CHAPITRE XL
SEL, gabelle; tabac.
(liami commerce de »el à Bordeaux. — Veii(es el achats de cette denrée par des marchands de cette place au xvi" siècle. — Historique de la gabelle en France; troubles excités par la levée de cet impôt ; la gabelle sous Philippe de Valois et Jean le Bon. — Rétablissement des droits fur le sel en 1317; la Saintonge se soulève. — Nouvelle révolte de cette province, de IWngoumois et d'une partie de la Giiienne. — Alfaires de sel h Bordeaux au milieu du xvi" siècle. — Marchands de Poitiers fermiers de l'impôt du sel à Bordeaux et à Blaye. — Détails sur les opérations de commerce de Jean Beausse, l'un d'eux. — Chargement de sel à destination do Bordeaux; vente considérable de cette denrPe à trois marchands bordelais. — Commerce du sel à Bordeaux au xvir siècle. — L'élévation du prix de celle denrée donne naissance à deux soulèvements successifs ; détails de ces émeutes. — Chargement de sel à deslinalion de Piiga. — Piefus de passeport à des navires de Lubeck envoyés à la Piochelle pour y prendre du sel ; motif de ce refus. — Tolérance du Cons.eil'de commerce envers la CaUierine, de Drontheim, venue à Bordeaux avec du sel et d'autres articles pris à Nantes. — Mémoire du commerce de Boi'deaux pour ohteinr de faire venir le sel nécessaire à la pèche de la morue. — Plaintes des marchands de sel de Bordeaux contre deux habitants de Marennes. — Commerce du tabac à Bordeaux; les marchands de cette denrée fomentent le soulèvement de 1075. — Historicpie de la législation du tabac au XVII' siècle ; manufactures de Clairac et de la Rochelle; Bordeaux ouvert à l'importation et ;i l'exportalion de retlo denrée. — Le conunerce voit d'un mauvais teil la ferme du tabac et la prohibition de celui de Portugal. — Droits sur les tabacs des colonies espagnoles. — • Permission aux négociants de Dunkerque de tirer de Bordeaux du tabac de Clairac. — Recherche du tabac h bord des navires. — Révocation du privilège exclusif de la vente du labac ; elle est déclarée libre. — Importation et confiscation de pipes de Hollande en 17'20.
« Le sel que nous avons en Saintonge, le meilleur du monde pour saller, et qui excède en bonté, en valeur et en longue garde celuy de Lorraine, de Bourgogne, de Provence et de Languedoc, » donnait lieu à un grand commerce d'exportation. Bodin, unissant son témoignage à celui du Discours sur les causes de Vextresme cherlé qui est avjourâ'Jmy en France^, ajoute : « Cela fait que
' A Boui'deaiis, m.d. i.xxxvi., petit in-8<». (Var'u'ti's hhtoriqité's et Ultéra'irex, l»til)l. par Ed. Foiirnier, t. VII, p. ITiô.) — Plus Itiin p. I8(i\ l'aiilpui' de cet
318 IIISTOinE or COMMERCE
l'Anglois, le Flameng et l'Écossois, qui font grande trafique (le poissons salez, chargent bien souvent de sables leurs vaisseaux, à faute de marchandises, pour venir acheter nostre sel à beaux deniers comptant. »
Ce commerce de sel avec Bordeaux ne fut jamais plus actif qu'au \\f siècle, ou du moins c'est à cette époque que l'on en trouve les traces les plus nombreuses parmi les minutes des notaires. Le 28 février 1521, l'un d'eux, Cochet, enregistre une vente de cinquante et une pipes et deux maillatix de sel par Jean de Mynvielle, marchand et bourgeois de Bordeaux, à un autre de la paroisse Saint-Michel, au prix de 27 sous tournois la pipe, en tout 67 livres 15 sous tournois.- En 1532, nous avons trois chargements de sel par Pietro de Touailla, l'un de trente pipes, l'autre de quarante-cinq, le troisième de cinquante, pour « conduire sur le port de Grenade et illec délivrer à François de Touaille '. » L'année suivante, c'est le premier de ces Italiens qui achète cent vingt pipes de sel pour 36 francs bordelais, à raison de 45 soiis tournois la pipe-, et un autre négociant qui charge sur la Grimomle, de Bordeaux, un cent de sel à prendre à Maronnes et à mener en Angleterre -'.
On attribue communément l'institution de la gabelle, ou impôt sur le sel, à Philippe le Long; mais son ordonnance du 25 février 1318 montre que cet impôt existait
ouvrage, attrilmc ;i l'histoiifii du llaillan, coniiin'iid eucorc le sel parmi les elioses qu'> nous exportions alors en Angleterre et dont on trouve le compte plus étendu et plus eirconstaneii' dans la (ktlerie ithilosoplànne de de Mayer, t. Il, p. Ô-2Ô.
' Minutes de Douzeau, i janvier I.'mS. vTrois actes.)
'^ Ibid., 21 mai irJ55.
' Iliiil.. < août Ifiô").
déjà', et ron en trouve des traces bien plus anciennes dans notre histoire. Une ordonnance de Louis X, en 1315, en fait mention-. C'était, d'ailleurs, un tribut des empereurs romains, et il est probable qu'il aura survécu à leur domination, quoiqu'il ait souvent été modifié depuis.
