LES DEFAILLANCES DE L ADMINISTRATION
lOI
c'est alors que b Chambre du commerce apparut. Créée provisoire-, ment par le bureau du 24 avril 1650, elle te fut définitivement et reçut son règlement à rassemblée du i^ novembre 1650 '. Cette fois l'organisation à part du corps du commerce était détinitive; cette heureuse innovation, précédant de peu les grandes réformes de Colbert, allait ouvrir une ère nouvelle au commerce du Levant.
Si les Marseillais l'avaient longtemps nul dirigé, la responsabilité en retombe en grande partie sur le gouvernement royal. Toutes les innovations, les répressions d'abus, décidées par les bureaux du commerce ou le conseil de ville, avaient besoin pour devenir exécutoires d'être revêtues de h sanction roj'ale, et il fallait chaque fois pour cela aller jusqu'au conseil. On peut s'imaginer quelles dépenses «quelles lenteurs en résultaient. La ville payait un avocat au conseil pour y défendre ses intérêts et poursuivre les affaires qu'elle avait en suspens devant lui. C'éfciit à cet avocat que s'adressaient les consuls pour l'expédition des affaires courantes du commerce; le temps se passait en correspondances avant de terminer la moindre affaire, car « l'ordinaire » n'apportait les lettres de Paris à Marseille qu'une fois par semaine. Si l'avocat ou le conseil avaient besoin d'un supplément d'informations sur une question, c'était près d'un mois qui s'écoulait avant qu'il leur parvint. Four les affaires importantes les consuls ne s'en remettiient pas ;'i leur avocat, ils envoyaient des dépii tarions chargées d'.igir auprès du conseil, avec plus de compétence et d'autorité. Il ne se passa presque p.as d'année sans qu'une I députa tion n'allât à la cour, généralement pour plusieurs mois, et icY'tait toujours pour la ville une dépense de plusieurs milliers de livres. Il aurait fallu pouvoir terminer rapidement sur place les
lotit la seule pensée est affreuse. * De 1610 à 1620 le produit des taxes qui
«câaicttt sur le commerce, servit indiffcrcmmcnt .i payer toutes les dettes de la
ïoniraunautc, de quelque origine qu'elles tussent. (Aich. Commun. Dclib,). Ce
"es; que peu à peu aue la distinction s'établit nettement entre les deniers du
jmmerce et ceux de l;i communauté.
(I) Voir À l'appendice la note sur l'organisation et le fonctionnement de la lliambre. — 11 fallut plusieurs années pour que la .séparation fut complète. cs députés écrivent, en effet, le 20 novembre 1657, ;\ leur avocat Ji la cour :
Comme .MM. les consuls de l'année précédente avaient pris l'entier soin des ItT^tires du commerce, nous avions discontinué à vous écrire jusqu'à maintenant, tt avant repris l'exercice de nos charges. . . » lili, 26. — Liltrc tin 2^ lUc. i66t :
puisqu'il a plu au roi en rétablissant la Chambre du Commerce » ftll, 26. —
„^ Chambre était composée de douze personnes, les quatre députés et huit des bIus intéressés au commerce. — Les consuls, puis les éclievins présidèrent ses
ances, ma» il n'en étaient pas considérés comme membres.
L AKARCIUE COMMERCIALE
affaires ordinaires, expédier aussitôt les ordres nécessaires, dès que l'avis d'une avanie, d'un abus de pouvoir d'un consul, ou de l'ambassadeur, arrivait d'une échelle. C'était bien ce que faisaient les consuls de leur propre autorité, envoj'ant des ordres (( en attendant que le roi y eût autrement pourvu », mais ils n'étaient pas obéis, ctfl malheureusement il n'y avait en Provence aucun officier royal qui pût immédiatement donnera leurs actes cette sanction, qui leur étiit nécessaire. ■
Le duc de Guise prit, pendant son long gouvernement de Provence, une part considérable à la répression de la piraterie, mais il le dut A sa charge d'amiral des mers du Levant, plutôt qu'à celle de gouverneur. Ses successeurs, le duc de Vitry (1631), le comte d'Alais, le duc de Mercœur, no .se mêlèrent des affaires du commerce quej quand tes consuls les sollicitèrent d'appuyer de leur influence les demandes qu'ils faisaient à la cour. Le Parlement de Provence joua un rôle plus utile et plus actif; bien que simples cours de justice les Parlements avaient en etfet une grande part dans le gouvernement et l'administration. En Provence particulièrement, « le Parlement avait le gouvernement en l'absence du gouverneur et du lieuter^ nant du roi. Lorsqu'un de ces deux officiers militaires s'absentait" avant que l'autre fût de retour dans la province, c'était l'usage qu'il allât remettre au Parlement les rêves du gouvernement '. » C'estM ainsi que sous Henri IV Guillaume du Vair, premier président, avait joué longtemps le rôle de gouverneur de Provence'. Déplus le roi confia à plusieurs reprises à des conseillers ou ;\ des présidents^ des commissions spéciales pour s'occuper des affaires du commerce. Le Parlement semble même avoir eu régulièrement la mission de contrôler toute l'administration financière des députés du commerce. C'était par devant des commissaires de cette cour que ceux-ci rendaient les comptes de leur gestion. Les consuls de Marseille s'adressèrent souvent aussi à elle afin de laire approuver les décisions du du conseil de ville ou du bureau du commerce, soit pour établir une imposition, soit pour interdire des levées aux consuls des échelles. Leurs ordres arrivaient ainsi i la nation des échelles revêtus d'une
(i) Papon', t. IV, p. 600.
