‹ Histoire du commerce et de la navigation à Bordeaux, principalement sous l'administration anglaise (volume 3)Chapitre 9 sur 141 · IL. fi · texte numérisé non relu

IL. fi

de travaux avaient été longtemps considérés comme impraticables {.

Plein de confiance dans l'avenir du canal de Langue-

in-So, t. I, p. 262, 965, 345. Cf. t. IL, p. 219. Ce ne fut qu’à la date du 2 juil- ‘let 1686 qu'un arrêt du Conseil autorisa un canal de Narbonne qui devait aller joindre le grand canal de Languedoc. (Reg. C de la Chambre de commerce de Guienne, folio 273 recto, 275 recto et verso; 23 oct., 45 et 22 nov. 1736.)

1 « Les Venitiens tranchent quelques canaux, les rendent navigables poar peu d'espace; les grandes entreprises leur sont interdictes, ainsi comme aux François de trancher le destroict de Sainct-Jean-de-Lux pour entrer de la Mediterranée en l'Oceane, ny joindre Loire à Seyne, ny la Mouselle à la Meuze. Les entrepreneurs de tels ouvrages en France, de joindre la Seyne à la Loire, la Saosne à la riviere d’Armançon, se sont faicts moquer d'eux, et de leurs epitaphes jà desseignez pour les planter quand l'ouvrage seroit faict. » (Mémoires de Gaspard de Saulx, seigneur de Tavannes, ann. 1570; dans la Collection Petitot, t. XXV, p. 177.) — Le cardinal de Richelieu, parlant de la proposition faite au Conseil, en 1615, d’unir les deux mers par les rivières d’Ouche et d'Armançon, ajoute : « Cette entreprise estoit trop grande pour le temps, n'y ayant personne qui eust [une connoissance suffisante] du commerce et de la richesse de la France pour l'appuyer. » (Mémoires de Richelieu, dans la même collection, 2 série, t. X, p. 321, 322.) — On lit dans la Gazette de France, à la date du 30 mars 1641 : « Le 27 du courant sont arrivez en cette ville dix batteaux chargez de diverses marchandises, venans de la riviére de Loire, qui ont passé par le canal nouvellement fait depuis la ville de Briare jusques à Montargis, de la longueur de douze lieuës. La nouveauté du cas, et l'espérance que la ville de Paris recevra grand accroissement de toutes sortes de commoditez, par la communication de la rivière de Loire avec la Seine, a donné sujet au corps de ville d'aller au-devant de cette flotte, qui a esté aussi receuë avec l'applaudissement de grande quantité de peuple qui l'a veuë arriver. » — On sait par le Journal du marquis de Dangeau, t. XVIII, p. 460, que le canal des Ardennes ne fut commencé qu'en 1698. — La proposition de rendre la Somme navigable d'Amiens à Saint-Quentin, par un canal qui la joindrait à l'Oise près de la Fère, est encore plus moderne; on la rencontre pour la première fois dans le procès-verbal de la séance du Conseil de commerce tenue le 30 décembre 1723. (F. 12. 71, p. 321.) — A dater de cette époque, les projets de canaux se multiplient. C'est d'abord le président Morel qui sollicite la permission d'ouvrir un canal depuis le port de Courtavant jusqu'à la Seine, dans la longueur de deux mille quatre cents toises, et de lever, à son profit, un droit de passage (ibid., F. 12. 75, p. 66; séance du 22 janvier 1728) ; puis l'ingénieur Boisson qui fait la même demande pour la construction d’un canal navigable, depuis la pointe de l’Arsenal jusqu'à la Savonnerie, près de

doc!, Colbert recommandait à l’intendant de Toulouse, le 27 mai 1663, de s'informer si les étrangers s’en serviraient. « Pour cet effet, continuait-il, il faudroit prendre soin de donner tous les mois un avis de cette navigation dans une gazette, et faire en sorte que tous les marchands du haut et du bas Languedoc et de la Guyenne en donnassent avis en Angleterre et en Hollande *. » Constamment préoccupé des intérêts de la marine, Colbert adressait, en 1678, des instructions à M. de la Favollière, ingénieur-géographe, pour visiter les rivages de la Dordogne, de la Gironde, de la Saintonge et de tout le pays d'Aunis, ainsi que des îles de Ré, Oléron, Tle-Dieu et Noirmoutier. Il ne s'agissait pas encore de déterminer les bornes de la juridiction des officiers de l’'amirauté sur les rivières ci-dessus nommées#, mais de

