‹ Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIe siècleChapitre 31 sur 117 · A COMPAGNIE DU Li;\ AKT · texte numérisé non relu

A COMPAGNIE DU Li;\ AKT

Je nouveaux associés. « La Compagnie du Levant^ ccrivait-il A Morant, intendant de Provence, a besoin d't^ire fortifiée d'associés parce que quelques-uns de ceux qui la composaient sont morts et d'autres se sont retirtis. Vous savez de quelle utilité elle est par rapport au commerce du Levant et aux manufactures de Clennont ut de Saptes. Je vous prie de chercher ;\ Marseille et dans les autres pays de Provence des personnes puissantes et capables d'agir qui voulussent prendre part h cette affaire : elle est bonne en soi, elle a Je grands privilèges, il y laut peu de fonds, et, comme le roi veut soutenir ce commerce, elle aura toute sorte de protection. » Il fut impossible de maintenir la Compagnie, qui fut dissoute avant d'avoir atteint le terme de ses dix années.

Mais Colbert et Seignelay n'avaient pas été découragés par ces deux échecs successifs et, au moment où disparaissait la seconde compagnie du Levant, les efforts de l'intendant Morant en Provence aboutissaient h. la formation de la Compagnie de la Méditerranée ' faoût-septembre 168)). On avait du moins profité des précédentes leçons, les préventions contre les Marseillais avaient été oubliées et la compagnie eut une tout autre organisation. Tandis que les deux compagnies du Levant avaient à leur tète des partisans, étrangers A Marseille et au commerce du Levant, celle-ci ne comprenait que des membres habitant Marseille ou Toulon, et, parmi ses quinze intéressés, il y avait deux catégories bien distinctes : la plupart étaient des officiers royaux appartenant il l'administration de la marine et le principal, M. de Vauvré, intendant de la marine du Levant, avait un grand crédit à la cour*; leur présence devait assurer i la compagnie la (iiveur des ministres et augmenter son crédit. Mais elle

rcnuHiix' en 168} : « Il sera aisé de justifier que depuis »68j, que l'on fit une nouvelle Compagnie du Lovant, elle n'a eu aucune plainte du drap. » fl', f(/3,fol. 4<I4. Anh. Marine.

(t) Maigre- le peu de succès du Bureau de Cette dans la précédente compagnie, il s'y forma une compagnie particulière en 1685. — V. Arnt du comàl du 3f ttpûmbrc iftSf. fl'. 4')3,fol. ion : a Le roi ayant été inl'ormé que quelques parti- '■■■iiijcrs de la ville de Montpellier ont fait une Société de commerce sous le nom e Seconde compagnie de commerce de Cette pour l'envoi du vin et autres enrécs aux Fclielles de l.\ Méditerranée... * — Cette compagnie ne dcv.nit fiiire du F«omincrcc qu'en It.ilic et en Esp3;,nK-,

(3) Jean Louis Girardin de Vauvré, intendant de la marine et des fortification» en Provence, cxer<;ait encore ces fonctions en 1707. — Il avait épousé en L1680, la fille de Bcllinzani, directeur général du commerce. — L'n de ses frères, lieutenant civil au ChJtekt, devint ambassadeur ^ Constantinople de 1685 à t(^. II. I.

194 '•'- Ri-i i:vuMKNT DU COM merci;

comprenait en outre cinq des principaux niarch:)nds et banquiers de Marseille, qui devaient avoir seuls la direction des opération^ Çouimerciales et prélever de ce fait 21,2 pour cent sur la vente de toutes les marchandises. L'association était formée pour cinq ans, à partir du I" octobre 1685, avec un capital de 300.000 livres» divisé pn quinze parts de 20.000 livres*.

