XXXI
INTRODUCTION
innsfonnations profondes s'étaient accomplies, à la fin du xvi', dans la nature du commerce des Français dans le Levant. C'est pendant les troubles de la Liyue que les Hollandais avaient rcHissi délinitivcmcnt à détourner vers Amsterdam le commerce des épiceries. « Les marchands, dit un mémoire des Marseillais adressé au roi en 1625, reprirent leur premier irain (sous Henri IV), auquel néanmoins ils reconnurent un pirand clianj^ement; car de ce que le fonds principal du négoce consistait en épicerie, ils trouvèrent qu'il était entièrement diverti et transféré du côté du Ponant par l'ouverture que k-s l'iamands avaient faite d'aller a uérir les épiceries aux Moluqucs.., Les marchands de Marseille s'adonnèrent alors à porter des soies, ce qui leur réussit si avantageusement, soit par le ton génie de cette ville, soit par la diligence de leurs vaisseaux et promptitude de leur expédition, qu'en peu d'années ils attirèrent à Marseille presque tout le négoce des soies de toute l'Europe, ayant tellement affaibli et diminué celui de Venise qu'au lieu de vingt grands navires qu'ils mandaient tous les ans en Syrie, ils n'en envoyaient pas six, et au contraire, comme l'on ne voyait venir à Marseille par le passé en tout un an plus haut de 100 ou 200 balles de soie, on en tira depuis, arrivées sur un seul vaisseau, r 000 ou 1200 balles, et furent les navires de Marseille estimés les plus riches qui allassent sur la mer, ce qui haussa grandement la réputation du négoce des Français par tout le Levant et dès lors mC'me les Vénitiens, qui précédaient les autres nations, furent tontraints de céder à la nôtre'. » S;ivary de Brèves avait aussi [ait ajouter dans les Capitulations de 1597 et de 160J les cuirs, cordouans, cires, cotons, cotons rilés, aux marchandises dont l'exportation était autorisée, et le transport des cotons devait devenir au xvip siècle avec celui des soies le principal objet du commerce des Français.
Mais les draps, qui constituaient auparavant le grand article d'importation dans le Levant, avaient presque cessé d'y être envoyés par suite de la ruine des manul.icturcs pendant les guerres de religion. De plus, les marchands devaient payer aux Turcs 5 0/0 de la valeur des marchandises qu'ils apportaient et qu'ils vendaient. « Pour s'exempter, tant de ce droit, nous apmend de Brèves*, que pour l'avantage qu'ils trouvent sur !e prix de leurs monnaies qui est grand, que pour n'être sujets :\ une longue deniture pour vendre leurs marchandises, ils n'apportent plus de draps et font entièrement leur négoce avec de l'argent comptant. » C'était une cause de faiblesse
Dans un .^d^^ii au roy, de 16 14, I.i valeur des exportations de Marseille pour U Turquie est fixée à i.ctoo.oou J'écus (Archiva cuiintseï Je l'hisl. de Fr., a^ séiù^ t. /, y>. 4i(>). — Coloert, en i6f>j, disait que la ville de Marseille ne faisait pas la dixième partie de son commerce avec le Levant. {luflies tl liiilr., t. Il, hilialticticn, p. CXXh'). Or, vers i66u, le commerce était d'environ trois millions.
(i) Mhimra au ivi, 14 juiJIfl 163 j. ////, /.
(3) Wotet iur quelques arlielcs des Capiliilallions, art. fl.
INTRODUCTION
XXXU)
pour notre commerce, car il Cillait acheter en Espigne les piastres sevillancs ou mexicaints, seule monnaie acceptée par les Turcs, et notre commerce du Levant dépendait ainsi étroitement de «nos relations commerciales avec ce pays. De plus, on perdait les bénéfices qu'on aurait pu Caire sur les marchandises portées dans le Levant, ainsi
3u'une quantité de fret itnportante pour nos navires. Mais surtout, "après les théories économiques qui s'étaient établies au .\vi' siècle, l'exportation du numéraire était une cause de ruine pour le pays, et le commerce du Levant, qui faisaiisortir beaucoup d'argent du ro)'aunie, sins développer b consommation des produits de nos industries, allait passer, aux yeux de bien des gens pendant tout le xvii' siècle, pour un commerce funeste au bien du royaume. D'après un Advisau tv\, de 1614', sept millions d'écus étaient exportés chaque année de .Vfarseille dans les états du Grand Seigneur; aussi, aux Etats généraux, le tiers protesta vivement et insista pour qu'on obtint de la Porte des conditions plus avantaj^euses qui permissent de substituer les marchandises aux métaux précieux dans ce négoce.
Henri I\' laiss.ut donc le commerce du Levant, qu'il avait trouvé très affaibli, dans une situation prospère. Mais il ne faudrait pas s'exagérer cette prospérité, elle était en somme fort précaire. 11 avait, par une patiente diplomatie, rétabli notre influence à Constantinople, mais il n'avait pas ramené h confiance dans l'esprit des Turcs et il n'avait pu arrêter les progrès des Anglais. Il avait combattu la piraterie, sans pouvoir la détruire, et il la laissait menaçante. 11 n'avait pas songé i donner des règlements au commerce, et les abusqui devaient le ruiner avaient déjà pris naissance pendant son règne. Le roi avait eu le mérite de comprendre toute l'importance du commerce du Levant, il avait constamment appliqué son attention .\ le développer et il avait réussi i .assurer le présent, mais sans garantir l'avenir qui apparaissait gros de nuages.
(i) Archives curieuses dei'hisl. de Fr., 2'^ s/rie, l. I, p. 4)6-}'; : « Lorsqu'il n'cstoit porte auprès de l'empereur des Turcs que des denrées de vostre royaume, nutaiiimciu des dr.ips d'escarlatte... Mais depuis quelques années, l'on ne porte que de r^irgcnt nionaoyé qui monte p.tr an à plus de sept millions d'escus, seulement transporter par la ville de Marseille, sans ce qui se trans|>orte d'ailleurs, u — « L'on vous supplie Sire, de considérer, que vous ferez de grandes choses eu rtSvoquoHt d'un cosié cesle alli.mcc et le négoce du Levant... u p. 4jS.
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