Chaïllot (ibid., F. 12. 77, p. 567; 26 octobre 1730); puis encore le sieur de la Guéronnière qui s'annonce comme voulant exécuter un canal de Limoges à Châtellerault, en passant par Poitiers. (1bid., F. 12. 78, p. 56; 2% janvier 1731. Cf. p. 180, 8 mars de la même année.) C’est sûrement dans un esprit de protection pour cette espèce de travaux publics qu'avait été rendu l'arrêt portant que les vins de Bordeaux que les négociants de Calais tireraient de Dunkerque, par les canaux, jouiraient de l'exemption des droits de sortie des cinq grosses fermes, lorsqu'ils seraient transportés par mer à l'étranger. (1bid., F. 12. 75, p. 280; séance du 22 avril 1728.)

1 L'histoire du canal du Midi, connu précédemment sous le nom de canal de Languedoc, a été écrite par Andréossy et publiée à Paris sous ce titre, en 1808, en un volume in-8°. On trouve une description du canal de Languedoc dans le Mercure galant, volume de juin 1681, p. 163-247. Cf. juillet 4681, re partie, p. 17, et septembre, p. ÿ.

2 Lettres, instr. et mém. de Colbert, t. I, 1re partie, introduct., p. cLxxxnI.

3 Ibid., 1. HT, 2e partie, p. 78, en note.

* Par arrêt du 3 mars 4692, le parlement de Bordeaux défendit aux officiers de l’amirauté de connaitre d’aucuns faits de pêche, épaves et autres faits d'eaux et forêts, sur les rivières de Gironde, Dordogne et Garonne, jusqu'à l'embouchure de la mer. (Valin, Nouveau Commentaire sur l'ordonnance de la marine, etc., t. 1, p. 124.)

recueillir les renseignements nécessaires pour mettre les côtes en état de défense : il était réservé à M. de Pontchartrain de descendre dans les détails de la police maritime, au Conseil du roi* et au parlement de Bordeaux, dans l’étendue de son ressort, de la régler.

Il ne manquait plus à Bordeaux qu'un professeur d'hydrographie : en 1682, on institua une chaire de cette science #, et depuis elle n'a pas cessé d’être occupée°.

1 Le 17 novembre 1698, le comte de Pontchartrain écrivait à de Gassé : « On a reconnu que les pilotes de Méché, qui vont joindre Îles vaisseaux estrangers qui descendent de Bordeaux pour les sortir du Perthuis, embarquoient des nouveaux convertis pour les y porter; ce qui a obligé M. le maréchal d'Estrées de leur deffendre de sortir du port dans leur chaloupe sans en avoir demandé permission à l'officier de marine qui y est estably. Le roy m'ordonne de vous escrire de faire de pareilles deffenses à Saint-Palais, où il y a bon nombre de ces chaloupes. » (Correspondance administrative sous le règne de Louis XIV, t. IV, p. 410, 411, eu note.) — L'amirauté voulait encore, à ce qu'il paraît, exercer le droit de visite sur les navires en marche; mais elle dut se désister de ses prétentions en face de l’art. 12 du règlement du 33 juillet 4704, invoqué plus tard par le commerce de Bordeaux (registre du Conseil de commerce, F. 12. 57, folio 10 recto; 12 février 17142), article qui prononçait en termes exprès que Île navire chargé de nos marchandises et parti de l’un de nos ports, avec congé de l'amiral, ne pouvait être arrèté sous quelque prétexte que ce fût.

