ET FABIUQUES DE BAS
tmporUilion ilc mcrrain clraiigcr; arrcl du parlement de Bordeaux prohibant l'exiiorlalion du l,ois. — Arrivag;es de bois des Pyrénées ; Colliert écrit à loin' sujet à l'intendant de Rotliefort. — Leltr(! du premier présiilent au parlement de Bordeaux, en 1702, relativement au bois do cliène embarque pour l'arrimage dos navires; discussion, à ce sujet, au sein du Conseil de commerce. — Autre délibération de la môme assemblée, en 1706, concernant diverses marcliaadlses étrangères, entre autres, des planches de chêne. — Demande de passeport pour un navire cliargé de bois du Nord; mémoire d'un inspecteur de la marine ;i M. do Ponlcliartrain sur la convenance d'accorder des passeports aux navires des villes bauséatiqucs; décision conrornie du Conseil de commerce. — Succès de quatre demandes de passeports pour des cargaisons de bois du Nord. — Imposition des capitoiîls de Toulouse sur les bois des Pyrénées; réclamations élevées à ce sujet; cherté du merrain en 1723. — Peu do cas que l'on faisait autrefois du bois de noyer ; lettre de l'intendant de Guicnne au contrôleur général sur une demande d'exportation de ce bois. — Obstacles opposés à l'arrivée des bois du Périgord par le marquis de Saillant ; la Chambre de commerce de Guienne s'occupe de lever ces difficultés. — Provenance de la plus grande [)artie du merrain employé par les tonneliers de Bordeaux. — Dimensions du merrain à pipe de Hambourg ; son emploi. — Dimensions du merrain ])ropre à faire des pièces à cau-de-vie. — Merrain de Lubeck ; mode de vente, dimensions. — -Consommation du merrain de Hambourg et de Lubeck à Bordeaux. — Arrivages de merrain de Lorraine jiar la Meuse et le Pihin ; il est recherché » Bordeaux ; dimensions de ce merrain ; prix, mode de vente. — Commerce du charbon de terre à Bordeaux ; premières traces que l'on en retrouve. — Autorisation do faire vendre un tonneau et demi de charbon de terre anglais. — Bouteilles et verreries en Guienne; req'icte du sieur do Billac. — Kaliriipie de faiencc de Jacques Fautier et Jacques llustin; verrerie de Bourgsur-Gironde foudi'c par un Allemand ; fabrique de verres et de bouteilles du sieur Mitcbel. — Fabrication do lias à Bordeaux ; arrêts et règlements qui se ra]iportenl à cette industrie.
Dans notre premier volume, nous nous sommes longuement étendu sur le commerce des bois à Bordeaux^ tant que cette place était alimentée, sous ce rapport, par les pays limitrophes; mais il arriva un moment où ces sources de production s'épuisèrent, et où les merrains de la Saintonge, du Périgord et du haut Pays ne purent plus suffire à la fabrication des barriques, à la construction des barques et des navires, et à celle des édifices. Déjà, bien avant le milieu du xvi" sit^ele, le parlement, aval 1
« prohibé et deftendu à toutes manières de gens de porter, ne faire emporter le bois de merrain, chauffage, à faire bastir maisons, ne autre bois, hors le ressort de la seneschaucée de Guyenne, » ce qui n'empêchait pas les marchands de Marennes, d'Oléron et de Bretagne, de charger dans les principaux ports de la province ces diverses sortes de bois^
Après le milieu du xvii^ siècle, il descendait des Pyrénées par la Garonne, en même temps que des marbres^, des bois de charpente, très-beaux, et abondants au point d'effrayer Golbert^. Le 28 avril 1678, ce mi-
• Défense de transporter du bois et des blés hors de la sénéchaussée de Guienne, 20 avril L'ilH {Ane. et nouv. Statuts, etc., éd. de 4701 , p. 200 : Du pan, latte, Inballot, merrain, carasson et coitldre), et ï" août ITiôô. (Registre du parlement de Bordeaux B. 21, folio iGÔ verso.) — Plusieurs actes du notaire Denhors nous renseignent sur les diverses dénominations de bois alors employées en Guienne. Dans l'un d'eux, du 29 septembre loGl, liasse 184-2, folio vij'=xxviij recto, deux maironniers, ou fiibricants de merrain, dans l'Entre-deux- Mcrs, s'engagent, moyennant la somnu^ de ;> fr. bordelais pour chaque millier de merrain de barrique gaini, ii travailler de leur état dans le bois et forêt du château de Ms-" de Pardaillan, en la paroisse de Lignan; « plus pour millier de latefuille, millier de barres, 20 s.; plus pour millier de ray de carrelé, 3 fr. bourdcUois; plus pour millier de fonsaille qui se trouvera davantage, 7 s. pour pille du nombre de deux cens soixante chaisnes. » Dans deux autres actes, du (> janvier l'iGl (;7;;V/., folios Mclj verso et Mclij verso), il s'agit de trente et de quatre-vingts tonneaux de bois « de casse et caudyn, » rendus de Gaslres a Cordeaux, moyennant 50 sous par tonneau.
