CHAPITRE IV
LES ABUS DANS LliS liCIlELLES
L'histoire des impositions extraordinaires établies dans les cchclics a montré qu'elles étaient dues en partie à la conduite des représentants du roi dans le Levant qui, de protecteurs du commerce, en étaient devenus les oppresseurs. Depuis le règne même d'Henri IV les ambassadeurs n'avaient pas cessé d'être en mésintelligence avec le commerce de Marseille pour des questions d'argent. Leurs exactions étaient devenues légendaires, on en faisait longtemps après des récits aux voyageurs, quand ils passaient dans les échelles. « J'ai aussi ouï conter, écrit Chardin en 1672, qu'un des prédécesseurs de M. de la H.ave le fils prit 15 ans durant 500 écus sur chaque voile française qui venait à Constantinoplc, pour une prétendue dépense de 600 écus, qu'il disait avoir faite pour le commerce de la nation, et que, lorsque les marchands lui représentaient qu'il s'était cent fois remboursé de cette somme, il répondait : « Je rendrai mes comptes, je ne prends que ce qui m'est dû'. » Il est bien ditlkile de dire si les besoins financiers des ambassadeurs provenaient plus de leurs prodigalitésou de leurs maladresses, que de l'irrégularité avec laquelle ils recevaient leur traitement de In Cour ou leur pension du commerce. Mais, de quelque côté qu'aient été les responsabilités, ce qu'il importe de constater ici ce sont les pertes causées au commerce par les procédés financiers et les abus d'autorité des ambassadeurs. Ce qui ne fut pas moins funeste, ce fut la mésintelligence perpétuelle qui çxista entre eux et les marchands, en un temps où, en présence des avanies des Turcs et de la concurrence acharnée des Anglais et des Hnllindais, l'accord du commerce et des représentants du roi était
(i) Chardin, t. I, p. 6.
78 l'anarchie commerciale
plus que jamais nécessaire. La crainte des abus de pouvoir des ambassadeurs était devenue si grande que l'idée vint aux marchands qu'il vaudrait mieux n'en pas avoir â Constantinople et qu'un simple résident s'appliquerait mieux à défendre leurs intérêts, c'est ce qu'ils essayèrent de faire entendre plus tard à ColbertV
Les consuls des Echelles*, bien qu'ayant moins d'autorité que l'ambassadeur, causèrent beaucoup plus de maux au commerce par les extraordinaires abus qu'ils commirent. Ceux-ci furent dus à la détestable organisation des consulats jusqu'à Colbert. Les offices de consuls étaient vénaux' dès la fin du règne d'Henri IV, puisque Claude Rigon, pourvu du consulat de Smyrne le 19 janvier 1610, avait acheté sa charge. Le prix en était d'abord peu considérable, Rigon avait payé 4^90 livres et M. de Harlay l'ambassadeur offrait 4000 livres au secrétaire d'Etat Villeroi pour obtenir le consulat de Fez et Maroc*. Mais plus tard le comte de Brienne vendait le consulat de Smyrne 75000 livres et celui de Seïde 60000 livres'. Dès la même époque les consulats tendaient à devenir héréditaires, sans que cependant ce fût une règle : dans leurs lettres de provision les consuls faisaient insérer une clause de survivance en faveur de leur fils ; c'est ainsi que Camille Savary de Brèves obtint la survivance de son père François Savary, l'ancien ambassadeur de Constantinople, pour le consulat d'Alexandrie, Jean Viguier succède à Pierre Viguier à Alep et à Seïde et transmet encore le consulat de Seïde à son fils Pierre en
(i) Voir un Mémoire de d'Arvicux au roi où il montre les inconvénients d'un ambassadeur, t. IV, p. 222.
(2) Voici les consulats qui existaient sous Louis XIII : Tripoli de Syrie transféré en 161 2 à Alep, Alexandrie transféré au Caire vers 1625, Scie transféré à Smyrne, Satalie, Zante Patras et Morée, les seuls antérieurs à 1610. — Seïde créé le 22 mars 161 1 et définitivement le 15 juin 1616, Constantinople le 30 juin 1615 (l'ambassadeur en fut pourvu). — En Barbarie il y avait le consulat d'Alger créé le 15 septembre 1564, celui de Tunis créé le 28 mai 1578, celui de Tripoli qui subsista, au moins jusqu'en 1619, mais fut ensuite laissé vacant, celui de Fez et Maroc créé le 10 juin IS77- — ^. fl'W. nal. mss. fr. lôyjS, fol. loi-ioa,
tlO-JJJ.
(3) La plupart des historiens ont répété après Pouqueville que Louis XIII avait rendu les consubts vénaux (Pouqueville dit même, trompé par je ne sais quel document : « Louis XIII confia l'administration des consulats à un fermier général en 1617. » p. 62). — Non seulement ces offices étaient déjà vénaux du temps d'Henri IV, mais peut-être môme dès le début, si on se fie à un Mémoire adressé au roi par la Chambre du commerce de Marseille le 13 août 1670, où elle rappelle les accords faits autrefois par les consuls de Marseille, le 22 janv. 1 561 et le 18 nov. 1 590, avec les propriétaires des consulats (V. p. 85, not. i).
(4) Bibl.Nat. mss.fr. 167)8, fol. 124. — M. fol. uj.
(5) Aidj. Nat. F",64f. Mémoire sans date.
LES ABUS
léS.} ; J,-B. Turquet fait doiintr la survivance de Seïdeà son gendre
de V
du Cai
•rançois de v iiitiinillc, la comtesse de Brienne celle du Laire i son fils le commandeur de Brienne, Claude Gazille celle de Zante, Fatras Cl la Morée â son fils Jacques Gazille, Mais souvent aussi on voit par les lettres de provision qui nous sont parvenues, que la survivance était accordée A quelqu'un d'étranger au titulaire*. Henri IV avait donné un funeste exemple en donnant des consulats en récompense â des hommes qui l'avaient bien servi, mats qui ne pouvaient pas les exercer. Il contribua ainsi i répandre cette idée qu'ils constituaient plutôt un revenu A exploiter, qu'une charge imposant de grands devoirs et une lourde responsabilité. De Brèves, en récompense de s«s services A Constuniinople, obtint pour lui et pour son fils la propriété du consulat d'Alexandrie, et Pierre de Libertat, qui avait fitit rendre Marseille au roi, fut gratifié pour lui et ses héritiers du consulat d'Alep. Cet exemple fut suivi plus tard car M. de Puisiculx devint en 1622 propriétaire du consulat de Smyrne et le comte de Brienne posséda ceux du dire, de Seïde et de Smyrne. Comme ces deux derniers étaient secrétaires d'Etat, chargés particulièrement des affaires du commerce, ce fut sans doute ce qui donna lieu h la théorie, courante après Colbert, que les consulats du Levant étaient la propriété des secrétaires d'Etat de la marine chargés des affaires du Levant*.
Li cause de tous les abus fut que les consuls ne résidaient pas et faisaient exercer leur charge par des commis. L'usage s'en établit sculeiuent à la fin du règne d'Henri IV et au début du règne de Louis XUL (."în voit par les lettres de provision accordées alors, que, parmi les consuls, les uns ont « (iicuhé de commettre » et les autres doivent aller exercer eux-mêmes. Mais, d'après un Mémoire sur les consulats remis ù M. de Césy en 1619, seul, parmi les consuls du Levant, Qaude Rigonde Smyrne était astreint ;\ résider et pourtant
( I ) Voir CCS kttrci de provision dans le Registre I des Itiiinu;iiioiis de l'amirauuS de Marseille. — Pour les exemple!, ci-dessus vnir en outre. Btbl. Kal. mss Jr. r6jjS. ^fmoirn ia cumulais du Ltvant bailla ,) M. lU C^{y au mois d'aoïU 161 y (fol. 101- J97 H no-nj). On peut voir aussi les lettres de provision .Kcordées aux consuls "Harii !« premiers registres de la Cornsp. polit. Constantin. .Arcbivts da ajf. itr, tîl On ne savait même plus sous Louis XIV comment Brienne éuit devenu de CCS consulats V. Anh. Kal. F'*, 64s : Mémoire s.in» titre : « Les .s par M. de Brienne oni eu sans doute pour fondement un don du roi Joni ji. n .il vu néanmoins aucun titre. » — Cependant il parait ijuc dt'jà, sous Louis XIII , Villeroi lirait un gros revenu des consulats du Levant oui iuieat dan» son diSpartement. V. Faunie)!. 1/ pire ]ouph, t. I, p. 147.