2? Par arrêt du Conseil du % janvier 1699, les juge et consuls de Bordeaux ayant pris connaissance de la saisie du Sokeil, d'Amsterdam, opérée dans leur port, l'affaire fut évoquée au conseil du roi et renvoyée par-devant l'amiral et les commissaires établis pour le jugement des prises. (Valin, Nouveau Commentaire sur l'ordonnance de la marine, etc., t. I, p. 74.) — Vingt ans auparavant, les juge et consuls avaient déjà eu une contestation avec les officiers de l'amirauté; elle fut réglée par un arrêt définitif, rendu le 13 juillet 1679. (Ibid., p. 114.)

$ Voir arrêts du parlement de Bordeaux sur les huissiers et sergents des amirautés, en date de 1691, 1692, 1694 et 1695, cités par Valin dans son Commentaire sur l'ordonnance de la marine, 1. 1, p. 174.

# Continuation à la Chronique bourdeloise, p. 79.

8 Voyez le registre B de la Chambre de commerce de Guienne, folios 95 verso et 178 verso; 19 octobre 1719 et 2 juillet 17233.

Colbert portait aussi son attention sur nos foires. Le 16 décembre 1682, il écrivait à l’intendant de Ris : « I] suffit que vous soyez satisfait du commerce qui s'est fait dans les foires de Bordeaux; et comme ces foires sont d'une grande conséquence à l'Estat, parce que c'est par la sortie des vins et denrées qui s'enlèvent de ces foires que l'argent entre en plus grande quantité dans le royaume, je vous prie d'examiner toujours avec soin ce qui s’y passe et l'enlèvement des denrées, » etc.

Détourné par des soins de toute nature, Colbert resta quelque temps sans s'occuper du commerce de Bordeaux ; il y revint à propos d’une question délicate déjà agitée treize ans auparavant, celle du coupage des vins. Le 13 janvier 1683, il écrivait à M. de Ris : « Sur les condamnations d’amendes qui ont esté prononcées par les jurats faisant la police contre les marchands qui transvasoient les vins du haut Pays et les méslangeoient avec de petits vins, il n’y a presque rien de plus important dans l’Estat que d’empescher ces sortes d’abus et de maintenir dans leur bonté naturelle les vins de ce payslà, qui sont d’un prix inestimable au royaume par la nécessité en laquelle sont les estrangers de s'en servir ?. »

Les marchands frappés par la sentence des jurats réclamèrent, et Colbert renvoya l'affaire à l'examen de l'intendant. Il lui fait observer que ces magistrats étaient ‘portés, par un intérêt spécieux qui les regardait, à empêcher le coupage des vins, parce qu'ils pouvaient prétendre, à tort peut-être, que les vins du haut Pays n’entrant pas dans cette manipulation, il s’enlèverait une

1 Lettres, instructions et mémoires de Colbert, t. 1], 2e partie, p. 742, 745. 2 Jbid., p. 745, note 1. Cf. t. IL, dre partie, introd., p. CLXXxI.

plus grande quantité de vins du Bordelais. Il ajoute : « L'intérest des marchands consiste à faire un grand débit; ainsy, pourvu que ce coupement satisfasse au goust de l'Angleterre et de la Hollande, ces marchands pourroient, en ce cas, avoir plus de raisons que les jurats. Pour prendre une résolution sur ces différents intérests, il seroit nécessaire que vous examinassiez si ce coupement se fait de tout temps‘, » etc.

M. de Ris ayant répondu à Colbert que le mélange des vins n'avait commencé que depuis deux ans, et que les Anglais n'avaient point voulu acheter des vins ainsi coupés, le ministre l’autorisa à laisser exécuter la sentence des jurats de Bordeaux. Il écrivit en même temps au premier président du parlement que ce corps pouvait faire tel règlement qu'il jugerait à propos pour interdire les coupages ?.