2 Registre du secrétariat, année 1670; Ms. de la liiM. iuip. Fr. G6.')2, folio 213 verso et 217 recto, li juin. (Passeport pour les sieurs Misson et la Doullaye pour aller en Languedoc et aux Pyrénées faire tirer des marbres « qu'il convient incessamment comluire aux ports de Valenliiié, Monréjaux, Saint-Réat et ailleurs, pour commodément les voiturer le long des rivières de Garonne et autres jusqucs a... Paris. » — Rrevet de permission pour le sieur Formont, banquier de la même ville, d'extraire des marbres des carrières du Languedoc.) Voyez encore folio 103 verso, 28 mai 1()70. (Passeport "a la Grue pour faire venir a Paris des marbres de Rance, ISaibcnson, Dinan et autres lieux.)
•' Lettre a Colbert de Terron, 21 janvier KlOfJ. Lettres, iusinictiuns et mémoires de Colbert, t. III, 1'''= i)artie, \). 40.)
FT DE LA NAVIGATION A CORDEAUX. :m
iiistrc, instruit du retard dos constructions à Rocliefort, par suite de la disette des bois, écrivait à Vintendant d'en faire voiturer la plus grande quantité possible de la forêt de Bénauge \ qui lui avait été signalée depuis longtemps comme abondante en bois de construction^, mais qui avait dû souffrir des horribles dégradations exercées particulièrement dans la Guienne, le Languedoc et le ressort du parlement de Pau^.
Au commencement du xviii° siècle, le premier président au parlement de Bordeaux écrivait à M. de Pontchartrain, au sujet du bois de chêne embarqué pour l'arrimage des vaisseaux marchands qui sortaient de la rivière. La lettre ayant été renvoyée au Conseil de commerce, puis aux députés pour l'examiner dans leurs réunions particulières et donner leur avis, il fut observé que la facilité qu'avaient les maîtres de ces navires d'embarquer du bois de chêne pour servir à leur arrimage, préférablement au bois de pin, d'aubier et de tremble, qui était tout aussi bon pour cet emploi, causait à Bordeaux une grande disette de bois de chêne; finalement, le Conseil émit l'avis d'en défendre l'usage pour l'arrimage des navires'.
' Lettres, inxlriœtions et mémoires de Colbert, t. !U, ^^ partie, p. 9j.
- Hotniiiii lui écrivait de Bordeaux, le 25 décembre 1661 : « J'ay reconù à mi)n voiage de lîénaugc, dans le parc du cliasteau, une fustaye fort vive et fournie de beaux brins de bois, dans laquelle on peut choisir jusques a mille pieds de thesne pour employer ou a la construction des navires ou aux ouvrages du Chasteau-Trompclte. Si la chose mérite d'estre relevée, je l'aprofondiray dans un détail plus estendu. » (Colb. 105 Mél., folio iOi recto.)
^ Colbert a M. de Sève, intendant à Bordeaux, 12 août 1672. {Lettres, instructions et mémoires de Colbert, t. IV, p. 250. Cf. p. 47, 257.)
' Registre du Conseil de commerce F. 12. 51, folio 85 recto; séance du 5 janvier' 1702 Cf. folio 77 verso, 0 déccinltro 1701.
En 1706, il fut informé que parmi les navires arrivés à Bordeaux, l'un avait apporté vingt barils cl*'amidon non compris dans son passeport, un autre des planches de chêne au heu de la bourdille qu'il avait eu la permission de décharger, et un troisième deux cent cinquantecinq saumons de plomb de Holstein. Après délibération, il parut à l'assemblée que l'amidon devait être renvoyé, parce qu'il n'était permis qu'aux Suédois et aux Danois d'en apporter en France; que l'on pourrait permettre de décharger les planches de chêne, parce qu'elles étaient de la nature de la bourdille et que l'on en avait besoin ; et qu'à l'égard du plomb, on devait le renvoyer, par la raison qu'il n'y a pas de plomb dans le Holstein, et que le métal en question ne pouvait provenir que de l'Angleterre ^ .