Cet impôt excita toujours des troubles en France. Sous Philippe de Valois, qui faugmenta et le diminua tour à tour en 1331, en 1342 et en 1345, il donna heu à des soulèvements, et, suivant le rédacteur des Croniques de France : « le roy acquist la maie grâce et l'indignacion du peuple, tant des grans comme des petis^.».Le roi Jean, ayant besoin d'argent pour payer son armée, rétablit la gabelle en 1356'*; mais la levée de cette imposition rencontra une opposition formidable, qui se manifesta, en différents endroits, par le massacre des agents du fisc, et amena une coalition de plusieurs barons de Normandie « rebelles aux commandemens et ordonnances du roy, tant que plusieurs autres pays y prirent pied. »
Sans s'arrêter à ces désordres, le roi Jean rétablit la gabelle en 1360. L'ordonnance porte que l'on formerait des greniers à sel dans les villes et dans les lieux notables, que le grènetier achèterait des marchands tout le
' Ordonnances des rois de France, etc., t. I, p. CTO, ait. I.
- Ibid., p. 606-008. — Pour nos provinces méiidionales, voyez le rôle giiscoii (Ida luiitième année d'Edward l" (1280-81), menibr. 9 et 10.
•^ Livre des faitz et gestes du roy Philippe de Valons, cti. xxx, incidences.
* Les Clironitiiies de sire Jean Froissart, llv. I, part. 11, cliap. xx; t. I, p. 522, 323. — L'ordonnance dont parle ici Froissart se trouve dans le tome III de la grande collection de celles des rois de la troisième race, p. 22, art. 1, ot dans \c Recueil ijém'ral des anciennes lois françaises. d'I.sambcrt, t. IV, p. "."iS et suivantes.
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sel qui s'y trouverait et que Ton y amènerait, et qu'il le vendrait pour le roi avec bénéfice du cinquième. Dans les lieux où il n'y aurait point de greniers, on lèverait le cinquième sur le prix du sel qui serait vendu et revendu, et ce droit serait affermée
François P"" rétablit la gabelle en 1517, et de 12 sous et demi la pipe que coûtait le sel en 1516'^, il monta jusqu'où nous l'avons vu. Peu à peu, les droits de cette terme augmentèrent; mais ils étaient beaucoup moindres dans les provinces où se fait le sel que dans les autres^. Des modifications à ce régime occasionnèrent une révolte en Saintonse et en Guienne; la ville de Libourne surtout se signala par certains excès commis envers le commissaire « depputé par le roy pour l'entreteneinent de ses edictz et ordonnances sur le faict des salines et gabelles. » Le parlement informa \ et, deux mois après, il rendit un arrêt relatif au soulèvement de la Saintonge".
Six ans après, éclata une nouvelle révolte, bien plus sérieuse que la première. A l'avènement de Henri II au trône, les Parisiens ayant représenté à ce prince que la ferme du sel augmenterait considérablement si l'on établissait des greniers et des commis dans tout le royaume, il y eut des ordres donnés en conséquence. On mit des iinp(Ms sur le sel jusque dans les salines. Ceux mêmes qui
' Oriloitiiances, etc., t. III, |». irWi, iôT.
'■^ Par acte du 2 mars de ceUc année, Jean Joly, mardiand de Marenncs, s'engage a livrer, a ce prix, sur le port de Langon, a Michcau Joyeulx, marchand de la Rochelle, cent pipes de sel. (Min. de Douzeau. Cf. 2 mars lol6 )
'•' D. Devienne, Ilist. de la ville de Jionkaiix, ï"' paît., liv. III, p. lO:;. KIC. — Cet écrivain ne dit rien du soulèvement de K)i2.
'• Regisire du parlemeni H. 2i, arrêt du IH iii;ii V.Wi.
'■' Ibhl.. arrêt du 20 juillet i:;i2,
le faisaient furent obligés d'en acheter, et on préposa une multitude de commis à l'exécution des ordonnances. Ce joug parut insupportable, et la rigueur avec laquelle les ordres des partisans étaient exécutés acheva d'indisposer les esprits. On s'en tint quelque temps aux murmures; mais le bruit s'étant répandu que les fermiers du sel, non contents de lever des droits exorbitants, mêlaient du sable et du gravier dans cette denrée, les communes de Saintonge, d'Angoumois et d'une partie de la Guienne se révoltèrent * .
Pendant ce temps-Là, les affaires de sel durent être arrêtées; il est du moins certain que nous n'avons trouvé, pour l'année 1549, qu'une vente de cinquante-trois pipes, au prix de 53 fr., à un individu de Sainte-Livrade, par Marie Bontemps, demeurant aux Chartreux^. Deux ans après, le commerce ayant repris, Nicolas Nadail, de Soulac, vendait à Bernard Forthon, marchand et bourgeois de Bordeaux, vingt muids de sel rendus sous vergues'; Mynjollet du Boys, marchand de Capbreton, affrétait la Jeanne de Saint-Seurin pour aller chercher à l'île d'Oléron quarante-six muids de sel et les mener à Bayonne^; Charles Lequeulx, marchand de Saint-Jean d'Angély, chargeait cent quarante-deux muids neuf setiers de sel,
' D. Devienne, Histoire de Bordeaux, l''» partie, liv. HI, p. 106. — Cet auteur cite les Anitalex d'Aquitaine, de Douchel, part. IV, p. o64 et suiv., etl7//.<;toire universelle de Jacqiies-Augu.stc de Thou ; on peut y joindre un Discours de la ribaine et émotion des Santongeois et liourdelois, pour raison de la yabelle du sel, qui se trouve dans les Plantz-, pourtraitz et descriptions de plusieurs villes et forteresses, tant de VEurope, Asie, que des Indes, etc. .\ Lyon, m.d.lxiiii., in-folio, p. M.