■fa
L ANARCHIE COMMEKCIALH
il s'iltait fiait remplacer par un commis. Oa peut citer qucit^ucs consuls propriétaires qui remplirent cux-mcmes leur charge, comme les Dupuy copropriétaires du consulat de Smyrne qui y résidaient chacun :\ leur tour, de trois ans en trois ans, nuis avant d'avoir acheté la charge h M. de Brienne ils y avaient longtemps rempli l'emploi de commis. Jean Viguier, l'un des propriétaires d'Alep y resta trois ans (1621-24) et François Piquet pendant neuf ans (1653-1661) ; mais c'étaient là de trop rares exceptions. Les consuls propriétaires considérèrent généralement leur charge comme une exploitation, qui devait leur rapporter le plus possible ; ils prirent l'habitude d'y associer d'autres personnes qui s'y intéressaient pour une part déterminée, si bien que presque tous les consulats avaient plusieurs propriétaires, qui se renvoyaient de l'uu à l'autre les respons.abilités, quand le commerce avait des plaintes ;\ leur faire sur la gestion de leur consulat'. Celui-ci était confié à un vice-consul qui leur affermait les revenus de la charge *. Le mal eût été supportable si ces fermiers avaient présente des garanties d'honnêteté, mais les propriéuires s'en inquiétaient peu, ils donnaient leur commission au plus offrant. Sans doute les vice-consuls devaient aussi obtenir des lettres de provision du roi, malheureusement celles-ci étaient accordées à la requête des propriétaires, sans qu'on fit d'enquête sur ceux qu'ils proposaient. De nombreux exemples montrent la criminelle avidité qui seule inspirait les propriétaires des consulats*. Le comte de Brienne, secrétaire d'Etal, donna lui-même le plus triste e.\emple pour le consulat du Ciirc
(i) D'nutres posséd.iifnt plusieurs consulats. Ijurent Munier. consul de Cï-nn achète, le 19 novembre 1647. i Cimille Sjvary de Brèves le consubt d'iï; et, le I) janv, 1648. il .ncquiert en outre le consulat de Livoume. — .itiir Rfg. I des Imittuat, fol. 707-7/0.
(2) Dans la correspondance et dans tous les documents de cette époque les viceconsuls fermiers qui exercent en réalité le consulat, sont toujours désignés sous le nom de consuls, de même qu'ils le seront dans la suite de ce chapitre.
(3) On peut citer comme exception l'exemple de de Brèves qui avait en Egypte un commis capable, mais ne lui affermait pas les droits du consulat. 11 écrivait aux consuls de Marseille : « J'ai remarqué que les rentiers des consulats ruinent et incommcHient le trafic des niarcliands. Je n'ai j.inuib voulu afTernier celui d'I-'gypte, mais pour le faiie .administrer, j'ai f.»it choix de. , .. que j'.ii tenu en ce pays cinq ou six ans pour y apprendre les langues .\rabiques et 'l'urques-
ques . Je l'ai rappelé il y a environ deux ans pour le façonner.... Je l'ai
trouvé capable de bien faire. » i'^' mai ifi). AA, ifj. — Mai.s son fils ne l'iniit.i pas: en i6î4, après avoir fait un bail de six ans avec Philibert de Bennond pour son consulat, il voulut le donnera un autre qui lui eu offrait d.-ivantage. — (Àntt du corntil enfavtur dt Btrmond Ju 6 man j6js. Uibl. iial. viss./r. lôjjS.Jol. iS8.)
LES ABUS
Si
qu'il avait cédé h sa femme et A son Hls. UiL-n ne peut mieux nous montrer le honteux trafic auquel donnaient lieu ces charges que les intrigues qui faillirent ruiner l'échelle* du Caire de 1650 a 1658 et y laissèrent de longs souvenirs.
Deux familles Marseillaises, toutes deux influentes à Marseille et au Caire, les de Bermond et les d'Antiioinc se disputaient la ferme du consulat d'Egypte. Christophe de Bermond, qui exerçait le consulat depuis 163 l, fut évincé en 1647 par Pierre d'Anthoine, qui avait obtenu par intrigue une commission de M. de Brienne. Dès lors de Bermond ne cess;i d'agir auprès du pacha du Ciire pour faire cb.isser son rival et d'intriguer à la cour et auprès des de Brienne pour obtenir son rétablissement. Il y par\'int en 1650, et ce fut au tour des d'Anthoine de s'agiter. Le frère du consul, qui habitait Marseille, fit des offres ;\ l'homme d'affaires de M. de Brienne ; il y allait du salut de la famille, d'Anthoine déclarait qu'il était insolvable et que s'ils n'avaient le consulat pour payer leurs dettes, il lui faudrait fuir de Marseille à Livourne. L'agent de Brienne accepta ses ouvertures, miiis lui fit des conditions trop dures. Il demandait que la rente du propriétaire fût élevée à 10.000 livres*, « un bon pot de vin et d'autres choses encore ». « Il faut employer les voies indirectes, écrivit alors d'Anthoine à son frère, promettre au pacha et autres même 100.000 piastres, pourvu que vous fassiez mettre dans la charge, et faire embarquer Brémond et son neveu, promettant au pacha que vous le paierez quand le vaisseau qui les embarquera sera .t la voile... Faites ce que vous pourrez... De tout temps, et aujourd'hui principalement, les plus forts sont considérés ; quand les choses sont faites, n'est pas difficile de les rabiller ; laissez m'en puis à moi le pansement, s'il est avec le roi ne me sera pas difficile d'avoir tant de parchemin et sire que faudra, et envers M. et M™* de Brienne en lui promettant de bien payer sa rente, plutôt lui en payer quelque chose de plus que Brémond et lui donner caution bourgeoise... et surtout en donnant un bon pot de vin à M'"* de Brienne et Élisant manger quelques-uns qui sont auprès, ne craignes rien que j'obtienne tout ce que faudra et vous maintienne dans la charge,
(r) Tous les propriétaires de con<iul;n> furent dt-s Marseillais, sauf de Brèves, {•uinculx et de Brienne, et il en fut de même de leurs fermiers.
(2) De Bermond, frère du ironsul, disait en 1665 ;i .M. de la Haye que son fràre payait a«i pmpriiiairc 1 1 .000 liv., tandis qu'autrefois il n'en payait que 8.000. — Ut la Hjyt j CûWeri, 9 octohre i66f. Dtppiiig. Coittsp. Adntin. I. 111. p. ji^j.
L AS'AKCHIE COMMERCIALE
le plus brave homt
la
nicnie vous faire passer pour le plus Drave homme a la cour que soit en Turquie » '. Malheureusement pour ces beaux projets, le consul de Bermond parvint A s'emparer de cette lettre et l'envoya aux consuls de Marseille : l'intrigue fut rompue et de Bermond maintenu ; il réussit mime à force d'argent qu'il donna au pacha à faire embarquer de force d'Anthoinc, qui se vengea en l'attaquant violemment à Marseille. De Bermond s'en plaignit aux consuls : « Je ne puis assez admirer votre patience, leur écrit-il, à souffrir que Pierre d'Anthoine, le plus insigne voleur qui ait jamais été en ce pays, brave impudemment dans votre ville et attaque plusieurs personnes d'honneur et de mérite, après avoir volé manifestement plus de 50.000 piastres au commerce de cette échelle et consumé en des débauches désordonnées, ce qui a causé jusques à présent plus de 100.000 piastres d'intérêts, sans compter les mauvaises coutumes que sa malice a introduites. >* D'Anthoine n'était pas en reste sur le compte de de Bermond et le pis est que tous les deux disaient La vérité.
Cependant, à la suite de l'embarquement de d'Anthoine la nation du Caire était restée divisée en deux camps : t ils se ruinaient à plaisir à force de donner de grosses sommes pour se faire embarquer et renvoyer en France Les particuliers s'étant épuisés, ils prirent de
l'argent au nom de la nation chez les usuriers du pays i change lunaire c'est-à-dire à 2 1/2 pour cent par mois.... Le pacha les ser\'it également bien pour leur argent; à mesure qu'il en recev.iit d'un parti il £iisait embarquer avec violence celui ou ceux dont on lut demandait l'éloignement. La nation se trouva endettée de plus de 400.000 écus, tant en principal qu'en intérêt, de sorte qu'on était obligé de lever des sommes exorbitantes sur tous les bâtiments q ni venaient en Egypte. » * En même temps les deux partis s'adressaient au comte de Brienne pour se plaindre : le parti de d'Anthoine obtint la ferme du consulat jtour M. de Bègue, mais Brienne la vendit peu iprés à de Bemiond, de sorte qu'il y eut deux consuls de France en Eg)'pie, pourvus de provisions en bonne forme et à peu près de même date. Moyennant 30.000 écus offerts au pacha. Bègue obtint de ùîre son entrée 1 Alexandrie: • C'était le plus plaisant conége
(n ^'1, S03' Lfttrt dm a ttff. it>st.
