‹ Histoire du commerce et de la navigation à Bordeaux, principalement sous l'administration anglaise (volume 3)Chapitre 7 sur 141 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

COMMERCE DE BORDEAUX SOUS L'ADMINISTRATION DE COLBERT ET DE SES SUCCESSEURS JMMÉDIATS.

Établissement de la compagnie du Nord; part qu'y prend le commerce de Bordeaux. — Mémoires qu’il adresse à Colbert sur l'impossibilité d'envoyer nos denrécs dans le Nord ; réponse du secrétaire d'État. — 11 demande à l'intendant de Guienne des renseignements exacts, moins sur la production que sur le commerce de l'année; élat florissant du commerce à Bordeaux; recommandations de ce ministre à l'ingénieur Lombard. — Renseignements sur le commerce des liquides à Bordeaux en 1671. — Attention donnée par Colbert à la marine de cette place. — Compagnie des Indes occidentales; mesures prises pour substituer aux salaisons d'Irlande, en usage aux colonies, du bœuf de la haute Guienne. — Compagnie privilégiée du commerce à Bordeaux. — Notables commerçants consultés par Colbert au sujet des corsaires hollandais et des banquerontes arrivées sur cette place. — Tolérance à l'égard des commissionnaires hollandais à Bordeaux. — Les affaires y reprennent en 1674 ; ordonnances royales rendues en faveur du commerce maritime. — Mission de l'ingénieurgéographe de la Favollière ; intérêt porté par Colbert aux foires de Bordeaux. — Il s'occupe de la question du coupage des vins. — État de notre commerce avec la Hollande en 1688.

Nous voici arrivé à l'administration de Colbert, qui, reprenant en sous-œuvre les fondements du commerce de Bordeaux, devait lui donner un développement mconnu jusqu'alors. Nous avons vu ce grand ministre en lutte avec les Provinces-Unies : le successeur de Fouquet achèvera de nous éclairer sur l'état du commerce entre Bordeaux et la Grande-Bretagne au milieu du xvi siècle. En 1650, Colbert, frappé du tort que causait à la France l'interruption de ses relations avec ce pays, avait fait pour le cardinal Mazarin un Mémoire touchant le commerce avec l'Angleterre. « Pour la liberté du commerce, disait-il, il y a deux choses à désirer : l’une, la décharge des impositions et de celles que les Anglois lèvent sur les marchands françois, et où les Espagnols

mêmes ne sont sujets en vertu de leurs traités. Nous avons raison de demander pour le moins des conditions égales; le commerce de la France ayant toujours été plus utile à l'Angleterre, et l'entrée de ceux de cette nation n'y étant point si dangereuse que celle de ce peuple méridional, avare et ambitieux; l’autre, qui regarde particulièrement la province de Guyenne, la Rochelle et Nantes, est qu'ils laissent entrer les vins de France en Angleterre, en leur permettant l'entrée de leurs draps directement, suivant les traités faits avec leurs roys pour le commerce, au lieu que nous recevons tous les jours leurs draps par les Hollandois, qui leur portent aussi nos vins transvasés dans d’autres futailles'. »

Vers le même temps, les tribunaux anglais, surtout la haute cour de l'amirauté, retentissaient du nom de Bordeaux à propos de navires de ce port pris par des corsaires et réclamés par des sujets britanniques. Le Saint-François, chargé de vin et de vinaigre, s'étant trouvé dans ce cas, fut rendu à l'alderman William Blackett, de Newcastle-sur-la-Tyne, avec sa cargaison, comme lui appartenant, bien que ce navire eût des connaissements en apparence pour Hambourg; mais la cour exigea un cautionnement de 300 livres sterling, représentant la valeur du bâtiment, au cas où il serait déclaré

1 P. Clément, Histoire de la vie et de l'administration de Colbert, p.313, 314. — Parmi les papiers d'État du Public Record Office, série domestique (Charles Ier, Nov. 1632, vol. ccxxv, n° 91), on trouve une liste des navires des Pays- Bas qui avaient apporté des vins français en Angleterre d'avril à novembre 1652, avec la quantité chargée ; ils appartenaient aux ports de Middelbourg, de Flessingue, de Dort, de Saracksea et d'Amsterdam, et deux d'entre eux avaient pour maitres des Français, à en juger du moins par leurs noms, John Tellier et John Rychauit.

de bonne prise‘. La même année, elle lança un mandat d'amener contre deux habitants de Truro et un marchand de Plymouth, qui s'étaient activement employés à détourner les vins et eaux-de-vie formant la totalité de la cargaison de la Marie-de-Bordeaux, prise en mer, et alors à l'ancre à Falmouth*°.

Au mois de novembre 1655, un traité d'alliance et de commerce eut lieu entre la France et l'Angleterre; il stipulait la liberté entière des relations entre les deux pays, et la réciprocité complète sur tous les points. Mais cet état de choses ne dura pas longtemps. En 1664, la France augmenta son tarif sur plusieurs articles, et, trois ans après, une nouvelle augmentation donna lieu, de la part des Anglais et des Hollandais, à des plaintes très-vives. A l'appui de leurs réclamations, les fabricants anglais faisaient valoir que, depuis un petit nombre d'années, les droits de la plupart des marchandises qu'ils apportaient à la France, en échange de ses vins et eauxde-vie, avaient été triplés, et ils s'appuyaient à ce sujet sur un tableau synoptique des droits d'entrée avant 1664, du tarif de cette année-là et de celui de 16675.

À la suite de cette augmentation, les menaces de représalles ne s'étaient point fait attendre; l'effet suivit de près la menace, avec cette aggravation que l'Angleterre revint sur le passé. Une lettre de Colbert, du 23 mai 1670, adressée à l'ambassadeur de France, nous révèle ce fait. Elle portait, en substance, qu'il était injuste de faire

1 Ms. harl. n° 1510, fol. 45 recto, April 3, 1666. Cf. fol. 40 recto, March %8; fol. 52 verso, 53 recto, April 25.

2 Ms. harl. n° 1540, fol. 129 verso, December 6, 1666.

3 Pierre Clément, Hist. de la vie et de l’administration de Colbert, p. 314, 315.

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