GUÈDE OÙ PASTEL, GARANCE, MEDON, TAN
Guède où pastel; provenance et commerce de cette denrée dans le nond de la Frances — fhèglements des rois de France de la troisième race rolntifs h l'exportation de in guèle, — Commerce de celte dénrée entre Bordeaux et Aurvers, par des maisons italiennes établies dans cutte derniére ville, — Part que dos marchands aïlomande pronsient k ee commerce. — Exportation dé pastel en Espagne. — Le taholage et le roulage alimentés par cette deurée ; les Beanharnale grands teinturiers à Orléans. — Le grand-père de Michel Montaigne marchaud à Bocleaux. — Règlement dos impôts sur le pastel à la fin du xvr- siècle, — Culture et commerce de la garañes en France. — Commerce du redon à Pondeaus ; tan.
Avant l'introduction de l'indigo en Europe, le principal iugrédient pour teindre en beau bleu où en noir, si on l'ajoute à la garance {, était la guède fésatis tinetoria, L.), plus connue (bien qu'elle ne le soit guère?) sous le nom de pastel, qu'elle devait à la forme sous laquelle elle était livrée au commerce. Le pastel, « qui fait la meilleure couleur du monde, » l'herbe lauragaise, comme l'appelle le poëte du Bartas5, était au nombre des produits
1 Albo, Instruction generale pour la teinture des laines et manufactures de daine de toutes couleurs, et pour la culture des drogues ou ingrediens qu'on y emploie, À Paris, mpcuxxs, in-folio, p, 5, 12, 76, T8, 80-82. — Cél, Port, Essai sur lhist, du comm. marit, de Narbonne, p. #7.
4 « Le grand débit qui se faisoit de celte plante à Saint-Denis avoit fait donner à l'endroit où elle se vendoit le nom de Marché ane Guédes. Pendant le temps dé la Terreur, elle prit le norn de Place dé lu Montagne. Sous le Consulat, l'éerivain du tableau indicatif des rues, ne éomprenant pas le mot de Guédes, l'a, par né ighoranec assez commune dans nos villes, changé en celui de Guètres, et on lisoit en 1806 : Marché aux Guétres, M. de Roquefort écrivit au sous-préfet à ce ù mot de son
sujet; mais il parolt que ce fonctionmaire ne trouva pas l'anci goût, car il se contenta de faire substituer le mot de Gueldres à celui de Guètres ; en sorte qu'on lit encore aujourd'hui : Place de Gueldrés. » (Crapelet, Proverdes et dictons populaires, ete, À Paris, upccc xxx, grand in-8°, p. 47,)
À Le quatriesme Jour de la Sepmaine, %. 507. — Chacun des huit cieux étant
terre !, puis établir une étape de cette marchandise, d'abord à Calais?, puis au Crotoy®, C'est sans aucun doute. en vue de cette expédition outre-Manche que l'ordonnance de l'échevinage d'Amiens sur le métier des tonneliers, rendue en 1286, fixe la contenance du tonneau renforcé destiné à renfermer de la guède, à dix muids d'Angleterre. La plante était mise en futailles après avoir
1 Rotuli de btatis et finibus, p. 247. CL p, UG et 277. — Peitious lo he King and to Parliament, 40. À. Cf. Rot. Franc., 4 Ben. VII, m. 4; et Madux, Le Mist, and Ant, of the Exchequer, ote,, eh. xvus, édit. infulio, p, 54, col. 4, note, et p. 533, col, à, note r.
? En 1384, un Français, Jacques Bruman, prisonnier de guerre, obtient un sufconduit pour aller à Calais avec quatre cents tonneaux de vin et deux cents dé guède vendre ces marchandises afin d'acquitter sa rançon. (of. Fr, & Rie, Il, m0, 42) y avait dans cette ville un courtier de guède, qui, à la fin du xuve siècle, était un certain Hugh Clyderhowe. ({bid,, 49 Rice, HE, m0, 3.) — À cette époque, les rançons en nature n'étaient pas rares. Gaucher de Châtillon payait la sienne en deux cents tonneaux de vin oi six cents de sel (ibid, 3% Rio, HI, m. 14. Cf, m, 14), et le sire du Pian, pour se libérer envers Bertrand du Gueselin, abtenait un sauf-conduit pour deux cents barriques de vin de Gascogne à livrer én Hrelagne ou en Normandie, aux frais dudit seigneur. Ubid., 48 Ed. TI, m. 4.)
