MARINE DE MORDEAUX AU XVI ET AU XV SIÈCLE
Marine militaire à Dondeaux au xvt siele, — Sidgé dé Blaye en 1602; cavte du écrs de la Gironde à cette époque. — Navires ot barques construits en Guione à la flu du xvr siècle ; lisle donnée par Antoine de Conflans et mmgmentée, — doan Lojioz, écuyor, capitaine de nu tue, — Barques bondclaises mentionnées dans le gandonote des Archives de La Girondo; confrérie de Notre Name de Monturel. — Anguilles de Blaye ; carte du pilot saintongesis. — Diflicolté pour sortir de la rivière, — La tour de Condouan à La fin du xvr siècle; remous trance de la jurade de Bordeaux à Henri IE. Ordonnances de Louls XT rolatives à l'ami rauté de Guienne, — Armement en guerré de plusieurs navires marchands pendant le siégo de Blaye. — Jean de la Mothe nommé, en 162, au commandement d'un vaisseau flamand sis eu réquisition à Bondcaux, — Les capitaines Gaillard, Blatiquet, et autres pirates,
Les galères du roi étaient souvent dans le cas de venir à Bordeaux, d’où elles remontaient quelquefois jusqu'à Preignae ! et plus haut. En 1569, le baron de la Garde, amiral du Levant, passe le détroit de Gibraltar avec six de ces bâtiments-et vient pour tenir la rivière libre contre les courses des huguenots de Blaye qui arrétaient le commerce? Pour le protéger, le maire et les jurats de Bordeaux résolurent, à la fin, d'armer douze navires pour aller attaquer ceux des religionnaires”. Déjà ils entretenaient six navires bien équipés sur le port de cette ville; et comme l'ennemi en avait aussi à Méchers, Talmont et Royan, le capitaine Cornet, de Bordeaux, entreprit de les aller brûler.
1 Mémuires et caravanes de J. 1, de Luppé du Garrané, ete, publiés par te conte de Luppé, À Paris, m1. nc. LxY., in-#9, p.356. Cf. p. 44, 45, 49, 144.
? Supplement des Chronique. de Bourdeaus, folio 45 verso.
? Jbid., folio 54 verso, ann, 1574.
* Jhid,
dages et les détails de la rivière depuis rieurement au grand Routier, pilotage et a mer, de Pierre Garcie, dit Ferrande5. Précieux des rapports, ce document le serait encore d&
1 juc. Aug. Thuan., Histor, sui remporis, lib, CHI, cap, xs; LV, |
2 id, ib. GVIE, cap. x; LV, p. 312.
3 À la Rochelle, 4645, in-4°, p. 25-25. Voyez encore Cleirac, les Us tunes de la mer, p. 496. (Table ordinaire des marées sur Le port de u tous les jours de l'eage de la lune, ete.) — Bernard Palissy rapporte que de temps que l'on voulait ériger la gabelle en Guienne, sans doute en de l'édit de François ler, du mois de mai 1545, où envoyé sûr TES Saintonge, pour remarquer les passages, « lin maistre Charles, peintre fort excellent, » lequel « apporta figure certaine et an vray des bourgs ot villages, » (Œuvres complètes dé Bérnard Palissy, édit. dé 1854, p. 2560.) Dans les comptes de la cour de Nora, il est fait mention d'un plan de ln ville de Leetoure et
s'il donnait la figure de ces bâtiments que l'on construisait alors en Guienne, et dont Antoine de Conflans, qui écrivait ses Faits de la marine et navigaiges vers 1520, parle en ces termes : « En la conté de Guyenne, comme. aux rivieres de Charente, de Gironde, la couste d'Arcanson! les navires qui ÿ sont se nomment caravelles et barches grandes et petites, et s'est faict de grosses nefz, comme a esté la Charente, qui à esté une des belles et bonnes nefs qui fust sur la mer; la nef de Rochechouart, la nef de M# des Cordes, la nef de M# de la Trimoille, la nef de la Rochelle qui est de present à Brest, et la nef de Bordeaux qui se perit devant Honnefleu; lesquelles nefs et barches ont esté et sont de beaulx navires qu'ont faictes guerres sur mer. Et encores à ladicte coste de Guyenne a force autres pelits vaisseaulx, comme caravelles, elinquars, pinaces, balleiniers, gabares, » ete. Ce passage, emprunté à un manuscrit de la Bibliothèque impériale *, a donné lieu à des observations cousignées dans les Annales maritimes et coloniales5; mais le sujet est loin d'être épuisé, et nous l’ahorderons à notre tour, S'il est oiseux de faire observer qu'il y avait des caravelles bien ailleurs qu'en Guienne#, il ne saurait l'être d'étendre la liste donnée par Antoine de Conflans,
d'une carte de la sénéchaussée dé Bordeaux, payés 15 écus à Maurice Bernard Ferry, ingénieur du roi. (Arch. du dép. des Basses-Pyrènèes, B. 36, ann, 4577.)
