CHAPITRE XLI
COMMERCE DE POISSON SALE, PECHE DE l.\ MOr.LE ET DE LA BALEINE.
Part considérable prise par les nog:ociaiils de Bordeaux à la pèche de la morue ; contrats à la {grosse entre les plus notables d'entre eux dans la seconde moitié du xvi" siècle. — • Deux g;arçons barbiers empruntent h la grosse pour faire le voyage de Terre-Neuve. — Découvertes en .Amérique ojiérées grâce aux capitaux des Bordelais ; le projet de la reprise de la Floride conri! et j)réparé à Bordeaux. — Progrès de la pèche de la monic ; nom de Chapeau-Rouge doimé à l'une des^ pêcheries. — Navires de Bordeaux annés pour le voyage de Terre-Neuve. — Vente d'aloses de Saintongc à un bourgeois de Bordeaux ; étrangers qui approvisionnaient celte place de poisson salé ; visiteurs de cette denrée ; manuscrit du Musée britannique relatif h Terre-Neuve cl aux pèches des Français. — Intérêt que porte Colbert aux marchands de Bordeaux en perte par la pêche de la morue. — Mémoires adressés à*la Chambre de commerce au sujet de cette pèche. — Pétitions de plusieurs négociants concernant le commerce de cette salaison. — De Bordeaux, le commerce de la saline s'étend jusqu'en Auvergne. — Achats à Bordeaux d'huile de baleine. — Pétitions concernant des importations de fanons de baleine. — Le snumon de Danemark succède, sur notre marché, à celui d'Ecosse. — Articles du Mémoire de 1730 consacrés au commerce de la morue à cette époque. — • Capitaux bordelais engagés dans les armements de pêche des Basques et des Malouins. — Monopole attribué aux marchands de poisson salé par les statuts de Bordeaux ; courte durée des maisons de commerce de celle place. — Des négociants anoblis restent fidèles à leur profession.
Le commerce du poisson salé forme un élément si considérable de l'histoire que nous avons entrepris de retracer, que l'on ne saurait nous jjlàmer d'y revenir, mèm-e en remontant plus haut que le point où nous nous sommes arrêté.
Après le milieu du xvi'= siècle, on voit à chaque instant les négociants de Bordeaux prendre part à la pèche de la morue sur le banc de Terre-Neuve, non directement, mais par leurs capitaux. Les marins et les armateurs étaient généralement des Basques et appartenaient au port de Saint-Jean-de-Luz. Le 28 mars 1561, Jac- (|ues Pichon prête à Johanis de llarapsu, l'un d'eux,
338 HISTOIRE nu COMMERCH
60 livres tournois à la grosse aventure, pour faire partie des avitaillements du navire de celui-ci, « pour aller à la pesche de la molue en Terre - Neufve '. » D'autres fois, le même capitaliste avance des sommes plus considérables à d'autres Basques de Saint-Jean-de-Luz et de Rayonne-.
Mais plus ordinairement c'étaient deux frères, marchands et bourgeois de Bordeaux^, qui faisaient ces sortes d' affaires . Les minutes du notaire Denhors sont remplies d'actes qui leur sont relatifs et qui confirment pleinement ce que nous avons dit de la patrie des pêcheurs de morue '^. Par l'un de ces actes nous apprenons que nos négociants ne se bornaient pas à des avances de fonds pour la pêche de la morue; ils en vendaient
' Minutes de Denliors, liasse 18i-i2, folio xix recto. — Jacques Pichon aliseiit est représenté par Guillemette DoiiUre, sa femme. — Les minutes de Douzeau renferment aussi des contrats a la grosse; mais rien n'indique qu'ils eussent pour objet la pèche de la morue. L'un d'eux, du 30 novembre 1521, est pour Guilhem Prat, procureur d'Alain King, marchand, bourgeois et vinatier de Londres, qui emprunte ainsi 176 livres tournois, plus 45 écus d'or au soleil; lin autre, du 23 avril 1558, constate un prêt a la grosse aventure au patron de la Làjère, de Fécanip, parla Catherine, du même port, d'une somme de li livres 8 sous tournois, a raison de 30 pour 100 d'intérêt.