3 Ordonnances des rois de France, te, L VU, p. 186, 187. — 11 existé, à la daté dé 4426, une délibération de l'échevinage d'Amiens relative à l'établissement d'un entrepôt général des guèdes au Crotoy, Voyez le Hecueit des monuments inédits, cité plus haut, 1, IE, p. 05, 94,
+ ec. des mon. inéd., ete. L 1, p. 25, — Un document de l'an 1204 achève de nous éclairer sur l'importance du commerce de guède qu'Amiens faisait autrefois avec l'Angleterre, Un certain Eustache Malherbe avait reçu l'ordre d'Edward ler de mettre arrêt sur les créances et les guèdes des marchands sujets du roi de France : il tint registre de ses opérations, et l'on voit que la plupurt de ces marchands étaient d'Amiens; deux seulement sont de Toulouse. (Queen's Remembrancers Miscellanea, Foreign Merchants, Accounts, E. D. 3124, m. 5 n dorso.) — Dans le siècle suivant, un marchand d'Amiens, nommé Jean le Meir, obtient un saufconduit pour rentrer chez lui à la suite d'un voyage qu'il avait fait à Colchester pour y conduire onxe tonneaux une pipe de guède. (Hot. Frane,, 43 Ed. M, m. 18.) Au xve siècle, un autre marchand dé la même ville obtient la permission de venir en Angleterre avec de la marchandise pareille, (bit, #et 5 Men. TV, ur. 25,1
la traite des laines et des guèdes fut de nouveau permise, sauf payement des droits !. Un règlement de la Chambre des comptes, du 7 août 1383, fixa ces droits sur les pastels à 6 deniers? Dans l'intervalle, Jean IE avait accordé aux habitants d'Avignonet la permission de vendre et de transporter leur guède hors du royaume, pendant trois années consécutives”, ae
Au milieu du xt siècle, le Languedoc envoyait déjà de la guède à Bordeaux et à Bayonne : les lettres d'octroi du comte de Derby en faveur de la Réole font mention d'un droit de 20 deniers sur chaque pipe de pastel transportée par la Garonne#; nous avons un sauf-conduit accordé en 1372 à des marchands italiens, pour un navire chargé en Guienne de guède et autres articles”, et l'acte de la concession faite à Pierre de Conties, plus tard maire de Bordeaux, mais alors écuyer à Bayonne, du mesurage des guèdes dans cette villef, On ne peut croire, néanmoins, que ce commerce ait été bien florissant, quand on lit dans le registre des comples de Bernard Angevyn, à l'année 1427, que pendant six mois l'exportation des guèdes de Bordeaux ne s'était élevée qu'à la quantité de treize tonneaux, ce qui, à 2 deniers noirs l'un, donnait un total de 2 sous 3 deniers noirs’, Un sauf-conduit octroyé en 1492 à deux marchands français,
1 Cél, Port, Essai sur l'hist, du commerce marithne de Narbonne, p. 67, 68.
2 Jbid,, p. 68.
3 Ordommmances, ce, LH, p, 76, art, 4. (Ordonnance de Jean 1, en date du 28 août 1366.)
+ Voyez vi-dessns, p. 220,
# Hot, Vase., 45 Ed, UM, m. 2.
6 Hbid., 2 Men. M, m7; 6 Hen, IV, m1, 5.
+ Artienlé campoli Bernardi Angevyn, ele. Public Record Oflice, Miscellas aéurs Books Augmentation, Queen's Remembraneer, n' #8, folie 43 recto,
leurs co { L de-note fions en ce genre. - À A la date du 1% et du 3 avril 1546, les Douzeau constatent le chargement à B navires de Biscaye, d'une quantité tel, en même temps que de plume et de Giovanni et Tommaso Bolbani et C°, Bon et Girolamo Arnolfini, d'Anvers, Ces n d Baldassare Guinigni, étaient originaires de L
3 Rot, Franc., 7 Men. VII, 10. 6. (Rymer, vol. XI, p. 471.) * Registres du parlement de Bordeaux, 18 mars 1485. Il y est enc * tion de Jean Barrière et Morgant pour raison de neuf pipes pastel à eux dues par ledit feu de Mannes, € de nt es de in domnées a a mème pour les mener en Angleterre. | ? Ordonnances, de., LUI, p. 296, art, 7, — En 1387,ontrouveun sauf conduit pour une rarita de Gênes, chargée de guède, d'épiceries elautres den rèes, destinées à être importées en Angleterre et échangées contre des lines, du drap, de l'étain, des peaux en poil, ete. Peu dé temps après, le mème na vire, à l'ancre dans le port de Southampton, obtenait lu permission d'aller charger des vins, du fer et autres marchandises, h Bordeaux et à la Rochelle, de les porter à Middelbourg où en Angleterre, et de retourner du côté de la Guienne, (Hot. Frane., LA Aie. Um. 45 68 16.)