- Minutes de Douzeau, Ujuin l.'iii).
' Ibid., 25 mai I.'mI.
' Ibid.. 22 juin I'mI.
il. 21
mesure de Paris, en dij.-neuf barques, à tlestination de Bordeaux', et un marchand de cette ville traitait pour une partie de la môme denrée avec Peyre del Gros, de Grenade^.
L'année suivante, les transactions sur le sel ne furent pas moins considérables. Par acte de Douzeau, en date du 24 juin 1552, deux marchands, l'un de Bordeaux, l'autre de Marennes, vendaient à un marchand de Poitiers quatre mille pipes de sel, mesure de Bordeaux ou de Langon, à rendre sur le port de Podensac; un autre marchand de Marennes s'engageait, le 6 juillet suivant, à payer à Jacques Girard, receveur du quart et demi pour le roi à Blaye, 30 livres 18 sous tournois, dus pour le droit dudit quart et demi du sel qu'il avait fait amener et descendre sur le port de Bordeaux ; le 1 4 du même mois, Jacques Regnauld, marchand de la Rochelle, vendait trente-quatre pipes de sel à Pierre Bargaran, marchand, demeurant au port de Sainte-Foy la Grande, au prix de 42 sous 6 deniers tournois, rendues à Bordeaux; le 2 août, Hélie Vidau, marchand, demeurant à Saint-Sernin de Marennes, vendait à Paulin Girard, marchand de Poitiers, soixante muids de sel l'cndus à Libourne.
C'était encore un bourgeois de Poitiers qui avait la ferme du sel à Bordeaux, et, à en juger par les locations d'immeubles qu'il fit dans cette ville "\ cette charge n'était
' Mintilfs (le Douzoaii, 17. juillet l.").")l.
- Ibid., \" août 1551.
■' Location par Jean IJeaussc, niairhand et bourgeois de l»oilicrs, de deux maisons rue des Argentiers, d'une autre rue de la Pelile-Carpenlerie, et d une Iroisii'nie rur des Argentiers. ^Minutes de l»ou/e:iu, -2(1 juillet Vins).)
i:t de la .navigation a RORDEAUX. 323
pas mince. Le 3 novembre 1552, suivant acte cle Douzeau, il réglait son compte avec Bernard Verges, marchand, demeurant à Langon ; deux jours après, le même notaire dressait acte d'une reconnaissance de 40 écus d'or sol, prêtés par Jean Beausse à Menault, dit Tastet, marchand de Bazas, et le 16 novembre notre Poitevin avançait une somme plus considérable (400 écus d'or sol, à raison de 46 sous tournois, valant 920 livres) à Giron Girard, Ramond Gaussé et Pierre Renyer, marchands de Bordeaux. k cette époque, il avait pour associé en la ferme du quart et demi du sel, André Janvier, sieur de la Peuguerie, receveur du domaine royal à Angoulême, qui figure dans un contrat passé, le 6 novembre 1552, par Douzeau, pour un achat de cent cents de sel, chaque cent contenant douze muids, mesure de Paris. Par un autre contrat du 14 du même mois, Jean Beaiisse s'engage envers deux marchands bordelais, Arnault de Mesplède et Arnault Durançau, à transporter du sel par eau jusqu'à Bordeaux et à Langon, et il achète au premier, par acte du 30 janvier 1552, tout le sel qui se trouvera en deux navires « de présent estant en avant Blaye. »
En même temps que Jean Beausse, d'autres marchands faisaient le commerce du sel, A la date du 9 décembre 1552, on trouve, parmi les minutes de Douzeau, la charte partie d'affrètement, par Amaury Bigot, échevin de la ville de Saintes, d'un navire breton de cinquante tonneaux, pour aller chercher au liavre de Brouage « et en la chenal appelé de Mandonuy, » deux cents et demi de sel, et les conduire à Bordeaux ; et le même registre fournit, à la date du 30 décembre, un contrat de vente de cinq mille sept cent soixante-dix -huit pipes de sel
« estant es sallines de ceste ville de Bourdeaux, » par le représentant de sire Paulin- Girard, bourgeois et marchand de Poitiers, à trois marchands de Bordeaux.
