Ê] HISTOIRE DU COMMERCE
le commerce de Bordeaux. À peine remise de l'émotion causée par-les mesures fiscales de Chilpérie, cette ville fut, en 580, ébranlée par un tremblement dé terre si fort, que les murailles furent en danger de tomber. + Tout le monde, dit Grégoire de Tours, fut saisi d'effroi, appréhendant la mort, à ce point que si la population n'eñt " pas pris la fuite, elle eùt cru être engloutie avee la ville entière : d'où il arriva que plusieurs se retirèrent dans d'autres citést,» Nul doute que dans le nombre il ne se trouvât des marchands, et que les affaires n'aient été plus ou moins paralysées,
+ Eu dépit des calamités qui fordirent sur Bordeaux dès le vi siècle, il s'y faisait encore assez de commerce pour que des étrangers fussent tentés de s'y établir, Grégoire de Tours nous a conservé le souvenir de l'un d'eux, Syrien de naissance, nommé Euphron, c'est-à-dire Éphraïim. Par quel concours de circonstances cet Asiatique se trouvait-il si loin de son pays”? À part une inscription bilingue, grecque et latine, trouvée à Vaison, rien ne témoigne qu'il y ait eu, sous les empereurs, des rapports bien fréquents entre la Syrie et la Gaule *, comme entre l'Italie et cette contrée de l'Orient5; mais il n'en était pas de même dans les premiers temps de la mônarchie franque. Leur historien rapporte que, le roi Gunthram faisant son entrée dans Orléans, tout le peuple vint au-devant de
1 S,Grog. Turon., Mist, Franc. lib. V, cap, xxx, xxx, — Ainioin., dé Gest, Frano., Mb. 11, eap. xxsu, (Rec. des hist. des Gaules, ete, t, IH, p. 85, A.)
2 Mémoires de la Société impériale des antiquaires de France, 3° série, LH, p. 8.
# Sid, Apoll,, Epist., lib. !, epist. vur.— Les Syriens étaient renominés pour leur avarice et leur ambition. Voyez les lettres de S, Jérôme, sou commentaire sur Éséchiel, eh, xx, et Salvien, de Gubérnutione Dei, ch. 1x.
avoir offert, pour que l'on ne md et que l'on ne commit point L, d’abord cent écus, puis deux
re de Tours nous renseigne sur l'état s'était montrée pour lui semée de péà d qu'en face de Blaye régnait un couut qui metal souvent en danger les jours des
:, 0 Dee Frane,, lib, VUL, cap. 2
ne 140, col. 2, E, ne 96; p. 145, col. 2, E, uv 22, ., Mist, écel, gent. Prane., lib. VIE, cap, XX
EE
26 HISTOIRE DU COMMERCE bateliers et des voyageurs assez hardis pour l'affronterh,
Quelques années plus tard, saint Filibert, abbé de Rebais, fondait l'abbaye de Jumiéges à l'aide des libéralités du roi Clovis I et de la reine sainte Bathilde, Un jour que l'homme de Dieu se promenait dans le eloitre, saint Saëns, cellérier du monastère, l'aborde et lui déclare que l'huile manque pour l'entretien de la lampe de l'autel. « Mais, réplique saint Filibert, n'y at-il plus une goutte d'huile? — Il en reste encore une demi-livre, vénérable abbé, et j'ai cru la devoir réserver pour le service des hôtes ou pour vous. — Eh bien ! mettez ee reste dans les lampes, et sachez que nous aurons bientôt, grâce à Dieu, de l'huile pour toute l'année. » En effet, ajoute l'hagiographe, vers le soir on reçut la nouvelle qu'un navire, frété à Bordeaux, était entré au plus prochain port de mer avee une cargaison de quarante muids d’huile.à bràler, C'était un envoi des amis de saint Filibert *.
Quelle espèce d'huile pouvait être celle qui, de Bordeaux, venait ainsi dans le voisinage de Rouen? Constatons d'abord que, dans le voisinage de Bordeaux, on récoltait de l'huile en quantité. L'auteur de la Chronique latine de l'abbaye de la Couronne, près d'Angoulème, rapporte qu'en 1199, il y eut dans toute la contrée une telle abondance de vin, d'huile et autres denrées, que de mémoire d'homme on ne se souvenait de miracle pareil. Si, comme le veut Le Grand d'Aussy, qui omet de dire sur quoi il se foude#, l'huile adressée de Bordeaux à saint Filibert était
LS Greg. Tuvon,, dé Gloria conféssorum, cap. xuvr.
