‹ Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIe siècleChapitre 18 sur 117 · LA RUINE DU COMMERCE FRANÇAIS ET LES PROGRÈS DES ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

LA RUINE DU COMMERCE FRANÇAIS ET LES PROGRÈS DES ÉTRANGERS

Bien que la décadence du commerce fut rapide après la mort d'Henri IV, il resta cependant « grand et utile jusque vers 1620' » et pendant ces dix années sa valeur ne dut guère tomber au-dessous de 30 millions de livres, dont 18 pour les importations de marchandises du Levant*. Ce commerce était encore, comme on le disait dans le projet de la Compagnie du Morbihan en 1626, le plus lucratif qu'il y eût dans le royaume'. Mais, en 1620, le massacre des Algériens :\ Marseille donna pour plusieurs années une grande recrudescence aux pirateries des Algériens, et pendant les années qui suivirent le commerce diminua de plus de moitié. Quand la paix fut signée, en 1628, il y eut un léger relèvement, mais peu sensible, car c'est alors que les autres maux dont souffrit le négoce prirent toute leur intensité.

En même temps que diminuait notre négoce, les Anglais et les Hollandais achevaient d'établir le leur et l'accroissaient de jour en jour. Les Anglais, quoiqu'ils eussent leurs ambassadeurs à Constantinople depuis 1579 et le droit de venir aux échelles sous leur pavillon, continuèrent pendant longtemps d'emprunter le nôtre*. Il en était de même des Hollandais, que les instances d'Henri IV avaient fliit admettre :\ la Porte et qui y avaient obtenu des capitula-

(i) Arch. Nal., F", 64s. Mt'moire de M. Magy, 2 juin lôSj. — Cf. Airb. Marine, B', .fçfj, fol. jjS-SS. Mèm. de M. de Lctgny.

(2) Les chiffres de statistique donnés dans ce chapitre n'ont pas une certitude absohie. — Voir, à l'appendice, la manière dont ils ont été établis.

(3) Arnould, t. II, p. 243.

(4) Mémoires cités, note i .

PROCRJiS DES ETRANGERS

lions particulières en i6r2\ Ce n'est que depuis 1630 que leur commerce devint très considérable dans b Méditerranée : ils avaient obtenu du Grand Seigneur la réduction ;\ 3 0/0 du droit de 5 0/0 que continuaient à payer les Français A l'encrée des marchandises. La faveur de leurs ambassadeurs ;\ la Porte, qui datait du temps de la minorité de Louis XIH, où la l'rance négligea l'alliance Turque pour se rapprocher de l'Espagne, s'accrut encore du discrédit que valut à nos représentants la conduite de MM. de Césy et de Marclieville et préserva davantage leur commerce des avanies. Les Anglais et les Hollandais surent aussi inspirer confiance aux Turcs par leur probité commerciale, leur attachement X n'apporter en Levant que des marchandises de première qualité et .\ respecter leurs contrats, A la douane de Smyrne, raconte le voyageur Spon, « on s'en fiait le plus souvent \ la bonne fol des Anglais sans les visiter, parce qu'ils agissaient avec honneur et que la plupart des négociants qui étaient h étaient gentilhommes ou de riche maison, n'ayant pas besoin de ces adresses pour a%'ancer leur fortune*. » Jusqu'en 1620, comme le remarquait Colbert en 1663, les Hollandais et les Anglais ne fabriquaient point de draps, toutes les laines d'Espagne et d'Angleterre étaient manufacturées en France: ils profitèrent du discrédit où tombèrent alors les draperies de Rouen, à cause de la mauvaise qualité des étofTes et surtout des teintures et des tromperies des flibricants sur la largeur des pièces, pour établir la réputation de leurs draps, dont la qualité ne se démentit jamais, et en remplir bientôt tout le Levant. Ils avaient en outre sur les Français l'avantage d'avoir chez eux, en grande quantité, les épiceries rapportées des Indes et les métaux, que les Anglais tiraient de leurs mines et que les Hollandais trouvaient à bas prix .\ Hambourg; c'étaient les deux articles d'échange qui avaient, avec les draps, le pliLs de débit dans le Levant*. Mais c'était surtout la solidité de leur organisation, si différente de l'anarchie qui désolait notre négoce, qui assurait tout l'avantage A ces deux nations.

