TH'ILK DE NAVETTE
Ce serait bien ici le lieu de parler de l'huile de navette; mais nous ne connaissons, au sujet de cet article,
* Registre du Conseil do commerce F. 12. ")5, folio 1 verso; séance du 1 1 novembre 1708. Voyez ci-dessus, p. 22-i.
- Uegislre F. 1-2. ."i", folio 27 l'ccto; séance du II mars 1712.
•Uîegistrc IJ de la Chambre de commerce, folios l.^'() reclo et lOi verso; séances du lô mai 1722 et du (i avril 172i,
il IG
qu'une demande d'un sieur Brown, négociant de Bordeaux, pour faire venir d'Irlande cinquante tonneaux de cette denrée ' .
Gomme par le passé, les prunes venaient à Bordeaux de l'Agenais et du Quercy '^, et passaient de là en Hollande, en Angleterre, à Bouen, à Dunkerque et sur d'autres points du littoral de l'Océan. On en chargeait ordinairement dans notre port cinquante mille quintaux, à 6 livres le quintal, sur le pied d'années communes, ce qui fait la somme de 300,000 livres.
Le rédacteur du Mémoire de 1730 fait observer, avant de passer aux comptes qui suivent, que la prune payait pour droits d'entrée 17 sous par quintal, et que c'était toujours le propriétaire ou le vendeur qui acquittait ces droits. En octobre 1707, le percepteur de la contablie en ayant levé plus qu'il n'en était dû sur les marchandises entrées en foire, notamment sur les prunes, la Chambre de commerce intervint, et la restitution des sommes indûment perçues fut ordonnée'.
Ce fruit était expédié dans des barriques d'une jauge différente de celle des futailles destinées à contenir thi
* Registre du Conseil (le commerce V. 12. (53, folio 162 recto; séance du 20 octobre 1718.
- Voyez ci-dessus, t. I, p. iGO et suiv. — Dans un ancien registre de la çontablic de Bordeaux, pour 1593, nous retrouvons a chaque instant des mentions d'arrivages de prunes du haut Pays, en pipes et en sacs, en même temps ([uc d'huile d'olive et de plumes. Voyez Uolle des Imtenix quy sont montante en sus nu delmnl lu ri/ljijere de la Cuarone, etc., folios 24 verso, 25 recto, 20 recto, 2H recto, ÔH recto, etc.
•■' Registre A de la Chamhrc do ((immerce, p. 88; séance du 20 décembre 1707.
vin'. Dès 17*25, on songeait à substituer le poids à la capacité, et, le 7 août de cette année, le juge des ports de Bordeaux et des Chartrons rendait, sur la requête de Tadjudicataire général des fermes unies de France, une ordonnance portant que les prunes seraient pesées tant à l'entrée qu'à la sortie'^. Cette mesure devait donner naissance à de longs débats. A un Mémoire sur le poids des prunes établi aux Chartrons, succéda une lettre relative au même objet ; et l'un et l'autre furent discutés dans plusieurs séances de la Chambre de commerce^. Les fermiers généraux ne restèrent pas muets; ils répondirent à leurs adversaires. En attendant, on prit des mesures par provision pour le pesage des prunes*. L'année suivante, les fermiers généraux firent une proposition relative à cette opération; mais presque en même temps, il fut présenté à la Chambre de commerce un Mémoire contre ce plan ^.
En 1728, la Chambre de commerce adressa au Conseil supérieur des représentations tendantes à la suppression
' Pierre Chaniau, maître de la barque nommée le Petit-Pierre, de Bordeaux, du port de (rente tonneaux ou environ, Favait frétée "a un marchand irlandais, le sieur Poor, qui devait la charger entièrement de vin de ville pour aller a Coik et revenir a Bordeaux, a raison de 24 livres de fret, y compris le chapeau du maître. Poor prétendait ne charger que sept ou huit tonneaux de vin, et tout le surplus en pièces de prunes, « beaucoup plus longues et plus grosse^' que barrique de vin; » Chaniau lui répondit par une protestation par-devant le notaire Parran, le 50 novembre 1716. (^Archives du deparlemont do la Gironde, E, notaires. Actes détachés.)
- Registre B de la Chambre de commerce, folio 220 recto; séance du 0 septembre l72o.
' Registre G, fulios ô verso, 4 verso et u recto; 5, 10 et 17 septembre 1726.
* Ibid., folios 10 recto (19 déc. 1726) et 11 recto (lô mai 1728). Cf. folio iS recto (20 maii.