^ Minutes de Denhors, li avril, 29 décembre et 20 janvier 1501, folios iiij»^': xiij recto, iiijï^xiiij verso, m ciij verso et m ciiij'"' vij verso. — A cette dernière page, il s'agit d'un navire de Saint-Vincent, comme sous le 21 février, au folio m iij'- Ivj verso. Six jours après, le mémo notaire enregistre un contiat semblable pour ravitaillement de la Muilelaine, de lîaycmne (27 février ITidl, folio ai iij<'lxxvj verso), déjà pourvue de deux autres cotés (2i et 20 janvier, folios m ij^ xxx verso et Mij'xxxv verso').
•' Une quittance pour Jeanne de Saignes, damoisellc, contre Matheline de Maurian, aussi damoisellc (minutes de Thenier, 20 nov. 1577, liasse 188-10, folio 112 verso), semble indi(iuer (|ue les Maurian avaient été anoblis.
'• Minutes de Denhors, <>, 20 mars, 12, li,2i, 20 avril 1501, folios xliij ver.so, iiij'>^viij recto et verso, iiij''«x recto et iiij** xj ver.so. m iij' iiij^»xvj verso, ("e iliTtiicr renvoi se rapporte ii un nnvii'c de Caplirctori.
aussi ', soit qu'ils eussent acheté des chargements entiers, soit qu'ils se fussent associés avec d'autres pour en acquérir'-.
Avec eux on peut nommer Pierre Reynier et Etienne de Cornet comme se hvrant à des opérations semblables, avec cette particularité que le premier avançait ses fonds à un navire de notre port, la Jacquet te-Colette, de Bordeaux"', et que l'autre se présente avec un air équivoque de noblesse *, tandis que Jean d' Ansogarlo, bourgeois du navire la Jeanne, de Saint- Jean-de-Luz, s'annonce avec la qualité (yécutjer dans deux contrats à la grosse passés dans la même étude et pour le même objet ^.
Plus humble, mais non moins entrepreaant, Jean Grenier, natif de Jonzac, compagnon, c'est-à-dire garçon barbier, demeurant à Bordeaux, empruntait 27 livres 10 sous tournois à deux négociants accoutumés à ces sortes d'affaires, « pour aller à la pesche de la molue en Terre-?seufve, dans le navire nomimé la Jehanne, de
' Minutes de Denhors, 16 avril ITiGl ; liasse 18i-2, folio cxxv reclo.
- llnd., 15 décembre ITiGl; folio ix'^xlvij recto. — Le même notaire enregistre plus loin un acte d'association entre Jean Joyeulx et Mery de la Noue, marchands de la Réole, et Jean Tortigue, marchand de Porl-Sainte-Marie, pour la perte ou le gain résultant de la vente de quarante pipes de morue sèche, au prix de 16 livres la pipe, et de vingt et un tonneaux de vin, a 50 livres cliacun. {Ihid., 15 février ITiei ; folio Miij'"xix verso.)
■■' Minutes de Denhors, i avril I.-)61 ; folio xl reclo. Cf. 3 et dernier jour de février (folios m ij<^liiij recto et Mij'^iiij^x verso).
* Ib'uL, 2() avril 1561 ; folio c xlvj recto.
•' Ibid., 5 mai 1561 ; folio c Ixix verso, c Ixxj recto. — Jean dWnsogarlo éUiit en mémo temps baile de Saint-Jean-de-Luz. Voyez ci-dessus, t. L P- i^i, et un acte de Denhors, du 10 février |.5(jl (liasse l8i-2, folio Miij^xvij verso), dans lequel il est présenté comme débiteur d'un marchand de Bordeaux, conjointement avec un autre, Micheau de Susset, allié par sa femme. Maiie de Saui.mies, a l'uu des nntiibles commerçants de cette ville.