(a) V. Leitrei misiivei de Henri IV. Lctlres à du Voir. — .4rch. Commu». De'libi l6iy '. « Suivant le ni.inJeinont priVis à nous fait de I.1 part de la cour du Farlo^ lemcindf ce pays et de la pan de M. le premier Président qui a le gouvernement de cette province. »
LES DÉFAILLANCES DE L'ADMrNISTRATION
force plus grande, en attendant la sanction royale, ci l'approbation de leur conduite par le Parlement leur était fort utile pour obtenir celle du conseil ', mais il n'y avait pas à ce sujet de règle bien établie. Le Parlement jugeait en outre en appel toutes les contestations entre les déput(^s du commerce et les particuliers, portées en première instance devant le lieutenant du SL-néchal, ou le lieutenant de l'amirauté. 11 est vrai que les députés se défiaient des juridictions de la province et prirent l'habitude de f^iirc évoquer leurs causes au conseil. Dans ses Cayers du 13 août 1670, la Chambre du commerce demandait que cet usage fût érigé en loi : « il arrive souvent, disaitelle, que le commerce du Levant est attaqué par divers particuliers s'appuyant sur des personnes d'autorité, lesquelles prennent part secrètement aux affaires, ce qui fait que par le crédit qu'ils ont dans les cours souveraines de la province, par ce moyen la Chambre n'a pas bien souvent la justice que leur cause demande*. » La Chambre devait trouver plus tard dans l'intendant ce juge impartial qu'elle demandait. En somme, malgré l'intervention fréquente du Parlement dans les affaires du commerce et l'appui que les consuls et députés trouvèrent souvent auprès de lui, il ne fut pas chargé régulièrement de donner à leurs actes la sanction royale.
Les officiers de l'amirauté semblaient, par leurs fonctions, devoir être de précieux auxiliaires pour les consuls et les députés du commerce. Chargés de la surveillance de la navigation, ils expédiaient les navires en partance après les avoir visités et s'être assurés qu'ils ne transportaient rien d'illicite. A leur retour les capitaines devaient immédiatement présenter à l'amirauté un rapport sur leur navigation et le manifeste de leur chargement. La compétence du tribunal de l'amirauté s'étendait à tous les contrats intervenus pour des marchandises transportées sur mer, et à tous les délits commis par des gens de mer et aussi par les résidents des échelles. Les officiers de l'amirauté auraient donc pu travailler efficacement au maintien du bon ordre dans la navigation et d'une police sévère dans les cchdles. Malheureusement ils ne vécurent jamais en bonne hardi 13 juin i63o, j(i mars /6J2, iS mars i6}2, 34 juiUel i6i3. Arch, Commun. Dâihh. — îS nin'tmbre i6i), au cousu} d'Alep ; « Il n'y a personne qui n'ait été tntitTcmcnt étonné de voir que vous ayicz fait si peu Je compte «le notre délibération... M.ii< voui ne continuerez p.is. . . puisque vous ne vous en prendrez pas seulement a nous mais à la souveraine cour de Parlement qui l'a autorisée par son arrêt et qui le saura bien faire valoir. » BB, 16. — 8 avril 1624, ibid. [i\ BB,iJo}.S^o.