Des arrêts du conseil et lettres royales du 1 5 août 1685 lui renouvelaient les privilèges de la Compagnie du Levant, entre autres les 10 livres par pièce de drap vendue en Levant, les ip.ooo livres à prendre sur la ville de Lyon, et 8.000 sur b ville de Marseille, qui devait bénéHcier des nouvelles manufactures établies par la compagnie, Seignelay, qui venait de s'approprier tous les les consulats du Levant, lui en abandonna la jouissance moyennant un fermage peu élevé de 30.000 livres. Le but principal de cette compagnie était encore le développement des manufactures, elle avait commencé par renouveler le traité avec les directeurs des fabriques de Saptes et de Clermont, pour la fourniture annuelle de 600 pièces de draps ; outre les draps fins, elle commençait i faire fabriquer dans le Laiiguedoc des draps grossiers pour le Levant, Seignelay l'en félicitait et lui promettait i 2 pistole par pièce d'étoffe qu'elle exporterait*. Mais elle se proposait surtout d'éuiblir à Marseille des manufactures de toutes sortes d'étoffes de soie d'or et d'argent, encore inconnues en France et fabriquées \ Venise ou X Gènes, dont le débit était grand dans le Levant. Les lettres royales du 15 août 1685 luiaçcorr dèrent pour 20 ans le privilège exclusif de les créer «et de ^ir^

(i) L'acte d'association ne fut signé que le 21 septembre 168). Il se trouve aux .Xrchiv. Je l.i Marine (/{', ./y;;, fol. /;-•"»/) : « Nou!> soussignés Louis Girarilin, chevalier, seigneur ilc Vauvré, intendant de la marine du Levant, Jacques André du Pilles, ècuyer. conseiller du roi. receveur i;énéral des iinanccs de Lyt)n. IVanijois Benon, écuyer. trésorier de la marnie à Toulon. Joseph Fibre, trésorier de la marine à Marseille, aiicnt de Savoie, Pierre Charles, irési^rier des galères, Mathieu labre et l-ran<,-ois Sabain. banouiers de Marseille, Pierre Tournay, commi^saire ordinaire de la marine, André Brun, directeur des vivres de la marine, Nicolas Simon, directeur général des vivres des galères, J.icques Belluze. de Messine, naturalisé français, marchand habitua à Marseille, Rodolphe Chambon. marchand habitué d Marseille, intéressés en la Compagnie du commerce de la Méditerranée, que nous nous proposons de faire tant au sujet des draps de Saptes et Clermont en Lantruediv que des diverses autres manufactures d'ètviffes d'or, argent et soie, t.uit dans la Méditerranée.... que l'Océan et même jusqu'aux Indes, s'il est trouvé .1 pro[K)s.... pendant cinq années, i commencer du I'' octobre prochain, .lux conditions suiv.intes... » 129 articles).

{:) Sfifiifh} ii H^cK (intendant général des galères de Vrance qui était entré dans la Compagnie). — 20 iidi-Hibn- jt'S6. Deimno, t. 111, p. 6$4*

LA COMPAGNlb Oh LA MbDlTERRAMEE

venir des pays étrangers les ouvricrb, métiers et outils nécessaires pour cet eifet. » Le soin de ces établissements était confié au sieur Joseph Fabre, le vrai chef de la Compagnie: appuyé par son frère, riche banquier de Marseille, il dominait le conseil des cinq directeurs; la caisse était dans sa maison et les assemblées s'y réunissaient ; deux Je ses frères, l'un .x^enx du commerce A Constantinople, l'autre, consul de Smyrne, étaient les commissionnaires de la Compagnie dans eus échelles et en recevaient un courtage exagéré de 4 0/0 ; les maisons que Fabre avait auparavant A Constantinople et A Smyrne étaient devenues les comptoirs de la Compagnie; les commis établis i Alep furent aussi ses parents. Fabre reçut 8.000 livres par an pour (/iriger ces m.inufactures, A condition de donner 3. ouo livres aux intéressés pendant les cinq premières années.

La compagnie remplit le programme qu'elle s'était tracé*: elle

Comptait parmi ses membres un messinois, le sieur Belluze, depuis

longtemps établi A Marseille, où il avait fondé des manufactures de

^oies plates et A coudre, de damas A la façon de Messine et de

Cjcncs, de rubans, de taHétas, de satinades, qu'il était sur le point

<4 "abandonner. Li compagnie donna plus d'extension A ces essais :