340 HISTOIRE DU CUMMKBCR
Sainct-Jehan-de-Lus. » Le compaignoH était peu en fonds, à en juger par un autr^ acte passé le même jour, portant reconnaissance d'une dette de 21 livres tournois, envers Guillaume Clavier, maître couturier de Bordeaux, « à cause de despence que ledict debteur a faite dedans la maison dudict Clavier * . »
Un autre garçon barbier, entraîné par l'exemple de son camarade, s'enrôla de son côté sur un navire de Libourne, pour se livrer à la même pêche, et, dans ce but, il s'adressa aux négociants qui avaient prêté à Jean Grenier; mais il les trouva moins larges, et n'en put tirer que 6 livres tournois, pour lesquelles le notaire Denhors dressa le même jour, c'est-à-dire le 23 mars 1561, un autre contrat à la grosse-; La mention qui s'y trouve de médicaments, dont le prix entrait dans cette somme, montre clairement que l'emprunteur allait à Terre-Neuve pour exercer son état, tout en prenant part aux bénéfices comme aux risques et périls de l'expédition.
Nous ne citerons deux autres contrats à la grosse, enregistrés par le même notaire le 25 février 1561 '\ que parce qu'ils offrent un Rayonnais ])rêtant, à Bordeaux, de l'argent à deux de ses compatriotes, propriétaires associés d'un navire en partance pour Terre-Neuve. De tous ces documents réunis, il est permis de conclure que le commerce de Bordeaux a été de bonne heure i'àme des expéditions entreprises par les Basques pour
' Miniitos (le Donhnrs, 2~) mars l'Idl ; liasso ISi-2 folids m iiij' Ixxij rrctn o\ M iiij'' IxxiiiJ leclii.
- Ifiiil., t'olio Miiij' lxx\ lectu.
^ lliiil., tWlios M ij'^xlix rrcUi ri m \y \ ivcU».
ET DE LA NAVKJATION A B(JiU)EAL'X. 341
la pèche de la baleine et de la morue, et que si ceux-ci ont fait des découvertes en Amérique, c'est grâce aux encouragements des Bordelais. La reprise de la Floride, en 1568, n'a pas d'autre origine. Le capitaine Dominique de Gourgues, méditant de recouvrer cette province sur les Espagnols, trouvait à Bordeaux un concours ({u'il eût vainement espéré ailleurs '.
A l'exemple des Biscaïens, les Normands, et successivement les Bretons, les Rochelais, les Saintongeois et les habitants des Sables d'Olonne, s'appliquèrent à cette pèche si lucrative, surtout depuis l'année 1604, où Henri lY favorisa l'établissement d'une nouvelle colonie au Canada-, et de bonne heure Bordeaux prit part à leurs opérations''. Le nom de C/uipeaii-Rougc, donné à certaines pêcheries, est sûrement un souvenir de F hôtellerie où les marins qui les fréquentaient venaient conclure des affaires.
' « ... !l vend son itieii et empriinctc de se>i aniys, t;iiU puiir faiic bastir, armer et équiper deux petits navires, en forme de roberge, et une patache, en faron de frégatte de Levant, qui, a faillie de vent, peussent voguer a rame, et l'eussent propres pour entrer en la bouche des grandes rivières, qu'aussi pour acheter la provision d'une année de vivres, et autres choses nécessaires pour les hommes de guerre et mariniers qu'il entendoit mener. » {La Reprise de la Floride, édit. de la Société des Bibliophiles de Guicnne, p. 29, 50.) — Ce passage, joint a un acte de Castaigne, du I i mai loli, portant vente de quatre cents quintaux de biscuit au vaillant capitaine d'aventure par deux marchands fourniers de Bordeaux, semble limiter a ses amis personnels le secours qu'il re(;ul pour son expédition. On sait qu'elle partit de ce port le 2 août; elle se composait, sans parler de deux barques, de trois navires, dont le principal avait pour patron un Bordelais, François Lagué, marin consommé, au rapport de Dominique de (Jourgues, qui le qualifie de « homme aussi ex|ierimente au fait de la marine qu'i! en soit de ce temps. » {Ibid., p. iH.)