L ANARCHIE COMMERCIALE
monic avec les consuls et les licputds du commerce. Comme les attribmions de ces deux corps, concernant la navigation et le commerce, n'avaient jamais été parfaitement réglées, ils se jalousaient et crai<;naient leurs empiétements réciproques. De plus les officiers de l'amirauté étaient en conflit depuis leur origine avec les juges des marchands'. Mais ce qui les faisait détester des marchands c'était surtout les droits de visite qu'ils percevaient au départ de chaque navire. Les consuls et les députés du commerce ne cessèrent de se plaindre à la cour de leurs exactions et engagèrent même contre le lieutenant de l'amirauté plusieurs procès, malgré les nombreux arrêts du conseil intervenus ù cet égard, et le règlement fliit en 1633 par M. de Seguiran, lieutenant de llichelicu en Provence, qui ne fut pas exécuté*. En 1658 intervint entre le lieutenant général de Valbelle et la Chambre du commerce un accord, qui devait servir de règle i l'avenir, cependant en 1665 la Chambre engageait une nouvelle instance contre les officiers de l'amirauté « sur les surexactions et oppressions » qu'ils faisaient'. Aussi, à cause de cette mésintelligence, l'amirauté fut-elle loin de rendre au commerce du Levant tous les services qu'on aurait pu en attendre,
C'étaient les intendants qui devaient jouer plus tard ce rôle nécessaire de commissaire délégué par le roi en Provence pour la directioit des affaires du commerce, mais ils n'apparurent que peu avant le milieu du xvii'' siècle et leurs attributions ne devaient être bien étabhes en Provence qu'au milieu du règne de Louis XIV *. Cependant dès leur création, les intendants, M. de la Potei-ie (16^2), M. Talon ([634), M. de Merry (1636), furent mêlés à l'administration des affaires du commerce*. Deux surtout, MM. de Champigny
(i) V. Arrêt du Parlement de Provence statu.ini sur les conflits élevés entre le lieuten.int fténérjl en l'aniinuité de Marseille et le vi^uicr de cette ville, les jugi-s ordinaires et les juges des marchands, ji aoiit 1^64. Amiranlè. R,g. Ida Insi». fol. loy.
{!) Arch. Commun. Vklih. 3$ fà'., 162}, 4 nov. 1644, au sujet de procès avec l'.-imiraulé. — BB, i. S dk. i6s3, 21 mai i6sï- Conflits entre l'amirauté et la Chambre. — Règlement de M. de Seguiran, dans la Corresp. de Sourdis : Jrtsptctiou lie M. Jr Stçitirau. — //, 3}. Brochure: .\rréts du Cnnscil d'Htat et de la Cour de Parlement en faveur du commerce touchant le rêi^lement des officiers de l'amirauté de Provence (1599. 1606, 1624, 1656, 1657).
(}) BB. 36. Lctlft du t} août tôôf — BB, 3j. Correspondance eu 1674 au sujet d'un autre conllit.
(4) V. Marchand. Un intendant sous Louis XIF.
(5) Arch. Commun. Corresp. 3j nui 16^2, 10 octobre 1614. — Ijttre de Tax'Oial Lt R<m\, 2n juin 16^6.
LES DÉFAILL.\XCES DE l' ADMINISTRATION
roi
(1636-40 et 1644-48) et de Vautorte, jouèrent un rôle fort imporuni, particulièrement lors de la liquidation des dettes de Ccsy. Les Marseillais, maigre leur turbulence, surent apprécier les services de
jces nouveaux représentants du roi placés auprès d'eux, auxquels ils pouvaient facilement fliire entendre leurs doléances et les intérêts du commerce, sans avoir ^ redouter les lenteurs et les intrigues de la cour. Au lieu de clierchcr à se soustraire à cette nouvelle autorité, les consuls de Marseille réclamèrent pour diverses aflaires la juridiction de Tintendant, au lieu de celle du conseil et leur confiance fut justifiée' car MM. de Clianipigny et de Vautorte, par les deux révi-
jsions qu'ils firent de la liquidation des dettes de Césy, diminuèrent considérablement les sommes qui avaient été mises à la charge du commerce.