i3tlluze, sous la direction de Joseph Fabre, continua A s'occuper des

ïaioics à coudre ; un génois, le sieur Monfredini, prit la conduite des

x-^ianufactures des autres étoffes. On fit venir de l'étranger quantité

«Je fc-mmes et d'entants pour dévider les soies A la manière des pays

^^trangcrs et on les distribua dans des couvents et autres lieux de

»^haritè de Marseille afin d'y instruire les femmes et les enfants qui

;^/ étaient enfermés. Ce ne fut pas sans difîiculté qu'on put avoir des

«:3uvriers étrangers. Les Génois s'émurent de cette concurrence faite

.^^^ l'une de leurs industries les plus florissantes. « Les magistrats des

fabriques de soie de Gènes firent emprisonner plusieurs ouvriers qui

^devaient venir travaillée A Marseille ; pour les faire sortir de prison

1& les obligèrent de donner caution de payer i . 500 livres pour

:hacun de ceux qui sortiraient de la ville de Gènes ; le frère du sieur

.^ionfredini, qui s'était chargé de les recruter, fut menacé d'unt;

{l) On chercha ccpcnd.int X la gêner. V. Lllie Jt Sfigiulay à Utgoii, S dicemlnt M-6S6. Depping, t. 111, p. 6;4. V. Aicb. i/d lu Mat. B\ 491, fol. )}(>-4i ; « Les ■marchands du Tours et de Lyon forment des obstacles d ces établisscniL-nts, se picTbuadant que les ouvrages de soie qui se feront ik Marseille diminueront le «zommercc ou enchérironi les soies Ceci est utie crainte vainc, a

condamnation à mort et de la confiscation de ses biens'. En 1686 on comptait près de 2.000 personnes employées aux manufactures qui étaient sous la conduite du sieur Monfredini, pour l'établissement desquelles on avait dépensé plus de 60.000 livres : 104 métiers y travaillaient sous ses ordres*. Quant à la manufacture des soies à coudre, elle avait envoyé i Cadix pour 50.000 livres de soies et elle allait en acheter40. 000 livres pour sa provision pendant un an. D'un autre côté, la Compagnie avait envoyé en diverses échelles environ 500 pièces de drap de Saptes et de Clermont qui lui avaient coûté 150.000 livres et elle continuait d'en envoyer par tous les vaisseaux qui partaient.

Mais déjà les difficultés surgissaient ; dans ces différentes entreprises, la Compagnie avait engagé tout son fonds et, pour soutenir son commerce, elle songeait aux emprunts, en attendant que la vente des marchandises rapportées du Levant lui eût donné un fonds de roulement*. En même temps, l'arrêt du Conseil de 1686, qui interdit l'entrée en France des toiles et autres ouvrages de coton, porta un grand coup à la Compagnie ; elle représenta au roi qu'elle n'avait foit le traité d'exporter 600 pièces de drap que dans l'espérance de les troquer en Levant contre ces marchandises*. Avec les difficultés s'élevèrent des dissentiments entre les officiers royaux qui étaient entrés dans la Compagnie pour complaire au ministre et les marchands de Marseille qui la dirigeaient. « Il est certain, répondait Seignelay aux plaintes de l'un de ceu.x-là, l'intendant des galères Begon, que si vous ne prenez garde de près à la conduite des inté-

(:) IP, 4i)2,fol. 2J3. Mt'tnoirt des directeurs de la Compagnie de h Médilerratu'e, 21 juin 16S6. Arch. de la Mur.

(2) Savoir : « 10 métiers de grands damas à la génoise dont il n'y a aucune iabrique en France : 0 métiers de velours façon de Gènes, 2 métiers de satin de 1-lorence, 5 métiers de tabis fiiçon de Pise et Gènes, 6 métiers de petit tabis à la génoise, 8 de sendalles à la génoise pour le Levant, 16 de sendalles lisses pour le Levant, 5 de pnits daniasquins à la vénitienne, 40 de ruban façon Naples, 2 de camelots de poil de chèvre . — De tous ces ouvrages qui ne font que commencer, il y en a quelques pièces en magasin et on continue à travailler et à augmenter cette manufacture de tous les ouvrages de soie qui se font dans les pays étrangers et qu'on ne fait point en France .» l-;xtrait d'un Mémoire sur l'état actuel auquel sont à présent les manufactures établies à Marseille par la Compagnie de la Méditerranée, 20 juin }6Sf>. n',.p)2.fdl. i}6-.ir. Arch. de la Marine. Voir aussi : Arcbiv. Kal. F", 6 fs : Mémoire pour M" de la manufacture de Marseille des prix et qualités des étoffes qui se fabriquent à Venise pour le Levant, par comparaison aux leurs, suivant les échantillons que je leur ai remis.