À Acta stmotoram ordinis soncti Benedicti, swe. mn, p. 824 et seq.
à Lit, de M, Busèhe Uastaigne, Paris, 1865, in-8°, p. 58.
à Miniine debwieprindedes Francois, 1. Ip, 211.— En 1054, un eoncile de
d'olive devait être limité au pays de pro-
que l'on n'ait fait servir au même usage La
déGrégoirede Tours. (Hisz, MAIL, eap.v—
AV, eap. xv.— De Gloria martyrum, cup. xur.) st, p. 5, M ,
éplire, remercie saint Paulin de lui avoir
et de l'huile dans leur primeur et leur nou-
nrées de délices.
ntures de Fregus, p. 75, %. 3, il est fait mention d'un
uteux que cet arbre ait jamais pu venir en Écosse,
nommé dans plusieurs ouvrages analogues, par
C w p. 4, v. 7, dans Beaudous, +. HS, dans Bele
françois, p. 11), et dans l'un des romans de Tristan,
| portant un chapeau d'olivier à la cour du roi Mare,
nom se donnait aussi k quelque arbre du Nord.
pnoseph., lib. IV, cap. x; ed. 1057, p. 432, A.—Justin.,
lib, XLII 74
. # Catel n'est point de cet avis, quand, arrivé à parler de l'huile, « qui est, d grande richesse du bas Languedoc, qui en produit en merveil- Meuse abondance, » il ajoute : « car il n'y en a pas seulement par ledit pays et pour l'usage de Loute la Francewmais encore de quos en fournir {ous les pays
Nous avons vu plus haut, à propos du papyrus, ee que dit Grégoire de Tours des navires qui apportaient de l'huile à Marseille, en même temps que des épiceries; le vol que des domestiques de l'archidigere Vigile firent, sous le règne de Sigebert, dans cette ville, de plusieurs barils d'huile appartenant à des marchands d'outre-mer, achève de nous éclairer sur la provenance étrangère de l'huile communément employée dans la Gaule ; mais rien ne justifie la détermination adoptée par Le Grand d'Aussy, et l'on se demande pourquoi l'abbé de Jumiéges aurait, pour alimenter les lampes de son église, faitæsage d'une denrée aussi précieuse, tandis que l'huile de fruits oléagineux, de graines, et celle de poisson, en supposant qu'elles fussent déjà connues, pouvaient remplir le même office. Dans la situation qu'occupe Bordeaux, la pêche devait fournir un aliment à l'activité comme au commerce de ses habitants, et ils n'avaient pas beaucoup de chemin à faire pour trouver des cétacés, sans excepter la baleine, qui fréquentait alors le golfe de Gascogne et, en général, toute la côte de l'Océan ?,
D'autres visiteurs plus dangereux devaient en éloigner le commerce, du moins lui créer de grandes difficultés, et cependant l'administration avait mis les côtes en état de défense, Le Notitia imperii Occidentis, qui date du
seplentrionaux.…… Car il en est porté si grande quantité par des muets dans la ville de Tolose, qu'elle le communique puis après par le moyen de la Garonne... à tout le reste de la France, et autres pays chrconvalsins, qui ne portent point d'oliviers,» ete, (Mémoires de l'histoire du Lanynedec, etc. iv, #, eh, v, p. 45,) 1 S. Greg. Turon., Mist. écel. gent. Franc., Wb. 1V, eap. xxxvnr. — à Que vous manque-til? s'écrie le saint évêque au début de son cinquième livre, en apostrophant directement les successeurs de Clovis. N'avez-vous pas dans vos celliers du vin, de l'huile et du froment en abondance? 2 Géographie dé Strabon, lv. WE, eh. 3 44, p. 415.
avant mème le milieu du nr sidi, lé Noémie avancés jusqu'en Aquitaine et avaient ravagé la contrée*, On les vit reparaître en 846, entre Bordeaux et Saintes, cinq ans avant l'ineursion marquée par là prise êt lin= cendie de la métropole de l'Aquitaine et de plusieurs autres villes de la contrée. L'accusation portée contre les juifs d'avoir prêté la main à la ruine de Bordeaux, si elle n'est pas fondée, semble du moins indiquer que les fils dé Jacob y étaient déjà en nombre. Une anecdote rapportée par le moine de Saint-Gall nous donne à penser qu'ils y faisaient le commerce comme sur la côte de la Médilerranée, qui n'était pas mieux traitée.