Vers la fin de la même année, les villes hanséatiques adressaient une pétition à Louis XIV, pour savoir si le roi, tout en ne jugeant pas à propos de leur accorder la liberté de commerce dont jouissaient les Hollandais, voudrait leur permettre d'envoyer en France leurs navires sur lest, pour y prendre leur chargement de marchandises et denrées du cru du royaume. Ces villes demandaient encore un passeport pour un navire qui se trouvait chargé de bourdillon, bourdille et planches de sapin, et deux autres passeports pour deux bâtiments que l'on aurait voulu envoyer, l'un à Bordeaux, l'autre à Bayonne, sur lest ou avec quelques marchandises permises. A cette occasion, l'inspecteur de la marine à Bordeaux envoya à M. de Pontcliartrain un mém.oire
* Heî,'istre du Conseil do coniniorcc F. 1:2. .'il, folios 076 verso et 579 recto; séances des 1:2 janvier et .% février 17(i(i,
ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 3o7
pour lui exposer les avantages que la Guienne recevrait dans son commerce, si le roi accordait des passeports aux navires des villes hanséatiques, dont plusieurs maîtres étaient déjà venus à Bordeaux sous pavillon suédois ou danois, qui les exemptait du droit de 50 sous par tonneau, qu'ils eussent mieux aimé payer pour avoir la liberté de venir sous leur pavillon national. Après une discussion approfondie, il fut décidé à l'unanimité d'accorder des passeports aux navires des villes hanséatiques pour venir lèges dans les ports français, « et pour y apporter même le merrain, bourdillon, bourdille, et généralement toutes sortes de bois, » parce que l'on en avait besoin en France, et principalement en Guienne; « n'y ayant pas lieu, ajoute le secrétaire du Conseil, de craindre que ces vaisseaux abusent des passeports, puisque les cautionnemens qu'ils sont obligez de donner de 3,000 livres pour ceux du port de cent tonneaux et au dessous, et à proportion au dessus, excèdent la valeur du bois dont ils seront chargez, à condition néantmoins de payer le droit de 50 sous par tonneau, ainsi que les Hollandois le payent ' . »
Le Conseil se montrait encore favorable aux demandes de passeports pour des navires chargés de bois du Nord. Un négociant, Henry Meyer^, représentait qu'il avait commencé à faire bâtir, au bord de la rivière, deux grands magasins et une maison, et que, ne trouvant pas dans la province des planches de sapin telles qu'il les
' Rct;islrc du Conseil de commerce F. 42. 55, folii) 9ô recto ; séance du 17 novembre 1706. Cf. folio 92 verso; séance du 12 novembre.
* Parmi les minutes de Banchereau, on rencontre, h la date du 17 juillet 1727, un Ridianl de Mcycr, néiiociant aux Cliarlrons. Cf. ci-dossus, p. 206.
358 HISTOIRE DU COMMEHCE
lui fallait, il se voyait réduit à s'adresser à Amsterdam. Il fut observé que, confor4iiément aux règlements, les planches de sapin devaient se tirer de Suède ou de Daneniark, mais qu'à cause de la guerre du Nord on ne pouvait pas en faire venir aisément. Finalement, le passeport demandé fut accordé, et trois autres pétitions analogues réussirent également ^
Voyant le chemin que prenaient les bois des Pyrénées, les capitouls de Toulouse mirent une imposition sur le merrain^. Les réclamations ne se firent pas attendre, surtout après un arrêt du parlement de cette ville qui défendait le transport, hors de la province de Languedoc-', d'une marchandise aussi recherchée. Le merrain était alors rare et cher dans tout le royaume^, bien que de temps immémorial les étrangers, notamment les Hollandais et les Anglais, fussent dans l'usage de rapporter à Bordeaux les futailles des vins et des eaux-de-vie qu'ils y avaient achetés^.
