‹ Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIe siècleChapitre 34 sur 117 · LA BALANCE DU COMMERCE · texte numérisé non relu

LA BALANCE DU COMMERCE

jssurer la qualité des tissus et des teintures', et, grâce à ses soins continues parses successeurs, nos draps du L.ini^ucdoc purent enfin rivaliser avec ceux des étrangers. Aussi les Marseillais en portèrent alors des quantités considérables dans le Levant^ sans qu'il fiit besoin ur ceU des objurgations du ministre. Sans doute les manufactures <ie draps, comme toutes celles établies par Colbert, coûtèrent beaucoup d'argent, mais, ici du moins, les sacrifices lurent pleinement récompensés*.

Colbert, qui s'était tant plaint de l'étroitcsse de vues et de l'esprit c routine des Provençaux dans leur Lommerce, avait reçu pourtant n 1666, des « Mémoires générallessur les manufactures qui seraient roprcs dans la province de Provence ' ; » ils avaient été présentés l'assemblée de la province et l'on y proposait de faire toute une «irie d'établissements utiles pour le commerce du Levant. C'étaient 'abord les draperies qu'il était d'autant plus facile de fabriquer en rovencequ'ony recevait en abondance les laines du Levant. « C'est «n vain de dire, ajoutait le mémoire, que les eaux ne sont pas ■propres pour les belles couleurs et le toulage des draps. Notamment •«dans Marseille on y voit des teintureries faire les teintures .achevées, <:omme celle des nommés Roux, Ripert et quelques autres. L'écarlate -cju'on n'a jamais su faire bien en France n"a-t-clle pas été faite à

^ïarseille il y a 50 ou 60 ans par un nommé ouvrier étranger,

codant I ) ou 20 ans, avec tant de réputation que le débit s'en ais;itt en Levant sans le regarder pourvu qu'on vit la marque de l'ouvrier, aussi il gagna des sommes immenses... et, s'en confiant près à ses ouvriers, l'abus s'y glissa et ruina cette flibrique et l'ouvrier ourut sans en apprendre le secret. » Aux draperies on pouvait joindre les étoffes de soie, les tapisseries et les dentelles de toutes rtes, les épingles et aiguilles, les quincailles, le raffinage des ucres, la manufacture des papiers « qu'on peut dire qui est origi- •nellcde cette province i l'exclusion de toutes les autres de France, » la curaterie « qui a toujours été très fameuse en France et <\m est aujourd'hui dans une entière ruine par la quantité de cuirs ouvrés en toute façon qu'on apporte des pays étrangers.

(I) V. par exemple : Leitre à Pennautkr, ifi-]i. letira, t. H, p, 6^0. — A VinUniant dt Baons, i} man 167t. Depping, t. III, p, 878.

Iz) Pour plus de deuils sur les raaaufacturet de draps, voir Pierre CLÉME>rr. Hiir. dt Colbert ; Lcttrn ci Insl.

{}) Anh, Hat. P», 6.^5.

qui ne valent pas ceux de France. » Ces propositions n'eurent aucune suite en 1666 et furent de nouveau présentées au ministre en 1688 sans plus de succès. Il eût été naturel cependant de créer ou de relever en Provence les industries spéciales qui pouvaient alimenter le commerce du Levant et celles qu'étiblit la Compagnie de la Méditerranée peuvent être considérées comme l'application d'une partie de ce programme dressé par les Provençaux en 1666.

En somme il y aurait i relever plusieurs erreurs dans les conceptions commerciales de Colbert, si on les jugeait d'après les idées économiques de notre temps, car il partageait toutes celles de son époque. En confirmant X Marseille le monopole du commerce du Levant, en voulant en réserver la jouissance i\ une Compagnie, en condamnant absolument le trafic des espèces, il était d'accord avec les gens les plus expérimentés d'alors, comme, après lui, ses successeurs en réglementant le commerce \ outrance. Mais si le commerce du Levant souffrit de l'application du système commercial de Colbert, combien n'y gagna-t-il pas davantage ? Li poursuite des abus, contre lesquels les marchands réclamaient en vain depuis si longtemps, la liquidation presque achevée des dettes des échelles et du commerce, l'affranchissement du port de Marseille, les privilèges destinés à attirer les étrangers en France, les encouragements à la marine nationale, les efforts pour créer et développer les manufactures, suffiraient seuls i la gloire d'un grand ministre, si Colbert n'avait laissé tant d'autres titres h l'admiration de la postérité.

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