L'institution des intendants avait certainement facilité l'adrainisiration du commerce et lui avait donné plus de sûreté ; mais quelle qu'ait été leur action, ainsi que celle du Parlement, jusqu'en 166 1, la plupart des affaires, du moins des aHaires importantes, se traitèrent directement entre les Marseillais et le conseil du roi. Le pouvoir roval, qui tendait \ tout centraliser entre ses mains, et ne laissait
iplus assez d'initiative aux pouvoirs locaux, n'avait pas encore orga-
*nisé tous les rouages nécessaires au bon fonctionnement de la nouvelle machine administrative. Le commerce supportait tous les inconvénients de la centralisation, sans en ressentir encore les avantages. Le conseil lui-même était loin d'être suffisamment organisé ;
I faute d'être définitivement divisé en sections se partageant entre elles l'expédition des affaires, celles-ci s'y accumulaient. Ce qui .iggravaitlcs lenteurs, c'est qu'il ne se réunissait pas toujours réguHère-
^ment: aux époques de guerres civiles, pendant la minorité de
(K Voir au sujet des bonnes relations du commerce de Marstillc avec ces deux
intendants et de leur rôle, de nombreuses lettres des consuls ou de leurs .ivocats
'su conseil (.-trch. Commun.) surtout à partir de 1640 — j mai 1644 : « Nous
iMmnics ravis que M. de Vautorte se rencontre un de nos juges (au conseil)
farce i^uc nous ayant toujours fait l'honneur de nous aimer et de protéger la utice des intérêts de notre ville, nous sommes assurés qu'il nous assistera en ' ette rencontre. » — 30 sept. ià4.( : « Nous estimerions que ce serait un fort un coup SI on pouvait renvoyer i M. de Champigny les atTaires des .\nglais immc les autres affaires de Lu^uet. — .Après la suppression des Intendants lj/.arin eut en Provence un homme de confiance l'évéque d'Orange, le domilicjin Hyacinthe Serroni qui joua un certain riMe dans les affaires du comnierce. lazarin I établit intendant de la marine à Toulon en 1655. — (T. Lettres de iaïaiin, t. II. l'U).
L ANARCHIE COMMERCIALE
Louis XIII et de Louis XIV, il y eut de longues interruptions de SLMiiccs; quand le roi était en voyage, si le conseil s'assemblait auprès de lui, Ici afliiires du commerce n'en restaient pas moins en suspens, car l'agent chargé par les Marseillais de s'en occuper nt^Ê pouvait quitter Paris; pendant la guerre contre l'Rspagne, les opéralions militaires et les négociations absorbèrent l'attention du conseil, et tout le reste en soutfrit. Aussi les affaires les plus urgentes tralrS naient pendant de longs mois, avant que l'arrêt sollicité n'intervint pour les régler; pour les procès, les lenteurs étaient d'autant plus^ grandes que les partisans retors, à qui le commerce avait affaire, J étaient experts ;\ inventer des motifs de surséance. C'est avec raison que dans le discours qu'il prononça à l'ouverture du premier conseil de commerce, le 3 août 1664, Colbert regarda comme une des causes de l'infériorité du commerce le défaut d'application du roi et de son conseil'. ^
Il y avait bien dans le conseil et parmi les secrétaires d'Etat desw hommes chargés particulièrement des consulats et du commerce du Levant, mais ils étaient choisis sans posséder une compétence spéciale et ils étaient occupés d'une foule d'autres soins. Ainsi, ^ jusqu'en 166 r, ce fut généralement le secrétaire d'état des atl'airei^ étrangères qui en fut chargé, parce qu'il avait la Provence dans son département. Son embarras devait être bien grand pour prendre des décisions dans ks questions qu'il devait trancher: il n'avait pas en, Provence ou dans les échelles un agent impartial, placé en dehor des querelles du commerce, qui pût le guider dans la solution de ce affaires si embrouillées. Souvent il ne trouvait même pas, dans k archives de ses bureaux, les anciennes ordonnances arrêts et règlements, ou des documents sur les usages du commerce, quand les Marseillais se plaignaient des innovations et des abus qu'on y introduisait. Il s'adressait alors aux consuls de Marseille et plus tard à la Chambre du commerce, pour leur demander de faire des recherches dans leurs propres archives. Aussi les intrigues avaient beau jeu :^ on vit, sur la foi de renseignements trompeurs, le conseil se laisseij arracher plusieurs fois des arrêts que les consuls avaient ensuite beaucoup de mal .i faire réformer. L'histoire des affaires du
(i) Voir pour ce par.igraphe la Correspondance des consuls de Marseille leur avocat .lu conseil. Arcbh. Commun.
LES DÉFAILLANCES DE l'aDMINISTRATION
commerce introduites au conseil montre toute une série d'incertitudes et de contradictions'.
