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CHAPITRE IV

LE RENOUVELLEMENT DES CAPITULATIONS ET LA LUTTE CONTRE LES BAKBARESQUES

Malgré tous les efTorts de Colbert, le commerce se releva péniblement et resta dans une situation précaire jusqu'à sa mort. Il lui avait Ëillu en effet tout son ministère pour faire cesser les désordres et encore cette tâche n'élait-elle pas complètement terminée en 1683 ; mais surtout il n'avait pas réussi à rendre à la navigation et aux échelles la sécurité dont les négociants avaient besoin pour risquer leurs capitaux et les armateurs leurs navires. Les relations avec la Porte étaient devenues plus tendues et avaient failli même être rompues complètement, puis s'étaient renouèes, mais la réconciliation avait été peu sincère. Quant aux Barbaresqucs, Colbert .ivait usé tantôt de l'intimidation, tantôt de la diplomatie, pour les amener à respecter les traités, il mourut les laissant en guerre ouverte avec nous.

Depuis 1660, la France n'avait plus qu'un résident à Constantinople; Louis XIV s'était vengé des insultes faitesàsonambassadcuret des avanies supportées par les Français en envoyant des secours aux Vénitiens .1 Candie et à l'armée impériale en Hongrie. L'expédition de Bcaufort i Gigeri et la bataille de S'-Gothard portèrent au plus haut degré la mésintelligence entre les deux puissances et les choses en étaient venues au point qu'il fallait, ou rompre tout à fait, ou changer entièrement de conduite pour renouveler l'alliance. Si les Français avaient cru obtenir des Turcs des concessions par l'intimidation, ils s'étaient complètement trompés et le seul résultat atteint avait été d'attirer une recrudescence d'avanies sur leurs marchands. Colbert n'envisageait que les intérêts du commerce et regardait une rupture avec les Turcs comme une affaire désastreuse, c'est pourquoi

il fit décider un clîangement de politique en 1665. Louis XIV écrivit au sultan pour justifier les secours qu'il avait donnés à l'armée impériale l'année précédente, par l'obligation où il était, comme prince de l'empire, d'en aider le chef. L'explication était pauvre ; la réponse du vizir, sans être satisÉiisante, décida cependant l'envoi d'un ambassadeur. M. de la Haye Ventelay, fils de l'ancien, était alors à Paris où il sollicitait un emploi et le paiement de plusieurs années d'arrérages dûs à la succession de son père ; il demanda l'ambassade et l'obtint, grâce à de puissantes protections, en renonçant à ses réclamations d'argent. Ce choix était mauvais : M. de la Haye connaissait les affaires du Levant et la cour de Constantinople, où il avait résidé avec son père, mais il était d'un caractère hautain et peu accommodant et les violentes querelles que son père et lui avaient eues avec Koeprilû Mohammed le mettait dans une position difficile vis-à-vis de son fils Kœprilû Ahmed, alors vizir. Ceux qui en avaient tiré argument auprès du roi pour lui persuader qu'il était de son honneur que M. de la Haye allât le représenter, afin que le grand vizir fût obligé de lui faire réparation des humiliations que son père lui avait autrefois fait souffrir, avaient donné un singulier conseil.

M. de la Haye arriva à Constantinople le i*' décembre 1665 sur un vaisseau du roi, avec des instructions du 22 août 1665, rédigées par Colbert lui-même, et les mémoires que lui avait remis la Chambre du commerce : le principal objet de sa mission était de renouveler les capitulations. Il reçut un très mauvais accueil et réussit aussi mal que possible. En 1667, l'éclat du secours conduit par le duc de la Feuillade à Candie, attira à nos marchands de nouvelles avanies et leurs plaintes décidèrent le roi à rappeler son ambassadeur. M. de la Haye reçut cet ordre à la fin de 1668, mais, désireux de se maintenir à Constantinople, il intrigua auprès des ministres du sultan pour renouer une négociation ; ceux-ci, voulant éviter une rupture immédiate, se prêtèrent à son jeu, mais, pour traîner les choses en longueur, le grand vizir prétexta qu'on ne pouvait faire fonds sur un ambassadeur rappelé par son maître et qu'il fallait avant tout envoyer en France pour savoir les intentions du roi'. L'ambassadeur, heureux

(t) Sur l'ambassade de M. de la Haye, voir, en dehors des documents des archives des aff. (itrang., Chardin, 1. 1, p. 9-14. — d'Arvieux, t. IV, p. i u et suiv. — Saint-Priest, Mémoire, p. S2-S$, 221-26. — La vallée, p. 313-315. Les lettres envoyées en 1669 à la cour par de la Haye sont curieuses ; à l'entendre, les Turcs sont prêts à accorder les capitulations les plus avantageuses. — Lettres du 9 et jy avril 166^. Affaires étrangères. Carions commerciaux. Constantinople.

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