LA BALANCE DD COMMERCE
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iclles. Il n'osa cependant pas interdire absolument rexportation iles piastres d'Espagne, parce que les avis qu'il recevait de la Chambre du commerce et des intendants eux-mêmes, qui osèrent plusieurs fois le contredire sur ce point, lui faisaient sentir que la défense eût été impossible à faire respecter'. Le projet de coinpagnie du Levant dressé par Colbert lui-même en 1669 lui permettait d'exporter par an « h valeur de i. 000.000 de livres, ;\ condition que ladite somme diminuerait tous les ans, jusqu'à ce qu'elle put faire son commerce par lie moyen des manufactures de France, » et les marchands Lyoïmais [Suppliaient le ministre de de pas fixer de limite, tant que les manufactures ne seraient pas en meilleur état. Colbert avait donc tort d'ajouter : « il sera fait très expresses défenses à tous autres marchands de transporter aucun argent hors du rovaume sous peine de la vie*. » Colbert dut se borner ù prescrire aux intendants d'employer «les expédients pour réduire ce transport, tout en laissant voir que «e n'était pour lui qu'un pis aller. Il écrivait à l'intendant Rouillé, ■<qui lui avait fait des objections à cet égard : « Si vous relisiez la lettre <^ue je vous ai écrite sur cette matière, vous verrez bien que ma pensée n'a jamais été de leur interdire en un instant le transport qu'ils «n font, mais aussi vous devez être persuadé que l'on peut diminuer <onsidérablement ce transport... Ce i quoi je vous ai convié par ma lettre du 3, a été de chercher des expédients pour les obliger de comitafcilccr à chercher des manufactures pour diminuer toujours le transport de cet argent. Vous pourrez même, entre tous les expédients que vous trouverez pour les y porter, leur déclarer que, le roi \oulant absolument empêcher ce transport, S. M, fera arrêter et visiter par ses vaisseaux de guerre les vaisseaux qui iront dans le Levant. Vow voudrez bien que je vous dise que vous devez traiter cette matière comme la plus importante de toutes celles auxquelles vous devez donner votre application, pendant le temps que vous serez dans la même province*. >•
{i) HB, 26. 30 dfc. i6(ii. .4hx tUpulés en cour : « Si nous ne pouvons sortir les rtiiix que nous relirons d'Hspagnc, ce sera le vrai moyen pour atUrtr tout le négoce de notre ville i celle de Liporne... Infailliblement si cette pcrmissioh ne nous est accordée, tous nos nC-gociants déserteront pour habiter à Nice ou Ligornc. 11
(3) .4ich. de la Mur., JP, .fSy, fol. 2tj-24, art. S et ^ du mhnoirt.
(j) 3<) mars iffjf). Lettres, t. U, p. <>9/>. — Rouilli lui r<ipoildit le 8 avril en lui montrant encnrc la nfJcessitO de porter Je l'argent dans le Levant. — .\ auoi " "hcft réplique le lo, qu'il ne veut pas l'interdire ; il faut pousser les M.irseill.iis •porter des marcliandises en faisiint de temps en temps faire des visites de
Gilbert, pour intimider les marchands, fit faire de temps en temps des visites de vaisseaux et des confiscations ; ces exécutions arbitraires, en vertu d'une loi qu'on n'osait pas appliquer d'une façon régulière, ne servaient qu'à jeter le trouble dans le commerce et A inquiéter inutilement les marchands. Il croyait encoreatteindre son but quand, par l'arrêt du conseil du ii avril 1675, il réglementait l'entrée en France des réaux d'Espagne : il augmentait le poids qu'ils devaient avoir pour entrer dans le royaume et diminuait le prix auquel on pouvait les vendre. Cette mesure excita vivement les alarmes de la Chambre du commerce qui l'avertit qu'il allait détourner vers l'Italie le commerce des piastres d'Espagne'. Il accordait aux marchands qui enverraient des draps dans le Levant la gratification d'une pistole par pièce promise ;\ la Compagnie du Levant*. Les difficultés que Colbert rencontrait malgré tout à obtenir la diminution du trafic des espèces auraient dû lui faire sentir que les marchands devaient obéir A une nécessité et non s'obstiner dans leur routine. Cependant, jusqu'à la fin, il eut recours aux mesures de rigueur malgré les prudents avis des intendants Rouillé et Morant : « Je n'ai rien à ajouter, écrit-il à celui-ci en 1682, à ce que je vous ai écrit, qui consiste en ce que les officiers de l'amirauté doivent confisquer sans difficulté... Les raisons des marchands de Marseille sont toutes mauvaises ; c'est à eux de chercher les moyens d'envoyer plus de manufactures du royaume et moins d'argent*. » On ne saurait trop déplorer un pareil excès de sévérité, dit avec raison M. Pierre Clément, d'autant plus que les Marseillais avaient fait en réalité tous leurs efibrts pour satisfaire le ministre.