Ce n'était pas seulement des lenteurs et du manque de compétence que les intérêts du commerce avaient S souffrir, mais aussi du favoritisme qui inspirait trop souvent les décisions du conseil. Tous ceox qui vivaient des abus du commerce savaient se garantir des poursuites et des réformes parles influences qu'ils avaient à la cour. Dans un temps où celle-ci était remplie d'intrigues, les ministres avaient trop d'amis ou d'ennemis à ménager pour ne pas leur sacrifier souvent les intérêts de simples mariihands. La correspondance des consuls de Marseille avec leur avocat, ou avec leurs députés en cour, ne montre que trop contre quelles influences ilsavaient ù lutter*. Sans cesse il est question, dans la même correspondance, de la distribution de présents aux membres influents du conseil ; l'avocat des Marseillais se plaint souvent de la parcimonie des consuls qui ne lui permet pas de contrebalancer l'influence des cadeaux généreux distribués par les adversaires du commerce ; à quoi les consuls répondent piteusement, qu'il ne leur est pas possible de faire comprendre aux marchands, ignorants de la façon dont les affaires se gouvernent \ la cour, la nécessité de faire de grandes dépenses. Les secrétaires d'état chargé des affaires du Levant donnent l'exemple de la vénalité' : Chavigny reçoit de grosses sommes des partisans ; il fait concéder le monopole de la vente des soudes et narrons d'Egypte, néccss;iires aux NarseilUis pour leurs fabriques de savon, moyennant une pension atmuelie de 6000 livres. Le comte de Brienne reçoit du fermier une pension de 4000 livres sur le droit de 3 0/0, dont le commerce lui demande A grands cris, mais en vain, la suppression '. Aussi, quand
(1 ) Àrch. Commun. Corresp. et BB, 36. Siùc d'arrêts contradiaoires rendus dans les affeircs de Césy, Luguci, Gués, etc.
(2) V. Anh. Commun. Corresp. et BB, 26.
(î) Anh. Commun. Corresp. pafsim. — S juin 163.1 : 1» L'affaire de M. Cùsy
tunt trcs difficile, comme elle est, .i rétablir les tapis arriveront fort A
point pour obliger ceux a qui ils sont délivrés à prendre la protection de cette affaire si juste. » — 7 fcvr. 16)6, lettre de Le lloux ; «J'ai ce matin présenté ce que m*.ivcz ordonné à M. Servien qui l'a pris et témoigné le recevoir avec contentCTnt-ni. J'ai aussi présenté aujourd'hui de votre part pareil présent A M. le chancelier qui m'a chargé de vous remercier... je départirai par le menu le restant à ceux qui peuvent servir ; pour M. Bouthilhcr il a vu son présent avec contentement. I» — tS apùl i6.fS : u Pour l'aH.iire de Pilles il faudrait des donatives considérables aux puissances de la cour, n
(4) AA, jOj. Lellre de d'Aiithoint, 1651. — Arch. Commun. Lettre des consuls dt M. 14 juillet if>iS.
loS
L ANARCHIE COMMERCIALE
les consuls poursuivent une affaire au conseil, ils recherchent avec j soin si « les puiss;inccs » n'y ont pas des intérêts engagés. Ce! mœurs étaient d'autant plus dangereuses que l'administration,^ par suite de l'accumulation croissante des affaires due à la centralisation, tendait à être laissée de plus en plus entre les mains de subaltL-rnes. On sent déjà grandir, à l'époque de Richelieu, l'importance des premiers commis des secrétaires d'état. Or ceux-ci, plus besogneux et moins soucieux de conserver leur dignité, étaient plus enclins à la corruption, ils étaient d'ailleurs plus S accessibles aux acheteurs d'inHuenccs et se vendaient à meilleur" compte. Le commerce de Marseille eut ainsi beaucoup X souffrir de l'hostilité intéressée de M. de la Barde, premier commis de M. de| Chavigny, dont les consuls se plaignent souvent dans leur correspondance '.
Si l'expédition des affaires courantes se ressentit beaucoup de la mauvaise organisation et des mauvaises mœurs du conseil, le gouvernement royal se signala-t-il du moins par des tentatives de^ réformes ou d'heureuses innovations ? La régence de Marie de Mé-«B dicis fut pour le commerce du Levant, comme pour le développement de la prospérité générale du royaume, une époque stérile ou désastreuse. L'attention du pouvoir fut cependant attirée sur le com merce du Levant par les Etats de 1614, qui formulèrent quelques] demandes intéressantes. Mais on y retrouve la trace de cette crreu économique, enracinée dans les esprits, que l'exportation de l'argen était un danger pour la prospérité du royaume. Ce préjugé devai longtemps nuire au commerce du Levant dans l'opinion publique*.'
Si l'on excepte la répression de la piraterie, qui fut de la part du gouvernement l'objet de quelques efforts, il faut, pour sentir son action sur les affaires du Levant, aller jusqu'à la mission de Deshayes de Courmemiri en 1621. Le rétablissement des religieux latins dans la possession des Lieux Saints, la protection des pèlerins assurée,
(0 Plus tard le nom de M. de Brisacier, premier commis de M, de Brienne, tîgutc souvent dans les lettres des consuls.