Nous arrivons à l’année 1688. Colbert, mort cinq ans auparavant, avait été remplacé par son fils, le marquis de Seignelay, qui eut un lourd fardeau à porter. La ligue formée en Europe contre la France devenait de jour en jour plus formidable. Louis XIV en reconnut la force à la confiance avec laquelle les Hollandais défendirent l'entrée de nos vins et de nos eaux-de-vié; cette interdiction cependant n'était qu'une représaille de la défense de recevoir en France les ouvrages de laine et de fil de la Hollande, non plus que leurs harengs, à moins qu’ils

1 Correspondance administrative sous le règne de Louis XIV, t. NI, p. 884. — Lettres, instructions et mémoires de Colbert, t. II, 2° partie, p. 745.

2 Lettres, inst. et mém. de Colbert, t. II, 2 partie, p. 745, note 2. — Déjà en 1648, des vins frelatés avaient été signalés à Bordeaux; à cette occasion, les jurats opérèrent des visites chez les débitants, et procédèrent contre les délinquants. (Continuation à la Chronique bourdeloise, p. 64.)

ne fussent salés avec du sel de France. Si le tarif de 1667 n'eût jamais été révoqué, la France n'aurait pas eu besoin de cette nouvelle prohibition, et les Hollandais n'eussent vraisemblablement pas été en état de prendre ce parti vigoureux ‘.

Le commerce avec les Provinces-Unies reprit cependant au commencement du xvinré siècle; mais les navires hollandais ne pouvaient venir à Bordeaux charger des vins qu'avec un passeport temporaire délivré sur l'avis du Conseil de commerce ?. En 1706, ils furent retenus dans les ports de la Hollande par des vents contraires, pendant tout le mois de décembre, et les armateurs craignirent les rigueurs de l'administration. M. de Pontchartrain les rassura en écrivant aux officiers de l'amirauté que le roi voulait bien, par grâce, ne point tirer à conséquence l'expiration des passeports périmés, ajoutant qu'il en serait envoyé d'autres pour assurer le retour de ces navires *. Nonobstant les ordres du ministre, un bâtiment hollandais, chargé à Bordeaux par deux négociants de cette place, Saincric et Flanquier, fut arrêté dans sa route vers Amsterdam et mené à Dunkerque, « sous prétexte que le passeport du roy dont il estoit muni estoit expiré *.

Louis XIV, pour éviter l'abus que les Hollandais faisaient de ces passeports, et afin qu'ils ne s’en servissent

1 De Forbonnais, Recherches et considérations sur les finances de France, t. IT, p. 40.

2? Registre du Conseil de commerce, F. 12. 53, folio 442 recto; séance du 45 avril 1707. Cf. folio 445 verso ; 29 avril.

8 Ibid., folio 9 recto; séance du 5 février 1706. Voir la suite, folio 11 verso ; 42 février de la même année.

* Jbid., folio 25 recto; séance du 14 avril 1706.

pas pour aller en d’autres pays ennemis, avait ordonné qu’ils donneraient une caution proportionnelle pour les navires qui viendraient charger dans les ports du royaume. Les marchands de Bordeaux réclamèrent contre cette mesure. Après avoir exposé que beaucoup de maîtres de bâtiments hollandais n'avaient pas de correspondants à Paris pour y donner caution, et que les banquiers, pour s'y prêter, demandaient de grosses sommes, les pétitionnaires suppliaient le roi de leur permettre de donner bonne et suffisante caution au greffe de l'amirauté de Bordeaux, afin qu'en rapportant le certificat du greffier, ils pussent obtenir des passeports pour les navires hollandais qui viendraient dans cette ville, où leurs capitaines avaient de nombreuses relations. Ils assuraient que, grâce à cette faculté, le nombre des arrivages doublerait infailiblement. Consultés sur l'opportunité de cette mesure, les députés qui faisaient partie du Conseil représentèrent qu'ils n'y voyaient pas d’inconvénient, à la condition, pour les négociants de Bordeaux, de donner leurs mémoires à leur Chambre de commerce, afin qu’elle püt les envoyer à leur député au Conseil, avant de demander l'expédition des passeports !.