Un jour que Charlemagne se trouvait insogitiotii une certaine ville de la Gaule narbonnaise, des corsaires normands vinrent exercer leurs pirateries jusque dans le port. Quand on aperçut les navires, on prétendit que c'étaient des marchands, juifs selon ceux-ci, africains suivant ceux-là, bretons selon l'avis des autres”, Que
1 Translat, S. Fillberti, ap. Acta sanctorum ordinis S. Denedicli, sec. IV, pars L, p. 350, 540 el 555.
2 Astron,, adann. 820, (Nec, des hist. des Gardes, L VE, p. 105, D.) —Chronie ques de Saint-Denis. (fbid., p. 445, B.) — Annales Eginhardi. (/bid., p. 180, B.)
1 Lupus Ferrariénsis in épist. ad Guenilonem, arehiepiscopum Senonensem, epist. XXXL. (ec, des hist. des Gaules, t. VU, p. 494, D.)
4 Anna. Bert., ap. D. Bouquet. (fée, dés hist. dés Gaules, L. VU, p. 68, C.) — Chron. de gestis Nortmann., ap, du Chosne, Historie Francormm Scripiores, LU, p. 525, À.
# Mon, Sangall., de Mes bellicls Carol Magni, lb. WA, cap. xxn. (fee, dek hist. des Gaules, 1. V, p. 150, €.) — Sulpice Sévère { Dial, 1, cap, 6 et m0) mots apprend que. de son temps, le port de Narhônne récavait des navires d'Afrique et qu'il en expédiait peur re pays.
Let Werinorwm, Ut. V,S 20; ap, Lindenbrog., Codex legum , 164%, in-folio, LT, p. ARS.
32 HISTOIRE DE GOMMERGE
- Fortunat nous apprend que la Garonne abondaït en poissons !, et nous savons par les vers d'Ausone?, comme par une lettre d'Apollinaris Sidonius5, quelles espèces les pécheurs apportaient sur le marché de Bordeaux : ce sont à peu près les mêmes qu'aujourd'hui: seulement le rang qu'elles tenaient dans l'estime des gourmets était | différent, Ainsi le premier de ces écrivains soutient que, de son temps, l'alose était regardée comme un aliment abandonné au peuple, tandis que, dans les siècles suivants, l'excellence de ce poisson était passée en proverbe, comme celle de la lamproie de Nantes, moins ancienne= ment connue que la lamproie de Guiennef; mais déjà, du temps de Pline, le saumon de rivière, en Aquitaine, était préféré à tous les poissons de mer?,
Le principal objet des importations de la Guienne consistait done dans les vins, le poisson et la résine; toutefois il n’est question que de la première de ces denrées dans la compilation appelée Rôles où Jugements d'Olé-
1 FortunaL., Gb. 1, carm. xx, (De Promiaco, villa Burdegalensi.)
# Auson. Theoni, epist. 1°, v. 6045,
3 Sidon, Trigetio. Epist., Hib. VU, epist. xn.
4 Auson., Mosella, y. 127,
» Le Grand d'Aussy, Histoire de la vie privée des François, L. AE, p. 70, 133, 138. — On trouve parmi les lettres patentes de Jean Sans-Terre une permis sion pour aller a Nantes chercher des lampraïes pour la comtesse de Blois (Roteli difterarum patentium, 3 Johann., vol. 1, p, 4; p.5, col, 1, Cf. introd., p. xwii); ét dans les comptes de l'abbaye de Bolton, figurent 9 shillings 6 pence pour dix. lamproies dé Nantes. (The Historg and Antiguities of Craren, elc., by Whitaker. London, 1805, in-£°, p, Xi.) Enfin, en 1417-48, Guillaume de Nantes obténait un sauf-conduit pour vénir auprès du roi d'Angleterre avec un chargement de lamproies pour la nourriture de ce prince et de son armée. (Ro. Normann., 5 Hen. V, m. 15.)
# Arnaud Garcie avait reçu à foi el hommage, pour lui e1 pour les siens, ta ville de Langon, à la charge de payer annuellement au chapitre ét aux chanoinés de Saint-Seurin douze lamproies. { Chron, bord., ann, 4470, folio 10 1°.