(}) B', 49^, fol. J4<>.

(\) IP, 41^2, fol. 26S. Mémoire des directeurs de la Compagnie.

LA COMPAr.Xir. DE l.A MÉDITRRRANfeE

fc'sscs de 1.1 Comp.-ij^nic de h Mt-diterrancc, que vous dites avoir tous

des itucr<Jts particuliers dans le commerce du Levant, ils les prcR'-

rcront à rintcrC-t gênerai de cette Compagnie et 'ù ceux-mèmes des

intéressés qui n'y sont entrés que par ordre du roi, et principalement

du sieur de Vauvré et de vous'. » Un des membres de la Compagnie

adressa, en 1687, i Seignelay un mémoire uù il montrait la toute

puissance du sieur Joseph Fabrc et le profit qu'il en tirait, lui, ses

frères et ses parents : « la Compagnie, disait-il, n'a pas un commerce

cie cinq sols en quelque endroit qu'il n'en soit le maître. » Ces

plaintes furent écoutées h h cour et Seignelay envoya à Marseille

t\J[. de Bonrepaux, intendant génér.il de la marine, pour remédier à

la, situation : « S. M. lui fliit observer, disaient ses instructions,

«que le succès de la Compagnie n'a pas été aussi considérable qu'il y

vivait lieu de se le promettre par la mauvaise administration des

«directeurs établis sur les lieux et la division qui s'est glissée parmi

1 es intéressés ; c'est pourquoi S. M. veut que sa première application

^oit de tricher de concilier les esprits et de leur déclarer qu'elle

<^hassera de la Compagnie celui qui s'écartera de la conduite qu'il «:joit tenir* ». Un règlement fut dressé pour l'-idniinistration des ^^flfaires de la Compagnie, mais celles-ci ne prirent pas une tournure X-Tieilleure. L'année suivante ét;iit la dernière des cinq années de L'association et ses membres ne songeaient sans doute pas \ la "X-cnouvelcr, car le ministre, pour ne pas laisser tomber les manufactures créées à Marseille, chargea M. de Vaus'ré de faire un traité ^avcc Joseph Fabre qui seul était assez habile et avait assez de crédit ^K>ur les soutenir. Fabre accepta et promit même de porter le nombre «Jes métiers des étoffes d'or et d'argent de 30 i\ 60 ;\ condition que la ville de Marseille continuerait à lui payer 8.000 livres pend.mt «::inq ans, dont il devait donner î.ooo .\ la Compagnie pour la ^édomm.Tger de ses pertes ; il fut subtituê à la Comp.agnie par lettres patentes du 19 octobre 1690, suivies d'un arrêt du Conseil ■mAu 31 octobre*.

(i) Stij^nthy il Btgon, jo sfptitnhrc 16S6. DEPPtNGf.t. III, p. 654.

(2) IP. 4'/S, jol, jSS : Motion f <:tn>anl d'imlriiction au sieur de Bonrtpoux que h ■^oi envoie /'OMr ioii serviu en Provence.

13) H'. 4<f2, fol. Si-S;. Mémoire. — Cf. S iiùvemlre jdçî. Exécutinn du ■jirivilojic accorde au sieur Fabre. — : « L'intention du roi est que vous l'obligiez â travailler lortcmcni ]iour remettre sur pied cette manuraciure. S. M. veut

pourtant bien le déclurger de l'obligation d'tt;(blir 60 métiers à condition

cî'en avoir au moins Jo battants ci travaillants dans la prcmitre ;mii<Je et de les