- Valin, yuKieati Commentaire sur l'ordonnance de la marine, liv. V. lit. W ; t. il. p. 723. Cf. p. 736, 737.
' .Minutes de Dou/.eaii, 1 J mars l.Ti2.
34'i UISTOIHE DU C0.MMEKC1-:
On peut signaler, au commencement du \\f siècle, la sortie de l'Adour, pour le voyage de Terre-Neuve, du Saint-Pierre, de Bordeaux, navire de cent quarante tonneaux, en même temps que celle de la Marie, du même port, et, peu après, l'entrée de la Marguerite, aussi de Bordeaux, barque de faible tonnage, qui apportait de cette ville vingt barriques de sardines, chargées par Gilles d'Andaldeguy, bourgeois de Bordeaux', nommé ailleurs comme ayant embarqué, sans doute à destination de notre ville, soixante-trois jarres d'olives-.
Nous laisserons de côté une vente de vingt-huit douzaines d'aloses, à raison de 18 sous la douzaine, « comme par le passé, » à Ramond de la Yergne, citoyen de Bordeaux, par un marchand de Plassac^. Nous ne parlerons pas non plus des Normands et des étrangers. Anglais, Irlandais, Écossais, qui venaient approvisionner le marché de Bordeaux de poisson salé, ni des « visiteurs d'iceluy^ » Ihie pareille digression nous entraînerait loin de notre sujet, encore plus que l'examen des pièces renfermées .dans un manuscrit du Musée britannique, (|ui se rap})orte à Terre-Neuve et aux expéditions entreprises pour protéger les pêcheries contre les envahissements (les Français^. Nous passerons à ce qui, dans l'histoire des pêches, concerne particulièrement lîordc^aux et les deux derniers siècles.
Après le milieu du xvii*^ siècle, nos armateurs, à ce
^ (MiiterroUe de la receple du bureau de la couslume de Haiiiunic. 17 I'iviut, 17 et 20 mars 162.") ; folios 25 retlo, .'),"> recto et 58 recto. - Jbid., 27 février lG2o; folio 25 reeto. •■' Minutes (le Doii/eaii, IKjuiii l.'ifil. ' .\nciens.et nouveaux Slatulx, clc, |». 221-22(>. ••• .\(lilili<iii:il Mss, i:)'iit2.
ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. .m
([u'il paraît, s'adonnaient volontiers à la pèche de la morue, Colbert écrivait, le 3 janvier 1676, à M. de Sève, intendant de Guienne : « 11 est nécessaire que les marchands de Bordeaux qui ont perdu leurs vaisseaux dans le voyage de Terre-Neuve, rapportent des pièces en bonne forme pour justifier de leur perte; et, sur le compte que j'auray l'honneur d'en rendre au roy, je ne doute pas que S. M. ne veuille bien les décharger du payement du droit de 3 livres par tonneau, pourvu que leur perte soit bien constante', » etc.
Au commencement du xvni*^ siècle, les négociants de Bordeaux continuaient à prendre part à la pêche de la morue. La Chambre de commerce adressait au contrôleur général un mémoire, pour demander la suppression des droits sur toute la cargaison des navires qui allaient à Terre-Neuve faire la troque ou la pêche du poisson sec ou vert, et elle se faisait lire un autre mémoire au sujet du rétablissement de la pêche au même endroit et du reversement des sels, devant Bordeaux ou Blaye, dans les bâtiments destinés à ces expéditions-.