(3) A A, }Of. léfiv. i6ff.
()) D'AxTizvx, t. I, p. 160^174.
LES ABUS
que j'eusse encore vu, raconte d'Arvieux qui s'y trouvait, la populace nous accompagnait avec de grandes huées : excepté qu'on ne nous jetât ni pierres ni bouc on ne pouvait pas nous témoigner plus de mépris ». C'était l.\ le résultat de Ki belle conduite de nos consuls. « Mais de Bermond offrit une somme encore plus considérable au paclu et obtint que Bègue serait embarqué. Un aga le saisit dans la maison consulaire, le lit monter sur une bourrique après l'avoir fouillé et lui avoir volé sa montre et tout ce qu'il avait sur lui. Il le conduisit ainsi aux Biquicrs (Aboukir) avec ses gens. L'aga du chAteau lui déclara à son arrivée qu'il eût ;\ choisir, ou d'avoir la tète coupée, ou de s'embarquer sur le champ. » Cependant ses amis allaient voir le p.icha, lui faisaient valoir la justice de sa cause et surtout lui promettaient encore plus d'argent : un autre aga renvoyé aux Biquicrs ramena Bègue avec de grands honneurs du vaisseau où il était embarqué et y fit monter de Bermond i sa place*. Tout ne fut pas terminé : de Bermond vint .\ la cour et repartit bientôt pour l'Egypte avec de nouvelles commissions qu'il avait obtenues de M. de Brienne, tandis que les parents de Bègue intriguaient de nouveau pour obtenir confirmation de son bail et révocation de celui de Bermond *. Les de Bermond l'emportèrent, malgré l'opposition de la Chambre du conrmerce : Honoré de Bermond, neveu de Christophe, garda le consulat cinq ans (1664-69) puis le laissa .1 sa mort h son cousin. Celui-ci qu'il avait auparavant chargé du vice-consulat de Rosette « avait commencé par y friponner » et avait dû en être dépossédé, il s'enfuit du Caire au bout de deux ans bissiint ses dettes à p-iyer *. Entre temps le consulat avait été obtenu quelques mois (1670) par un sieur Piquet marchand du Caire, l'un des principaux artisans des troubles des années précédentes. « Par sa présomption et sa malice écrivait de lui le consul Bègue, il a fait manger en plusieurs rencontres 100.000 piastres A la nation ainsi qu'il est aisé de prouver. » *
Telle était la moralité des gens i qui les propriétaires confiaient
(I) D'.Arvieux, t. I, p. 160-174.
(j) /i mai tés}. A A, J03.— LfUredts consuls de Marseille à leurs députés tu Cour 8jh>. 166t. BB, 26.
(j) AA, )oj. 10 juillet 1664, 24fh\ i6j2. Leurc du consul de Vigcr où il fait un long réquisitoire contre ce de Hcrmond et sa famille qui continue à troubler l'écbdle. — De Bermond retiré à Alexandrie était en effet revenu à Alep. ~ Id. } mai i6y2.
{4) 16 janvier 16S9. AA, jo}.
Iti!
84 l'anarchie commerciale
le consulat dans l'échelle la plus difficile à gérer et la plus exposée aux tyrannies des Turcs, et telles étaient les odieuses intrigues que la cour ratifiait de son approbation. Et il ne faudrait pas croire que l'Echelle du Caire fût la seule à en souffrir. De Bermond consul d'Alcp, émule de son frère Christophe qui était au Caire, avait réussi à évincer son prédécesseur Bonin. Celui-ci ne cessa de le poursuivre de ses accusations, finit par obtenir des propriétaires et de la cour une nouvelle commission et demanda au pacha l'embarquement immédiat du consul'. Bonin, quelques années après, laissa ses dettes à payer à la nation, et les Marseillais se plaignirent vivement à la cour de ses voleries.
On est heureux cependant, au milieu des plaintes contre les fermiers des consulats, de rencontrer dans les documents les louanges de quelques-uns d'entre eux, qui laissèrent dans leur échelle une mémoire respectée. Gabriel Fernoulx exerça 3 1 ans le consulat du i^/ Caire et fut envoyé ensuite ;\ Alep dans des circonstances difficiles, sans qu'on trouve trace de plaintes contre lui ; il est vrai que c'était Savary de Brèves qui lui avait donné sa commission. Sanson NapoUon révéla dans son consulat d'Alep les qualités qui devaient le faire employer plus tard au rétablissement de la paix d'Alger, Piquet, consul d'Alep de 1652 i i66o, qui appartenait ;\ une famille considérable de Lyon, se lassa après neuf ans de la vie troublée de consul, entra dans les ordres, devint évêque et visiteur général des missions de Syrie et continua pendant 25 ans à rendre de grands services au commerce, par l'influence que lui avaient acquise ses vertus et par les missions dont il fut chargé*. François Baron, qui lui succéda de 1661 à 1670, sut ne pas s'en montrer indigne et ses talents lui valurent d'être choisi par Colbert comme directeur ;\ Surate des affaires de la Compagnie des Indes. On peut rappeler encore les Dupuy, d'abord fermiers puis propriétaires du consulat de Smyrne, qui tinrent généralement leur échelle en bon ordre et vécurent en
{ bonne intelligence avec le commerce'. Leur heureuse administra-
] (i) 22, ji mars i6j().AA. ;^;.
; (2) D'Arvielx, t. VI, p. 81-87 •■ Histoire abrégée de M. François Picûuct,
évcque de Cé.sarople, vicaire apostolique de Babylone et visiteur général de la jwrt de Sa Sainteté en Orient. D'Ar\ieux, alors consul d'Alep, fut en relations avec lui. — PoLLLFr, t. Il, p. 494, fait un éloj;e pompeux de Picquct. — Remercinients que lui adresse la C^hanibre de Coninierce. BB, 26. S avril lôjS. — Voir sa correspondance. AA, }6j.
(}) Voir leur correspondance, AA, ijS. a Des 20 années que j'ai exercé la
LES ABUS ^^^H 85
tion, jointe A la rareté des avanies, ne contribua pas peu sans doute à la rapide prospcritd- de Sniyrnc. Mais c'étaient là malheureusement des exceptions et il fallait plutôt bénir le hasard que leur sollicitude pour les iutérêts du commerce, quand le choix des propriétaires et du secrétaire d'Etat, chargé des consulats du Levant, tombait sur des gens de mérite. Préférés le plus souvent parce qu ils avaient offert plus d'argent, favorisés parfois par leurs créanciers qui cherchaient un moyen de se Caire rembourser, les consuls fermiers n'arrivaient généralement dans leur échelle qu'avec la seule intention de faire leur fortune ou de la rétablir.
Or dans l'état où le commerce tomba, c'était tout juste si un consul pouvait vivre honorablement en se contentant des 2 0/0 de sortie, sur les marchandises chargées dans son échelle, que lui allouaient ses lettres de provision '. Pour amasser une fortune il fallait recourir A des expédients et pressurer le commerce par tous les moyens. Les charges d'un consul fermier étaient en effet considérables. 11 devait payer la rente du propriétaire: au Caire elle était de 8000 livres vers 1650, de 11,000 en 1665, à Smyrne elle ne montait, parait-il, à l'époque de Colbert qu'A 1500 livres, et à Scïde elle tombait A 800'. Le consul distribuait chaque année des précharge de vice-consul, puis de consul en clicf, j'ai empêché lus iatérôts lunaires
uuc plusieurs ont f.iit souffrir aux .luties Cclicllcs i la commcrcf de Marseille
En Smyrne ne s'est jamais fait tricherie comme on a pu taire à autres parts... Lrltrti aux consuls df Marseilli, 20 mai i6^-], ii) août i/>si.