^ Registre F. \2. 55, folios i^ verso (!2S février 1710), Ifj verso (H mars), 16o verso (9 mai), 17^ recto 50 mai). — L'un des auteurs de ces pétitions, Corrielis Delfgaud, que son prénom indique comme Hollandais, allèiïue une maison qu'il construit et les liMtimeuts (|u'il fait naviiiuer aux îles de l'Amériquc. L'un de ses compatriotes, Tliéodore van der lluist, banquier a Paris, avait demandé et obtint pareillement un passeport pour une galiote qui devait venir de Kcenigsberg a Bordeaux avec un c'nargement de planches de sa|)in et de merrain, et prendre des vins en éciiange pour la Prusse ;;/;((/., folio 025 verso ; 2G septembre 171 1). Plus tard, c'est un sieur Sanzes qui obtient la permission de faire venir de Lubcck des bois de construction et de merrain (Registre F. ]'2. 57, folio 221 recto; l^'' février 1714).
- Registre A des délibérations de la Chambre de onimerce de Guienne, p. 2ti8 (séance du 5 février 1711), 209 (2 juillet), 500 (IG juillet), et 509 (20 août).
3 Reg. R, folio 181 verso '19 aoiU 1725). Cf. folio 182 verso, 2 sept. 1725.
* Il/id., folio 151 verso; séance du 17 avril 1721.
•■' /A/V/., folio 187 verso, 188 recto; 50 décembre 1725.
Le bois de noyer, aujourd'hui si recherché par les ébénistes, ne l'était pas autant, à beaucoup près, au commencement du siècle dernier, et le commerce y trouvait des embarras plutôt qu'une source de profits. Le 24 juin 1726, M. Boucher, intendant en Guienne, avait écrit au contrôleur général que quelques particuliers du Périgord ayant demandé la permission d'envoyer à l'étranger des planches de bois de noyer dont ils ne trouvaient pas à se défaire dans la province, il la leur avait refusée conformément à l'arrêt du 11 août 1720, portant défense de faire sortir du royaume du bois de noyer non ouvré. M. Boucher ajoutait qu'il y avait à Bordeaux des marchands qui en avaient fait venir, et qui l'avaient gardé plus de deux ans sans trouver à le revendre, quoique, à sa connaissance, ils l'eussent souvent offert aux bailes des menuisiers. Consulte sur la convenance qu'il y avait, en cette circonstance, à faire fléchir la loi, le Conseil de commerce émit l'avis de permettre l'exportation demandée'.
Les arrivages de bois du Périgord n'étaient pas alors faciles, par suite du refus que faisait le marquis de Saillant, seigneur de Comborn, de laisser flotter le merrain que l'on pouvait transporter par la Yézère dans la Dordogne^ et la Gironde, et cela au grand détriment des provinces arrosées par ces rivières, comme aussi de l'Auvergne, de la Marche et du Limousin. Touchée de cette considération, la Chambre de commerce prit l'affaire à cœur, écrivit au contrôleur général et fit transcrire sur
* Registre du Conseil de commerce F. 12. 75, p. 179; 18 juillet 17:26. - Voir, pour le régime des péages sur ces rivières dans la seconde partie du xvn<= siècle, la correspondance de Colbert, t. IV, p. .iH7.
360 HISTOIRE DU COMMEliCK
ses registres le placet et le mémoire d'un sieur Malleville, qui lui avait dénoncé les faits*.
La plus grande partie du merrain employé à Bordeaux pour faire des futailles à vin et à eau- de-vie venait dans cette ville par Hambourg et Lubeck, qui étaient l'entrepôt de presque tous les bois du Nord; on le préférait au merrain des provinces voisines, et il se vendait toujours plus cher.
Le merrain à pipe de Hambourg avait cinquante-sept pouces de longueur, de quatre à six pouces de largeur, et un pouce et demi d'épaisseur; le millier était composé de mille six cent seize pièces ou douelles. Ce merrain se refendait. On ne l'employait pas à faire des pipes; on s'en servait pour les barriques, parce que l'on trouvait dans la longueur la hauteur du fût et les fonds.
Le merrain propre à faire des pièces à eau-de-vie avait quarante-six pouces de longueur, de quatre à six de largeur et un d'épaisseur.
Le merrain qui servait à la fabrication des barriques de trente-deux veltes, jauge de Bordeaux, avait trente-cinq pouces de longueur, de quatre à cinq pouces de largeur et un pouce d'épaisseur. Le millier, conmie jiour le précédent, se composait de mille six cent seize douelles, et se vendait sur ce pied-là à Bordeaux, au lieu qu'il n'en contenait que mille deux cents à Hambourg.
Le merrain de Lubeck, employé à faire des barriques, se vendait à Bordeaux au millier, composé de mille huit cent dix- huit pièces ou douelles, savoir : mille deux cent douze de trente-six pouces de longueur, de quatre
^ Registre C (les d('lil)oi"ili(ins di' la Cliaiiibic de (■(imiiicne, l'ulios 18 verso (2 juin 17-2S), ii) reclo (17 juin).