Le plus grave des abus reprochés aux Hollandais porteurs de ces passeports était de s’en servir pour faire la course. Un capitaine, Corneille Tromp, avait vendu à l'un de ses compatriotes établi à Bordeaux, le sieur Vandezande, le Saint-François, de Rotterdam, mis en charge et à fret pour aller aux îles françaises de l’Amérique. Soupçonnant une fraude dans le sens ci-dessus

1 Registre du Conseil de commerce, F. 12. 51, folio 353 verso; séance du 9 septembre 1705. Cf. folio 355 recto.

indiqué, les officiers de l'amirauté de Bordeaux entamèrent une procédure, qui arriva devant le Conseil de commerce, et l'assemblée fut d'un avis unanime que Vandezande n'avait pu acheter le navire en question sans remplir auparavant les engagements spécifiés sur son passeport, qui l’obligeait à retourner en Hollande chargé de marchandises de France, et qu’il ne devait pas lui être permis de faire voile pour l'Amérique.

Cette affaire terminée, le Conseil eut à en examiner une autre, où 1l s'agissait encore d’un navire hollandais sur lequel les officiers de l’amirauté avaient mis l’embargo. Le sieur Mayer, marchand de Bordeaux, qui l'avait acheté dans l'intention de le destiner pareillement pour les îles de l'Amérique, ne pouvait obtenir de le faire venir lége de Hollande. Il eut recours au Conseil, mais en vain. Les députés furent d'avis de refuser ce passeport, pour ne point nuire à la vente des vaisseaux capturés par nos corsaires, qui périssaient dans nos ports faute d'emploi, et dont le prix était tombé si bas que les Hollandais eux-mêmes étaient venus en acheter. Il fut encore allégué que ce serait empêcher les constructions navales dans le royaume, et donner aux Hollandais la facilité de déguiser leurs navires et de faire notre commerce en Amérique sous des noms empruntés ?.

Par arrêts du Conseil du roi, en date des 30 décem-

1 Registre du Conseil de commerce, F. 12. 55, folio 388 recto; séance du 3 octobre 1708. Cf. folio 340 recto, 3 août, et folio 354 recto, 22 du mème mois.

2 Ibid., folio 293 verso; séance du 10 octobre 1708. — Dans le registre À de la Chambre de commerce de Guienne, p. 109, est consignée, à la date du 28 juin 1708, une plainte contre des étrangers non naturalisés qui mettaient en charge, pour ics îles de l'Amérique, des navires hollandais sous pavillon français. °

bre 1710 et20 janvier 1711, les nations neutres, telles que la Suède et le Danemäark, avaient obtenu la permission, refusée à la Hollande, de commercer avec nos places maritimes; mais le moyen de les reconnaître? Le successeur de Seignelay, Pontchartrain, crut l'avoir trouvé en ordonnant au receveur des traites à Blaye de visiter tous les navires qui entreraient dans la rivière de Bordeaux. Cet officier remontra, d'abord qu'il lui faudrait avoir un maître constructeur entendu pour distinguer les flûtes suédoises et les galiotes danoïses, « qui sont de fabrique semblable à celle des Hollandois, » et un interprète des langues étrangères pour distinguer les matelots des différentes nations : or, si l’on trouvait l’un et l’autre à Bordeaux, il est douteux que Blaye fût aussi bien pourvu !. Armés l'un contre l’autre, les deux états scandinaves employaient la plus grande partie de leurs équipages, assez peu nombreux d’ailleurs, et cette circonstance, jointe à la difficulté de leur navigation, que les glaces interrompent et qui n’est ouverte que dans le mois de mai, était bien faite pour enhardir les Hollandais à dissimuler leur nationalité : aussi n’y avaient-ils pas manqué. Dans la précédente guerre et avant la déclaration de celle-ci, ils avaient fait naturaliser, en Suède et en Danemark, plusieurs de leurs matelots, qui, après avoir

1 Dans une requête adressée à la Chambre de commerce, en 1731, par un

sieur Gelineau, constructeur de navires, qui sollicitait une prolongation de

jouissance pour un terrain qu'il tenait de la ville et où il avait établi son chantier, cet industriel en fait remonter la fondation à trente ans de là. (Reg. C de la Chambre de comm., folio 423 verso et 1% verso; 26 juillet et 2 août 1731.) Nous avons déjà vu un certain Lafore, courtier et interprète des langues du Nord (ci-dessus, p. 74, 75, note 2. Cf. reg. À, p. 79 et 100) ; en 1706, un autre courtier demandait la permission d'envoyer deux de ses enfants en Hollande pour y apprendre la langue. (Reg. A, p. 54; 16 octobre 1706.)