{t) D'apr<i^ Pouqueville {SUinoiie, p. ;6), les droits des consuls furent d'abord de 1/2 o/t> seulement; une ordonnance dn 15 juin 1551 approuva un .iccord fait cutre les nurclunds et le consul de Tripoli qui doublait ces droits, « pour rendre les consuls plus curieux et plus surveillants aux affaires et empêcher les abus. » Cl même les éleva à 2 et à ; o/u. Kn 1561. la communauté de Marseille prntita de l'cnre^îlitremem des lettres de provision du consul llcynier pour l'aire un accord avec lui : il devait percevoir ;1 la sortie des marchandise; i 0,0 p<iur lui et i 0/0 pour subvenir aux dépenses des « fondiques, drogmans, janissaires, prêtres etc. », — Une convention semblable fut faite avec les autres consuls comme le montre un document postérieur ; Caym au Roi du 1 } aoùi t6jo, art. ij : « Les consuls font supporter au corps de la nation toutes les dépenses, quoiqu'ils soient obligés À les faire, suivant les accords et commissions passées entre les devanciers de» suppliants (les consuls de Marseille) et Us propriétaires des consulats du 22 janvier is6i et i8 novembre 159^1, moyennant i 0.0 qui leur fut accordé, l'autre I 0/0 qulls exigent étant pour raison de leur office de consul. » ISB, 3. — « Les consuls établis dans des pays chrétiens ne faisaient payer que j piastres par vaisseau cl I 12 par barque. — Cependant, un consul établi au Zante obtint de lever \a mêmes droits que les autres consuls du Levant, m j; octobre tfti^i. Bli, 2. — V, Utttti jHittnlei du Koi accordées à Piiiuct , 1: janviir 165 j. Bli, 1. — Par exception, A cause de ses dépenses considérables, le Consul du Oire levait } 0/0.
(ï) Mhiwift fiitis litit, Arch. Nal. F", 6^;. — Lettre de M. de la Haye à Colbcri, 9 ûclob. 166 f. Deppisg. Cormp. Admin. t. Ul,p. ^9;.
L ANARCHIE COMMERCIALE
sents considérables aux pachas et aux autres autorités de l'échelle, et faisait en outre des « donntives », quand il avait ;\ obtenir une faveur ou à éviter une avanie. La maison consulaire devait être tenue sur un pied honorable, d'autant plus que le consul de Frante, ayant la préséance sur ceux d'Angleterre et de Hollande, ne pouvait faire moins bien que ses collègues qui disposaient pour leurs dépenses desommes plus considérables. Les réceptions étaient nombreuses chez le consul; i plusieurs fôtes, consacrées par l'usage, il traitait chez lui les autres consuls et leur nation, ou les marchands de la nation française. En temps ordinaire, il hébergeait l'aumônier de la nation, les drogmans, le chirurgien, les janissaires; les voyageurs, les missionnaires de passage, trouvaient toujours chez lui table ouverte; dans un lieu de passage fréquenté comme Alep le consul avait tous les jours des hôtes nouveaux .i sa table. Les bénéfices, à mesure que le commerce fut plus misérable, devinrent si aléatoires qu'il fut parfois dilficile de trouver des acquéreurs pour les ofFces de consuls, car les titulaires étaient responsables de leurs fermiers et exposés à payer leurs dettes. C'est ainsi qu'une part du consulat d'Alep resta quinze ans sans acquéreur et que le possesseur d'une autre portion voulait y renoncer. Dans les petites Echelles où il y avait peu à prendre sur le commerce et où l'on n'entretenait qu'un vice-consul il arriva que personne ne voulut en accepter la charge*. Non seulement il était difficile au fermier de s'enrichir mais il lui fallait se hâter car sa position était précaire. Il avait toujours dans la nation des ennemis qui l'attaquaient, des envieux qui convoitaient sa place; il avait ;\ craindre le secrétaire d'état, les propriétaires du consulat qui, sans même l'avertir, pouvaient lui envoyer un successeur, si on leur avait promis plus d'argent, l'ambassadeur ou les députés du commerce de Marseille qui parfois étaient prévenus contre lui.
Aussi se h.\tcnt-ils tous de tirer du commerce tout ce qu'il peut donner, leur audace est sans bornes et ils ne reculent dev.-int aucun moj'en ; les plus voleurs remplissent leur correspondance de protestations de zèle et s'apitoient sur les malheurs du commerce'. Leur ressource la plus ordinaire était de lairc des emprunts au nom
(i) i6 nçrutmhre t666, 20 août 1667. ■^•^' 3Î^- Leilresdu consul ât Stide. Il dut s'adresser au consul de Holl.inde pour remplir la charge de vice-consul de Tripoli.
(2) V. La corrcsptmdaïKe de d'Aathoinc, de Bcrmond, du Caire, AA, jof ; de Bemiond cl Boniii d'.Mep, AA, }6j.
LES ABUS
de la nation et d'établir des taxes sur le commerce pour payer ses dettes, bien qu'ils n'en eussent pas le pouvoir. Sansdoute il leur fallait le consentement de l'assemblée de la nation, mais les marchands ne pouvaient guère plus leur résister, de crainte de leurs vengeances, que les consuls eux-mêmes ne pouvaient résister aux ordres de l'ambassadeur, et d'ailleurs ils avaient toujours parmi les marchands un parti à leur dévotion. Les prétextes ne leur manquaient pas ; les avanies jetaient sans cesse la nation dans de grands besoins d'argent, et il fallait satisfaire aussitôt les pachas sous peine de voir leurs exigences s'accroître. Outre ces prétextes légitimes ils en trouvaient d'autres : les capitaines des navires ou les résidents s'attiraient îuvent de la part des Turcs des avanies ou amendes particulières, )ur les infractions les plus diverses aux coutumes des échelles, les consuls en faisaient supporter le paiement à la nation, malgré toutes les défenses des députés du commerce de Marseille. Quant à faire passer leurs dettes personnelles pour des dettes de la nation, c'était un expédient journalier ; ne les avaient-ils pas contractées au service delà nation et n'imitaient-ils pas en cela les ambassadeurs qui eussent dû protéger le commerce contre ces malversations ?
Lorsque le Consul avait réussi ;l imposer une taxe, il en prolongeait indéfiniment la perception à son plus grand bénéfice. « En l'échelle d'Alexandrie, disait la Chambre du commerce dans un mémoire adressé au roi en 1670, le consul fiiit payer 3 0/0 au lieu de 2, en vertu d'un arrêt du conseil de 161 3 qui lui accorde 3/4 pour cent, jusqu'au remboursement d'une somme de 60000 livres, qui est remboursée depuis longtemps*. » Sans doute les deniers de ces uxcs devaient être remis entre les mains de deux députés, élus par la nation, qui en avaient l'administration et devaient en rendre compte annuellement aux députés du commerce de Marseille, mais ces régies de comptabilité n'étaient pas observées, les députés des échelles, désignés par le consul au choix de la nation étaient ses créatures et s'entendaient avec lui pour malverser ; quant aux consuls et députés de Marseille c'est à peu près en vain qu'ils s'épuisèrent pendant toute cette période à réclamer les comptes de l'administration financière des échelles, ils ne devaient pas même plus tard avec l'appui de Colbert en obtenir l'envoi régulier*.
(I) Cayersan roi du t) août tù-jo, art. ij, BB, 2.
{1} Correspond, dila Otamhre. BB, 2ti. — Correspondance consulaire. A A, ijSetsuiv.
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Rien n'était donc plus dangereux pour le commerce que la perception de CCS taxes établies par le consul au nom de la nation. Aussi les consuls et députés de Marseille ne cessèrent de leur taire renouveler par le roi la défense d'emprunter au nom de la nation sous aucun prétexte'. Cette même défense était rigoureusement Élite aux consuls Anglais et Hollandais qui l'observaient, et leur commerce était à l'abri des abus qui ruinaient le nôtre. En vain, pour répondre ■ aux prétextes invoqués par les consuls, les députés de Marseille leur répétaient-ils quelle était la marche à suivre quand la nation était obligée à des dépenses subites et manquait d'argent : ils devaient prendre la somme qu'il leur fallait sur les vaisseaux qui se trouvaient à l'échelle, c'était i Marseille que devait se foire ensuite le règlement de cette avarie'. On peut dire que cette règle ne fut jamais observée, car les infractions restaient malheureusement impunies. ■
Quand on était prévenu i Marseille, par un capitaine de retour d'une échelle, ou par une lettre venue sur un navire, qu'un consul avait établi une imposition, il y avait déjà plusieurs mois qu'il la faisait percevoir; les députés du commerce de Marseille lui écrivaient alors pour se plaindre, avant que sa réponse arrivât il pouvait s'écouler cinq ou six mois, et il ne manquait pas de répondre par de bonnes raisons ; à l'entendre, il avait sauvé l'échelle des plus grands malheurs. Les députés pouvaient s'adresser à la cour et solliciter des ordres exprès au consul de surseoir à son imposition, mais le conseil avait besoin d'être informé, l'afîliire traînait en longueur et pendant ce temps le consul continuait ses levées. Souvent il trouvait moyen d'éluder même les ordres du roi. Les députés de Marseille avaient bien leur recours sur les propriétaires du consulat, respon-
(1) Dflihtration du i$janv. s6}4. Arch. Commun. '. Sommation aux consuls Je ne faire aucune levée Je Jcnicrs CT impositions sur la nation sans qu'au préalable apparaisse Jclibératioit du conseil de cette ville ; on poursuivra la reddition de» compte* des levées des deniers faites injustement. — /?W, /. 3ijti»v. il>;} : Requête pour empêcher que les consuls n'empruntent au nom de la nation. Demander Itératives défenses aux consuls de rejeter sur le corps Je la nation les avanies faites aux particuliers.