Le commerce des Anglais et des Hollandais fut Ciit dés le début par des Compagnies, avec des règlements bien établis et bien observés, ce qui lui donna une sûreté inconnue de celui des autres nations.

(I) Voir le texte de ces Capitulations aux Arch. des Aff. étrang, Corresp. poïii. ConUanlinoplt, R(g. } (tboo-iùaS), fol. }2-4'j. {i\ T. I, p. 304.

1j) Mémoires cittis p. 118, note i.

l ANARCHIE COMMERCIALE

La Compagnie anglaise du Levant, créée en 1581 par Elisabeth, fut organisée définitivement en 1606 par Jacques I, qui fit rédiger les règlements qu'elle conserva jusqu'au xviii' siècle. Après les troubles de la révolution d'Angleterre, pendant lesquels certains de ces fl règlements avaient été mal observés, Charles II leur rendit une nouvelle vigueur par sa Charte du 2 avril 1661'. Ce n'était pas une Compagnie ordinaire, ayant une caisse commune où les actionnaires! déposent leurs fonds, mais une association de marchands, dont chaque membre faisait le commerce pour son propre compte, en obscr-' vant les règlements faits par la Compagnie, et en contribuant aux dépenses communes. Le nombre des marchands qui la composaient, n'était pas fixe, mais pour y entrer il fiillait être « marchand en gros de race », ou avoir fait un apprentissage de sept ans et payer un droit d'entrée de 25 livres sterling, si on avait plus de 25 ans, de 50 si on était moins âgé ; d'ordinaire les membres étaient toujours plus de 300. Li Compagnie avait le monopole du commerce dans tous les ports de la Méditerranée, sauf ceux de France, d'Espagne et d'Italie; ceux qui n'en étaient pas membres, et qui étaient surprisfl faisant le commerce dans l'étendue de sa concession, payaient une" amende, .1 raison de 20 0/0 de l'estimation des marchandises dont leurs navires seraient trouvés chargés. ■

La Compagnie se gouvernait elle-même par ses assemblées où tout se décidait à la pluralité des voix : « celui qui faisait assez de, négoce pour porter huit écus d'impositions par an, avait sa voij aussi forte que celui qui en faisait pour 100.000*. » Cette assemblée, d'un caractère tout démocratique, fixait le nombre des vaisseaux^ qui devaient aller dans les échelles, réglait les tarifs du prix de la 'iscs qui étaient portées dans le Levant

marci

(i) Savary. Dictionnaire, col. 1415-14. — J.^cques Sav.^ry. Parfait Négociant^ p. 400, 4s8. — Cette Charte, du 2 avril i66i, se trouve aux Archives de U Marine, B', 4S6. foi. 12^-142.

(2) Arch. Mar. B', 4S6.

(}) '< La Compagnie ayant reconnu que l'envie que !'intéi(}t fait naître d'ordinaire entre les gens de même profession était capable de les ruiner, qu'elle Icuji faisait hausser ou baisser le prix des marchandises pour courir sur le marché l'ul' de l'autre, qu'elle met en querelle les marchands avec les consuls, les consul; avec l'ambassadeur et qu'elle fait faire mal à projHJS de certaines épargnes qii •attirent des avanies et de rudes vexations ; la Compagnie, dis-je, y a fort Sagement remédié car le drap et la plupart des marchandises leur sont envoyée avec un tarif du prix auquel ils le doivent vendre ; on leur en envoie un autn pour celles qu'on leur ordonne d'acheter. » Aicb. Mur. B', 4S6.

LES PROGRfes DES ÉTHAVGERS

qualité de celles dont on devait faire les retours ; elle établissait des

taxes sur les marchandises, quand il en était besoin pour payer des

avanies ou d'autres dépenses coiunumcs à la nation. Kllc présentait

trois noms au roi, parmi lesquels il choisissait l'ambassadeur à la

Porte, elle élisait les consuls de Smyrne et d'Alep et elle désignait

les jeunes gens de bonne maison, qu on élevait dans diverses

échelles, pour leur apprendre de bonne heure le négoce sur les lieux

mêmes. Un des plus utiles règlements était de ne pas permettre à

l'ambassadeur, ni aux consuls, de mettre des impositions sur les

vaisseaux et les marchandises, sous prétexte d'avanies ou d'autres

* frais extraordinaires. La Compagnie devait à l'ambassadeur une

1 pension de 12.000 écus et aux consuls de 2 à 3.000 écus", en outre

lelle leur payait l'entretien de leurs ministre, chancelier, secrétaires,

interprètes, janissaires et tous les présents et frais qu'ils étaient

>bligés de faire dans l'exercice de cette fonction. A cet effet un droit

^xlc 2 °;'b était per«;u dans les Echelles A l'entrée des marchandises et

les fonds centralisés à Constantinoplc entre les mains d'un trésorier.