navigué dans la rivière de Bordeaux sous les pavillons de ces couronnes, reparaissaient pendant cette guerre comme sujets des États-Généraux avec des navires hollandais munis de passeports du roi. Le Conseil de commerce décida que ces lettres de naturalité entachées de fraude ne sauraient être valables en France et couvrir les porteurs!; mais 1l ne put empêcher des vaisseaux neutres, chargés de vins venant de Bordeaux, de transporter leur cargaison dans les ports de la Hollande.

Pendant le siége d'Ostende, il était entré dans le port de Dunkerque un nombre considérable de frégates et d’autres bâtiments partis de notre ville. Louis XIV ayant déclaré ennemis les pays qui s'étaient soustraits à la domination de l'Espagne, ces bâtiments tombaient dans le cas de la confiscation; mais, sur les réclamations de la Chambre de commerce de Dunkerque, qui signala les représailles qu'une pareille mesure ne manquerait pas d'amener, il fut sursis à son exécution, et le Conseil de commerce fut consulté, notamment le député de la ville de Bordeaux, que l’on supposait avec raison au fait des intérêts que nous pouvions avoir en Flandre.

La mer était alors infestée de corsaires, qui faisaient le plus grand mal au commerce de Bordeaux. Vers la fin de l'hiver de 1708, une flotte de onze vaisseaux marchands, sortie en partie de ce port, était devenue la proie des croiseurs de Flessingue. On apprit que ces corsaires avalent été avertis par leurs compatriotes, por-

1 Registre du Conseil de commerce, F. 12. 55, folio 245 recto; séance du 27 mars 1711.

? Ibid., F. 12. 57, folio 58 recto; séance du 4er juillet 4712.

8 Jbid., F. 12. 53, folio 73 recto; séance du 1er septembre 1706.

teurs de passeports, des vaisseaux français qui se trouvaient dans la Gironde prêts à partr, et 1l fut proposé, entre autres mesures, de demander au commerce de contribuer à la dépense de l'armement de quelques frégates destinées à protéger notre marine marchande. Le Conseil de commerce, consulté dans cette circonstance, émit l’avis de communiquer cette proposition aux négociants des villes de Nantes, la Rochelle, Bordeaux et Bayonne, pour avoir leur avis séparément.

En 1711, le conseil d’État rendit deux arrêts pour l'armement de la frégate la Nymphe. Par le premier, du 27 juillet, permission était donnée aux négociants de Bordeaux d’armer une frégate de la marine royale pour donner la chasse aux corsaires ennemis qui enlevaient journellement leurs vaisseaux et leurs barques jusque dans la rivière de Gironde; et le second, du 10 août, aütorisait lesdits négociants, par le ministère des directeurs de la Chambre de commerce, à emprunter les sommes nécessaires pour faciliter et accélérer cet armement ?.

Le mois suivant, la Chambre prit des mesures à cet égard, et le sieur Brunaud, l’un de ses membres, partit pour Rochefort afin de négocier avec l'intendant du heu. Il réussit dans ses démarches; nous avons le traité conclu avec l'intendant, et celui qui intervint avec un particulier pour la fourniture des vivres destinés à l'équipage. Ces pièces, avec nombre d'autres, forment un

Registre du Conseil de commerce, F. 12. 55, folio 259 recto; séance du 23 mars 1708. Cf. folio 253 verso, 16 mars 1708.