(2) V. Par exemple : D/lihiration de sef>lembre i6ji,Arch. Commun. : à l'avenir il sera JéfenJu aux consuls et aux marchands de faire aucune délibération et résolution d'emprunts d'aucune somme pour engager la nation fran(;aisci peine d'i répondre en propre de ceui qui assisteraient aux dites assemblées. — Le consul pourra faire payer par forme d'avaries, sur les fonds des vaisseaux qui se trouve raient sur les lieux, les sommes dont la nation serait contrainte. — On poursuivra le consul d'.\lcpqut, au lieu d'observer cette résolution, a emprunté au nom de la nation.
>utfl
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sables de leurs fermiers, mais ceux-ci, personnages influents, étaient rrop puissants pour craindre les efil-ts de cette responsabilité qui resta purement nominale, car on ne trouve pas d'exemple que le commerce ait pu les obliger i des remboursements; les députés découragés de leurs tentatives finirent par renoncera les poursuivre '. Li voie la plus pratique, pour cchapperauxtyrannicsdesconsuls,eùt été pour les marchands de s'adresser aux ambassadeurs, mais quelle protection pouvait-on en espérer, quand eux-mêmes avaient besoin de la connivence des consuls, pour lever dans les échelles les impositions injustes dont ils accablaient le commerce.
Malgré leurs expédients financiers les temps étaient si mauvais que les consuls arrivaient souvent h s'endetter comme les ambassadeurs, ou bien, par une dernière volerte, ils laissaient s'accumuler leurs dettes pour les faire payer .\ la nation après leur départ. C'est en vain que les députés de Marseille essayèrent de soustraire les échelles ;l Cette obligation contraire aux Capitulations, c'eût été s'exposer à de terribles avanies et jeter le discrédit sur la nation française. Ainsi l'échelle d'Alep paya successivement les dettes de deux de ses consuls; 14,294 piastres pour Delestradc en 1635, plus de 20,000 pour Bonin en 1648. De Bermond du Caire devait 20,000 piastres en quittant sa charge et vingt ans après son cousin s'enfuj'ait en laissant de grosses sommes ii payer'. Les députés du commerce de Marseille trouvèrent le vrai remède quand, A la suite de l'affaire Bonin, ils demandèrent qu'on exigeât une caution de ceux qui iraient exercer les consulats; mais, après plusieurs mois de négociations .1 la cour, l'opposition intéressée du comte de Bricnne les empêcha d'obtenir l'arrêt du conseil salutaire, qu'ils sollicitaient '.
Au mal que disaient les consuls par leurs voleries s'ajoutait celui cju'ils laissaient faire aux pachas par le peu de protection qu'ils ^«iccordaient au commerce, souvent mèmcon les accusa de s'entendre ivec les ministres du Grand Seigneur. Il ne pouvait en être autrcrnent: la plupart du temps en querelle avec la nation, tout au moins
(1) V. Arch. Commun, Délibérations, septembre :6}i. — Décembre i6}t — 29 Sfjh \ttmhrt t6)4. — ii décembre i(>}S — «' lettre ihi coinul d'Alep du 2S juin 16.(6. A A, \36}: poursuites inutiles contre l'ierre Viguier, titulaire du consulat d'.Mcp.
(2) L'affaire Bonin fit grand bruit à M.irseille. V. Arch. Commun., Correspond. > <ies années tôsoet suiv., A.i, )6j. jS juin 16.16. iMtre du consul d'Alep.— A A,
30J. 30 octohrt làji , lettre du consul du Caire.
(;) Aich. Commun. Correspond. 21, it) iiov. têjo, tojanvier i6;t. — BB, 26. Ji janvier i6}i. — Lettre à Siguier. 6 juin 16} t. Arch. Commun, Corresp.
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une partie Je
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Mit besoin de la
avec une partie des marchantls, us avaient besoin de la protection des pachas pour éviter un ordre d'embarquement que leurs ennemis pouvaient obtenir contre eux, pour continuer impunément leurs tyrannies, pour s'opposer à l'installation des successeurs qu'on leur envoyait'. Mais ils ménageaient surtout dans ces occasions les intérêts de leur commerce particulier aux dépens de ceux du commerce général. Les consuls oubliaient en effet leur qualité de représentants du roi pour se livrer au négoce, et c'était là une des plus grandesfl plaies du commerce. Au lieu de n'avoir de soins que pour tivoriser les marchands, ils leur Tassaient une concurrence désastreuse. Comment en effet un simple marchand eût-il pu la soutenir : le consul, par les relations qu'il avait avec les grands du pays, pouvait saisir les J occasions, jouir de faveurs, d'exemptions de droits, acheter des™ monopoles. Il s'emparait des branches de commerce qu'il jugeait les plus fructueuses, ne laiss;int aux marchands que ce qu'il dédaignait. Il multipliait pour cela les présents et les « donatives aux puissances », car c'était la nation qui payait les dépenses faites en son nom et pour son bien, comme le disaient les comptes envoyés ^ Marseille. « Faites seulement l'affaire du natron, écrit le Marseillais d'Anihoine à son frère le consul du Caire, car moyennant que ayicz le natron, que personne n'en mande que vous, je me promets et je m'oblige que du profit du natron je paierai ici notre rente et tout ce qu'il fau-^ dra... il y a plus de 10,000 piastres .1 gagner tous les ans, » Peu™ importait au consul de se lancer dans une spéculation hasardeuse, s'il réussissait mal, la nation paierait ses denes. On vit môme desa consuls favoriser par intérêt personnel les entreprises des marchands ™ étrangers, ainsi qu'en témoigne la lettre suivante du roi adressée à 1 celui du Caire, le 2 novembre 1633 : « Cher et bien amé, lesmar-B chands de notre ville de Marseille nous ont représenté que ci-devant ' ils avaient accoutumé de traffiquer es échelles du Levant et spécialement en Alexandrie au Ciirc et à Damiette, des drogues médicinales qui s'y rencontrent comme casse et senc... ce qu'ils n'ont pu continuer ces dernières années i cause du peu d'assistance qu'ils ont reçu des consuls français lesquels, pour quelques intérêts particuliers, ont flivorisé les marchands Vénitiens en ce commerce qu'ils ont
(i) Voir ci-dessus l'histoire des brouillcries d'Eg\'pte. — Dcsiiayes envoyé pârJ le roi dans le Levant dépossède en 1621 le consul de Smyrnc et en établit uni autre, « encore que le vieil consul eut fait plusieurs présents aux officiers duj G. S. pour être maintenu ». Relation, p. J4J.
LES ABUS
cniicrcmcnt attiré à eux. Si cela est ainsi, nous vous ordonnons... de cesser toute corrcsponcluice et intelligence avec lesdits marchands vénitiens... vous cnjoiyn.mt sous peine de privation de votre
emploi ' »
Comment un consul, préoccupé de ses intérêts, pouvait-il, même avec les meilleures intentions, être un juge impartial dans les difl'érends entre les marchands, dont les uns pouvaient être ses associés et les autres ses concurents ? A qui ceux-ci pouvaient-ils recourir si leurs affaires commerciales les mettait en conflit avec le consul ? La dignité consulaireavait en réalité perdu son caractère de magistrature, elle n'était plus qu'une exploitation commerciale, la plus lucrative de l'échelle, ruineuse pour celles des marchands. Mais le mal était tellement enraciné et passé dans la coutume que, pendant la première moitié du xvii' siècle, les consuls et les députés du commerce de Marseille désespérèrent d'y porter remède, c'est à peine si dans la Suite plus de cmquante ans d'efforts purent le faire entièrement disparaître*.