(2) Recueil des Etats Géniiraux, t. .Wll, 2' panic, p. 154-157. — V. Pigeos- NE-^u, t. II, p. 564-66. — Cf. Advis au io\ Je i6i^ : Des moyens d'cmpccher le transport de l'argent et faire demeurer p.ir chacun an dans le royaume prvs de cinq millions d or, de sept millions environ qui en sont transportes. (Arcb. Curieusti, Ci.MBER et DAXjoe, 2' série, t. I, p. 4}i à 462.) — Ces préoccupations se retrouvent dans le livre de MoS'TcllRÉTltN : Traite de l'économie Jvlitique, paru à Rouen en 161 5. *
LK-S oil AILL.WCES DE l'aDMIXISTRATION
riStablissemcnt pour I.1 prcniicre fois d'un consul ;\ Jérusalem, furent les principaux rcsiiltals de ce voy;ige, qui contribua à mfiermir notre prestige dans le Levant, et servit par là uiùine le commerce, en lui assurant plasde sécurité. Dcsliayes avait aussi des instructions concernant les atiaires des échelles, puisqu'il déposséda, suivant les ordres du roi, le consul de Smyrne et en établit un autre àsa place', La V'icuville était alors chargé des atfairt'S du Levant; il fit envoyer en 1623 à Constantinoplc l'habile négociateur Sanson Napollon, qui obtint de la Porte les commandements extraordinaires dont il sut si bien se servir pour rétaWir la paix avec Alger. Cependant les Marseillais redoutaient ce ministre fort hostile à leur ville et se réjouirent de sa disgr.ice*. Ils s'étaient fort effrayés en 1618 d'un projet de compagnie des Indes Orientales, qui fut étudié au Conseil, Cl ils avaient supplié le roi de les « vouloir maintenir en leurs anciennes coutumes sur le fait du négoce en routes les parties du Levant et autres lieux, et trouver bon, qu'en rapportant desdits lieux les marchandises des Indes, ik ne fussent point inquiétés' », mats ce projet n'eut pas de suite.
• Pour retrouver une volonté, dit avec raison Pigeonneau, une direction, une politique raisonnée et maitresse d'elle-raènie, il faut passer par dessus ces médiocrités et cette anarchie, et arriver d'un seul bond jusqu'à Richelieu. Loin de réléguer les questions économiques au second plan, Richelieu les a étudiées avec passion, il a eu sur le commerce, sur la marine, sur les colonies, non pas ces aperçus vagues dont se contentent les politiques de second ordre, n ais des vues arrêtées, et qu'il a formulées dans ses Mémoires et dans $on Testament politique, son œuvre par la pensée, sinon par le style. Toute une section du Testament politique intitulée : Du commerce comme une dépendance de la puissance de mer et de ceux qu'on peut ùire commodément, est cons.icrëe .i l'industrie, au commerce et .\ In navigation*. « Il se ht même par ses propres réflexions des idées personnelles sur le commerce du Levant. « J'avoue que
(1) Voir lj rcliiiion ilii voyage Je I>eshjycs.
(a) lettre de l'avocat Le Roux, 15 aoûi 1624, sur In disgrâce de La Vituvillc. jirch. Commun.
(]) Jfih. Comttiun. Dihb., iS ilk. i6j8 : .\près que lecture a été faite d'uae lettre Je S. M. du 6 déc. sur lu tr.iflL des Iiules Oiicntales
(.0 PiotONxtAf, I- 11, p. 176-79. — betoiidc p.irtîe du Tcsunicnt, clup. tx, jcct. 6.
I lO
L ANARCHIE COMMERCIALE
j'ai ctc trompé longtemps, écrit-il, au commerce que les Provençiux font en Levant. J'estimais avec beaucoup d'autres qu'il était préjudiciable ,1 Tétat, tnudé sur ropiuiou commune qu'il épuisait l'argent du royaume pour ne rapporter que des marchandises non
nécessaires Mais après avoir pris une exacte connaissance de ce
trafic condamné de la vois publique, j'ai changé d'avis sur de si solides fondements que quiconque les connaîtra croira certainement que je
l'ai fait avec raison et partant il faudrait être aveugle pour n<|
connaître pas que ce trafic n'est pas seulement avantageux, ma qu'il est tout à iliit nécessaire'. » Richelieu avait d'autant plus d mérite que certains de ses confidents écoutés, comme Isaac di Razilly, partageaient l'opinion commune au sujet du commerce du Levant et s'ert'rayaieni de l'exportation de numéraire qu'il nécessitait. En 1624, après la disgrâce de la Vieuville, la direction du commerce avait été confiée i MM. de Champigny et Marillac, conseillers d'état *. Mais Richelieu fit bientôt charger des afiaires. du Levant Bouthillicr, puis en 1636 son fils Chavigny.