Pour le xvii^ siècle, nous n'avons guère à enregistrer que des contraventions aux règlements de la gabelle et des confiscations de sel à Libourne et sur la Garonne'. En 1580, l'administration avait fait imprimer un recueil concernant cette matière fiscale-; mais elle ne devait point s'arrêter à ce qu'il renferme. Un peu moins d'un siècle après, elle augmentait le prix du sel el donnait ainsi lieu à une révolte terrible en Guienne et dans une province Kmitrophe. La sédition fut étouffée à Aiigoulême; mais au bout de quelques mois, le 28 mars 1675, Bordeaux se soulevait aux cris de -.Vive le roi sans gabelle! Pendant plusieurs jours, les révoltés, après avoir tué et traîné dans toute la ville un malheureux qui n'avait pas voulu crier avec eux, tinrent fautorité en échec. Le maréchal d'Albret, s'étant hasardé dans les rues du quartier Saint-Michel à la tête de quelques troupes, fut accosté par un des meneurs en guenilles. « Eh bien ! mon ami, lui dit le marécha;l, à qui en veux-tu? as-tu dessein de me parler? » — « Oui, je suis député des gens de Saint-Michel pour vous dire qu'ils sont bons serviteurs du roi, mais qu'ils ne veulent point de gabelles, ni de marque d'étain, ni de tabac, ni de papier timbré, ni de greffes d'arbitrage. » Le maréchal, à leur merci, dut faire sanctionner cette de-
' Minutes de Couthurcs, J(; juillrl Kjri:;, Mu) r>i.-) ivcto ; et 20 octobre de la même année, folio 395 recto.
- Les Edits et ordonnances nniaiix, faicles et piiMit'es sur le faut et règlement des atjdes, tailles, f/ahelles. waijaùvs et 'ireiiiers ii sel, etc. A Paris, M. D.LXxx., in-i".
ET DE LA NAVIGATlOiN A BORDEAUX. 325
mande par le parlement, et Golbert lui-même approuva ces concessions, qui furent suivies d'une amnistie complète. Elles ne ramenèrent pas les esprits; car, peu de temps après, le 24 avril 1675, l'intendant écrivait que « si le roy d'Angleterre vouloit profiter des dispositions de la province et faire une descente en Guyenne, où le party des religionnaires estoit très-fort, il donneroit dans la conjoncture présente beaucoup de peine '. » Il ajoutait que la bourgeoisie ne paraissait pas mieux intentionnée que le peuple, et que des velléités de rébellion se manifestaient dans des provinces voisines. Cependant des mesures étaient prises en vue d'un nouveau soulèvement, que tout rendait probable. Il éclata au mois d'.aoùt suivant, et fut vigoureusement réprimé. Il y eut quelques hommes tués et une quarantaine d'arrestations. Le 21, le maréchal d'Albret écrivait à Golbert : « Hier on commença d'en pendre deux dans la place Saint-Michel ; aujourd'huy on continuera, ainsy que le reste de la semaine, de donner au public tous ces exemples de sévérité. » Les troubles ayant recommencé à la Bastide, à la porte de Bordeaux, le principal instigateur fut aussitôt saisi et exécuté sur la roue. A partir de ce moment, tout rentra
^ L'intendant ne dit pas que les Anglais n'avaient point renoncé a rentier en possession de la Guienne : or, il est certain qu'un siècle après la conquête ils caressaient encore cet espoir. Le l'-'' décembre 1560, le président de Feuquerolles, rendant compte au cardinal de Lorraine de la commission qu'il avait reçue du roi « pour le faict dos traites des bleds et des vins en la province de Guyenne, » signale a Son Éminence l'irritation des marchands anglais auxquels on demandait l'écu pour tonneau de vin sortant hors du royaume. Ils parlaient avec la dernière insolence de Cordeaux et de tout le duché comme de leur héritage et ancien patrimoine, disant qu'il n'était pas au pouvoir du roi d'enfreindre leurs privilèges. {SiUjociatwnii. lettres el pièces diverses relatives ftii ri'ijue de Frmiçois II, p. G82.)
dans l'ordre, et les taxes des affaires extraordinaires se payèrent sans difficulté. Les Bordelais, bien convaincus de leur impuissance par cette nouvelle tentative, n'osèrent plus remuer ' .
Nous n'avons point à parler du commerce de sel que la Saintonge et l'Aunis faisaient avec le nord de l'Europe, bien que nous ayons sous la main tous les matériaux qui s'y rapportent^; nous nous en tiendrons à ceux de ces documents qui nous montrent ce commerce en relation avec Bordeaux et venant y chercher d'autres aliments.
En 1706, un sieur Thévenin, ayant fait la demande d'un passeport pour un navire de 280 tonneaux venant sur lest de Hollande à Nantes, pour y charger du sel à
' Lettres, instructions et mémoires de Culberl, t. II, l"" partie, introduction, 1). xciv, xov. — On peut lire un récit plus complet de ces soulèvements dans V Histoire de Bordeaux de D. Devienne, l^e partie, liv. X, ch. xxxii.p. 48:2-o00; il encore mieuxdans un curieux article de M. E. Gaullieur, sur les pinticrs et estainguiers de liordeaux. (Revue d'Aquitaine, etc., t. XII, p. aOi-olO.) — Comme à Bordeaux, l'introduction de la gabelle dans les Landes et dans le Pays Basque mit toute la population en émoi. Forcé de sévir, Tintendant de Guiennc le lit avec la dernière rigueur, et les relations commerciales entre les deux villes principales de la généralité eurent beaucoup a souffrir. On trouvera de nombreux renseignements sur cette résistance a l'autorité royale, dans la CorrespiDidance administrative sons le ràjne de Louis XIV, t. III, inti'oduction, |). v-vu, et dans la correspondance adressée par l'intendant Pcllot a Colbert unème volume, p. 08-125). Voyez encore celle de ce ministre, t. Il, {"= pai'tie, p. 563.