C'est en r666, que Colbert avait pris une série de mesures pour relever les manufactures du Languedoc et qu'il y avait attiré des ouvriers hollandais pour fabriquer spécialement des draps destinés au Levant : dès le 3 février 1667, la Chambre du commerce envoyait
quelques vaisseaux et confisquer quelque partie de l'argent qu'ils portent. — Voir Leltres à Moraiit, 16 ocl., 1} nov., 16S1. iMItrs, t. JI, p y 16. — S janvier 16S2, 20 mai 16S2. Depping, t. III. — Il recominande toujours de faire des visites et des confiscations de temps en temps.
(i) BB, 27. ;r) avril 16/). — Cf. L'Itres, t. III, p. 6ij>)-(/>. j mars, 29 mars îô-ji), 2S août 16S1.
(2) 7 décembre i66(f, à Anioiù. Ixtlrcs, t. II.
(3) 12 février 16S2. Clûment. Ilist. de Colbert, t. I, p. 593. — V. BB, 2S. }o janvier t6i)i. — Lettre du contrôleur général à Morant, }i mai i6S(y. Boislisle, Corresp. n° 277.
(;n marchand drapier de Marseille pour examiner ces nouvelles draperies. « Hier, à l'assemblc'e du commerce, écrivait-elle, pour tionner contentement à M. de Colbert, il tut résolu d'envoyer exprès ù Carc;issonne pour acheter cent pièces de drap de la ûbrique que Vous avez marquée ù MM. les échevins, pour les envoyer en Levant »it en faire la preuve..., si n'y a point de perte, et quand nous ne retirerions que notre capital, pour donner s.uisfactioii à mondit dolbert, nous continuerons ce négoce'. •» Qiielque temps après, la CZhambre écrivait à son envoyé à Carcassonne : « Nous ferons notre p>ossible A porter nos négociants \ s'intéresser ;\ ce commerce, ce qui »^e sera pas difficile si cette fabrique a réussi au point que vous nous «-iites*. » L'essai fut tenté et la Chambre envoya de ces draps ;\ un «liarchnnd de Smyrne : « Vous trouverez, lui disait-elle, par les ^échantillons ci-inclus de belles et bonnes marchandises et des cou- ■t «urs aussi belles et si fidèles qu'on pourrait faire en Hollande, sr%.itcndu qu'ils sont teints en écarlate. » Par un accident malencontreux, le vaisseau qui les portait s'échoua, on les retira du naufrage «SI il tïllut les reteindre à Marseille, ce qui diminua fort leur beauté «:t leur qualité. La vente en fut laborieuse et six mois après, la ^IZhanibrc, pour la faciliter, était obligée d'envoyer à Smyrne de X 'argent comptant'.