Ce simple droit suffisait;! toutes le.s dépenses qui pouvaient survenir

la nation. Dans les cas extraordin;ures, les consuls et l'ambassadeur

ivaient recours A deux députés de la Compagnie, qui résidaient en

îvant, et faisaient assembler toute la nation, pour délibérer au sujet

les mesures \ prendre. Haute d'un règlement aussi sage, les Français,

jui donnaient déji aux Turcs 2 "0 de droits de plus que les Anglais,

payaient 2 "/o â leur ambassadeur, malgré la pension qu'il recevait

«du roi, 2 "/„ aux consuls dans chaque échelle, et malgré cela, à

rhaque avanie, il leur fallait contracter d'onéreux emprunts.

Pour veiller au maintien de tous ces règlements, l'assemblée déléïuait ses pouvoirs à un conseil ou bureau établi à Londres, composé «l'un gouverneur, choisi par le roi sur une liste de trois noms «qu'elle lui proposait, d'un sous-gouverneur et de douze assistants «jui devaient tous être domiciliés X Londres ou dans les faubourgs.

(i) Savary donne le chiffre de 8cw écus mais ce doit eue une erreur, car ce chiffre parJit maigre. — Le voyageur Hoilaudais Spon (t. 1, p. }io), dit que l.i Qxnpagnie attribue au consul de Smyrne 1 000 écus d'.Tppoiatcments. — Son compagnon l'Anglais Wheier dit : <i Le consul (de Smyrne) a tous les ans j.ooo CCU5 de gages de 1.1 Gimp.ignie du Levant et joo écus do don gratuit, outre le tour du bâton <.t les .lutres voies honnêtes d'en attraper encore plus La Compagnie du Lev.int Jonne 500 écus de gage par ati i leur chapelain, outre un magasin pour leur trafic et les dotis ordin.nires de tous les marchands qui montent Dre 50uvent plus haut. » p. 237.

L AKARCHIE COMMERCIALE

Le

:h;inds de la Comi

du Levant étaient

présentes les échelles par des facteurs qui, contrairement ;\ ceux de la nation' française, présentaient de sérieuses garanties : « La Compagnie des facteurs Anglais, dit le voyageur Wlieler, est composée de 80 ou loaj personnes dont la plupart sont de jeunes gentilshommes, qui donnent 3 ou 400 livres .\ quelques gros marchands de la Compagnie] du Levant et qui s'engagent apprentis pour sept ans, dont ils et servent trois à Londres pour connaître les affaires de leurs maîtres après quoi leurs maitrcs sont obligés de les envoyer négocier dans' ce pays et de leur confier leurs affaires dont ils leur allouent une certaine somme par cent, dont ils vivent splendidement et deviennent riches en fort peu de temps, en trafiquant aussi pour euxmêmes avec bon profit et peu de perte, pourvu qu'ils soient gens de bien et soigneux de leurs intérêts et de leurs affaires, et constam-^| ment tout le comptoir vit ensemble dans la plus étroite union, paix et amitié qui se rencontre dans ceux que j'ai vus hors de l'Angleterre'. »«

Le commerce des Hollandais se faisait l'i peu près dans les même; conditions. Leur Compagnie du Levant méritait encore moins ce nom que celle des Anglais. Ce n'était en effet qu'une Chambre de direction établie à Amsterdam par les Etats Généraux dans la première moitié du xvii" siècle. Cette Chambre était composée de six députés et d'un greffier, tous marchands qui, sous l'autorité desj bourgmestres, réglaient tout ce qui concerne la navigation et l commerce de la Méditerranée. Llle avait un droit d'inspection suf tous les vaisseaux partant de Hollande à destination du Levant ; c'est elle qui leur accordait la permission d'entreprendre cette navigation ; elle organisait les convois pour l'escorte des navires marchands, nommait, avec l'agrément des Etats, aux consulats des échelles du Levant, et enfin jugeait tous les différends qui surve-