leurs héritiers sont désignés comme y demeurant ou comme élablis à Lyon, dans plusieurs des actes innombrables auxquels donnaient lieu leurs affaires en pastel avec notre place‘. De à, ils se faisaient expédier des pastels par l'Escaut, et ils en envoyaient même à Rouen ? et à Londres®.
Le 30 avril et le 8 mai 1546, trois marchands florentins, ser Giovanni Filliaei, ser Giovanni Donalo et Giancarlo del Afectati, font enregistrer par Douzeau l'embarquement d'un certain nombre dé balles de pastel sur un navire hollandais à destination d'Anvers. Cette seule place importait à l'époque pour 300,000 écus de cette denrée, représentant quarante mille balles, à 7 écus et derni l'une#, chiffres dont le second n'a rien d'exagéré, surtout quand on voit un marchand ou plutôt un commissionnaire italien établi à Bordeaux, Jean Salvi, charger, sur un seul navire hambourgeoïis, deux mille deux cents balles de pastel, de quatre eabas chacune, à desti-
1 Minutes de Douxeau, 20 juillet, 19 nov. 4548, 27 août 1540; 5, 29 mai, 5. 8 juio 454, ete. — L'un de es actes, du 1 oct. 4540, est curieux à cause de Ja euisse de verres el « une dononone plaine de seps, » spécifiée comme jointe au pastel.
3 Minutes de Douzeau, 42 octobre 4540.
% Jbid., 45 avril 1547, — Avant et après cette époque, le et le 20 avril, apparait John Wells, marchand de Londres, comme ayant acheté du pastel sur la place de Bordeaux, Cf, 13 juillet et 42 août 4554,
4 Lud, Gaiccidrdini Belgium universwm, ete., p, 104, col, 1, 2, — Guichar: din parle encore de l'exportation des vins de France par Anvers, qu'il évalue à quarante mille barriques par an, ce qui, à 25 écus pièce, faisait un million d'écus; mais Ü ne spécifie aucune provenance en particalier, Déja, p. 65, col. 3, il avait montré les vins aflluant à Anvers de tons les pays, du nôtre, dé l'Espagne, du Portugal, des Canuries, de l'Italie et de Candie, — 1 ne saurait être déplacé lei de faire remarquer qu'il ÿ avait à Anvers une maison de commerce sous lt raison sociale de Lorenzo Guiceiardini et Cie, à laquelle Giambattista Friscohaldi expédiait du pastel. (Douseau, ter murs 154.
4 Anciens ef nouvemx Statuts de la vise cl de Brerdoms, (47, 1
Clcirae, lex Us et connumes dé la mer, ete... p.84. — Parmi les minutes dé Douzeat, on trouve, à La date du 9 avril 13540, un reçu de Jean Doat, mare chand de Fleurance, et de deux marchamls de la Magistére, de quatre rantesept balles de pastel, que le premier, étant à l'isle-d'AID, avait données à l'un de ces derniers pour les mener et les conduire jusqu'au port des Care Lrons.— L'obligation dé décharger la marehundise pour la recharger ensuite remonte au moïns à 4302, date d'une ordonnance du due de Lancastre ainsi intitulée dans le Livre des Bouillons, n° 76, folio .Ixx, vérso : Qualiter major perd enr nelle names pale cum mercandisis veniendis, poslfnam pouterunt auchoram. # Archive general en Simaneas, Estado, tratados éon Inglateers. aus ann. 1698. — for, Franc, #5 Hén. VII, m. 2; 2 Hen, VIN, m. 12; 5 Hen. VIN, pars If, m. 25; 4 Hen. VIH, 335 Men, VIE, m. 4, 42,10, 17.— Privy seals, 45 jan. 1512: 12 dée. 1313. — Ms. Coir. Vespas, €, XI, folio 254. — Bréwer, Letters and Papers, tte. vol. 1, pr, 840.