ET DE LA NAVHiATlO.N A BOHUEAUX. 361
à six pouces de largeur, et de trois quarts à un pouce d'épaisseur; et six cent six fonds de vingt-quatre pouces de longueur, de six à huit pouces de largeur, et de trois quarts à un pouce d'épaisseur.
Passons maintenant à ce que l'auteur du Mémoire de 1730 intitule : Consommation à Bordeaux. Nous copions :
HAMBOLRG.
Deux cent cinquanle milliers de la l'^ espèce, à 600 livres le millier, composé de mille six cent seize douelles, montent cy. 130,000 liv.
Trois cent cinquante milliers de la 2^ espèce, à 400 livres le millier, composé id 140,000
Six cents milliers de la 3^ espèce, à 300 livres le millier, composé kl ' 180.000
Total 470,000 liv.
LIBECK.
Huit cent milliers, h 300 livres le millier, composé de mille huit cent huit douelles, montent cy 240,000 liv.
Total 7!0,C00 liv.
L'auteur du Mémoire ajoute : « On observera icy qu'outre le merrain cy-dessus, il en vient de la Lorraine à Bordeaux, depuis environ deux ans, qu'on fait descendre par la Meuse et le Pihin jusqu'à Dordrecht, ville de Hollande, d'où on le fait transporter icy. Ce bois est recherché à cause de la longueur de ses douelles, et de celle de ses fonds. Bordeaux en reçoit oi^dinairement trois cents milliers à barriques, composé le millier de mille deux cent douze douelles et six cent six fonds; les douelles ont trente-six pouces de longueur, de six à huit
pouces de largeur et de trois quarts à un pouce d'épaisseur.
« Estimé le millier à 380 livres, les trois cents milliers font 114,000 livres. »
L'auteur du Mémoire donne ensuite un « compte de cent cinquante ring longaille et soixante-quinze tal, au compte de fonçaille chargés à Lubeck pour Bordeaux ; » et auparavant il fait observer que le merrain ne se vend pas au millier dans cette ville, mais seulement au compte; que le compte contient deux cent quarante pièces, tant pour la long-aille que pour la fonçaille, et que ce bois se vend à Bordeaux au millier de dix-huit cent dix-huit pièces, savoir : douze cent douze pièces de longaiUc, et six cent six de fonçaille.
Si l'on considère l'importance qu'a prise de nos jours le commerce du charbon de terre à Bordeaux, on ne trouvera pas mauvais que nous recherchions à quelle époque il a commencé. Au xiv'' siècle, nous voyons un marchand français venant de Newcastle prendre un chargement de charbon en échange d'une cargaison de blé ' ; mais l'historien de cette ville ne nous apprend rien sur la destination de ce combustible. Nous ne sommes pas plus avancé sur la provenance du charbon mcntioimi' dans les comptes de Saint-André, à l'année
' Unliili parlknnentoriiin, vol. I, p. iô", col. 2. l'clilioms in l'ailianiento, A. D. ir)-2:i, 1!) Ed. II, n» 9. — John Biand {Ihe llislorti and AnttqnU'm of the Town (1)1(1 Coitulu of Ihe Town of Sewcastle iipon Tune, etc. Loiulon, A. D. MDecr.xxx, in-i", vol. M, p. 2.")."j), analysiint la pùlilion au roi d Anglctiïiic d'un certain Thomas Rente, « le socn homme lij;e de Pontise, » rond ce dernier nom par Pantoise : il nous semble qu'il y a la erreur, et qu'il vaudiait mieux le traduire par Ponlliifii, celle province de l'ancienne France étant jdus susceptible de fournir des marins que le Vexin français. Cf. ci-dessus, l. I, p. -l'A), noie 2.
ET DE LA iNAVIGATION A BORDEAUX. 363
1510 ', et il nous faut remonter jusqu'au commencement du xviii® siècle pour rencontrer un arrivage de charbon de terre à Bordeaux.
Le 18 avril 1705, Peter Axen et Samuel Moaxtens et G'*^ demandaient l'autorisation de faire vendre un tonneau et demi de charbon de terre venu à Bordeaux sur un navire de Bergues, se fondant sur l'ignorance où ils étaient de la prohibition de cette marchandise. Les députés du Conseil de commerce étaient d'avis de refuser la permission demandée, par la raison que les Anglais ne souffraient l'entrée d'aucune marchandise de France en Angleterre; mais attendu la petite quantité de celle dont il s'agissait, il parut à l'assemblée que l'objet ne méritait aucune attention, et qu'il ne pouvait tirer à conséquence de laisser la liberté d'en disposer comme on voudrait, sans qu'il fût besoin de donner un ordre particulier^.