(i) Wheler, p. 236-^7. — Cf. iI'Arvieux, t. I, p. lia ; « Tous les p.KUculicrsj sont inagiiitîqucs en habits, on maisons, en meubles, en chevaux, en équipages. Leurs t.ables sont toujours abondantes et délicates. Ils récompensent libéralcmer leurs diogni.ins et leurs courtiers et tous ceux qui leur rendent serx-icc. Il semble que l'argent ne leur coiiie rien : ils ont de l'esprit et du cœur, ils sont A 1] véritil' fiers et hautains et veulent l'emporter sur tous les autres, mais quoi qu'ils aient assez souvent des difTérends entre eux, ils s'accommodent dès qu'il s'agit 1I4 quelque chose qui regarde la nation. Il s'en faut bien que les Franijais soicnl .lussi saj»cs. 1) — Pour tout ce paragraphe, voir SaV.\hy, Dutioiituiiir, col. 141 }-i+, — Jacques Savary, Parfait A'4'oiia/i/, p. 400, 458. — Arch. Marine, B', 48b Mimciie, fol. 12J-142.

tlîS PROGRÈS DES ÉTKANGfîRS

naient entre les mardi ands au sujet du négoce. Le commerce du Levant était libre pour tous les armateurs hollandais, en se soumettant aux règlements de la Chambre. Le résident A La Porte, chargé de maintenir les capitulations et de juger les appels des jugements des consuls, recevait 12.000 écus d'appointements des Etats Généraux, mais de plus il jouissait de la moitié des revenus de tous les consulats qui étaient très considérables : Chardin assure que les droits du seul consulat de Smyrne étaient parfois de 50.000 écus par an. Ambassadeurs et consuls devaient, il est vrai, fournir les présents aux officiers du Grand Seigneur et supporter tous les autres frais qui pouvaient survenir. Cette organisation, moins solide que celle des Anglais, se rapprochait davantage de celle du commerce fran(,-ais, après que la Chambre du commerce de Marseille eut été établie avec toute son autorité. Elle laissait beaucoup plus de place à l'initiative personnelle, puisque le connnerce étiit libre pour tous les marchands, et que le prix des marchandises n'était pas fixé par la Chambre d'Amsterdam ; elle sufHt pour préserver des abus le commerce des Hollandais.

Une règle très sage, observée ;\ la fois par les Anglais et les f-IoUandais, fut de ne laisser faire les voj'agcs du Levant que par renvois. Les Hollandais qui employaient ;\ ce commerce environ 30 ■lavires en formaient trois ou quatre escadres par an. Deux convois seulement partaient chaque année pour Smyrne, à quelques mois «.Vintcrvalle. Le règlement des Etats généraux de 1652 fixait au imniniraum leur tonnage A 180 hasts (360 tonneaux), leur armement â 24 ornons et leur équipage h 50 hommes. Ils donnaient en outre à •chaque convoi deux gros vaisseaux d'escorte de 50 \ 60 pièces de canon et de 160 à 170 hommes d'équipage'. Les Anglais occupaient tous les ans de 20 à 23 vaisseaux, de 25 ;i 30 pièces de <anon chacun, qui s'en allaient aussi par convois; celui de Smyrne ^tait de cinq ou six vaisseaux marchands, escortés de deux vaisseaux de guerre et, d'après le Parfait Nrgixiant, il ne partait que tous les deux ans*. Grâce A la manière dont leur navigation était réglée, les

(I) Pour le commerce des Holland.iis,. \'. Savary. Dictionnairf, col. 971, IO12. — Parfait Négociant, p. Î99. — /J/W. Nat. Msi. fr. 2}032 : Wmoir( sur U commetcf da Hollamtais (île I0(j4), in-^", 36 1 Jol. — Même tnémoire. Mss. fr. fSs9j. — Bonnassiciix donne des détails quelque peu diffiircnts, c'est que ses rcnjeigncments tirés de l'EiiLyclopédfe mcthodiquc s'appliquent au xviii'- siècle.