1 Arcachon.
2 Ms. 7168 34% (P. Paris, des Manuscrits françois de la Bibliothèque du Roi, LV, p. 447.)
3 Cahier de juillet 1842, 27e année, 2 série, part. non officielle, £. If, p, 39, 40,
# Jean Chauderon, marchand de Bordeaux, comme facteur et acforné de honorable homme Henry Démons, charge à bord de la caravelle la Sainte-Nonne de Penmark, à destination de Calais, vingt et un tonneaux de vin, auxquels il en ajouté donzé pour son propre compte. (Minutes de Basco, 19 mai 4497
* On disait encore capitaine marin, Voyez une reconnaissance dé la : de 30 éeus d'or à sire Mengounyn de la Cabanne, ainsi qualifié, pour
+ Siate Papers, Domestic Series, Charles 1, Ang, 1€, n°84,
Les Archives du département de la Gironde nous révèlent encore la Louise de Bordeaux, chargée de pastel pour Londres, puis vendue à des marchands de cette ville, suivant actes de Douzeau, des 17 novembre 1519 et 3 mars 1521; le Galion de Bordeaux, dont un certain maître Arnault se disait capitaine !, et qui naviguait plus tard vers la Biscaye chargé de pastel, de vin et de « douze douzaines de tables et ung challit#; » la Marie, navire du port de soixante tonneaux, employé au voyage de Terre-Neuve5; la Jehanne de Blaye et de Bourdeaux, la Marie encore, le Jacques, la Michelle, la Souveraine, le Bonaventure, la Jeannette, la Clémence, la Françoise, le Zuth,\ Anne, chargés de pastel par des marchands de Bordeaux, d'Albi, de Niort, de Rennes et de Burgos, ou de blé à destination de Saint-Jean-de-Luz#; la Marie des Chartreux", la Barbe, la Grimonde, la Catherine de
1 Reg. du parl, de Bordeaux, arrêt du 45 août 1524. — Avec la multitude de gens qui portaient alors Le nom d'Arnaut, il est difivile de croire qu'il s'agisse d’'Arnault de la Porte, capilaine du navire appelé da Trinité de Bordeaux, qui avait douze hommes d'équipage; d'ailleurs, les dates auxquelles {l'est fait mention dans les minutes de Douzeau (5 mai, 3 août, #5 octobre 1339) sont trop éloignées de celle de l'arrêt du parlement qui concerne le Galion de Bordeaux. — Dans un autre acte de Douréau, du 36 octobre 4859, Arnault de bi Porte est désigné comme marchand et bourgeois de Bordeaux, et aussi comme propriétaire dé la Trinité de Bidache, dont le maitre, où capitaine, était François de la Lagune.
2 Minutes de Douzeou, 24 janvier 1526, Cf. 19 février.
2 fbid., 45 avril 1621 ; 16 octobre 1501.
“Minutes de Douxeau, 15 novembre 452 (deux actes); 26 février 1326; 5 mars 4593; 8, 17 et 22 avril, 17 et 27 mai, 6 juin, 47 et 19 juillet, 2 et AL août, 4 septembre et 18 octobre 1546; 13 mars 1847; 26 avril, 21 septembre, 7 décembre et 9 mars 1540; 22, 24 avril 4551; 48 juin 1852. — Dans la vente qui en fut faite à un Basque espagnol, la Françoise est déclarée comme étant du port de douze lonneaux.