•■'Registre G, folios 21 recto et i2 recto; séances des S et !"> mai 1727. Cf. folio 52 verso, i septembre, mémo année.
544 TIISTOIRE DU COMMERCE
d'une nouvelle romaine établie au bureau des Chartrons, à l'effet d'y peser les prunes à l'entrée et à la sortie'. Dans le procès-verbal de la discussion c|ui eut lieu à cette occasion, on lit les détails suivants, par lesquels nous terminerons ce que nous avions à dire sur le sujet qui nous occupe.
« L'usage observé dans tous les temps pour le commerce de la prune n'obligeoit les marchands qu'à faire leurs déclarations, tant à l'entrée qu'à la sortie, de la quantité de futailles que les commis des fermes faisoient jauger et peser; et les droits en étoient tirés sur leur évaluation, la tare déduite.
« Le peu de valeur des prunes a donné lieu à cet usage, qui a été suivi jusqu'à l'ordonnance du juge des ports cy-dessus. Il n'est pas possible, en effet, qu'une marchandise qui ne coûte sur les lieux, année commune, qu'environ 25 sous le quintal, puisse supporter la dépense qu'il faut faire en faisant porter et peser ces fruits au poids du Ghartron, à l'entrée et à la sortie, lorsqu'il est question de les charger pour l'étranger.
« Si l'usage étoit changé, le commerce qui s'en
faict ne manqueroit pas de s'anéantir.... La quantité qu'on en recueille et qui se débite, soit dans le royaume, ou pour être envoyée dehors, va, dit-on, à deux cent mille cjuintaux par année, et produit environ 250,000 livres, qui se répandent parmi les pauvres habitans de l'Agenois, de Montauban et des environs....
« On paye, ajoute-t-on, 34 sous de droits, sçavoir : 16 sous à l'entrée et 18 sous à la sortie d'une denrée
1 Registre du Conseil de cmniiierec F. 12. ?:;, p. ôli; séance du 2!) mars 172S.
qui ne vaut qu'environ 25 sous, indépendamment des 9 sous qui se perçoivent sur la route au bureau d'Auvilars. Il n'est pas possible qu'elle puisse encore supporter la dépense inutile à laquelle l'ordonnance du juge des ports l'assujettit, et qui va à 20 sous par bariP, »
Le papier qui venait à Bordeaux se fabriquait à Angoulème, en Limousin et en Périgord; on ne l'importait dans notre ville que pendant les foires d'octobre et de mars, parce c{u' alors il était exempt des droits d'entrée. Celui de ces deux provinces était à peu près de la même espèce; on ne s'en servait guère pour écrire, mais presque uniquement pour tirer des estampes et imprimer des livres. Le plus estimé était le papier d'Angoumois; il s'en faisait une grande consommation en Hollande et dans le Nord, où on l'envoyait par Bordeaux et par la Charente.
Notre place expédiait encore beaucoup de papier en Espagne. Dans un registre de la contablie, figurent, à la date du 31 janvier 1626, vingt balles de papier chargées sur la Marie, de Saint -Vincent, à destination de Saint-Jean-de-Luz, pour compte d'Augier de Lalande, bourgeois et marchand de Bayonne'^; et l'on voit dans un registre de la Chambre de commerce les sieurs Marchandon frères, négociants de Bordeaux, prier la com-
1 Registre du Conseil de commerce F. \-2. 75, p. ôlo el 516. — A la suite de cette discussion, p. 517, vient le tempérament proposé par les coramissaii-es.
- Registre pour ceux qui font remettre des acquits-'a-caution ; Archives du département de la Gironde, C. Trésoriers généraux, IJureau des finances.
2iG HISTOIRE DU COMMEUCI-
pagnie de certifier que viagt-quatre balles de papier contenant quatre cent quatre-vingts rames aux armes d'Amsterdam, par eux chargées pour Bilbao, à l'adresse de MM. Vial et G'*^, négociants dudit lieu, étaient de fabrique périgourdine ' .
Le même registre, après une lettre des papetiers d'Angoulême à la Chambre, nous fait connaître une réclamation du sieur Luetkens à propos de papiers chargés pour l'étranger-; mais il faut recourir à une autre source pour être renseigné sur un différend qui avait éclaté vers le même temps entre les propriétaires des moulins à papier de la Provence et ceux du Languedoc. Ce différend ne saurait être étranger à notre sujet, à ne considérer que la requête présentée par les premiers à l'effet d'être reçus opposants à un arrêt du 18 septembre 1059, et, faisant droit sur leur opposition, être maintenus dans la possession de tirer du vieux linge des provinces de Lanij;uedoc, Guienne et autres^. Renvovée au Conseil de commerce, cette pétition fut favorablement accueillie.