Son ami le P. Joseph y prit au moins autant de part, car soi nom est sans cesse accolé, dans la correspondance des consuls à celui des secrétaires d'état ; aucune afiaire n'est poursuivie par eux au conseil, sans que leur agent ou leurs députés n'aillent conférer avei le P. Joseph, en même temps qu'avec Bouthillierct Chavigny et c'esl souvent l'influence du capucin qui les préoccupe le plus et paraît prépondérante*. Tandis que Bouthillier et Chavigny paraissent n'avoir été que des commis dociles dans la main du maître et que Chavign]^| excita souvent les plaintes des Marseillais par sa trop grande facilité i céder à la faveur ou \ se laisser acheter, le père Joseph eut des idées
je
lu lu
ui
(i) Teslamtnt polUiquf, a<- part. Chap. IX, sect. 6.
(2) Ltltre dt Favocat Le Roux, ;y aoiil 162^ : « L'on nous (dit espérer en son lieu" le retour de M. de Sulli..., mais pour moi j'estime plutôt que celle charge seni possédée pur trois ou quatre directeurs tirés du conseil du roi. 11 — 59 aotit : « Vous n'uvc* pour directeurs que MM. de Ch.implgny et Marillac. » Arch. Comut,
(5) V. Contspcuâance des avûcals Le Roux et Yeard, surtout 1651-38. — Uni indisposition du père Joseph arrête toutes les affaires. — Pigeon s'e.m;, t. II, p. 582 cite comme collaborateurs de Richelieu « l'armateur breton François Fouauet devenu conseiller au Parlement de Rennes, puis i celui de Paris, enfin conseiller d'Etat chargé spécialement de tous les soins et affaires de la mer ; Sublet des Noyers, secrétaire d'Etat de la guerre qui avait dans son département la marine dr^ Levant, Claude et Isaac de Razilly tous deux marias et colonisateurs, Martin, ce' des secrétaires du cardinal qui rédigeait d'ordinaire les ordres et instructions rel tifs au commerce. » — Aucun de ces noms ne tigure une seule fois dans la volu mineuse correspondance des consuls de Marseille avec leur avocat au Conseil.
LES DEFAILLANCKS Dli L ADMINISTRATION'
originales et exerça dans le Lcv;iiu une action toute personnelle. S'il écrivit la Turciadc et s'il conçut un cliiniérique projet de croisade', il s'atiaciia passionnément A Tœuvrc plus pratique de la propagation du christianisme et de l'inHuence françitsc dans le Levant. Nottimé en 1625 préfet des missions du Levant, des Etats B.irbaresques et du Ginada, il envoya en Asie Mineure, en Palestine, en Perse, une centaine de capucins français qui fondèrent des couvents Cl des hôpitaux A Jérusalem, X Alexandrie, â Bagdad et A Ispahan. Dès 1622 il leur avait ouvert la voie en envoyant en mission, en Perse et jusqu'à Surate, un religieux qui obtint de Schah Abbas l'autorisation de créer des couvents à Ispahan et Bagdad. « S'ils ne faisaient pas le commerce pour leur compte, comme les jésuites au Ginada et les frères prêcheurs aux Antilles, les capucins étaient tout disposés à renseigner les commerçants, à leur donner asile et à servir les intérêts de la France en même temps que ceux de l'Eglise,* » Les récits des voy.igcurs montrent en effet l'heureuse influence de ces missionnaires, particulièrement en Perse où ils jouissaient d'une grande autorité; ils servirent aux marchands d'introducteurs auprès des <• puissances » du pays et leur fournirent d'utiles renseignements, Le père Joseph protégea le fameux voyageur Tavernier qu'il avait rencontré \ Ratisbonne en 1630. Fils d'un marchand de cartes géographiques d'AnVers établi i Paris vers la fin du xvi* siècle, Tavernier fit six voyiiges en Orient de 1631 i 1665, il poussa jusqu'à java et au Tonkin, mais il séjourna \ plusieurs reprises en Perse et contribua beaucoup à y développer le commerce français*.
Richelieu porta une attention toute particulière A ce commerce de la Perse qui alimentait en grande partie celui du Levant. Les guerres entre la Perse c: la Turquie, sous le règne de Schah .\bb;is, semblaient détourner d'Alep les soies de ce pays et le schah, ne voulant plus Êiire bénéficier les Turcs du passage des caravanes et des droits de douane, était entré en négociations avec les Cosaques et avec les Moscovites
(i) V note 1.