Nous avons cherché à déterminer la part que les maisons italiennes établies à Anvers prirent au commerce du pastel; nous ne pouvons passer sous silence les marchands allemands qui s'occupaient du mème geure d'affaires. Les minutes de Douzeau nous en font connaitre trois au moins : Jacques et Sébastien Welger, de la ville de Nuremberg, et Christophe Wagner, marchand d'Augsbourg, toujours désigné comme fréquentant les foires de Lyon. La marchandise, pour laquelle ils traitaient par le ministère de quelque négociant bordelais, leur arrivait par Anvers, et Jacques Welger est mentionné comme habitant cette ville f.
Le pastel prenait aussi un autre chemin, célui de l'Es-
. pagne, sur lequel nous le voyons quelquefois emporté par des navires de Bordeaux. De ce port il allait plus ordinairement à Saint-Sébastien, Portugalete, Bilbao et Santander, d'où il passait ensuite à Pampelune, Burgos et autres localités de l'intérieur ?. Mais revenons, pour en dire encore un mot, au commerce de pastel qui se faisait par Bordeaux, entre le Languedoe et les Iles-Britanniques.
Le pastel ne fournissait pas seulement un aliment au commerce extérieur; le cabotage était encore continuel-
1 Minutes de Dou: 7 juin 1546 (trois actes), 10 et 14 août, 10 septembre, 2, 13 novembre, et 8 février de la même année.— Dans l'acte du 13 novembre, ilest en même temps fait mention de douze balles liège à délivrer aux héritiers de Bonaventura Micaeli et lamo Arnolfini, et, dans l'uete du 8 février, dé quarante balles brussine à livrer aux mêmes en l'absence d'un certain Antoine Gros; cette dernière expédition faite par Pierre Assczac, marchand de Toulouse, qui envoyait encore de Bordeaux à Londres soixante el dix tonneaux dé vin clairet et sept hallots plume, (fbid., 50 novembre 4
2 Minutes de Douzeau, des 13 mars, 8 novembre : 15 mars, 16, 21 septembre, 20 novembre
oût, 12 septemdécembre 15
compte de Jean et Philippe Canaye, riches leinturiers de Paris, dont la famille s'était alliée à celle de Gobelin!, et au pastel ils joignaient quelquefois d'autres articles, par-exemple, de la cendre gravelée ?,
L'un des étrangers que nous avons trouvés engagés dans ce commerce au commencement du xvi° siècle, est spécifié comme appartenant à la place de Bordeaux, et autorisé à tirer d'Angleterre de la laine, de l'étain, des bœufs®, ete. Parmi les concessionnaires de licences pour exporter de la guède de Toulouse outre-mer, figurent encore des Italiens!; mais on peut également citer des Français occupés de ce genre d'affaires : deux arrêts du parlement de Guienne, en date des 13 août et 23 décembre 1511, nous montrent le grand-père de l'auteur des Essais, Grimond Eyquem, seigneur de Montaigne, marchand et bourgeois de Bordeaux, engagé dans le commerce du pastel. Dans un troisième, c'est un négociant anglais, nommé Sulleford, qui refuse de reconnaître
Minutes de Douzeau, 5 avril 1346, 8 juin 1847, 17 février 1349, te, ete. — Pat le premier de ces actes, un voiturier s'engage à conduire six cent eitiquante-noufhalles de pastel depuis le port des Chartrons jusqu'a Châtellerautt, et de la sur le quai d'Orléans (CF, 29 septembre 4854) ; dans le second, deux cent quatre-vingl-dix pains de résine sont joints à soixante-seise balles de pastel.
* Minutes de Douzean, 17 fevricr 48; 20 janvier 1850.
# tot, Franc, 4 Hon. VII, m, 1. + Ibid, 4 Hen, VAL, m0, 6: CC m0, 40.
2 Reg. du part. de Bordeuux B.9, vers la tin, et B. 10, folio 62 verso.— On lit dans le Scoligerant, que Montaigne descendait d'un pêchéur breton qui s'était fait vendeur dé poisson à la Rochelle, Nul doute que Scaliger n'ait été l'organe d'un bruit populaire qui avait pour arigine le commerce de poisson salé que Grimond Eyquem faisait à la Rousselle, dans une maison « qui soloit estre du fief de la Lande.» (Géndrault, 40 d 545.) — Devenus riches, les Eyquem se rétirérent du commerce pour se jeter dans la judicature et le barreau. €z Un aele de Gendrault, du 5 juin 1548, fol. Cxxiij. recto, et le testament de Thomas Eyquem, sieur de Montaigne, chanoine de Saint-André de Bordeaux, dans le gardenote des Archives de la Gironde, acte notarié de Guygnier, du IR ETIR