5 Minutes de Douzeau, 7 mai 1552.
9 juin 1559, se louent pour un voyage, au maître ou es du Saint-Esprit de Saint-Jean-de-Luz, moyen-
pour chacun, 2 écus d'or, payables au retour, I x na #88 stipulé que «sy durant ledit voyage et | retour, il se fait aulcun abordaige, lesdits Gué et Thibault y auront le droict qui leur y peult apartenir à canoniers, suyvant lusance et mode de la guerre. »
Le butin fait sur un navire de Séville, appelé aussi Saint-Esprit, capturé par un corsaire de Méchers, vint bientôt fournir un puissant aliment à l'ardeur naturelle que les Bordelais ressentaient pour la course, Ce navire
* renfermait de l'or non monnayé, des rubis, pierres précieuses, diamants, « basine, » une croix d'or garnie d’une chaîne de même métal, une pomme de senteur enchâssée dans de l'or, « cuirs, canefistes, eif (suif), graines à faire
1 Voyez, entre autres, les actes relatifs au eapitaine de la Salle, « capitaine ordinaire pour Le roy an faict de sa marine » (Minutes dé Douzeau, 12 et 15 fé vrier 1357), et la réclamation d'un marin « et despensier en faisant le voiage de Brelaigne à Licebone en Portugal, » à Arnault, dit Lenquoy, marinier, demeurant h Bordeaux. { fbid., 38 octobre 1558.)
! Mioutes de Douzeau, 21 juin 1344.
+ Minutes dé Couthures, 15 août 4655 (io ES re), 12 folies 9 r° et 108 ri). — Sur un autre point il y avait une € sait pour empêcher qu'on n'expartât du sel des {les sai (Ordonnance de Henri LV, alors roi de Navarre, en date les Archives du département des Basses-Pyrénées, B. 242)
# Vente par Gaillaumé Lapeyre, wiattre charpentier de ravis Bordeaux, de deux fraguates à l'ancre à la Teste, avec leurs «en leurs grandes voiles, leurs mirenés, sibudierés, Ep vur deux haussieres, leurs fargues, deux paraeques, vingt-quatre mechant pavillon avec son baston, lune Lonella 20 aa a nl mails ü chacune desdites fraguates, » ote. (Minutes de Gouthures, 44 ju folio 208 ve.)
# Minutes de Douzeau, 24 mai 4947; 29 juin 1802, Voyez ci-dessus, ps
Gironde, » Nous avons déjà vu que cette espèce de barque faisait le service régulier du bas de la rivière !, et les patrons connaissaient sans doute assez bien les passes du fleuve pour les franchir les yeux fermés; mais les navires anglais, hollandais, danois et autres, dont parle de Thou, étaient tenus à de grandes précautions, ét c'est pour eux qu'un pilote saintongeais avait dressé une carte pour aller « en la rivyere très-dengereuse de Gironde jusques à la noble et puisçante ville de Bourdeaulx en Guyane *. » :
Il arrivait aussi que les navires élaient retenus fort longtemps dans les eaux du fleuve. Le grand prieur de Luppé du Garrané rapporte qu'à son départ de Bordeaux, en juin 1624, il fut obligé de rester quatorze jours dans la rivière, tant à Blaye, Pauillac que Royan, « à cause des mauvais fans, dit-il, quy ne nous permettoient pas de pouvoir desboucher ny par le pas de Grave, près de
1 Voyez ci-dessus, p. 484, note 5, — Une protestation, conservée parmi les minutes de Douxcau, à la date du 29 juillet 1559, donne une idée de ln façon dont fonetionnait l'anguille de Blaye et des services qu'elle rendait au commerce : sirés Thadée Destrilhes, Jehanicot, dit Bason, et Jean Ducasse, marchands et bourgeois de Bordeaux, remontrent & qui de droit qu'ils avaient trouvé devant le port de cette ville « certaine angnylle à terre, et le pont d'icelle dehors, pour recepvoir les chevaulx des marchans et aultres, pour eulx mener et pasager jusques au havre de Blaye. » Y ayant mis douze che vaux el requis à plusieurs réprises Jean Coullon, l'un des mariniers, de les mener jusqu'a ce port, en Jui payant son salaire, celui-ci et son camarade Brice Gouyer s'y élaient refusés, sous prétexte qu'ils avaient fait marché avéc des gontilshommes flamands, et que M, de Villeneuve, jurat, chargé de la police de la rivière, leur avait défendu, à peine de 300 livres d'amende, dé passer ni r d'autres personnes que les gentilshommes en question. De la, protestation dés marchands, à cause du « relardément de la fouyere de Fontané en Pouxtou, lesquelz estosent prestz d'aler à ladite fouxere, » êle,