II y avait longtemps cependant qu'on s'était rendu compte à la cour aussi bien qu'à Marstille de la gravité de ces abus*. Pour répondre \ de nouvelles plaintes, le roi, par des Lettres patentes en forme de déclaration données le 20 mai 161S, ordonne « que lesdits consuls résident à l'avenir en personne en leurs charges pour les exercer, si ce n'est que S. M. leur permette d'y commettre, à ta charge de répondre de leurs commis et i condition expresse qu'ils ne seront fermiers des droits desdits consulats sur peine de la vie, et auxdits consuls de la perte de leurs offices, fait défenses sur les mêmes peines auxdits consuls de s'entremettre d'aucun trafic ou négoce pour eux tii pour autrui, ni de recevoir aucune commission des autres marchands, ni admettre aucuns associés auxdites charges, révoque et annule les sociétés jà faites, s;tns que les parties s'en puissent aider ïii prévaloir en l'avenir. » ' Mais la déclaration resta lettre morte, de même que l'arrêt du conseil du 15 juill^ 1641, qui astreignait les
(Il m.S3. '
(2) Pour les abus commis par les consuls, V. vircb. Commun. DiUb. et Corrfsh. ' î, /. De'lih. de la Chambre Ju conimncf. i6fo-i(>6o. r- BB, 36. Corrts[>onJ. — Correspondance constilnire. AA, 140 et siiiv. (j) V. CaytTi prhtnth au ro)' m 161 }. AA, }6).
{4} Voir le teste Itibl. nal. mss.fr. ]6j}S,fol. /70-/7/. Les propriétaires des consulats firent opposition ti cette dcchuation et il est curieux de voir que les
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consuls ;\ la résidence effective, excepté ceux qui avaient reçu du roi la permission de dcléi^uer leurs pouvoirs, et leur interdisait for- M mellement d'emprunter de l'argent au nom de la nation française'. ™ La cour se borna à rappeler quelques consuls fermiers, quand leur conduite était par trop scandaleuse et les plaintes des Marseillais trop A vives*. Le mal subsistait dans toute sa force au moment où Colbert s'occupa d'y remédier, comme le montre le préambule de l'arrêt du conseil du commerce publié le 12 décembre 1664*.
Les consuls, qui vivaient de tant d'abus, ne pouvaient guère châtier ceux auxquels se livraient les marchands; à vrai dire ils se souciaient peu de la police de leur échelle, qui était avec la protection des marchands leur attribution essentielle. Assurés de l'impunité, les marchands se livraient à tous les écarts et contribuaient encore par leur conduite déréglée à la ruine du commerce. Ce manque de police était en effet rendu plus dangereux par la mauvaise composition du corps de la nation française dans la plupart des Echelles. L'imprudente coutume s'établit, parmi les fimilles marseillaises, d'envoyer leurs enfants jeunes dans les échelles pour y apprendre de bonne heure le commerce. Malheureusement ces jeunes gens, qui dès l'âge de 20 ans faisaient partie des assemblées de la nation, se trouvant loin de toute tutelle, prenaient de déplorables habitudes: turbulents, dépensiers, débauchés, sans expérience, ils étaient sans cesse pour le consul une cause d'alarmes, pour la nation une menace d'avanies, et souvent pour leurs maisons des artisans de ruine*. Les consuls et députés du commerce de Marseille, sans l'autorisation
dC'put^s du commerce, gmbrassant leurs intcrcts plutôt que ceux du commerce gcmiral, Sl' joignirent A eux. — Voir le plaidoyer curieux du sieur de Cormis, avocat général en Provence, pour répondre à kurs objections {ll'id. fol. }jg-t6Sj — Arrêt du conseil du 16 mars 1620 confirmant les lettres patetttes. Ihid.fol. tiù.
(1) AmirnuU. Reg. I des Insin.fol. 729.
(2) LfUrfs patentes Je S. M. adressas à Marmery, consul d'Alep. 6 Ktd>re 161 J. AA, }6}. — Léonard Gravier, consul fermier de Satallcli, est révoqué par arrvrt du Parlement de Provence le 15 avril 1639. Amirauté. Re^. des Insin. fol. 44}.— Claude Rigon, propriétaire du consulat de Scio et Smyrne, est révoqué par arrêt du conseil du \" avril 1622. — Bihl. nat. mss.fr. i6y}S. — Rappel de Boiiin consul d'Alep, 1648. — Saisie de ses biens par autorité du lieutenant de l'atriirautê. ji janv. i6}t , 2S fèvr. i6f). Arcli. Commun. Coriesp. — Happel de de BennonJ d'Alep 1639, de de Bertnond du Caire. 2S fh'r. 16} 2. Arcli. commun. Corresp.
(3) Ce préambule résume très nettement tous les abus que pratiquaient tous consuls fermiers. — V. le texte AA, iji.
(4) Les banqueroutes, très fréquentes à cette époque, furent souvent le résultat de l'inconduite des marchands. Cependant toutes restaient impunies ; les
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desquels personne ne pouvait aller résider dans le Levant, eurent le tort de laisser s'établir i côte d'eux des gens sans moralité, des marchands qui, ayant perdu leur fortune et leur crédit sur la place de Marseille par leur nuuvaise conduite, allaient tenter de les rétablir dans le Levant, comme s'il n'eût pas fallu au contraire des résidents d'une probité et d'une habileté éprouvée, dans un pays où le négoce était entouré de si grandes difficultés. On voyait encore se glisser sans autorisation dans les échelles, au moyen de subterfuges flicilités par la complicité des capitaines de navires, des gens sans aveu, des vagabonds sans aucun bien, qui s'en allaient chercher aventure et qui bientôt tombaient à la charge de la nation, gens dangereux qu'il (allait ménager, car ils menaçaient de se porter aux pires excès, dont le plus redouté pour l'honneur de la nation, était qu'ils ne se fissent Turcs. Au milieu de ces éléments de désordre il y avait sans doute dans chaque échelle des marchands probes et expérimentés, c'étaient eux qui maintenaient .i force de patience le commerce menacé d'une ruine complète, mais ils étaient souvent impuissants à empêcher les excès, les cabales, les lourdes fautes de la jeunesse indisciplinée ou des coquins qui les entouraient'.
Leur plus grave défaut était la mesquine jalousie qui les divisait et fomentait entre eux des cabales sans cesse renaissantes. Leurs haines les laissaient dés;irraés vis-à-vis des oppressions des Turcs, incipables qu'ils étaient de les oublier pour concerter une action commune en cas de danger, heureux souvent d'une avanie qui arrivait aujourd'hui à leur ennemi et qui pouvait les menacer demain, capables parfois de la susciter eux-mêmes. Ces rivalités ne leur nuisaient pas moins dans leurs opérations commerciales : quand les indigènes apportaient leurs marchandises à vendre, ils ne songeaient «^u'i se les enlever, inventant des stratagèmes pour devancer leurs rivaux, ne craignant pas de faire monter les prix A des taux exagérés, pourvu que d'autres ne pussent rien acquérir; arrivait-il un navire chargé de marchandises de France A vendre, ils se pressaient h qui
inarcbdnds ou le consul lui-m^mc favorisaient la fuite du banqueroutier, de crainte cu'il ne tombât entre les mains des Turcs. Souvent il allait sVtablir dans une «chcllc voisine ou il continuait la même vie de désordres. Le consul d'Alep 5e pUint en 16^9 d'un marcliand qui, après .-«a tniisiëme banqueroute, signe le premier aux .issenibWes et se conduit en vrai maître de l'échelle. }i mars !<>}<}. A.l, )6;. Il) Voit dans la Corresp. consul, les pl.iintes continuelles des consuls entre les jeunes gens, « les cabalistes », les vagabonds. — Voir les mémoires de d'Arvieux pendant son consulat d'Alep.
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vendrait au détriment l'un de l'autre , a\-ilissant les prix à plaisir. Ainsi, achetant cher, N'endant i trop bon compte, ils sacrifiaient étourdiment leurs bénéfices. Ce mal frappait tous les veux, les correspondances des consuls sont remplies de leurs plaintes, les voyageurs le signalent : • les Français sont tous fort peu d'accord, écrit Chardin en 1671, et entretiennent fort bien la division en leur commerce. Ainsi il ne faut pas s'étonner s'il diminue et s'il cause en général plus de dommage que de profit. Ceux qui en connaissent bien la nature et les maximes disent que c'est cette désunion qui les ruine en Levant et que si l'on compare l'état présent avec l'état passé du négoce qu'ils y font, on trouvera qu'il est plus misérable et plus stérile que jamais'. » Beaucoup attribuaient au trop grand nombre des Français éLiblis dans les échelles, àSmyme particulièrement, les riv.ilitésqui les divisaient, mais elles existaient aussi U où il n'y avait qu'un petit nombre de résidents.