C'est qu'en réalité, malgré leurs réels progrès, les manufactures
«Ju Languedoc n'avaient pas encore atteint la perfection de celles
«Jes Hollandais et leurs produits étaient surtout plus chers. Quand
«3n forma la Compagnie du Levant, le chevalier d'Arvieux repré-
.^senta « que les manudictures de draps, établies en Languedoc pour
^zrontrefaire les draps d'Angleterre, de Hollande et de Venise, étaient
^srncore bien éloignées de la perfection, et de la bonté de ceux de ces
;^ays là, qu'il fallait se persuader que les Turcs se connaissaient en
niarchandises pour le moins aussi bien que les Espagnols qui sont
«>Jè si habiles connaisseurs, que nos plus habiles commerçants ne
^s^iuraient les tromper et, cela posé, qu'il ne fallait pas compter de
:^Ixirc un grand débit de ces draps, A moins qu'on ne réussit ;\ les faire
(i) Bli, 36. 4 février 1667, au déjmlr Ikmti.
(a) lui, J7. Litift iIh 36 avril t66j : li M. Boiineati, à Carcassonnt. — Cf. Ptiim**ulin à Coiktt, 37 ,ivril i66j. Depmng, t. 111, p. 801.
(5) Ltllrei à Louis Philipon, à Stnynu, 7 xloloii t66^, s 3 avril if'6S, BB, 16.
aussi bons et aussi beaux, que ceux des autres pays '. » En effet, en 1671 la Compagnie était obligée de révoquer les commandes qu'elle avait faites dla manufacture de Carcassonne et elle diminua ses envois de draps jusqu'en 1683. Comment Colbert pouvait-il en vouloir à la Chambre du Commerce et aux Marseillais de ne pas se lancer dans un commerce que la Compagnie, avec tous ses avantages, ne pouvait pas soutenir ?
Il avait du moins travaillé sans relâche, à mettre les manufactures de draps dans cette perfection que réclamait le commerce, et les soins qu'il donna à cette industrie doivent être loués sans restriction. Richelieu s'était borné à déplorer la décadence et la ruine de ces fabriques qui alimentaient seules le Levant à la fin du xvi' siècle ; Colbert n'eut qu'un but, ravir aux étrangers la supériorité qu'ils nous avaient enlevée. En 1666 il envoyait des statuts et règlements pour les draperies du Linguedoc et chargeait le sieur de Pennautier de les faire respecter; il les complétait par le règlement du 13 août 1669 et par une série d'arrêts du conseil rendus en conséquence. En même temps, il fit venir des ouvriers Hollandais qu'il établit à Saptes, auprès de Carcassonne, pour enseigner leurs méthodes : « Nous avons trouvé, lui écrivait Pennautier, par l'expérience des Hollandais, qui travaillent depuis six mois dans le diocèse de Carcassonne, au lieu de Sapdes, que, jusques à ce que nos ouvriers aient attrapé le secret, nous ne pourrons jamais faire les draps au prix qu'ils les vendent ; ils ont l'art de faire un drap égal à ceux de Carcassonne avec un tiers de moins de laine, et cette laine encore ils la filent et l'apprêtent avec une diligence si grande qu'un de leurs ouvriers fait plus d'ouvrage en un jour qu'un Français en une semaine. Les nôtres apprennent tous les jours leur manière, et ce serait un très grand dommage pour notre province si le petit désordre qui est arrivé dans les affaires du sieur de Varennes ne lui permettait pas de secourir sa manufacture d'Hollandais, qui est capable d'instruire toute celle de Carcassonne, et cela mériterait bien qu'on l'aidât de quelque chose s'il en avait besoin*. » Colbert favorisa en effet autant qu'il put la manufacture du sieur de Varennes, qui, malgré les difficultés, finit par prospérer et devint considérable après sa mort. Il surveilla étroitement l'application de ses règlements destinés à
(i) D'Arvieux, t. IV, p. 204.
(2) Pennautier à Colbert, 27 avril 1667. Deppino, t. III, p. 8gI.