Plus tard, la prohibition du charbon de terre anglais fut levée et remplacée par des droits considérables. En 1728, le Conseil refusa de renouveler l'arrêt qui les modérait ; les commissaires pensaient qu'il y avait en France suffisamment de charbon de terre et qu'il fallait en favoriser la consommation. En vain le député de Bordeaux représenta combien il serait onéreux pour le commerce que notre ville et la Rochelle fussent obligées de se servir de charbon français, et nuisible à la navigation d'augmen-
* » Item, xxxvj Aprilis solvi pro duodccim saccis carbonis et pro purtagio, 1 fr. vj ard.
« Item, solvi pro duobus boysellis carbonis de terra, solvendis pro boiscllo iiij solidos torn., xxxij ard. » {Compola S. Àndreœ, reg. I, ann. 1510.)
2 Registre du Conseil de commerce F, 12. 51, folio 5:27 recto; séance du 15 ur.û 1705,
ter les droits sur les marchandises étrangères. La Chambre crut devoir intervenir, mais d'abord sans plus de succès : de toutes parts, en Nivernais comme en Languedoc, on ouvrait des mines de houille, et le Conseil voulait donner un débouché aux charbons français ^ Cependant nos raffineries se fermaient, et de vingt-deux qui avaient été établies à Bordeaux, douze avaient cessé de fonctionner, au grand dommage des colonies^. Enfin, de guerre lasse, le Conseil de commerce admit la demande de la Chambre et des raffmeurs, qui passa à l'unanimité"'.
Après avoir parlé du merrain qui sert surtout à faire des barriques, nous ne saurions mieux faire que de dire un mot des bouteilles. Il ne paraît pas qu'elles fussent d'un usage général avant le commencement du xviii^ siècle; c'est du moins ce que dit un sieur de Billac, bourgeois de Paris, dans un placet adressé au contrôleur général pour obtenir le privilège d'une verrerie dans un rayon de quinze lieues de Paris. A l'en croire, l'usage des bouteilles de gros verre noir était devenu plus fréquent, depuis que l'on avait trouvé un avantage à tirer des pièces de vin entières en bouteilles, et il avait le secret particulier de faire fabriquer ces sortes de bouteilles, ainsi que des flacons et des carafons, aussi beaux et plus forts que ceux d'Angleterre et de Lorraine, par suite des fréquents voyages qu'il avait faits en Italie, en Allemagne, en Hollande et de l'autre côté de la Manchet
' Registre C des délibérations, folios 52 verso, 53 verso cl 75 recto,
- Und., folios 7i vciso, 75 recto, 7G verso. — Troisième registre des lettres, folio 08 recto et verso. — Troisième registre des inénioiros, folio liU verso.
■' Registre C, folios 84 verso, 85 verso, 8G recto.
' Registre du Conseil de commerce F. 12. 57, folio 5i recto; séance du 8 ;ivril 1712. — Le mois suivant, deux autres industriels présentaient une pé-
Depuis rannéc 1711, Bordeaux avait une fabrique de faïence, fondée par Jacques Fautier, qui s'associa ensuite Jacques Hustin, bourgeois et marchand de cette ville'; mais il ne s'y trouvait pas de verrerie, tandis que Bourgsur-Gironde en possédait une, fondée par Balthazar, gentilhomme verrier de Witzbourg, qui s'était associé les sieurs Charancé et Sartres-. Non loin de cette verrerie s'éleva bientôt une concurrence redoutable. Le sieur Mitchel, qui était sûrement Anglais, sollicita d'abord le privilège exclusif de faire fabriquer des verres et bouteilles •^, puis
lition semblable, en faisant valoir des considéralions analogues, i Folio i6 verso, 27 mai. Cf. folio i4 verso, 12 mai.)
* Recueil de factunis, Bibl. de Bordeaux, Jurispr. n° 5,076: t. III, folio 116. Cf. ci-dessus, p. 234 et 270. — Il est fait mention de la manufacture de faïence de Bordeaux dans le registre du Conseil de commerce F. 12. 79, p. 206 (séance du 28 février 17ô2\ a propos de la demande de l'abbé de Roquépine, seigneur de la baronnie de SamaJet, dans la Chalosse, tendant à obtenir un privilège exclusif pendant vingt ans, pour l'établissement, dans sa terre, d'une manufacture semblable. Cf. p. 229, séance du 6 mai's 1752.