Ennemis de toute discipline, les marchands n'oubliaient leurs querelles que pour cabaler contre l'autorité consulaire. Peu de consuls parvinrent à se maintenir en bon accord avec la nation, il leur fallait une patience et une habileté peu communes. La correspondance des échelles est curieuse à lire à cet égard : amis de la nouveauté, les marchands faisaient généralement grand accueil à tout consul qui venait dans leur échelle. Les premières lettres de celui-ci sont pleines de témoignages de reconnaissance pour les démonstrations flatteuses dont il a été l'objet, les querelles sont oubliées, tous les march.inds lui ont promis de vivre en bonne harmonie. Ceux-ci, de leur côté, se louent des qualités de leur nouveau chef; puis, dans les lettres qui suivent, le consul parle de difficultés qu'il rencontre, de quelques cabalistes qu'il a mis à la raison, ceux-ci se plaignent des rigueurs du consul ; bientôt tout s'aigrit : le consul ne s'étonne plus des déboires qu'a éprouvés son prédécesseur, les marchands écrivent qu'il suit en tout point les tyrannies de ses devanciers ; les consuls et députés du commerce de Marseille, et plus tard la chambre du commerce, prennent généralement le parti des marchands, la cour embrasse plutôt celui du consul et tout se termine par l'ordre d'embarquement de ce dernier ou des chefs de la cabale qui l'attaque. Telle est la douloureuse comédie qui se joua malheureusement trop souvent dans les échelles, non seulement pendant cette période, mais
(i) Chardin, t.I, p. 4.
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aussi dans celle qui la suit'. Combien les Turcs et nos rivaux les Anglais et les Hollandais ne devaient-ils pas profiter d'une aussi triste situation.
Ainsi s'en allait peu à peu le commerce, en proie ù tous les abus, opprimé à la fois par tous ceux qui avaient reçu du roi la mission de le diriger et de le protéger. Mais comment ces désordres, dénoncés maintes fois par les plaintes des consuls et députés du commerce de Marseille, purent-ils s'étaler en plein jour et grandir pendant plus de 50 ans, en dépit de quelques tentatives inutiles de répression ? C'est ce que pourront faire comprendre la faiblesse de l'administration qui était à la tète du commerce du Levant, et la négligence du gouvernement royal.
(i) D'Arvieux consul d'AIcp écrit à la chambre le 4 octobre 1685 : « je n'attends pour partir qiie l'arrivée de mon successeur. C'est la coutume de chanter alors: Benedictus qui venit in nominc, comme de crier après : toile, toile, crucifige, tant notre jeunesse indomptée est incline au divorce. » A^, J64.
CHAPn^RE V
LES DÉFAILLANCES DE l'ADMINISTRATION
Les Marseillais, entre les mains desquels étaient la police et la direction du commerce du Levant, avaient imaginé de la confier aux députés et bureaux du commerce, qui auraient rendu les plus grands ser\'iccs s'ils avaient pris assez d'autorité. Les quatre députés du commerce, créés en 1599', continuèrent d'être élus, sur la désignation des consuls, par des assemblées spéciales où figuraient les plus notables négociants de la ville*. Ils étaient choisis parmi les personnes les plus « expérimentées au négoce mercantil » comme dit le procès-verbal d'élection de 16 12, et dans les Êimilles les plus considérables, aussi beaucoup d'entre eux deviennent consuls et sont employés plus tard dans les députations de la ville à la Cour; plusieurs même sont élus consuls pendant qu'ils sont députés et en conservent les fonctions*. C'étaient les députés du com-
(i\ V. IntRvIuotion.
[i\ Dans les pnxès-vcrbaux on ne voit mentionner que 30 à 40 assistants. Klus J'.iK'ird le 4 ou le > août de chaque année, ils le sont, â partir de 1623, dans le G.inscil de r « autorie • au commencement de novembre.
( î^ .\nibrv^i>e lV>nin député en 1600-1601 est consul en 160}. Pierre SoUe député en ip«.n-o6 est consul en ici;. Simon Moustier consul en 1606-07 *** co«»sul en toi ;, Baltha.ard Cappel. député en 1607-08 est consul en 1616. Lé\m.ird dcSacto député e:i i6t>-lO est en même temps premier consul en 1616. Pierre Mo>t:er est cor.sul et député en ikm- Cosme de Valbelle élu député le \ août 1P17 es: cîi! premier consul le > novembre et reste député. Louis de Veuto Jerutc c:i :oi; est rremier consul et députe en 1624. .-/r.-fr. CoHmiiiif. iV.'.'.S-'. — l.c> procès-vcr>a>;x d'clcctio:; n-.ontrcr.t vju'au début on considérait le-,:r existence co::v.'.'.e prov-.sv'iro et c!'.J.que ar.r.ce la nécessité de leur création t.:j'.: rc!v.i>v e:*. ^;u^.s:i^.■>•■:. l:-.'. ;c:oon dcciJi numc leur suppression. « Toutefois, vici'uis cue'.c-.:e> .t:^nees. J^^lara "e prenv.cr ccrsu!. or. a recotmu que telles c!u:i;e> ne -w.t po:::: v.::!e> .!u public et la n-.u/.itudc des adniinistiateuis ne :ai: '^u'eviicndrcr ccï dciordrvs. par ce n:oy».n voulant d"ua corps qu'est cette
LES DÉFAILLANCES DE l'aDMIS'ISTRATION
mcrce qui recevaient les avis touchant les affaires cotninerciales, étudiaient les questions, faisaient des rapports aux assemblées, rédigeaient les cahiers et mémoires présentés au roi, les instructions données aux députés en cour; ils avaient en même temps la surveillance de la navigation, de l'administration des échelles, recevaient et examinaient les comptes des levées de deniers qui se flùsaient sur le commerce, ils en étaient en un mot les vrais directeurs. Devant les ditlîcultés croissantes que rencontra le négoce, on songea bientôt iles assister d'un Bureau, composé d'un petit nombre de membres, choisis aussi parmi les gens les plus expérimentés au commerce et les plus considérables. Ce Bureau, plus facile A convoquer que le Conseil de ville ou les assemblées de la communauté, était en outre beaucoup plus compétent, et les affaires y étaient expédiées plus sûrement car on n'avait pas à craindre les bruyantes querelles, ou les vaines discussions, des réunions plus nombreuses. II autorisait les députés du commerce à agir, chaque fois que ceux-ci jugeaient bon de le convoquer, et plu.s tard le Conseil de ville devait approuver Ses décisions, mais c'était une pure formalité. C'est en 1608 qu'on voit réunir pour la première fois un « Bureau des plus intéressés au négoce»; en 1610 il prend le nom de « Bureau établi pour la direction et conduite des affaires du commerce et il est composé de huit membres. Ce bureau du commerce ne reparait ensuite qu'en 1 6 1 6 et subsiste jusqu'en 1622; après un nouvel inten'alle de cinq ans, il est rétabli en 1627 et fonctionne jusqu'en 1632, composé de douze membres*. Ces deux périodes du six années furent celles où les Marseillais furent le plus occupés à combattre contre les Barbaresques ou à négocier avec eux. Le commerce tendait ainsi .\ former un corps séparé de la communauté avec son administration simple c*t pratique, et présentant cependant de sérieuses garanties : il y avait là le germe de l'organisation de la célèbre Chambre du commerce.
communauté' en com]x>scr deux, et que de toute ancictinctc toutes les atrairc& «JuJit commerce n'étant aucunement distraites ni séparées du corps de ladite conimun;iuté, étant jdniinistrée.s par Icsdits sieurs consuls. » {.■Irch. Commun., ^ actU idiy). M.iis leurs fonctions étaient en réalité si nécessaires que. dés Tannée *urvantc, le* consuls demandèrent le rétablissement des députés, (-''''f^'î'. Cu»mww>/. 37 miiTf 1630). L'autorité des députés s'accrut même dans les années suivantes ; îu>ques la on les créait pour 0 assister les consuls », plus tard on les appelle cou- Tiunincnt « directeurs du commerce » ; le u Conseil leur donne pouvoir de régir et gouverner les affaires du commerce et négoce », dit le procès-verbal d'élection \lu 15 novembre 164 j.