- Ms. du Musée britanni(p!e, Bibliotli('(iuc du roi, 15. B. II, folio G'2 verso. — State Papers, etc., vol. I, King Henry VIII, paît II, p. 7«7. — State Papers, Domcstic Séries, Charles II, KiWi, Sept. 1, vol. CLXX, n" G. — Lettres, instructions et mémoires de Colbert, t. Il, 1" partie, p. ci.xxxin; 2« partie, p. Tiôl, (i2G,G51,632, note de note, 635, 63G, 666, 667. — Sur le Conterrolle de la recepte de la coustiime de Bayonne (C. Bureau des (inances, folio 71 recto), a la date du 51 mai 1625, il est fait mention de l'entrée d'un navire d'Abcrdeen chargé de sel; mais il est silr (|ue ce sel venait d'Espagne. Voy. State Papers, etc., vol. III, King Henry Vlll, part III [conlinucdj, n" cccxiv, p. 465.
destination de Riga, essuya un refus, bien qu'il se bornât à vouloir importer de ce port de la bourdille, du bourdillon et du merrain, pour l'échanger, à Bordeaux, contre des vins et autres choses permises ^
En 1711, deux navires de Lubeck arrivaient à Bordeaux, chargés, entre autres marchandises, de quarantehuit barils d'alun. Ayant pris leur chargement de vin, à l'exception d'un huitième de leur capacité, parce qu'il ne s'en était pas trouvé davantage à vendre, ils avaient fait voile pour la Rochelle, dans le but d'y embarquer du sel. Ayant demandé la permission nécessaire, les intéressés éprouvèrent un refus, « à cause de l'abus que les neutres pourroient faire de pareilles permissions en portant des marchandises d'un port de France dans un autre, au préjudice de la navigation des sujets du roy ^. »
Les officiers de l'amirauté de Bordeaux ayant- reçu des ordres pour empêcher que les vaisseaux neutres ne fissent le commerce de port en port pendant la guerre, se crurent obligés de dénoncer l'arrivée du navire la Catherine (le Drontheim, venant de Nantes, où il avait pris cinq charges de sel, de l' eau-de-vie et du vinaigre, une caisse essence de jasmin, des boîtes de confitures, du sirop et de l'indigo, en échange de graine de lin et de cuivre. Il
' Registre du Conseil de commerce F. 12. 53, folio :2G6 verso; séance du 30 mars 170G. Cf. folio 261 recto; séance du 25 mars de la même année.— Un négociant de Bordeaux, nommé la Moite Thévenin, parait, seize ans après, comme propriétaire d'un navire, saisi pour avoir apporté de Cadix vingt-deux pipes de sel étranger, dont l'entrée était défendue en France. A cette rigueur l'arrêt joignait la confiscation du sel, destiné a être jeté ii la mer, avec condamnation a 3,000 livres d'amende envers M« Charles Cordier, chargé de la régie des fermes unies de France. (Registre F. 12. 69, p. 172; séance du 13 mai 1722.)
-' Registre du Conseil de commeiro F. 12. o."), lolii» 31S verso; 28 août 1711.
'M8 HISTOIRE DU COMMEHCE
lui lut permis d'achever son chargement et de s'en retourner dans son pays', pjar une condescendance qui se manifesta ensuite envers des négociants de Bordeaux^.
La même année, tous ceux de cette place sollicitaient, pour leur faciliter la pêche des morues sèches à l'île Royale, les mêmes exemptions dont jouissaient les autres négociants en différents ports du royaume, entre autres, la permission de faire venir par des barques de la rivière de Seudre le sel nécessaire pour cette pêche, et de les renverser de }3ord en bord, au port de Bordeaux, dans leurs navires, sans payer aucun droit. Le Conseil de commerce émit à cet égard un avis favorable, à la condition notamment que les déclarations et les visites des barques de sel seraient faites en la manière ordinaire aux bureaux de Blaye et de Bordeaux, et que les barques seraient ancrées près des pataches de cette dernière ville jusqu'au renversement ^.
Vers le mênjç temps, les marchands de sel de Bordeaux portaient plainte à la Chand)re de commerce contre deux habitants de Marennes, qui, sous prétexte de la fourniture qu'ils s'étaient chargés de faire à l'État,
' Uogistre du Conseil de commerce F. 12. 57, folio lt)l reclo; séance du 20 septembre 1715.
- Les sieurs Mercier et O avaient demandé de faire passer du Havre ii liordcâux trois navires liambourgeois qui avaient servi jusqu'alors U transporter lés sels de la Rochelle au Havre et a Honfleur, pour aller prendre chez nous leur chargement de vins et caux-de-vie sans être obligés d'y faire quarantaine. Cette requête eut un plein succès. (Reg. du Conseil de commer?e F. 12. .')7, folio 208 verso; séance du 22 décembre 1715.) — La douane se montrait moins accommodante quand il s'agissait de sels étrangers. Voyez, au sujet d'une saisie a Bordeaux de vingt-deux pipes de celle denrée, chargées a Cadix, un arrêt rapporté plus loin, a la date du 5 mars 1722. {Iltkl., V. 12. 09, p. 172.)