I2) Savart, Diilioiiuairt, col. 1014. — Parfait Né^odanl, p. 598. — « fin i6uo la Compagnie du Levant possédait 14 navires dont le tonnage s'élevait à

124 L ANARCHIE COMMERCIALE

Anglais et les Hollandais eurent beaucoup moins à souffrir de la piraterie. Outre leur fort tonnage et leur armement, qui leur permettait de mieux se défendre, leurs navires avaient une construction plus avantageuse que celle des Français. « Ils mettent en mer, dit le voyageur Poullet, de gros vaisseaux qui portent trois fois plus de marchandises que ne font pas ceux des Français, sans qu'ils aient néanmoins besoin d'un plus grand nombre d'hommes pour leur conduite. Leur construction est tellement faite qu'ils sont fort larges par le milieu du corps et viennent en se rétrécissant par la partie d'en haut, de sorte que leur peu de largeur vers cet endroit ne demande qu'une certaine étendue de voiles qui leur soit proportionnée et conséquemment une petite quantité de personnes pour les gouverner. Au contraire nos vaisseaux français, qui vont toujours en s'élargissant depuis l'extrémité d'en bas jusque vers le bord, veulent autant dévoiles et autant de mariniers que les autres, quoiqu'ils soient infiniment plus petits. Il est vrai que les Français sont obligés de dresser leurs navires de la sorte pour se défendre plus facilement des corsaires et gagner par la fuite*. »

Livourne était le quartier général du commerce anglais et hollandais dans la Méditerranée ; c'était là que leurs vaisseaux, venant de différentes directions, des états de Venise, des pays Barbaresques, ou des états du Grand-Seigneur, se donnaient rendez-vous pour prendre l'escorte; ils devaient venir jusque là en naviguant de conserve. Ce port franc, où toutes les nations, de quelque religion qu'elles fussent, jouissaient de la plus grande liberté et où les droits à payer étaient très modiques, était devenu l'entrepôt et le magasin général des marchandises que les Anglais et les Hollandais apportaient du Ponant ou tiraient du Levant; de là elles étaient dirigées vers leur destination définitive. Cependant, malgré les avantages qu'ils y trouvaient, les Hollandais songèrent en 1664 à acquérir un port dans l'île d'Elbe, soit Porto-Ferrajo, soit Porto-Longone, pour en

2790 tonneaux et qui occupaient 603 hommes. Cela ne suffisait pas aux besoins de son commerce en Orient, elle en fréta cette anné«î 13 de plus», Fagniez, Le commerce sous Henri IV.

(i) PofLLKT, t. II, p. 28-29. — A cause de la sécurité qu'ils offraient, les voyageurs, même francçais, s'embarquaient de préférence sur des vaisseaux Anglais ou Hollandais : Coppin part de Marseille sur un vaisseau Hollandais de 28 canons, — Tavernier le 15 septembre 1638 sur un vaisseau Hollandais de 45 canons, en 1643 il part de Livourne avec la (lotte Hollandaise, une autre fois avec le convoi Anglais. — Chardin s'embarque sur un navire Hollandais, etc.

LES PROGRtS DES ÉTRANGERS

dire leur entrepôt. La question religieuse semble .ivoir été surtout la cause de leur échec dans les négociations qu'ils entamèrent i ce sujet avec le grand duc de Toscane et la cour d'Espagne, ainsi que le montre la curieuse lettre suivante du comte d'Estrades, ambassadeur i la Haye, à Colbert : « J'ai eu depuis huit jours, ècrit-il le 4 décembre 1664, deux grandes conférences avec mon ami qui est directeur de 1.1 Compagnie des Indes et qui a part dans le commerce de Smirnc. Il m'a dit que s'ils avaient pu réussir dans un traité qu'il avait commencé avec le grand duc, par le moyen d'un Juif qui se rient A Ligourne de U place de Porto-Ferrare, autrement Cosmopolis, qu'ils auraient tiré 40.000.000 au commerce des Smirnes et de l'Italie et qu'ils auraient fait li leurs magasins pour France, Espagne et autres royaumes et qu'il n'y eût eu il Amsterdam que des m.iga-

sins pour les royaumes du Nord Il me dit que le Grand duc en

avait demandé 4 millions et qu'ils en avaient offert jusqu'à 3 et cjuc môme la Société aurait offert de partiiger le différend par

moitié mais que l'affiire a été rompue sur la religion, parce que

La Société voulait bitir des temples et en cluisser les prêtres. Il me dit «ensuite en confidence qu'ils travaillaient :\ disposer le conseil du roi «d'Espagne i traiter de Porto-I-t)ngnon, n'étant qu'un fort et ne voulant avoir que le port et la forteresse, qu'il n'y avait rien A méager pour les églises catholiques, n'y en ayant aucune, et qu'ils ont ésolu de donner 200,000 écus de présents pour faire réussir l'affaire et que, s'ils en viennent A bout, ils espèrent d'y bâtir une "ville très considérable avant qu'il soit deux ans '. »