(I) V. Arch. Commun. D/Ubir,
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plus grands
Les déput&s et les bureaux rendirent c'est 1 eux qu'il faut rapporter tout ce qui se fit de bien pendant la prcmitTc moitié du xvn" siècle en faveur du commerce du Levant, car c'éwitiu leurs députés en cour ou leur avocat au conseil qui îiollicitaietu toujours l'action du gouvernement ; on ne pourrait pas citer un seul acte du pouvoir royal qui n'ait été inspiré par les cahiers, mémoires, ou lettres des députés du commerce de Marseille. Touielois il laut reconnaître que Cc qu'ils firent n'était rien auprès de ce qu'il aurait fallu faire. Sans doute ils étaient excusables ; cuiUMuni quatre pauvres marchands, \ qui l'argent était parcimonieusement mesuré, mal vus souvent de la cour, où l'on n'entendait d'eux que leurs plaintes, eussent-ils suffi à leur lourde tâche ? Cepeiulani les documents prouvent que leur activité, sollicitée par ■ iai\i d'objets, se laissa absorber par quelques uns et en négligea" d'essentiets ; leurs délibérations ou leurs correspondances font mention sans relâche des pirateries et surtout du règlement des dettes du commerce et des échelles et des procès qu'elles suscitaient, mais elle.s semblent trop laisser de coté r.idministration des échelles. On est frappé de la rareté des lettres adressées aux consuls pour les diriger et leur demander les comptes de leur administration. Par une surveilLmce journalière, les députes du commerce auraient pu prévenir bien des abus et empêcher beaucoup de ces dettes qu'ils avaient ensuite tant de mal X éteindre. G: défaut de prévoyance J frappa même les contemporains : ces messieurs de Marseille, t*crit un consul, ont accoutumé de remédier aux affaires lorsqu'elles sont désespérées. Encore hésite-i-on à accuser les députés de négligence, leur abstention ne provenait peut-être que du sentiment nulhcu-j ivusement taip justifié de leur impuissance.
Il T aurait des reproches plus mérités à adresser aux marchands] qui composaient le burxxtu du commerce. Leurs séances furent tou)oun peu fréquentes; le i; septembre 1616, en présence des^ graves a&tres qui sur^ctuient, ils avaient décidé de se réunir tous les vendrodts, cette r^lc ne fut même pas observée ks semaines qoi saiviicnt «t feur cnrail se boraa toujours à qtielqoes réunicms par an où ih âpfmMmicnc en bloc ce ^ui i^M kté £iit, on ce qui était proposé p«r ks «iéputês du coomieTOt*; aont le poids des a^resfl
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LES DÉFAILLANCES DE l'aDMINISTRATION 99
rctombaii sur ceux-ci. Cette négligence servit de prétexte :ï la suppression du bureau du commerce qui disparaît en 1631'.
Cette suppression fut l'etict de la jalousie du conseil et du corps de ville contre ce nouveau pouvoir, qui leur enlevait une partie de leur importance. Les députés du commerce eux-mêmes furent tenus dans une sorte de suspicion et n'eurent jamais l'autontê qui leur eût ùid nécessaire. Ils restèrent toujours soumis i\ celle du conseil de ville; ils ne pouvaient même agir dans les cas importants qu'ù la suite d'une délibération de cette assemblée, que les consuls seuls pouvaient cons-oquer et présider, et dont souvent ils ne faisaient pas même partie'. Ils étaient surtout sous la dépendance des consuls, sans l'ordre desquels ils ne pouvaient rien exécuter* et qui restaient les vrais chefs du commerce comme de la communauté. C'est au nom des consuls qu'ils rédigeaient toute la correspondance et qu'ils expédiaient les affaires, c'est « aux consuls gouverneurs de la ville de Marseille » qu'étaient envoyés les ordres du roi ou les lettres des Echelles. Aussi, malgré le besoin évident qu'il y avait d'une administration spéciale pour le commerce, et malgré l'intéressante tentative que les Marseillais avaient laite pour l'organiser, elle resta étroitement liée ù l'administration de la communauté. Subordonnée :\ l'expédition des affaires de la ville qui absorbait l'attention des consuls, l'administration de celles du commerce n'eut pas la vigueur et la rapidité d'exécution qui eussent été nécessaires. Mais la plus funeste conséquence de cette confusion fut que les intérêts du
micr consul lait faire lecture d'un acte par le secrétaire de l'an passé d'où il appert que ce n'est pas la faute des sieurs consuls et députés, d'autant qu'avant appelé pendant trois jours consécutifs ceux qui en étaient, plusieurs et diverses fois, n'en comparaissaient que un ou deux cl cependant plusieurs affaires s'offraient ; le consul se plaint de la ditriculté de s'acquitter de leur tâche pour ne pouvoir assembler personne, témoin l'occision présente, la dixième partie des appelés ne se sont point trouvés, n Arch. Commun.
(I) On voit fonctionner de i6}2 i t6jo une .lutre assemblée, le « bureau tant pour les affaires de la communauté que celles du commerce », composé de 3o, puis de i\ membres, tnais il ne s'occupa ^uère du conmierce : il y a des années où l'on ne trouve pas une délibération qui le concerne (16^9, par exemple).
(i.) Voir par exemple le conseil du 1 5 juin 1625 très important, où l'on délibère sur les aff.iircs de Cés\'. Les députés sont appelés pour donner leur avis, puis ils se rvlinrnt et le conseil Jélibère. — Arçh. Commun.
(5) BB, 26. ij août j6;-/ Lettre des dfputis à Vafocat du commeice au comeil : • Il ne tient pas .^ nous que l'affaire du sieur Maurellct ne soit hnie, mais nous vous avons dit par nos précédcntei que nous ne pouvions rien de nous même* uns l'autorisation de .MM. les consuls qui nous délaient toujours d'un jour à l'AUtre. >> El cc]Hrndant en i6s4 la Chambre du commerce fonctionnait déjà.
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L ANAKCIIIE COMMERCIALE
commerce, comme ceux de la ville^ furent trop souvent sacrifiés aux rancunes des partis.
Pendant ces cinquante années, en effet, iMarseille ne cessa d'être troublée par les discordes, qui tantôt se manifestaient par des séditions et des prises d'armes, tantôt par de sourdes iiitrit^ues. L'aristocratie qui gouvernait la ville était formée de trois éléments rivaux, les gentilshummcSj les bourgeois et les marchands, qui se disputaient le pouvoir au conseil de ville. La noblesse, nombreuse 'et turbuletite, composée de familles ennemies qui se transmettaient leurs haines héréditaires, entraînait toute la ville dans l'agitation de ses factions. Les troubles de la Ligue avaient soulevé de terribles rancunes entre les familles qui avaient favorisé l'entreprise de Charles de Qizeaulx et celles qui, ayant aidé Libertat à remettre la ville entre les mains d'Menri IV, continuaient à bénéficier des faveurs royales. Chaque fois qu'une occasion naissait, les partis ne tardaient pas à recourir aux armes *.
En dehors de ces prises d'armes, la sécheresse des procès-verbaux des délibérations du conseil de ville laisse souvent percer la trace des violentes discussions qui l'agitaient. Il fallut le voy.ige du roi et de la cour en :66o pour mettre un terme .\ ces agitations : les consuls furent supprimés par lettres patentes de mars i6éo et remplacés par des échevins, qui durent être choisis parmi les négociants bourgeois et les marchands, à l'exclusion des gentilshommes, m « L'ambition de ceux qui prétendaient au consulat, disaient les ■ lettres patentes, et l'émulation parmi eux pour y parvenir ont formé toutes les cabales qui ont troublé la tranquillité de la ville, et pour cette raison le commerce est entièrement ruiné *. » Quelque temps — auparavant, au milieu des troubles de la l'ronde, les Marseillais ^ avaient senti, comme autrefois après les malheurs de la Ligue, le besoin de séparer l'administration du commerce de celle de la ville;
(i) Dans le procc-s-vcrbal d'un conseil géncial Je 1646, où figuicm 204 noms et où le secrét.iire signnle beaucoup d'autres présctiis, 011 voit en tùlc 61; nobles, dont 22 sont seigneurs de villages, — puis viennent les bourgeois et les niarclunds. — Arcb Comniuti.
(2) V. Troubles de 1609, 1610, 1644-46, pacifies par l'archevêque d'Arles j Ma/ariu, — et surtout ceu\ Je 16)9-16611. — V'. Anh. Cominnu. Corr^spoiuL — ! Papon. t. IV, p. 530-600.
(}( Le commerce avait à redouter un autre danger, c'éi.iit de payer les dettes! de la communauté qui «'•taient énormes : « Depuis 1 an passe, écrivent les consuls ] le 28 nui 1641, elles se sont augmentées Je 100,000 livres, elles se portent i 947,000 livres et se vont Je jour en jour portant à un million, qui est une chose