‹ Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIe siècleChapitre 19 sur 117 · LES PROGKÙS DES ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

LES PROGKÙS DES ÉTRANGERS

quaniilé de drogues '. Un de leurs plus grands profits était d'affréter au retour leurs navires aux Arméniens, qui chargeaient leurs soies |H)ur Livoume. Colbert, dans un mémoire adressé au Roi eu 1672, donnait au commerce des Hollandais dans le Levant la même importance qu'A celui des Indes : « Les Hollandais, disait-il, ont six principaux commerces... le quatrième est celui de Smirne et des autres échelles du Lev.int. Ce commerce vaut tous les ans 10 à 12.000.000 de livres à I.1 Hollande... Le 6' est celui des Indes Orientales, il leur vaut de 10 à 12.000.000 de livres tous les ans*. » D'après le comte d'Estrades, ambass:ideur :\ la Haye, il aurait même été plus considérable : « Vous recevrez par cet ordinaire, écrivait-il ;i Colben, deux mémoires : l'un pour l'éclaircissement du commerce des Smirnes qui est encore plus grand que je ne vous avais mandé, le revenu de cette année montant à 16.000.000, Messieurs les Etats y envoient des vaisseaux tous les quatre mois, le profit y tjtant de la moitié plus grand que celui qu'ils tirent des Indes*. »

Les Hollandais avaient cet avantage sur les Français et même sur les Anglais que leurs dépenses étaient fort médiocres. Leurs tacteurs dans les échelles, dont le nombre était très petit, conscrwiient la simplicité et l'austérité de mœurs qui frappait alors les étrangers xoyageant en Hollande*, tandis que ceux des Anglais et des Français « faisiient tous grande chère, jouaient hardiment leur argent, vivaient tous leur cuisinier chez eux, et la plus grande partie d'entre fux entretenaient le cheval à l'écurie et bien souvent quelques autres galanteries ailleurs*. Longtemps le commerce fut partagé à peu près «igalement entre les Anglais et les Hollandais; si ceux-ci remportaient à Smyrne, les Anglais fliisaient en otitre un trafic considérable ià Alep, mais la guerre de Hollande donna déllnîtivement la prépon- «iérance aux Anglais*.

Les Italiens profitèrent aussi de la ruine du commerce des Français. les Vénitiens, malgré leur déc.idence, faisaient encore un négoce assez

(t) Voir, pour plus de dé-tail, le Miimoire sur le commerce des Hollandais. Btil. Wat. mss.fr. 3jo22,fol. rjn-i^}.

Il) Ltttffs et Instructions, t. II. [>. 6fS.

D) DtPPiNG. Corrtsp. .Administ., t. III, p. 349 ; 4 décembre 1664. V. lettre du II diicunibre : Plus je m'informe du commerce des Smirnei et plus je le trouve grand.

(,() V- LliFiVRE PON'TALIS : Jfa» de H'itt.

(51 PoctLET, t. IJ, p. 30. — V. aussi d'As.viF.ux.

[6) Wheler. p. 2j6.

128 l'anarchie commerciale

considérable dans le Levant. Leur ambassadeur ù Constanttnople, ou bailc, ctait charge des intérêts de ce commerce et levait pour cela de grands droits sur tous les vaisseaux marchands qui portaient le pavillon de St-ALuc. Ces droits, toute dépense déduite, pouvaient lui produire 100. ooo écus pendant les trois ans qu'il y demeurait,! aussi on regardait Tambassade de Constantinople comme une récompense que le Sénat donnait aux nobles qui avaient passé par les autres, fuineuses pour la plupart, « par la magnifique représentationl qu'ils avaient coutume d'y faire *. Sous la direction du baile étaient] deux consuls principaux qui résidaient à Alep et A Alexandrie; c'étaient toujours deux nobles Vénitiens peu à leur aise qui exerçaient ces deux consulats et les gardaient ordinairement toute leur t vie, la République voulant leur laisser le temps de rétablir leurs affaires dans ces emplois très lucratifs. Dans les autres échelles les^j Vénitiens n'entretenaient que de simples agents, soumis à ces deux^H consuls, et qui souvent étaient des chrétiens du pays; ils en avaient ^^ A Chypre', Tripoli de Syrie, Smyrne, Chio et Rosette ; ailleurs ils chargeaient les consuls des nations étrangères des intérêts de la leur. Ils débitaient dans toutes les échelles une grande quantité de draps d'or et d'étoffes de soie, de brocards et satins de leur fabrication, et 1 Constantinople, des draps ordinaires, moins fins et moins beaux que ceux de France, d'Angleterre et de Hollande, mais très eMÎmês des Turcs h cause de leur bon marché. Leurs cargaisons se composaient en outre, de perles fausses, de glaces de miroir, de verres A vitres e d'autres produits de leur industrie. Les Arméniens établis à Venisi et ceux qui y venaient chaque année contribuaient beaucoup àent tenir son commerce du Levant par les correspondances qu'ils avaient dans tout l'empire Turc et la Perse. Mais la guerre de Gmdic qui éclata en 1644 interrompit pour plus de 25 ans ce négoce, du moin: sous le pavillon de St-Marc, et plus tard il ne se rétablit que très imparfaitement ".

Les Génois, qui faisaient alors le commerce le plus considérable de l'Italie, mais n'envoyaient que très rarement des vaisseaux dans Je

(t) Au di-^but du xvii* siècle, Us y avaient encore un consul, d'après Pic IflU VjIIc : M II n'est pas noble Vénitien, mais citoyen seulement des plu* t|i

dclU Valle : m II n'est pas noble Vénitien, mais citoyen seulement des plu* t|UJlitics, do sorte tiuVncdii: que le consul de Chypre ne soit pas de la dépendanc^l de celui d'Alep comme les vice-consuls, néanmoins celui d'Alep en qualité d^j noble et de principal ajieni en ces quartiers .i je ne sais quelle prééminence U\y.\ celui de Ciiypre ». T. II, p. 513.

(I) Savary, Dictionnaire, col icxJ}, 1012. — Parfail Nigoci«Hl, p. i^H.

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