^ Regislif (lu Conseil de coniiiierce F. 12. .■)7, folio 2(t7 leclo.
les ruinaient entièrement, « ne pouvant plus avoir de sels des particuliers maîtres des marais salans, ce qui les a rendus si rares et si chers, ajoutent les pétitionnaires, qu'à peine s'y en trouve-t-il pour les besoins de la vie. » Une enquête fut ordonnée '.
Souvent aussi, sous prétexte de fourniture à l'État, les agents du fisc mettaient en réquisition des quantités plus ou moins considérables de sel, pour faire eux-mêmes du commerce ou favoriser tels ou tels marchands. Un acte du notaire MicheUet, en date du 18 octobre 1714, porte qu'un inspecteur général des traites foraines aux bureaux de la Piochelle et bas Poitou, avait fait enlever du magasin de deux marchands des Sables d'Olonne, comme si c'eût été pour le roi, 5,490 livres de sel, faisant 561 boisseaux, pour les faire conduire à Bordeaux, à l'adresse d'un sieur Aquart -, qui les avait -vendus à Matthieu Fontemoin, marchand de Libourne.
D'autres actes du même notaire méritent d'être mentionnés ici. Dans l'un, du 6 novendjre 1714, un négociant de Bordeaux est présenté comme ayant vendu cent mines de sel à un marchand de Penne, en Agenais, à raison de 16 livres la mine, quittes de tous droits et payables partie en argent et partie en prunes, logées en vingt barils, à raison de 10 livres 10 sous le quintal, et rendues pareillement acquittées sur le port de Bordeaux. Dans un autre de ces actes, du 12 novembre 1714, un ancien maire des Sables d'Olonne apparaît à Bordeaux
' Registre A de la Chambre de commerce, p. 382; séance du IG juin 1712.
2 En deux endroits des registres du Conseil de commerce (F. 12. 78, p. 693, 50 août 1731 ; et F. 12. 80, p. 1, 2 janvier 1753), il est fait mention d'un ar- •mateur do Cordeaux nommé Acqitarly. ce qui ressemble liien ii Aquart.
330 IllSTOlUE DU COMMi'UCE
comme importateur de sel et exportateur de matières résineuses, telles que brai ^ras, à raison de 24 livres le baril, et goudron, à raison de 13 livres'. Mais le plus intéressant de ces documents est une sommation du 30 octobre de la même année, qui s'appuie sur un règlement des maire, sous -maire et jurais de Bordeaux, ordonnant que la compagnie des maîtres sacquiers donnerait vingt de ses membres aux marchands qui auraient du sel à décharger, « pour travailler à la décharge préférablement à toutes autres denrées '^ » Une autre sommation, du 29 novembre 1714, relative à vingt-quatre muids et demi de sel de l'île d'Oléron, montre que ce déchargement éprouvait quelquefois du retard,
La part qu'eut le tabac dans les. émeutes formidables de la Guienne, en 1675, nous autorise à dire quelques mots sur le commerce de cette plante à Bordeaux.
Le 24 avril 1675, l'intendant, adressant à Colbert un rapport sur ces événements, s'exprimait ainsi relativement à cette participation : « Les marchands qui trafiquent en tabac, et qui, outre la cessation de leur commerce, se voyoient chargés de beaucoup de marchandises de cette nature, que les fermiers refusoient d'achepter, et qu'il ne leur estoit pas permis de vendre aux particuliers, sont bien aises que le bruit continue, pour continuer avec liberté le débit de leur tabac; les autres négociants s'es-
' Ces matiorfs devaient sûrement servir ii bâtir dos navires conforniénient aux ri'iilenients longuement exposés dans les us et coutumes d'Olonne, iiubliés par M. Pardessus dans le tome Vi de sa Collection de lois inaritiines, etc. Voyez p. 548. {Pour aciiepter marchandises, hraij, (jouldron et antres choses.)
2 Dans cette pièce, il est fait mention d'une barque de sel « mise en coutume » par le sieur Luneman que nous avons déjà vu ci-dessus, p. 2G8, note 1, et p. 275.
toient laissé persuader, ou du moins avoient feint de l'estre, que, du tabac, on vouloit passer aux autres niarcliandises. Les estrangers habitués icy fomentent de leur costé le désordre ' . »
Le commerce du tabac était effectivement entre les mains de cette classe de négociants. On voit dans la déclaration du roi, en date du 17 novembre 1629, que l'on faisait alors venir le petun, autrement appelé lierbe nicotiane ou herbe à la reine, des pays étrangers, et qu'il ne payait aucun droit d'entrée, sous prétexte qu'il n'avait point été compris dans les anciens tarifs ou pancartes. On y expose même que cela avait donné lieu d'en faire apporter une grande quantité, de sorte que les sujets du roi, à cause du bon marché, en prenaient à toute heure, excès funeste à leur santé; « à quoi S. M. voulant pourvoir, elle auroit imposé un droit de 30 sols -par livre pour le droit d'entrée, excepté sur celui venant des isles occidentales appartenantes à la Compagnie. »
L'usage du tabac s' étant répandu de plus en plus dans toutes les parties de l'Europe, la plupart des princes voisins de la France en firent un des principaux revenus de leur couronne, et c'est à leur imitation qu'en 1674 le roi s'en était réservé le monopole. La déclaration donnée à cet effet est du 27 septenjbre.