2 Registre À de la Chambre de commerce, p. 511; séance du 6 septembre 1711.

volumineux dossier, dans lequel on remarque une requête des maîtres de barques d'Arcachon à l'effet d’être dispensés de payer les droits de l'armement de la Nymphe, et des délibérations de la Chambre déterminant en quel cas les barques, bateaux et gabares de Royan, de Bordeaux et d'Arcachon, étaient sujets à ces droits. | Aux corsaires hollandais et anglais succédèrent ceux de Salé et d'Alger, si déjà ils n’infestaient point les côtes de l'Océan à l’époque dont nous allons nous occuper. C'était en 1725°. Malgré la frégate de la marine royale la

1 Reg. A de la Chambre de commerce, p. 312, 315, 321, 323, 328, 331, 337, 348, 385, 586; séances des 9 et 24 septembre, du 45 octobre, du 12 novembre et du 31 décembre 1741, des 22 juin et 8 juillet 1712. — Ces droits ne devaient être levés ni sur les bateaux de Saintonge chargés d'œufs et de volaille, ni sur ceux du bas Médoc, mais seulement sur les marchandises qui venaient de l'autre côté de la Gironde. (/bid., p. 381, 9 juin 1712.)

2 Un siècle auparavant, l'armée navale commandée par le comte de Harcourt et le cañdinal de Sourdis, chef du conseil de marine, avait donné la chasse aux corsaires de Salé, plus près de leur repaire. On peut voir le récit des succès obtenus par notre marine dans cette campagne, au liv. VI, chapitre xxxi, de l'Hydrographie du P. Fournier (2° édit., p. 271); nous n'en faisons mention que pour signaler une frégate nommée La Gasconne, qui, ayant découvert un vaisseau turc vers les côtes d’Ortegal, lui donna la chasse et s'en empara après un combat de courte durée. « Ce vaisseau turc menoit apres luy une fluste de 300 tonneaux chargée de sel, laquelle il avoit aussi prise sur un Anglois qui l'avoit achepté d’un Basque. » — Le P. Dan, qui a écrit l'Histoire de Barbarie et de ses corsaires, etc., ne dit rien de ceux qui, de son temps, faisaient la course le long des côtes de l'Océan, depuis le golfe de Gascogne jusqu'en Bretagne, et cependant il ne s’en tient pas à ceux qui écumaient les mers du Levant. I] montre les forbans turcs poussant leurs incursions jusque dans l’extrème nord de l’Europe. « L'an mille six cens vingt-sept, dilil, trois vaisseaux d'Alger, conduits par un renegat allemand, nommé Cure Morat, furent si hardis que d'aller jusques en Dannemarc, où prenant terre en l'isle d'Islande, ils enleverent plusieurs mesnages escartez l’un de l’autre, et firent esclaves quatre cens personnes qu'ils emmenerent..….. En l'an mille six cens trente et un, Morat Rays, renegat flamand, alla jusqu'en Angleterre, et d'Angleterre en Irlande, où estant abordé sur le soir, il fit mettre dans des chaloupes environ deux cens soldats qui descendirent dans un petit hameau, nommé Batinor, où

Thétis, de vingt-six canons, armée à Brest pour leur donner la chasse, ils se montraient encore sur le littoral de la Bretagne. La Chambre de commerce, émue à juste titre de ces courses s1 alarmantes pour les intérêts du commerce de Bordeaux, écrivit à M. de Maurepas, alors ministre de la marine, pour réclamer un secours plus efficace. I] faut croire que ces réclamations n’eurent pas tout le résultat qu'on en attendait, à voir l’insistance avec laquelle la compagnie revient sur les mesures à prendre contre les Algériens et les Saletins !.

ils surprirent plusieurs pescheurs qui demeuroient en cette isle. La mesme ils enleverent deux cens trente et sept personnes, hommes, femmes et enfans, jusques à ceux du berceau. » Le révérend père termine en disant : « Voilà ce qui est du Ponant et de l'Ocean. » (Deuxième édition. A Paris, 1649, in-folio, lv. IE, ch. 1v, p. 313.)

1 Registre B, folios 216 recto et 217 recto (4er et 22 juin 1735). — Reg. C, folios 95 verso et 95 recto (14 juin et 6 juillet 1730); 219 recto (27 décembre 1736) ; 281 recto et verso (10 et 24 janvier 1737 ; 284 recto (14 février), etc.

Page 1