En 1709, les sieurs Ayma, Pujols et Duc, négociants de Bordeaux, demandaient qu'il leur fût permis d'acheter en Hollande un navire de construction anglaise, qu'ils destinaient à la pêche de la morue et au commerce de l'Amérique sous pavillon français. Les directeurs de la Chambre' de commerce, consultés, ayant rendu le meilleur témoignage aux pétitionnaires, ceux-ci obtinrent du Conseil supérieur la permission qu'ils sollicitaient; mais
' Lettres, iitslructious et mi'moires de Colbert, t. Hl, l^» part., p. 5o6, note 2. - Reiçistrc A de la Cliaiubro de commerce, p. 04 (,9 février 1708), p. 100 (I!) avril ITOSt, p. \{){\ TA mai\ p. !(t7 > L'ijuirT, p. III et 11-2 ^20, juillet).
n'ayant pu en profiter à cause du renchérissement des vins et autres denrées, qui rompit les mesures qu'ils avaient prises et leur en fit différer l'exécution, ils adressèrent au Conseil, l'année suivante, une nouvelle requête qui obtint le même succès \ On en peut dire autant de celle d'un autre négociant de Bordeaux, le sieur Beaujon. 11 avait demandé de faire décharger au port de cette ville neuf cent quintaux de morue verte, venus pour son com.pte sur un bâtiment commandé par un capitaine anglais, qui avait échoué à l'île de Ré : le Conseil donna un ordre pour autoriser cette opération-.
Dans l'intervalle, un Écossais établi à Bordeaux, George Boyd, adressait au contrôleur général un placet au sujet de l'opposition que lui faisaient les commis des fermes, de lui laisser décharger deux parties de morue verte, de pêche française, l'une de neuf mille cent cinquante et une morues, et l'autre de quatorze mille. A l'en croire, ces dernières, venues de Bilbao, y auraient été reversées sur des barques, du bord d'un navire français de Granville qui les avait pêchées au banc de Terre-Neuve. Boyd suppliait qu'il lui fût permis (en payant les droits) de décharger et de vendre ces morues à Bordeaux, où, disait-il, elles étaient nécessaires à la subsistance du peuple. « 11 a ])aru, dit le procès-verbal de la séance du Conseil où cette affaire fut discutée, que ces morues dévoient estre renvoyées à l'estranger, si mieux n'ayme le sieur Boyd que les deniers qui proviendront de la vente qui s'en fera soient consignez pour estre confis-
1 Registre du Conseil de coniiiicrce F. 12. .>>, Iulio ol) verso (séuncc du 7) mai 1709) ; et folio 203 recto Qi septembre 1710). - Rpti. F. 12. 07, folio S verso; séance du lH.j;mviei' 1720.
i:t de la navigation a HOIIDEALX. Mo
quez si... il est justilié que ces morues viennent de nos ennemis '. » ,
Un registre des archives départementales de la Gironde que nous avons déjà eu l'occasion de citer plus d'une fois, le Rôle des bateaux qui remontèrent la Garonne jusqu'à Marmande en l'année 1593, présente à chaque ligne des mentions de transports de morue, qui montrent bien dans quelle proportion énorme cette espèce de salaison contribuait à l'alimentation pulilique. Bordeaux en envoyait jusque dans le centre de la France, si l'on peut tirer une pareille conclusion d'un acte du 30 janvier 1561, portant vente à un marchand de Moussages, en Auvergne, de merluche, baleine et hareng-.
A cette époque, les Basques allaient encore à la pèche de la baleine, et, sans sortir des minutes du notaire Denhors, on trouve des achats de fortes parties d'huile de ce poisson à des armateurs de Saint-Jean -de-Luz et de Saint -Vincent ■"'; mais il paraît qu'au xvii'' siècle, la
' Registre du Conseil de commerce F. 1:2. oo, folio IH verso; séance du :28 lévrier 1710.
- Minutes de Denhors, liasse 18i-2, folio Mij<^xlvij recto. — Le 15 février de la même année, Jean Docliier, marchand de Périgueux, reconnaît devoir ô^i livres tournois a François de Pontcastel, marchand, bourgeois et jurât de Bordeaux, pour prix de quatre pipes de merluche et de morue. {IbiJ., f"* Miij'xxxix recto et Miij^xl recto.)