Après la délibération à laquelle elle donna lieu, nous en citerons une autre, relative à une lettre concernant le commerce des papiers de France en Hollande, et un Mémoire contenant les moyens de réformer les abus introduits dans la fabrication des papiers, depuis le règlement de 1671 ^
La quantité de papier im])ortée à îiordeaux montait
' llet;istre A, p. 'i29; séance du 1:2 janvier ITlô.
- lOid., p. 5."; séance du 2!) avril ITOO. Cf. p. 55.
■' Ueglstre du Conseil de coniinerce F. 1-2. :>!, folio r)."i() verso; séance du 25 août 1715.
* Registres du Conseil de eonimerce F. 12. "S, p. 82G, 85G (séance du 15 noveml.re ITôn, et F. 12. 79, p. 555-569 (2i.iuillel 1752. Cf. p. 595 (2i juillet).
ordinairement à cinq mille balles; sujette à des droits d'entrée, la marchandise était exempte de ceux de sortie. Voici dans quelle proportion s'opérait l'écoulement, par notre port, des différentes espèces de papier fabriquées dans les provinces limitrophes :
Papier (VAnxjoidcmc.
GO balles, contenant 480 rames impérial, du poids de 60 livres, à 40 livres la rame 19,200 liv.
60 balles, contenant 480 rames superroyal, du poids de 45 livres, à 30 liv. la rame 14,400
60 balles, contenant 480 rames royal, pesant 3o livres, à 24 liv. la rame 11,320
60 balles, contenant 480 rames grand compte, pesant 28 livres, à 20 liv. la rame 7,600
60 balles, contenant 480 rames moyen compte, pesant 20 livres, à 14 liv. la rame 6,720
400 balles, contenant 4,800 rames grand cornu, pesant
12 livres, à 7 liv. la rame 33,600
400 balles, contenant 4,800 rames petit cornu, pesant
8 livres, à 3 liv. 10 s. la rame 26,400
500 balles, contenant 600 rames aux armes d'Amsterdam, pesant 13 livres, h 6 liv. la rame 3,600
500 balles, contenant 6,000 rames 2<^ fin aux armes d'Amsterdam, pesant 12 livres, à 5 liv. la rame 30,000
ToTM 187,440 liv.
Papier de PèrUjord.
500 balles, contenant 8,000 rames aux armes d'Amsterdam, pesant
13 livres, à 4 liv. 15 s. la rame 38,000 liv.
500 balles, contenant 8,000 rames 2^ fin, pesant 10 livres, à 3 liv. 10 s. la rame 28,000
300 balles, contenant 6,000 rames papier à lettre ordinaire, pesant 8 livres, à 3 liv. la rame 18,000
ToTAi 84,000 liv.
nn HISTOIRE DU CO.MMEnCIi
Papier de Limousin.
iOO balles, coiilciianl 2,400 rames à impression, pesant lo livres h rame, ii 5 liv. la rame 12,000 liv,
200 balles eonlcnant 2,400 rames 2^ fin, pesanl 15 livres, à 4 liv. 10 s. la rame 10,800
200 balles, contenant 2,800 rames serviette 2^ fine, i)csant 12 livres, à 4 liv. la rame 11,200
oOO balles, contenant 7,000 rames aux armes d'Amsterdam, pesant 11 livres 1/2, à 4 liv. la rame 28,000
500 balles, contenant 7,000 rames 2'" fin aux armes d'Amsterdam, pesant 11 livres 1/2, à 3 liv. 10 s. la rame. 24,500
Total 86,500 liv,
UKCAPITULATION.'
Angoulème. 2,100 balles, conten' 24,000 rames, montant à 187, iiO liv. Périgord.... 1,300 — 22,000 — 84,000
Limousin.... 1,600 — 21,600 — 86,500
ToTAix... 5,000 balles. 67,600 rames. 357,940 liv.
Le chapitre consacré au papier, dans le Mémoire de 1730, se termine par des comptes de vente de douze balles de papier aux armes d'Amsterdam, fabrique d' Angoulème, chargées pour la Hollande et pour Hambourg. Mais le moment approchait où cette exportation allait cesser, et, quatre ans après, de soixante moulins employés à la fabrication du papier, il n'en restait plus que deux en activité ',
' Rcg. du Conseil de commerce F. 12. 81, p. 417-i'21 ; séiince du '2!) mai 17." {. CI. p. iTG, i77 20 juin), cl p. KK-ôi^ («.juillet).