2 Arrêt qui exempte de la taille cet étranger et ses ouvriers, en conséquence de l'arrêt du 25 janvier 1725. (Registre du Conseil de commerce F. 12. 75, p. U3-147; séance du 7 février 1726.) — Exemption accordée au même du droit de contablie, ou local, sur toutes les marchandises et denrées qu'il fera venir pour sa consommation particulière, et sur les articles destinés a sa manufacture. {Ibid., p. 508; 1" août 1726. Les projets d'arrêts sont p. 527- 529; séance du 8 août.) — Délibération sur une requête des sieurs Charancé et Sartres. (Reg. F. 12. 7:i. p. 252; 11 mars 1728.)
3 Registre G, folio 99 recto, 17 août 1750. — Le sieur Mitchel fondait sa demande sur les motifs suivants : l» il avait fait des dépenses considérables pour mettre sa fabrique sur pied; 2» la quantité de verres et de bouteilles qui sortaient de chez lui, en même temps que de l'usine du sieur Fonberg, était supérieure a la consommation de la province ; 5» ce qui se fabriquait a Bordeaux sulTisait aux besoins locaux; 4" ces deux fabriques se détruiraient l'une l'autre, à cause de leur proximité et du défaut d'écoulement. Le pétitionnaire concluait en disant que son établissement étant plus ancien, il était juste de le conserver par préférence a celui du sieur Fonberg. Sur quoi la Chambre répondit : 1° que la verrerie de Bourg ne coûtait pas moins que celle de Bordeaux; 2" qu'outre leur produit, la province consommait une fois plus de verres et de
366 insToiRE DU coMMi-nr.n:
il demanda pour sa manufacture et celle du sieur Fon- J3erg, établie à Bourg, l'exclusion de toute autre dans un rayon de dix lieues, et divers autres privilèges * ; mais on ne voit pas qu'il ait été traité avec la même faveur C{ue l'étranger qui, le premier, enseigna, chez nous, à couler des glaces-.
Le Conseil de commerce, appelé à se prononcer sur ces sortes de demandes, avait souvent à donner son avis sur d'autres industries. Ses registres nous apprennent qu'il y avait, à Bordeaux, un inspecteur des manufactures, et, entre autres arrêts, ils en renferment plusieurs concernant une fabrication qui a disparu de nos murs, celle des bas. A la date du 13 décembre 1715, celte fabrication avait été permise^; leS septembre de l'année suivante, intervint un arrêt sur un différend qui s'était élevé entre les marchands de Bordeaux et divers artisans de la même ville. Certains de ces derniers, notamment les bonnetiers, les chapeliers et les chaudronniers,
boiitoilles, qui venaient de Rouen, Hambourg et autres lieux; 5" que le sieur Mitchel n'avait qu'a fabriquer des verres et dos bouteilles supérieurs h ceux de la n:anufaclure de Dourg pour la faire tomber d'elle-môme, et que, bien loin de détruire l'une de ees fabriques, il serait a désirer qu'il s'en établit d'autres, parce que l'abondance de la marchandise en abaisserait le prix et en augmenterait la consommation.
* Registre du Conseil de commerce V. 12. Srj, p. liG ; séance du G mars 1738. ■ — Dans un registre plus récent, la veuve Mitcbelt {sic) est représentée demandant mainlevée d'une partie de salicor, ou cendre de varech, qu'elle avait tirée d'Angleterre pour sa verrerie, établie a Bordeaux. (Registre F. 12. 88, p. 588; délibération du 7 décembre i7il.)
- « Ce fut a Saint-Germain-en-Laye que l'on commença en France a faire des glaces a la façon de Venise. Teseo Mutio, gentilhomme italien, ayant apporté le secret de cette verrerie ou glace, le roi le naturalisa cl l'anoblit en l'jGl. » (Lebeuf, Histoire de la ville et de tout le diocèse de Pctris, t. VU, p. 251.)