3 Minutes de Denhors, 12 et 20 mars I.^JGI; liasse 18i-2, folios m iiij-xix verso et Miiijclxiiij recto. — Dans le premier des deux contrats, il s'agit de trente barriques de graisse de baleine achetées au prix de 8 livres 1.") sous ton; nois l'une; et dans le second, de vingt barriques d'huile moyennant 9 livres tournois chacune. — Nous n'avons pas trouvé ce terme AlmUe, au lieu de graisse, avant 1707, date d'une affaire soumise h la Chambre de commerce, et dans laquelle il est question de quarante-deux barils d'huile de foie de stodilish, venus au sieur Houé par un navire danois (rcg. A. p. 7-2. Il juillet I7()7\ Plus tard,
;}'i() iiisToiiu- nu commkhci'
baleine ne se montrait plus sur nos côtes, et même qu(ï les Basques avaient renoncé à l'aller chercher dans les mers du Nord. Un bourgeois de Bordeaux, nonnné François Laure ou Lavre, établi à Porto et désirant rentrer en France, avait sohicité la permission de joindre à ses effets cinq cents quintaux de fanons de baleine. Il allégua, à l'appui de sa demande, que depuis longtemps les Basques n'allaient plus à celte pèche ^; qu'en 1707, ils y avaient envoyé seulement un petit navire, « qui fut rançonné; » que l'année suivante ils n'en avaient expédié aucun, et qu'ainsi ils ne faisaient pas concurrence au commerce des autres négociants français. En dépit de ces arguments, le Conseil, considérant que ces fanons de baleine étaient de pèche, sinon de propriété hollandaise, jugea convenable de refuser-.
Toutes les pêches étrangères étaient prohibées depuis plusieurs années, et l'on ne s'explique pas comment le commerce pouvait l'ignorer. C'est, cependant, l'excuse que mettaient en avant, d'abord des marchands de notre place, pour obtenir mainlevée d'une saisie opérée à la rcHjuète de l'un des commis de la compagnie du Nord lésée dans ses privilèges"", puis un négociant suédois étala Chanilire intervint dans une autre aftairo relative ii un achat de morue et d'huile de poisson. iJb'uL, p. i2i(), 5 noveuihre 1710. j
1 Voyez, il ce sujet, une lettre d'un sieur Turbide i^sans doute Diturlnde), de Saint-Jean-dc-Luz, au sujet de la pêche de la baleine, dans le registre du Conseil de commerce F. 12. lil, folio 211 verso (séance du 29 décembre 1713); et Saint-Jean-de-Luz historique eliiilloresque, etc., par Léonce Goyetche. liayoïinc, 1k;j(J, in-12, p. HO.
- Reg. F. 12. 1)7), folio 24") verso; séance du 2 mars 170S. Cf. folio 247 verso, 10 mars.
^ Le premier président de l'onlac ii Coiherl, lîordeaiix, le 2o scptemiire l(i(i2. liihl. iiiip.. Colli III. Me! . l'iilio iô") ix'itn.i — Ce mai;islral sitiiialc le dom-
bli à Bordeaux, le sieur Luetkens. 11 avait reçu une partie de fanons et se les vit saisir par les commis des fermiers généraux. 11 eut beau réclamer, prétendant que cette marchandise provenait de la pêche des sujets du duc de Holstein-Gottorp : la Chambre de commerce, à laquelle il avait porté ses doléances, ne jugea pas même à propos d'envoyer son mémoire au contrôleur général, comme elle le fit plus tard dans une circonstance analogue ^
Fort de cette décision, le directeur des fermes de Bordeaux fit saisir un paquet de fanons de baleine apporté par le capitaine d'une navire suédois. Un négociant de notre ville, dont le nom a déjà passé sous nos yeux-, Thomas Clock, intervint en même temps que les directeurs de la Chambre de commerce de Guienne, et, sur leurs représentations réunies, le Conseil supérieur prononça mainlevée de la saisie, à charge de renvoi du pacjuet à l'étranger^.