Le 30 janvier suivant, le bail de la vente exclusive du tabac fut fait à Jean Breton, moyennant 500,000 livres pour chacune des deux premières années, et 600,000 livres pour chacune des quatre dernières. L'article 1 1 du traité intervenu à cette occasion désigne, au nombre des
' Pierre Clément, Histoire de la rie et de l'adminislralion de ddlferl, etc., ch. XVIII, p. 56.J.
332 HISTOIRE DU COAÎMEUCIi
ports d'entrée de cette denrée, Bordeaux avec d'autres ports de l'Océan.
Le 25 janvier 1676, un arrêt du Conseil, désignant à peu près les mêmes ports pour l'expédition des tabacs du cru du royaume, y ajoutait les ports principaux de la Méditerranée; et un nouvel arrêt du 14 mars suivant autorisait, à l'exclusion de tous autres, sous peine de confiscation et de 1,000 livres d'amende, les habitants de la généralité de Bordeaux et d'ailleurs, à cultiver le tabac.
Il existait alors à Glairac une manufacture de tabac fondée par un individu qui, vers 1630, avait rapporté de la semence d'Amérique', et Louis XIV venait d'accorder un privilège pour l'établissement d'une fabrique semblable, à la Rochelle, à deux protestants zélandais, Jacob Lievens et Frédéric Clément, « pour y presser et accommoder en mastinés le tabac en feuilles, tant de nostre royaume et isles francoises de l'Amérique et autres lieux ^. » Rien de pared n'existait encore à Bordeaux, à telles enseignes, qu'en 1649 un religieux, qui avait des relations avec cette ville, envoyait de la Guadeloupe à Saint-Malo le tabac dont il commerçait sous le nom d'un tiers ^, pour échapper aux défenses portées contre les ordres monastiques qui se livraient à ce trafic.
Cependant la culture de cette plante prospérait en Guienne. Un arrêt du 6 janvier 1(577 vint désigner
' Le chevalier de Vivens, ObRervaïiona sur divers moyens de soutenir et d'encourager l'agriculture , principalement dans la Guienne, etc. [Bordeaux], M. Dcc. Lvi., in-8», 2" partie, p. 52.
2 Lettres, instructions et nuhuoires de CoWert, t. II, S"" partie, p. K'ii, 8oô.
•" Minules de Coiilliiiros, 10 niiveiiiiirc lOriô, fdlio ()'i2 reclo.
d'une manière précise les communes autorisées à planter du tabac. Ces communes, au nombre de trente-deux, formaient ce que l'on appelait la juriditiioii du cru du royaume ou du cru de Guieiine, et font aujourd'hui partie des départements de Lot-et-Garonne et de Tarnet-Garonne.
Le P"" octobre 1680, la ferme du tabac fut réunie aux autres fermes du roi, et comprise dans le bail fait à cette époque avec un certain P. Boutet. Pendant la durée de ce bail, parut l'ordonnance réglementaire du 22 juillet 1681, statuant sur une foule de détails et fixant les prix auxquels devaient être livrés les tabacs du royaume et des îles françaises et ceux des pays étrangers.. Il fut encore désigné des ports, tant pour la sortie des tabacs indigènes que pour l'entrée des tabacs exotiques : Bordeaux est porté sur ces deux listes ; mais on ne voit pas figurer les tabacs étrangers parmi les denrées qu'attirait le commerce bordelais. L'article lui venait de l'Agenais, ce qui n'empêchait pas les commis du bureau du tabac de faire éprouver des vexations sans nombre aux maîtres et aux matelots des navires étrangers, en opérant la visite à bord de leurs bâtiments ^
Les fermiers avaient le droit de prendre, par préférence, tous les tabacs qui leur étaient nécessaires, en les payant au cours. Pour le reste, on délivrait des permis d'exportation, au moyen desquels on l'envoyait en Italie. On embarquait peu de tabacs à Bordeaux -, la ferme (elle
' Kegislrc A de la Chainbie de commerce, p. 94, Ori, III, 207, 208; lo février, 6 mars, 19 juillet 1708, 50 mai et 5 juin 1710.
- Mémoire eoneernant la généralité de Bordeaux, par M. de Besons, Ms. de la Bil)liolhèi|ue impériale, fonds Mortemarl, n" 98, folio 8 recto et i8 recto.
334 IllSTOini- DU COMMERCE
avait été détachée des autres en 1697), la ferme, sur d'autres points, s' approvisionnant à l'étranger'.