•' Registre du Cunscil dr commerce F. 12. ."ii), folio H verso.
s'étaient avisés, contrairement à l'ancien usage, de se faire attribuer le droit d'aller faire des visites domiciliaires chez les principaux bourgeois et marchands de la ville. Appuyés par les directeurs de la Chambre de commerce de Guienne, les plaignants obtinrent gain de causée
Par un autre arrêt du Conseil d'État, en date du 30 août 1716, il fut permis de faire dans Bordeaux des bas de soie au métier^; toutefois, celui du 3 juillet 1721 défendit la fabrication et la vente des bas à deux fils. Le Conseil rappela plus tard ces arrêts à l'inspecteur des manufactures', et celui-ci répondit en
* Rettistre du Conseil de commerce F. 12. 59, folio 165 recto. Cf. folio 168 verso. — Des visites d'un genre analogue avaient lieu dafis d'autres corps d'état; on le voit par un arrêt sur la requête de la communauté des orfèvres de lîordeaux au sujet de la perception des droits qu'ils levaient pour visites, brevets d'apprentissage et réception a la maîtrise. (Reg. F. 12. Go, folio 51 verso; séance du I*"" février 1719.)
^ Registre B de la Chambre de commerce, folio 41 recto, séance du 6 novembre 1716. Cf. folio 46 verso (2 janvier 1717). — L'intendant ayant fait communiquer "a la Chambre de commerce cet arrêt, avec une lettre de M. d'Argenson, pour avoir le sentiment de la compagnie, elle répondit : 1" qu'il fallait tenir la main a l'exécution de l'article i dudit arrêt, et exiger que les soies préparées pour faire les bas au métier, ne pussent être employées a moins de huit brins, à cause de la finesse et délicatesse de chacun d'eux ; 2" que les soies préparées pour la fabrication des bas noirs ne devaient êti'e teintes qu'après avoir été travaillées et levées de dessus le métier, conformément à l'article 7 dudit règlement; 5° qu'en ce qui concernait la longueur des bas de soie pour homme, il était nécessaire, pour être bons et marchands, qu'ils fussent du poids de sept a huit onces, et non de quatre, selon l'article 3 des statuts accordés a la ville de Lyon, par lettres-patentes du mois de février 1710. (Deuxième registre des parères de la Chambre de commerce de Guienne, folio 32 recto.) — L'année suivante, M. d'Argenson demandait des renseignements relativement au nombre des brins de lil et au poids des bas de filosellc, ou fleuret, les bas ne pouvant être bons qu'il la condition d'y employer trois brins de fil et de donner aux bas d'homme le poids de quatre onces et demie, et a ceux de femme celui de deux onces et demie. (Reg. B de la Chambre de commerce, folio o9 recto; séance du 18 novembre.)
■' Registre F. 12. 71 ; séance du 20 juillet 172i.
dénonçant l'abus qui se pratiquait à Ijordoaux et dans l'étendue de son département, où l'on continuait, disaitil, la fabrication et la vente des bas au métier à deux fils. Le Conseil, après avoir délibéré sur celte communication, recommanda aux oificiers de police de tenir la main à l'exécution des derniers arrêts rendus sur ce sujet'. Il y revint le 4 juillet et le 22 août 1726, sur de nouvelles représentations de l'inspecteur des manufactures des généralités de Bordeaux, d'Auch et du Béarn, puis sur une lettre du sieur Delan, successeur de Collet"^ dans ces fonctions, comme dans la guerre entreprise par celui-ci contre le débit qui se faisait, à Bordeaux, de bas à deux fds. Nous mxCntionnerons encore une lettre de M. Boucher, intendant à Bordeaux, sur 1-es plaintes portées par les jurés des fabricants de bas de cette ville contre plusieurs de leurs confrères établis en différents lieux de son département, qui, contrairement à l'arrêt du 9 septembre 1716, faisaient des ouvrages défectueux, et, par suite, du tort à leur industrie^; mais depuis longtemps les fabricants de Bordeaux avaient cessé d'alimenter le commerce'*.
' Registre F. M. 71, p. 1:2a, 126; séance du 9 août [~r2i.
2 Registre F. 12. 73, p. 449 et 570-572.
^ Registre F. 12. 85, p. 521 ; séance du 30 aoilt 1730.
* « M. l'intendant ayant lait demander a la Cliambro, de la part du Conseil de commerce, si la fabrique des bas d'eslame et le commerce qui s'y en fait étoient considérables, il a esté répondu que l'un et l'autre cstoicnt de petite conséquence, n'y ayant à Rordeaux que soixante métiers, y compris dix-huit placés dansl'hospital de la manufacture, desquels métiers il y en a a présent quarante occupés seulement a travailler pour les liabitans. » i^Reg. R des délibérations, folio 120 veiso; 31 janvier 1721.)