‹ Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIe siècleChapitre 29 sur 117 · LA COMPAGNIK DU LEVANT ' I · texte numérisé non relu

LA COMPAGNIK DU LEVANT ' I

et le chevalier d'Arvieiix, conseiller écouté de Colbert, qui se trouvait alors i U Cour, avait présenté au ministre des objections fort justes'. Non contente de tous ces privilèges, la nouvelle Compagnie en se constituant, rcclama rctablissemeut à Marseille d'une Chambre générale d'assuninces maritimes analogue à celle de Paris, dont Bellinzani, un de ses principaux membres, était directeur, tt Colbert pressj d'Oppède de favoriser cette création '. Mais les Marseillais, dont les assurances étaient l'un des principaux négoces, s'opjxisèrent avec succès à cette nouvelle prétention. La Chambre du commerce de Marseille se borna le l) avril 1671 A faire un nouveau règlement concernant les assurances^, tandis que Colbert adressait à tous les consuls une circulaire leur ordonnant « de tenir une correspondance exacte avec le sieur Bcllin/nni, directeur de la Chambre des assurances de Paris, et de lui donner avis de tous les vaisseaux qui entreraient ou sortiraient des ports qui étaient dans l'étendue de leur consulat... et généralement de tout ce qui pouvait concerner le commerce et la navigation'. » La Compagnie du Levant ne pouvait manquer de profiter pour son commerce des avis reçus par la Chambre des assurances qui n'étaient adressées aup;iravant qu'à la Chambre du commerce ou à l'amirauté,

Elle commençait donc ses opérations sous les meilleurs auspices ; Colbert et les intéressés devaient se flatter que le petit commerce des Marseillais ne tiendrait pas devant cette puissante concurrence et que, pour ne passe ruiner, les marchands seraient amenés peu i peu .'i entrer dans la Compagnie. Elle arriverait ainsi p;tr la force des choses à ce monopole qu'on n'avait pas osé lui donner au début. Cependant l'événement déjoua toutes les prévisions; ce fut la concurrence JeN particuliers qui l'emporta. La Comp.ignie, au.ssitôt constituée, s'empres.sa d'envoyer ses conmiis dans les échelles : on les voit agir .1 Smyrne, au Caire, h Alep, dès tf^yi. Le consul de Smyrne force dés cette année-là l'un d'eux d'accepter les fonctions de député de la nation parce que c'est lui qui faille plusd'atïairesdans l'échelle''. Les deux commis du dire étaient chargés d'une mission de con-

(1) D'Arvieux, t IV*, p. 10I-20). Il donne d'intcreuant» déuiU sur les origiucs de U Compagnie.

(2) )0 juin i6po. Lttlrfs, t. II.

(J) Arcb.Ccmutun. Invfut ehro/iolt^. Jtshif. (4) 36 iUi*mbrt 1O71 Dr.PPixG, t. JU, p. 597. (j) JÀ, tSo. j aoiU tôji.

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fiance, car Colbert attachait beaucoup d'importance au développement du commerce avec l'Inde, par l'Egypte et la mer Rouge. Il avait fait venir à Paris un sieur Page « parce qu'il avait une connaissance particulière du commerce de la mer Rouge par une longue résidence faite au dire » et il en fit un des directeurs*. Le but principal de la Compagnie était de substituer au commerce de l'argent, qu'on jugeait funeste à l'Etat, l'exportation des marchandises de nos manufactures et principalement des draps et des papiers. Encouragée par la prime que lui allouait Colbert, elle exporta la première année 656 pièces de draps, la seconde année 615, pour lesquelles elle reçut 6. 560 et 6. 150 livres de gratification du roi*. Mais,malgré les efforts de Colbert, les draps du Linguedoc étaient loin d'avoir la beauté de ceux de Hollande et le débit dans le Levant en fut difficile. Aussi l'exportation diminua- t-elle considérablement les années suivantes*, d'autant plus que les Hollandais, « pour empêcher que les draps de France ne s'établissent en Levant, baissaient tous les jours les prix de ceux qu'ils y portaient, de telle sorte qu'au prix que la Compagnie les achetait des manufactures il y avait considérablement à perdre*. » Du 8 mai 1673 au 20 septembre 1674 les envois furent encore de 993 pièces, mais ils tombèrent ensuite ;\ quelques centaines de pièces par an. La Compagnie essayait de fiiire des bénéfices en se livrant aux mauvaises pratiques que l'on reprochait si fort aux marchands : Colbert apprenait qu'elle avait exporté des brocarts d'or et d'argent faux en Portugal et il s'en plaignait vivement à M. de Pennautier; plus tard la Chambre du Commerce représentait au ministre que la Compagnie avait introduit;! Alep 6.000 piastres abouquels, monnaie de mauvais aloi et sévèrement prohibée".

Dès la fin de 1672, la compagnie souffrait du manque de fonds, tout son capital étant engagé, et pour en obtenir elle s'adressait à

( I ) Lettres à Page, mars i6yo. Lettres, t. II. ■ (2) GuiFFREY. Comptes des bâtiments du roi, t. I, col. 552, 640. (Coll. de Doc. Inéd.)

(3) Arch. de la Mar. B', 41; i fol. 22)' : Certificat de M. Arnoul du 9 janvier 1675. Draps de Saptes, Carcassonne et autres. — Payé 9950 liv. le 9 août 1675. GuiFFRKY, t. I, col. 876. — Mais on ne trouve plus que 2430 liv. le 5 octobre 1679, et 1190 liv. le 19 novembre 1679. Gciffrey, t. I, col. 1251-52.

(4) Arch. de la Mar. B' , 48^, fol. 3)8-60.

(5) Lettres et Iiisl., t. Il, />. 6ji, </ décembre i6/2. — BB, }. 6 juin 16S0. Il est curieux de constater que la nouvelle en avait été donnée à la Chambre par d'Arvieux, co?isul d'.\lep, qui affermait son consulat à la Compagnie i'^' mars 1680, AA, 364.

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