Au nombre des salaisons que les étrangers continuaient à importer à Bordeaux, nous avons encore à mentionner
mage qui pourrait résulter pour les fermiers du convoi, si la saisie était maintenue. A cette époque, le fermier des cinq grosses fermes de France l'était en même temps «les apprêts dos huiles et fanons de baleine. Un contrat a la grosso reçu par le notaire Brisson donne a penser que ce traitant se laissait aller quelquefois ii s'intéresser aux armements de pèche. (Minutes de Coulhuros, 18 septembre lOGoet 11 .janvier 1667.)
'Registre A des délibérations de la Chambre de commerce, p. M (10 décembre 1705) et 51 (10 novembre 1706). Cf. p. 75 (2S juillet 1707).
- Voyez ci-dessus, p. 241.
^ Registre A de la Chambre do commerce, p. 108; séance du ±2 juin 1708. — Registre du Conseil de commerce F. 12. 53, folios 522 recto et 523 verso; séances des 50 juin et 6 juillet 1708. — La maison Clock existait encore vers le milieu du xvnie siècle, comme en témoignent deux actes du notaire Trcyssac des IG juin et 13 juillet MU (folios 830 et 976), relatifs ii l'abandon de la cargaison d'un navire.
348 HISTOIRE DU COMMKi'.Ci:
le saumon, qui n'y arrive plus aujourd'hui. Au commencement du XVIII'' siècle, il nous venait de Danemark. Un négociant écossais que nous avons déjà vu dans notre ville, et l'un de ses compatriotes établi à Rouen, représentant les avantages qui reviendraient au royaume s'il plaisait à Sa Majesté de leur accorder des passeports, tant pour les vaisseaux écossais qui viendraient chercher de nos produits que pour les navires français qu'ils voudraient envoyer en Ecosse pour en tirer diverses marchandises, mentionnent le saumon de ce pays comme article d'exportation. Consulté sur le point de savoir s'il y avait lieu de prendre en considération les placets des sieurs Boyd et Arbuthnot, le Conseil de commerce, après avoir émis l'avis de traiter les navires écossais avec la même faveur que les suédois et les danois, qui étaient exemptés du droit de 50 sous par tonneau, manifesta l'opinion qu'on ne risquerait rien \vdv une pareille dénrarche, attendu que le roi ne tirait aucun droit des pi'Oductions de l'Ecosse, qui ne venaient point en France ; que les navires danois qui nous apportaient du saumon, au lieu de celui d'Ecosse, étaient exempts du droit de fret, et que la modération des droits était avantageuse aux fermes et au comnierce, « nos pesches et nos manufactures ne souffrant aucun dommage de ce qui vient d'Ecosse, car nous ne peschons point de saumoné »
'Registre du Conseil de r-niimioiro F. 1-2. ."il, folio :28 lecto; séance du Ô'J juillet 170i. « Et iiinès diverses rcllexions faites sur toutes ees observations, il a été arrcsté que les députés de Rouen et de Rordeaux éeiiroient aux nétrocians de ees deux villes qui ont quelque eonimeree et relation on Escosse, poulies pressentir sur les veiies qu'ils peuvent avoir dans le eoninierce a faire avec les Escossois, et sur l'espérance dont ils iiourroicnt se flatter qu'il ne seroit pciit-esti'c pas itupossiMc que I ■ rov ne les favoi'isàt de (|url(|ui' exemption de
Le Mémoire de 1730, qui nous donne la statistique du commerce de Bordeaux pour cette année, ne fait mention ni de saumon salé ni même de hareng, bien qu'il en vint alors comme par le passé et comme aujourd'hui'; il renferme seulement les articles suivants sur les deux espèces de morue qui arrivaient à Bordeaux pour alimenter cette ville, la Guienne et les provinces limitrophes.