‹ Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIe siècleChapitre 17 sur 117 · II · texte numérisé non relu

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réforme. C'est que Richelieu fut dès lors absorbe par la lutte contre l'Espagne; le voyage de Seguiran avait eu d'ailleurs un but niilitiirc, il avait inspecté avec soin les forteresses de la côte et l'état de l'artillerie, fait dresser une carte détaillée de tout le littoral, et le résultat le plus important de cette inspection fut la construction (l'une série de fortifications, qui eurent l'avantage de mettre à l'abri des coups de mains des ennemis les populations maritimes de Provence'. Quelques années auparavant, Richelieu avait pris une décision utile au commerce quand il avait transféré en 1627, de Marseille à Toulon, le port d'attache des galères; il n'avait eupout but que de mettre fin aux perpétuelles querelles du général des galères avec le gouverneur de Provence; mais les galères emmenèrent avec elles quantité de gentilhommcs de la suite du général, d'officiers et de soldats, dont le séjour à Marseille n'était pas sans incommodité pour le commerce, et les navires marchands purent disposer de l'espace, auparavant restreint, du port. En somme, radministration lie Richelieu, malgré son ardent désir de relever le commerce, et malgré d'mtéressants projets qui montrent la puissante activité de son esprit, n'avait rien fait d'important pour le commerce du Ltrvant. Cependant, les Marseillais lui surent gré des bonnes intentions qu'il avait, ils montrèrent plus de confiance envers le cardinal qu'eiwers les secrétaires d'Etat à qui ils avaient affaire, et ils recommandaient ;\ leur avocat de recourir à Son Eminence, si l'on n'avait pas raison avec eux. Ils pleurèrent avec raison s.i mort, car s'il n'avait rien accompli pour eux, ils pouvaient du moins en attendre de grandes choses : « Nous avons vu, écrivent les consuls, la mort de

ce grand homme. M*'' le cardinal duc, qui n'eut point son pareil

Dieu l'ait tci;u en sa gloire et veuille départir son esprit et fidélité au Conseil du Roi *. »

Mazarin témoigna de la bienveillance pour les Marseillais; il était tenu au courant de leurs afîliires par son frère l'archevêque d'Arles qui mérita leur reconnaissance en pacifiant les troubles de la ville. Cependant, on ne trouve à rappeler, dans son gouvernement, aucune

grand niattre, sans les cong<55 et passeports duquel les navires ne pouvaient pas pirtir. Les consuls protestèrent en vnin en disant qu'auparavant les congés de l'amiral ne coûtaient rien. — Ibid., p. ;.^y.

h) Voir, pour les fortifications construites, Bouche, Histoire de Pimnite, t. Il, p. 89s.

(2) LeUre à Icard, 16 décembre 1642. Arch. Commun.

lis

L ANARCHIE COMMERCIALE

tentative pour améliorer le commerce du Levant. En 1652, divers négociants de Marseille formèrent le projet de créer une compagniefl au capital de 200.000 livres pour le trafic du Levant. Gjlbcrt le recommandait à Mazarin par une lettre du 13 octobre 165? : « Le profit, disait-il, est de 25 i ^o 0/0 par voyage, chaque voyage durant 6 mois, et la vente deux mois. En faisant assurer le bâtiment, le proHtA est réduit à 15 0/0'. » Mais ce projet n'eut aucune suite, et l'on ne^ voit pas davantage quel fut le résulut de la mission donnée en 1654 à Battliazar de Gratian, conseiller et procureur du Roi au bureau des finances en la généralité de Provence, pour se rendre ^ Alep afin de faire une enquête sur le commerce des 1-rançais dans le Levant*. Dans l'entottrage de Maz;irin, le chancelier Scguier parait s'être particulièrement intéressé au commerce du Levant; dès 1644, tiB s'occupait pendant plusieurs jours de s'en informer particulièrement" auprès des députés de Marseille à la Cour, et il leur demandait des mémoires « pour aviser aux moyens qu'on pourrait tenir pour réta>d blir le commerce. » Les Marseillais continuaient pendant les années suivantes « à se louer de ses soins « et iîs écrivaient en 1648 qu'ils reconnaissaient en lui « une très grande inclination au soulagement du commerce'. » Mais les embarras du gouvernement étaient trop grands pour que le cardinal et le chancelier pussent s'occuper avec continuité de ces questions et montrer aux Marseillais autre chose que de la bienveillance. Quant au comte de lîricnnc, qui était spécialement chargé des affaires du commerce et des échelles, les Marseillais se plaignirent souvent de ion hostilité, et son administration fut entachée de vénalité plus encore que celle de Ch:ivigny *. M

Ainsi, le commerce du Levant ne tut jamais, d'une manière^ suivie, l'objet de l'attention et des soins de ceux qui furent à la tète du gouvernement. Richelieu lui-même, bien qu'il en eût fait l'objet de ses recherches et qu'il eût eu sur lui de grandes vues, ne le ser\'it utilement qu'en le protégeant mieux contre les Barbaresques. Les affaires du Levant furent, pour ainsi dire, abandonnées à elles-

(1) P. CuMiiNT. Hiil. ih Collxit. I. 1. [>. S'-

(2) Regiit. J lia Jnsiiiiiiit. fol. 960. (Amiraiilé lU Marseille), (51 Arcb. Commun. Coirap. 21) novembre 16.(4, '7 jonvitr i(>4ii S """' ti

2j juin 164S.

(4) V. page 108.

LES DÉFAILLANCES DE l' ADMINISTRATION II7

mômes : la communauté de Marseille ne les dirigeait plus souverainement, le gouvernement royal les négligeait, et, faute d'une forte direction, l'impuissance des députés du commerce, les lenteurs du Conseil et son peu de connaissance de ces questions, les intrigues et la corruption qui s'y donnèrent carrière, furent ciuse que le commerce du Levant, laissé en proie aux avanies, à la piraterie, aux impositions de toutes sortes, aux exactions des ambassadeurs et des consuls, à l'incurie et à l'inconduite des marchands, marcha rapidement vers son entière ruine.

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