(31 1 L . t. 11, p. 448. — V. Mreh. cur. de Thht. dt France, i« iirie,
X. IV, p. 11} cl suiv, : Le virilûhk tin Jauf cafmcin uommè au cardinalat. — Cent capudtis furcui répartis, deux par deux et quatre air Quatre, dans les ditTérents p.i ' ' -11 1625. Leur suct-'és l'ut très grand et d'autres furent envoyés le.i
ar en Perse et à Bagdad (p. 174-175). « Ceux qui alICrent i Hi.s-
Y 11- pal.iis du roi et n'eurent point d'.iutre detneuie pcnd.mt
V lit encore, si les HoIUndiis, j.4loiix d'un si yr.uid lionneur, i\^ .v> i.u....,.L |... ....iJus !.ub|H;cts aux ministres du roi de Perse. »
()) JoRi.T, J.-B. Tavertiiff, in-S". 1886,
L ANARCHIE COMMERCIALE
pour faire passer les marchandises de ses états par Astrakhan, 1 et Archangcl, ou par la mer Noire et la Pologne. Un autre illustre voyageur, qui séjourna alors en Pursc, où il eut de longs entretiens avec Schah Abbas et ses ministres, Pietro délia Valle, poussa le schah dans cette voie, en même temps qu'il lui conseillait d'attirer le^| Fran*;ais pour venir acheter directement les soies, et qu'il excitait ses défiances contre les Anglais qui cherchaient à attirer le courant commercial du côté d'Ormuz'. Richelieu songea à profiter de cette situation et il envoya en 1629 Dcshaycs de Courmemin, fils de celui qui avait été envoyé en 162 1 dans le Levant, pour conclure avec les cours du Nord des conventions commerciales*. Ce projet original, mais peut-être peu pratique, de détourner le commerce de la Pers<H d'une de ses voies naturelles et séculaires lut rendu encore moins opportun par le rétablissement de la paix entre les Turcs et la Perse. Sa réussite eût été la ruine encore plus complète pour nos ports de la Méditerranée et pour les échelles du Levant.
Richelieu songea aussi à ouvrir des voies nouvelles A notre commerce du coté de l'Egypte en y attirant les marchandises de l'Uthiopie; son attention fut portée de ce côté vers 1638 par le séjour en Fratice d'un prince Ethiopien, exilé de sa patrie à la suite de troubles,^ et converti à la foi catholique sous le nom de Zaga Christ. Mais mort prématurée ne permit pas au cardinal de mettre à exécution ; projets sur l'Ethiopie qui furent repris plus tard sous Louis XIV*. Un mémoire de cette époque, conservé aux Affaires étrangères, pro-^ pos.iit, pour ramener le commerce des Indes dans la Méditerranéc,B de creuser un canal de Suez au Caire, « ainsi qu'il s'était pratique sous les anciens rois d'Egypte et peut-être sous Salomon. Le Turc
cn iles,^ s ^a^
(i ) V, Pietro dflla Valle, t. III, p. 323-84 cl 272-74. — Les Turcs de leur côté taisaient tout ce qu'ils pouvaient pour conserver à leurs ports le commerce de la Perse : « MulgrO h guerre avec la Perse,., parce que Bagdad ne peut se passerai des provisions qui lui vieuuein de la Perse, le Bassa, quoiqu il eût lait de graiides^| pertes, ne coupa jamais le Lliemin des caravanes; au contraire, comme les douanes lui rapportaient heaucoup tous les ans, autant po» ..on intérêt personnel que pour celui du p.\vs, il le leur facilitait autant qu'il pouvait ; il sollicitait même les niarcli.tndsde se mettre en campa};ne, jusqu'à leur promettre toute la sécuriié qu'ils pouvaient désirer. » Piltro, t. 111, p. î.
(2) Pigeonneau, t. Il, p. 44f>-47, pour la mission de Deshaves. — DcshavT s'était fait charger en 1626 d'une mission en Perse. — Il eut à Ccnstantinoplc cle démêlés avec le comte de Césy qui s'était fortement opposé à l'envoi de cetti mission. Arcfi. aff. rtraiig., Ccrrfs[<. polit,, Cotisl., Rf^. j, fol. 2/7 et iiiii: — Il établit à Ispahan une compagnie de marchands qui ne réussit pas. Lav.sll(-E, p. 297.
(j) Vandal. Louis XI ^' et r Egypte.