Smyrne était au début du xvii*^ siècle la plus importante et presque l'unique échelle des Anglais et des Hulland.iis; ce sont eux «qui firent la fortune de cette ville aux dépens de celle d'Alep où «lominait le commerce français. Les Hollandais surtout, qui y faisaient le plus de commerce, allaient X peine dans les autres échelles. Le commerce des Anglais dans le Levant s'élevait au milieu du .wir siècle à I ) millions de livres environ par an : « Us y portaient 20 à • 30.000 pièces de draps, des serges, de l'étain, du plomb, du poivre, de la cochenille et beaucoup d'argent que leurs vaisseaux prenaient en , p.is.sant ;1 Cadix. Leurs retours consistaient en soies crues, noix de galle, poil de chèvre filé, laines, cotons, cendres pour lliire du verre et des savons et plusieurs gommes et drogues médicinales. On

(1) Deppikc. Cerrtsp. admiuisl., i. III, p. 549.

L ANARCHIE COMMERCIALE

estime, njoute Savar)-', que le commerce que les marchands associ dans cette Compagnie font à Smyrne, à Constantinople et à Scanda rone (Iskanderouti ;= Alex.iiidrctte) n'est guère moins considérabli que celui des Indes et qu'il est même en sorte plus avantageux l'Angleterre, à cause qu'il consomme beaucoup plus de manuCictu anglaises que l'autre, qui se fait presque tout en argent. ' » Hollandais portaient dans le Levant quantité d'épiceries, mais surloul 6000 ou 7500 pièces de leurs draps connus sous le nom de londilnes*. « La plus grande partie, dit le Parfait Nègotiant, est tram portée ;\ Constantinople et \ Aiidrinople par les Juifs et les Arm niens qui les achètent, et particulièrement les draps fins, parce qu*i n'y a que les tailleurs qui les achètent et qui les examinent dernier point. A l'égard des draps inférieurs, ils se vendent pi facilement â Smvrne*. »

Mais les Hollandais faisaient encore plus de profit sur l'arge qu'ils portaient en très grande quantité dans le Levant; leur monnaie, connue sous le nom d'asselaiiis ou abouquels, était très recherchée des Turcs et cependant elle n'était guère de meilleur aloi que les fameuses pièces de 5 sois portées par les Français, même eUfl était notablement mêlée de pièces fausses*. Les Hollandais rapportaient au retour plus de 1000 balles de soies et jusqu'à 1 500 balles C poil de chèvre dont ils fabriquaient des camelots qu'ils vendaient ( France en grande quantité*, des cotons, des cuirs, des cordoua ou maroquins, des laines, de la cire, de l'alun, des noix de galle

(1) DicliouH., col. 1014 cl uni. — Cf. Par/ail Nt'gxiant, p 599.

(2) L'auteur du Parfait Négociant distingue trois sortes de draps portes dans Levant : les londrînes, draps les plus fins, vendus surtout p.ir les Hollandais y avait les londrines premières et les londrines secondes), — les draps nin londri dont les .\nglais vendaient environ 4000 pièces à Smyrne, — les draps londi qui avaient le plus de débit dans toutes les é-chellcs du Levant et en Pe « parce que le tiers-état oui compose les trois-quarts du peuple s'habille ordii rcmcnt de celte sorte de drap. » — Les Anglais en vendaient tous les ans sept huit mille pièces à Smyrne. — V. Parfait W^ociant, p, 401-408 cl 445.

(3) Parfait N/gociani, p. 401. — Ces draps étaient vendus depuis deux piasu 3/4 jusqu'à trois piastres 1/4 le pic, mesure de Sniyme.

(4) n Les Turcs les appellent Aslani comme qui dirait des lions, car elles po taient un lion sur les deux faces. Les Arabes, par sottise ou autrement, ont pni lion pour un chien et ont nommé ces pièces Abou-Kelb, comme qui dirait ' chiens. ■ Chardin, t. î, p. 4.

(5) Le Parfait Négociant dit qu'à la fin du xv!!": siècle, la mode des carael étant passée en France, les Holundais ne chargeaient plus guère de fil de chèvn

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