Cependant une nouvelle Compagnie se forma pour cinq autres années en 1689 et le nouvel ambassadeur, M. de Castagnères de CIiAteauneuf, reçût pour instruction d'offrir à la Porte, pour Ib compte de la Compagnie de la Méditerranée, l'engagement de fournir toutes les marchandises dont les états du Grand Seigrieur avaient besoin en draps, étoffes, pelleteries et autres articles, ainsi que d'exporter du Levant tous les produits qu'il offrait au commerce*. Cette Compagnie avait encore un traité avec le sieur de Varennes, directeur de la martufactui-e de draps de Saptes, qui s'engagea A fabriquer pendant dix ans des draps Londres, les plus recherchés, â raison dé 600 pièces, les deux premières années, et i.ooo pics* pendant les huit autres, ;\ condition que S. M. lui ferait prêter 30.000 livres pour dix ans par la province du Languedoc. Les affaires de la Compagnie ne furent guère plus brillantes, bien que ce fût alors la période la plus prospère du commerce marseillais dans le Levant. Elle présenta à Pontchartrain, en décembre 1690, un projet de bilan qui ne satisfit ni le ministre, ni les associés qu'elle avait h Paris *, car les chiffres n'en étaient pas rassurants : le total des effets de la Compagnie en circulation s'élevait à 325.778 livres, ses dettes à 311.400 ; il n'était pas question d'encaisse disponible et le moindre des accidents si fréquents dans le commerce du Levant pouvait changer en déficit ce léger excédent d'actif de 14. 378 livres*. Les pertes que les corsaires infligèrent ;\ notre commerce pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg la ruinèrent et quand elle arriva au ternie de son privilège elle ne le fit pas renouveler.

Les échecs successifs des Compagnies avaient découragé pour longtemps les particuliers d'en recommencer la tentiitive et le gouvernement de les y pousser. Cependant, en 1698, un projet de Compagnie fut envoyé ;\ Pontchartrain qu'il séduisit et le ministre essaya de

augmenter dans les 4 subséquentes jusqu'à 40.... Comme le cat-actèrc du concessionnaire fait douter qu'il réussisse, le roi trouverait bon qu'on lui substituât les négociants qui seraient disposés A. prendre Sa place. Du moins il est nécessaire qu'il accepte pour associé le sieur Manfredini qui s'est déjà occupé avec succès de cette fabrication. » Boislisli:. Cmusp. n" 1006. (i) Saint-Pkiest, p. 506.

(2) Mesure adoptée à Smyrne pour les draps.

(3) Je n'ai pas trouvé de documents sur l'organisation de cette Compagnie.

(4) B', 4ç6, fol. iSi-'S'J ■ Prnjiît de bilan des affaires de la Compagnie de la Méditerranée tiré sur les livres jusques au 10 décembre 1690. — fol. i<ji-ij2 : Mémoire des directeurs à Pontchartrain, 2S fèvr. ifnji. — Arch. de la Marine.

LA COMPAGNir Dr. LA M^DlTERRANâE

flire entrer la Chambre du Commerce dans ses vues. « On a proposé au roi, lui écrivait-il, de faire une nouvelle Compagnie du Levanisur d'autres principes qui permettraient un meilleur succès... mais S. M., qui veut par préiérence au bien p-irticulier celui de la ville de Marseille, m*a periiiis de vous exciter A y en former une générale de tous ceux qui négocient en Levant et qui voudrotit y entrer » ; il lui demandait de s'entendre avec l'intendant Lebrct i ce sujet, et, si elle n'entrait pas dans ses vues, il menaçait d'écouter les propositions qui lui étaient faites pour l'établissement d'une nouvelle Compagnie du Levant'. Mais M. de Lagny, directeur général du commerce, condamna lui-même ce projet dans des termes qui montrent quel changement profond s'était opéré dans l'opinion, depuis dolhert, au sujet des Compagnies et du commerce de Marseille. « Il 3' a plus d'un an, Monseigneur, écrivait-il i Pontchartrain le 26 avril 3699, ^^^ ^o"s m'avez fait l'honneur de me faire communiquer une première proposition pour mettre le commerce du Levant en Compagnie... J'ai particulièrement eu en vue dans cet e.xamen de chercher si en effet on peut établir le commerce du Levant en Compagnie «t plus j'y ai pensé, moins j'ai trouvé que cela se pût ni dût faire, ni «qu'on pût attendre par la régie des directeurs, agfcnts et commis «l'une Compagnie^ des remèdes contre le désordre qui peut encore •subsister dans l'administration de la Chambre du Commerce et des «léputés et consuls de la n.uion en Levant, n'y a3Mnt rien d'imaginable qui puisse suppléer au plan sur lequel cette administration est naturellement fondée par ceux qui ont en commun le principal intérêt <ic le faire fidèlement, ni de voie ^ pratiquer pour faire cesser les abus de l'intérêt particulier, au préjudice de celui du public, par lés membres de la Chambre et députés de la nation et autres particuliers, •<jue par l'autorité du règlcmerit définitif qui est à faire*. »