Pendant longtemps, le commerce ne vit pas sans déplaisir que le gouvernement se fût réservé le monopole du tabac. En 1711, un ancien consul de France à Lisbonne ayant demandé qu'il fût permis aux Portugais d'importer librement en France toutes sortes de marchandises, entre autres leurs tabacs, il fut observé dans le Conseil de commerce que cette denrée n'était plus libre, et que les fermiers généraux, seuls autorisés à en faire des provisions, avaient des commissionnaires chargés de leur en acheter au comptant ; au lieu qu'avant la ferme du tabac, les négociants du royaume se procuraient les tabacs du Portugal en échange de nos produits, ce qui empêchait la sortie de nos espèces pour une somme considérable chaque année '^
Les tabacs d'Espagne, c'est-à-dire des colonies espagnoles, se montraient quelquefois sur le marché de Bordeaux, et les fermiers du domaine d'Occident exigeaient des droits sur ceux qui venaient par entrepôt''. Le com-
* Registre du Conseil de commerce F. 12. 08, folio 7 verso; séance du 29 janvier \~\'2. — La Canne (le-y in, de Rrènie, et \ Évmuji'Unte-Saint-MdUhleii , de Garding, étaient venus a Dieppe avec leur charge de tabac, destiné pour le compte de la ferme, puis ii Bordeaux pour y charger des vins et eaux-de-vie. Le sieur Draueman, marchand de cette ville, demandait a être affranchi du droit dé fict, que les fermiers lui avaient fait payer nonobstant les arrêts qui exemptaient de ce droit les navires neutres sur lesquels il avait embarqué ces denrées. — Deux ans après, Théodore Diaueman, bourgeois et marchand de Bordeaux, demeurant aux Charlrons, reparait comme partie dans un liligc avec des marchands épingliers. (Minutes de Michellet, 21 septembre 1714..)
-Registre du Conseil de commerce F. 12. 5rj, folio 215 verso; séance du 20 mars 17 H.
•' Registre \\ de la Chamlire de ((iinmeirc, folio 52 verso; séance du 12 j;invier 171(>.
merce de notre place s'opposa à cette prétention ; mais les traitants tinrent bon, et six mois après le jour où des doléances s'étaient produites à la Chambre, le directeur du bureau refusait encore de relâcher les droits que l'on exigeait sur lesdits tabacs '. A neuf ans de là, les mêmes prétentions s' étant fait jour à propos d'une partie de tabacs venue de la Havane dans un navire parti de Bordeaux en 1726, et déchargé à Bayonne, la même Chambre de commerce appuya la demande adressée au Conseil pour la restitution des droits que le receveur du domaine d'Occident avait perçus à Bordeaux, et obtint cette restitution^.
En vue de favoriser dans nos contrées, la production du sol, on donna aux négociants de Dunkerque la permission de tirer de Bordeaux le tabac de Clairac qu'ils y avaient fait acheter, en payant les droits, comme les étrangers, de 45 sous par quintal de tabac sans côtes, et de 17 sous pour le tabac « exprès et commun^. »
Un mois après, un arrêt du Conseil révoquant le privilège exclusif de la vente du tabac accordé à un certain Jean Lamirail, le convertit en un droit payable à l'entrée, et permit à tous les sujets de S. M. de faire le commerce en gros et en détail de cette denrée, et même de la manufacturer ^. Vint ensuite la déclaration du P"" août 1721, portant règlement général pour la régie de la ferme du tabac.
' Registre R do la Clianibre de commerce, folio ôô recto; 17 juin 1716.
- Registre C, folio 40 verso ; séance du Vi janvier 1728.
■' Registre du Conseil de commerce F. 12. 05, folio 3ô9 recto; 50 nov. 1719.
* Registre R de la Chambre de commerce, folio 102 verso; séance du 12 février 1720. — Plus loin, folio loO recto (8 Janvier 1722), il est fait mention d'un mémoire des marchands et manufacturiers de tahac du cru deOuienne.
33G IIISTOIRI- nu COMMEUCI-
Les pipes nous arrivaient alors de Hollande'. Les frères Balgiierie et Cousin, négociants de Bordeaux, en avaient fait venir par le Speedwell, de Milford, quatre coffres, ainsi que trois tonneaux de fd de fer, pendant que deux autres navires anglais apportaient à trois marchands graisseurs en détail, neuf cents pièces de fromage, et à un sieur Goudal '^ cinq cents planches de sapin du Nord. Navires et marchandises furent saisis, à la diligence du directeur des fermes, comme étant entrés en contravention à l'arrêt du 6 septembre 1701, qui ne permettait aux négociants et aux bâtiments anglais d'importer en France c{ue des produits de leur pays; le tout fut confisqué avec aggravation d'une amende de 3,000 livres'.
^ Rcgistiv A de la Chamlire do coniiiierce, p. 40-42, ii; 28 juillet, 5 août et 2 septembre 170!).
- Ce négociant, dont le nom a déjà passé sous nos yeux (voyez ci-dessus, p. Ifiô, note i), et qui. ligure dans un factum de l'époque (IJild. de la ville, Juiispr., n» 5,076, t. II, pièce n» Cw), avec Samuel Boys, sieur de Lamotlie, et Jean Boys, établis à Bordeaux et a Rotterdam, n'était pas Hollandais, comme son nom pourrait le faire supposer : en remontant au milieu du siècle précédent, on trouve des Goudal à Casseneuil en Agenais. (Minutes de Couthures, G juillet lOfiC.)
" Registre du Conseil de commerce F. 12.67, folio 9 recto; séance du 18 janvier 1720. — Reg. B de la Cbambre de commerce de Cuienne, folio 100 recto, 2o janvier 1720; et verso, \<^' février.
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