussi des ancres à cette province; mais nous n'y avons trouvé qu'une trace peu visible d’une pareille fabrication, plus avancée, à ce qu'il semble, au xvir siècle, dans le Nord que chez nous #.

1 Lettres, instructions et mémoires de Colbert, t. 1, 2e partie, p. 45.

2 Registre A des délibérations, p. 49.

8 En 1729, la Chambre de commerce de Guienne, représentant au contrôleur général que ni cette province ni les provinces voisines n'étaient en état de produire assez de charbon pour l'entretien seul des raffineries et des deux verreries établies à Bordeaux, ajoutait à ces débouchés les forges où l’on fabriquait les ancres et autres agrès pour la marine. (Troisième registre des mémoires, folio 126 verso.)

# Dans une lettre de Colbert à M. Arnoul, intendant des galères à Marseille, datée du 19 février 1666, il est fait mention d'un maître forgeur d'ancres attiré de Lubeck par ce ministre et établi en France. (Lettres, instructions et mémoires de Colbert, t. XII, 1re partie, p. 57.)

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