5 Phin., Mist. mat., Hb, FX, rap. xxx.
nous amènera-t-elle à une conclusion contraire. Bien avant la conquête normande, l'Angleterre connaissait le vin; seulement c'était un article cher, dont l'usage ue s'étendait guère aux gens du commun. Le marchand du Colloque d'Alfrie importait des pays étrangers du vin et de l'huile; et, interrogé pourquoi il ne boit pas de vin, l'écolier répond qu'il n'est point assez riche pour en acheter, set le vin, ajoute-1-il, n'est pas ) des enfants ou des imbéciles, mais des vieila gre*. » L'un des auteurs de la Chronique
SOS boues, 4.1, introduction, p. Ex.
re ont tammet ete, London, 187, in@, CNT
Pis
Em Pr tion étant de Édre des essais à Stamford, de façon à récolter, vin, du bon verjus. éComeag Papers, Publié Record Ofice, Londres; étre 6 mai 1590.) ' 2 Camden, Brilannix, col. couxx.
# Michaetis Virdungi.… Commentarius in CG. Juil Aprlestæ Vin, scripioré | Corn. Tacile, Notimberge, m.nc.xxxvn,, in, cap, x, pe 8, — Arclurelogio, vol. L,p. 32, #Twyne, entre autres, attribue l'abandon de la viticulture en Angletérre ! l'indolence des habitants, aussi bien qu'au goût, qui se développa chez eux, | pour les vins de France, sous Henry TL. (Jahannik Tivini Bolingdunensis, Angli, de Tebus Albionicis. Landini, 4300, in-8e, p, 116.) — Le compilateur de ln Vie de Bulleyn, dans li Biagraphia Britannica, édit. de 1778-05, in-folio, s'exprime ainsi : « On affirme qu'il existe un traité de paix entre la France et l'Angle- | terre, dans lequel il est stipulé que nous arracherions nos vignes et sérions les tributaires de nos voisins pour la totalité de notre consommation, Si la destruetion des vignes anglaises est due à une autre cause, on la trouvera pentdire dans la possession de la Gascogne par les Anglais, qui en tiraient du vin à meilleur et de qualité supérieure à celui qu'ils récoltajent dans leur pays . Brit, vol, UM, p. 2, note, col. 2. Cf. Ellis, à geperol Tntrod. 16 Domesday-Book, vol. 1, p. 421.) # Giraldus Canihrensès, Mineraritn Cumbrie, Mb. 11, rap. ur.
y AA (D LUE ee mouse in et du sel, jusqu'à Bordenux, ou oits que sous sou frère:
de leurs vignes pro- RUE de droits, etc. Aupa- » prince accorder à l'évêque de Saintes une es mêmes conditions, à Bordeaux, jusqu'à ét à maitre Pierre de Navarre, son clere, sa vie durant, én Poitou ét en Gascogne, de les transporter en franchise partout où il onde, (fbid., p. %, col. 2.) dé la Bibliothèque impériale, supplément fran ol. 2, v. D; folio 182 verso, col. 3, +. 10, — La 1 nt crièr à Compiègne :
Gi a on vin frès et novel, Ci il'Auçaire, cà de Soissons, Des trois Awugler de Compiengne, v. 72. ( Fabtiau.o - et Contes, 1, UE, p. 400.) nte de faire parcillement erier, par un garçon de cabaret, le s. (De Cortois d'Arras, +. 1415 même recueil, 4, 1 p, 364.)
dans ce port depuis 12315, et encore en
du xwv° siècle, en Flandre, en Brabant, en H : le pays de Liége et jusqu'en Picardie !. Nous avons, d'ail leurs, un statut de Jean Sans-Terre, qui, ge prix des vins pour son royaume, nous apprend « sont ceux que l'on ÿ consommait vers la fin du xue si cle”; mais s'il existe des traces anciennes du commerce «
4 Petr. Blesensis, epist. xt. (Petri Dlesensis. Opera aan (RES À TR RAC 1) |
Tiretons, Flumens, Normans, Englais, 4 los Escos ot lus Luis, vin Usa W'AStELI, la Bataille des vias, +. 113, (Fubliane ef Lüntes, ÉdiL. de Méon, L 1, pe 156.) à Feterum seripéoren ef momwmentorum amplissima Collectio, 1. 4, cul. 1246. L Chroniques de sire Jean Froissart, iv. A, part. 4, ch, ceuxxxt, am. 1546, ct lis. A, eh av, an, 4596. CÉdit. du Panthéon littéraire, LA, p. 255, vol. 15 1.11 pe 52, col. 1.) % Nulle barrique de vin de Puitou ne devait dépasser le prix de 20 shillings, nulle Hartique de vin d'Anjon oclui de 26: 61 ln hurrique de vin français ait