Ainsi les idées de Colbcrt et de son entourage sur la nécessité d'une Compagnie pour relever le commerce du Levant se trouvaient condamnées par les laits, et le commerce des particuliers, qu'il croyait voué il l'impuissance et aux abus, s'était peu à peu corrigé de ceux-ci, et atteignait, au moment même où disparaissait la Compagnie de la Méditerranée, la plus grande prospérité qu'il eût connue depuis

II) Lettit du 16 avril 169S. BP, S2.

li) Ldtrt de M. de Lagny à PonUfar train, 26 avril t66ç. Arch. de la Mûr B*, 49*?,

1620. Il est vrai que les entreprises de ces Compagnies avaient été mal conduites ; préoccupées de contribuer au développement des manufactures, comme le voulait Colbert, elles avaient été des entreprises industrielles autant et peut-être plus que des Compagnies de commerce et de navigation : la première Compagnie du Levant avait sept bâtiments h elle, celle de la Méditerranée n'en avait pas. Pour plaire au ministre elles avaient voulu faire grand et montrer tout de suite leur initiative, engageant tout leur capital dès les premiers mois de leur existence et se trouvant ensuite paralysées dans leurs opérations par le manque de fonds. De plus, la vente des draps, qui faisait leur principal commerce, fut toujours pénible et ne leur donna que des profits insignifiants, quand elle ne leur causa pas des pertes. Mais la mauvaise administration des Compagnies fut une des causes principales de leurs mauvaises affaires. Les jalousies et les rivalités, que l'on reprochait au commerce des particuliers, jetèrent la discorde dans leurs assemblées et parmi leurs directeurs qui ne recherchaient que leur intérêt particulier. Le trop grand nombre d'employés et les émoluments ou les courtages trop considérables qu'elles leur accordaient, grevaient en outre leur commerce de frais inutiles. Les Compagnies profitèrent surtout aux directeurs ou i ceux qui se poussèrent dans la faveur du ministre en les organisant. Non seulement elles ne prospérèrent pas, mais elles ne donnèrent pas au commerce du Levant cette impulsion nouvelle qu'en attendait Colbert et dont on eût pu profiter après leur disparition. Le seul bien qu'elles aient produit ce fut d'avoir fait naître quelques industries à Marseille, comme la raffinerie, ou les manufactures de soie et d'étoffes d'or et argent, et d'avoir fiivorisé le développement de la fabrication des draps du Lmgucdoc ; mais c'était avoir acheté bien cher, au prix de tant d'argent et d'efforts, un résultat qu'on aurait pu plus facilement obtenir en consacrant directement ;\ ces manufactures les sommes qu'on perdit pour soutenir les Compagnies'.

(i) En même temps que la Compagnie du Levant était créée il (ut question d'établir à Marseille une grande banque et Colbert encouragea ce dessein. On discuta surtout le projet curieux d'un sieur Qize. La banque avait pour double but de délivrer la ville de ses dettes et d'y développer un grand commerce, ainsi son dessein n'était pas sans offrir d'analogie avec le système que I^iuv devait proposer plus tard pour payer les dettes de l'Etat et relever la prospérité du royaume. — V. ce projet : BB, },fol. 220-22, 224-36, 241-62. — Projet ih la Chambre. lUi, s, fol. 262-'/S. — Dllib. du 24 mai et 6 juin i6']4. — Ordonn. de Rouillé du 26 sept. 16J4. — Cf. Colbert à Antoul, 2s de'c. i6j2, à Rouillé 10 nov. lOj}. Lettres, t. II, p. Oyi.

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