LES DEFAILLANCES DE L ADMINISTRATION
espérerait enrichir son pays, Venise se remettrait, Marseille se rendrait puissante, on relèverait l'ancien commerce vers l'Abyssinie'. » Cette idée devait aussi être formulée de nouveau sous le règne de Louis XIV*.
Le grand projet de Richelieu pour le relèvement du commerce fut la création de compagnies. Frappé de la prospérité commerciale que l'Angleterre et la Hollande avaient acquises, grâce en grande partie à leurs puissantes compagnies, au détriment de l'Espagne et du Portugal qui avaient établi sur leur commerce une tutelle trop étroite de l'état, de la France et de Venise qui avaient laissé trop à faire à l'initiative des particuliers, le Cardinal n'eut qu'un but, l'organisation de compagnies semblables*, mais il ne créa pas de compagnie du Levant. La comp.agnie d'Orient ou de Madagascar ei des Indes Orientales, fondée en 1642, devait se livrer aussi, d'après sa charte, au commerce avec le Levant^, on ne trouve cependant aucune trace de son action dans la Méditerranée.
Richelieu servit plus utilement le commerce par quelques réformes pratiques que par ses tentatives avortées de grandes compagnies. Le code Michau, préparé par les travaux de l'assemblée des Notables de Paris de 1626, contenait, parmi d'autres dispositions utiles au commerce et i la navigation, la défense d'exporter aucune marchandise de provenance française, ;\ l'exception du sel, sous pavillon étranger, ;\ moins qu'il n'y eût pas de bâtiments français dans le port*. Cette disposition, destinée i encourager la construction des navires marcliands, aurait pu rendre de grands services au commerce du Levant, car le temps était loin où de Brèves trouvait « en la côte de Provence un nombre infini de vaisseaux » ; souvent nos marchands nolisaient des bâtiments étrangers pour trafiquer dans le Levant. La défense de s'en servir fut renouvelée dans le Règlement général de la marine, que Richelieu fit rédiger au conseil en 1641-42, et les consuls de Marseille avaient sollicité vivement pour qu'elle y fut introduite''. Rien ne pouvait être plus
(j) D'Avf.scti-, t, III, p. 219.
|J) Y. Mém. lie RicMitu,^. Michaud et Poujoulai, t. I , p. 438 (année 1627), (51 pjmii Ses membre-; on voy-tit fif^urcr le cipirainc Hii:.iiit de Manscillc. Voir, lu sujet de CCS compagnies, Bonnassiku.x et Pigeonni-mj, t. JI, p. 426-4 jt,
14) PiccoNxtAU, t. Il, p. j8)-}87. — V. d'Avenel. Lettres et papiers d'Etal, etc. t. U. p. 16}, 290, 297. (j) Anh. Commtm. Corresp. iil,2jjuiii, ), 10 décembre 164: ; ij, J4 janv. 1642.
L ANARCHIE COMMERCIALE
Utile qu'un bon règlement sur la marine, car il n'y avait en Frani aucun code m.iritimf. n Datis l'Europe de 1630, dit d'Avcnel, ccluingcr dts marclundiscs sur mer avec ses semblables est une opération où la chance a tant de part qu'elle ressemble plus aux jeux de Irasard prohibés par la police qu'à une sérieuse spéculation. Rien de réglé sur les différends qui surviennent, les avaries, les assurances, le jet des marchandises à la mer, les délais des chargeurs'. »
Richelieu entrait ainsi dans la voie des réformes pratiques; nuis il eût fallu s'attaquer aux abus de toutes sortes qui ruinaient le commerce du Levant et lui donner aussi son règlement général*. On eût pu croire que le cardinal y songeait quand on vit presque à la fois MM. de la Ficardiérc et de Seguiran parcourir, l'un toutes lesfl Echelles en 1631-32, l'autre toutes les côtes de Provence en 1633. Le conseiller d'Etat Li Picardicre, qui séjourna à Constantinople pour liquider les dettes de Césy, et qui fut chargé ensuite d'établir dans les échelles le droit de 3 0/0 destiné à les payer, se trouva ifl même de recueillir des renseignements exacts sur leur situation financière et commerciale. M. de Seguiran, premier président en la cour des comptes de Provence, avait été choisi par Richelieu pour son « lieutenant en la charge de grand maître, chef et surintendant^ général de la navigation et commerce de France au dit pays de Pro-" vence. » Il entreprit la visite détailJée des côtes et des ports depuis Arles jusqu'à Amibes et fit une enquête complète sur l'état actuel du commerce et le nombre des navires. A Marseille, cinq marchands, choisis par le conseil sur sa demande, vinrent « pour l'informer de l'état et qualité de leur négoce, de la chute ou diminution d'icelui e des moyens qui leur semblaient propres pour son rétablissement et subsistance. » Seguiran s'en alla dûment instruit des maux dont souffrait le négoce et il les résuma avec netteté dans le rapport qu'il présenta au Cardinal'.
De cette double et vaste enquête il ne sortit cependant aucune
(t) Tome II, p. 197.
(2) Le 26 novembre 162$ fut publié un « Règlement pour empêcher toutes sortes de iV.tudes, abus et malversations au fait du commerce et maintenir dans le devoir tous ceux qui résident dans le Lev.int ou trafiquent sous la bannière de France, conserver les négociants dans leurs libertés et Irancliiscs, empêcher qu'il ne sur\'icnnc aucun ditTcrend et débat entre eux, faire punir et ch.\ticr.. .. * {.4ff. t'irang. Cotresp. polit. Cointaiitiii. Reg. ), fol. i7}-J74). Mais ce règlement était très insuffisant.
^i) Itispfcticti lie Seguiran, p. i}0'}t (Qjrresp. de Sourdis). Le seul résultat pour les Marseillais l'ut rétablissement d'un droit à payer pour le commis de M. le
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