2 M. dé la Bibl. imp. ne TIDAA Les Memeserits français dle la Hibtiothéque du oi, ete. t. V, p. M5.
ung desdiets sieurs trezoriers et le maire de ladiete ville, ou, à son default, ung desdicts jurats, sera gardé et observé selon la forme et teneur. Et neantmoins, afin que le commerce ne soit retardé el vos droicts diminués, pourvoir que au plus lost il soit procedé à ladicte reparation sellon les moyens qu'il vous a pleu y establir®. »
On pourrait induire de ce qui précède que l'autorité royale ne portait que peu d'attention au régime de la mer en Guienne : ce serait une erreur, Les lettres patentes de Louis XIE sur les droits et la juridiction de l'amirauté de cette province*, et d’autres lettres de ce prince relatives à la même amirauté en ce qui concerne les naufrages”, témoignent du contraire, au moins pour le commencement du xvr sièele,
Nonobstant toute cette marine bordelaise que nous venons de passer en revue, au siêge de Blaye, le maréchal de Matignon, ayant su que la flotte espagnole approchait, fit venir plusieurs navires marchands armés en guerre #. Louis XIII en usa de même au siége de la Rochelle, « Ayant resolu pour le bien de notre service, ditil dans un brevet adressé à Jean de la Mothe, capitaine de marine, de faire equipper et armer quelques vaisseaulx flamandz de ceux qui sont au port de notre ville de Bordeaux, pour opposer à ceux de notre ville de la Rochelle et autres qui favorisent nos subjectz rebelles, en eslant besoing de faire choix de quelque personne de
1 Recherches sur Montaigne, ete, par le Dr J.-F. Puyen. Paris, 1856, in-8°, p. 50.
* Blois, 14 juillet 1508. (Ordonn. des rois de France, elc., 1. XXI, p. 370-375.)
3 90 décembre 4541. (Jbid., p. 456, 457.)
“D. Devienné, His. de la ville de Bordeaux, part. L, lv, IV, ch. Lxv, p. 100,
sieur de Laumont, exempt des gardés é deux de ses archers, el un bourge
près des gouverneurs de Blaye et de surer de leur concours, Laumont Blanquet, en compagnie d'un porteur de lettres tant du eorps de ville cesse douairière de Condé, et tâcha devoir; mais le forban ne tint aucun valions qui lui furent faites, de sorte qu'il fallut er aux moyens extrêmes, À la suite d'une
lier, habitant de Ducey en Normandie , agissant Lant pour 1üi que pour le sit dé la Moihe, écuyer, à MM, de Noïlot et le Blanc, directeurs du convoi ebonla blie de Bonléaux; du navire appelé de Saint-Putrire. (54 janvier 1654.) |
ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. Lo
parlement, M, de Barraull, vice-amiral de Guienne, après avoir visité les navires qui étaient dans le port de Bordeaux, fit éhoix de l'un d'entre eux qui lui parut propre à lui servir d'amiral, et il lui en adjoiguit quatre autres qu'il mit en état, pendant que le due d'Épernon faisait venir un cinquième bâtiment de la côte de Saintonge; «et les autres furent esquipez et armez, ensemble deux pataches, par ledit sieur de Barrault, lequel donna le commandement sur le vis-admiral au sieur de Salebœuf, sou lieutenant en la vis-admirauté de Guyenne et capitaine de marine, et aux sieurs de Montignac et de l'Isle sur les autres deux, et sur les pataches aux capitaines Massignac et Albert Gourdin. » L'escadre de M. de Barrault se rendit d’abord devant Blaye, puis, toujours suivie de cinquante grands navires marchands qui naviguaient sous sa protection, elle fit voile vers le port de Royan, vis-à-vis duquel les rebelles étaient avec quatre navires et trois grandes pataches, Le premier jour il ne se fit rien; « mais le lendemain, au poinct du jour, ledit sieur de Barrault, aydé du vent sur-0est, tourna la proue droict aux ennemis, lesquels, de rechef levans les ancres, gagnerent la mer et s’esloignerent tellement, à cause de la tempeste, que ledit sieur de Barrault, ores qu'entré bien avant en mer, les perdit de veue. Et recognoissant Blanquet et Gaillard causts (fins) et rusez, print resolution de mettre hors la riviere en toute seureté la flotte des marchands qui estoit demeurée derriere, pour, après qu'elle seroit hors de tout danger, courir plus librement la mer, les isles et les rivieres, pour rechercher Blanquet et ses compagnons. »
1 Discours veritable du combat naval et de la desroute des cay quet, Gaillard et autres pirates et rebelles au roy, faite par
de série, 4. IL, p. 182401.) — Nous n'avons rien dit des pirates e dans le siècle précédent, ayant couru la eûte de Médoc jusque n'avaient pas eu un meilleur sort (Chronique bourdeloise, folio 3 verso, . 1522), parce que les détails manquent.
Votre de Le pr, ds Vs ant .
Statuts, ete, p. 108, 105.
M Minutes de Douzeau, 7 seplembre 1548; 6 juillet 1352,
4 tbid... 50 juillet 1548,