‹ Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIe siècleChapitre 36 sur 117 · LE RENOUVELLEMENT DES CAPITULATIONS · texte numérisé non relu

LE RENOUVELLEMENT DES CAPITULATIONS

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de rester, accepta cet expédient et fit embarquer i sa place, sur l'un des quatre vaisseaux du roi qui l'attendaient, un envoyé du sulun Soliman nga. Celui-ci débarqua AToulon le4aoùt 1669, et fut traité magnifiquement, par les officiers du roi i Toulon, par la Chambre du commerce ù Marseille. Arrivé h Paris, il fut reçu en audience solennelle par de Lionne et par le roi, mais attendit jusqu'à la fin de novembre une réponse aux lettres du Grand Seigneur'. Li cour était en effet irrésolue et parut d'abord pencher vers une rupture» aussi le rappel de M. de la Haye fut confirmé. Au moment où Soliman aga s'embarquait pour la France un nouveau secours français, plus considérable que le premier, avait été conduit A Candie par les ducs de Bcaufort et de Navailles. Cette inutile expédition* qui avait compromis l'honneur des armes du roi, rendait encore plus difficile un accommodement. Chardin rapporte que le ^jrand vizir ayant demandé au chevalier Molino, plénipotentiaire vénitien, pourquoi Candie avait résisté si longtemps, celui-ci répondit que c'était à l'instigation du roi de France, qui avait promis à la république de déclarer la guerre au.\ Turcs. Kaprilù, prévoyant la possibilité d'une rupture, expédia en Espagne un renégat portugais pour faire à cette cour des ouvertures d'alliance et celle-ci de son côté envoya i\ Constantinoplc un prêtre portugais nommé Allcgrctti.

Cependant, l'influence de Colbert, qui venait de publier l'édit du port franc et qui travaillait a organiser la Compagnie du Levant, l'emporta sur les partisans d'une rupture dans le conseil du roi et l'on décida qu'on enverrait un autre ambassadeur. Il y' eut alors des discussions pour savoir si le roi se ferait représenter par un ambassadeur en titre ou s'il n'aurait ù Constantinople qu'un simple résident, comme l'avait été le sieur Roboly de 1660 A 1665. D'Arvieux, qui désirait ce poste pour lui, présenta a de Lionne et à Colbert un mémoire où il montrait les avantages d'un résident, mieux disposé i s'occuper des intérêts du commerce qu'un ambassadeur, trop fier de sa dignité et dédaigneux des affaires des marchands; un résident coûtait beaucoup moins cher, et, comme on était toujours exposé à Constantinople aux mauvais traitements des ministres, l'honneur du

(i) Sur Soliman .iça, voir d'AhVieCx (l. IV, 125-150) qui fut tris mùlë à sa négociation parce qu'il était le seul Ji pouvoir converser couramment avec l'envoyé t]u sultan.

(3) L'expédition arriva à Candie le 34 juin [669; Navailles se rembarqua le Il août; Candie se rendit et les Vénitien» signùrcut la paix le 6 septembre 1669.

roi serait moins en péril qu'avec un ambassadeur'. Colbert ayant voulu avoir sur ce sujet l'avis des Marseillais, d'Oppèdeet Arnoul, ses conseillers, après avoir consulté la Chambre du Commerce et les négociants les plus expérimentés, répondirent qu'il était préférable d'envoyer un résident*. Mais Louvois et Colbert de Villacerf appuyaient fortement M. de Nointel pour l'ambassade ; la Compagnie du Levant, qui pensait en recevoir une assistance plus forte pour son commerce, changea l'opinion de Colbert et Nointel fut choisi comme ambassadeur.

• C'était un conseiller au Parlement de Paris, savant et curieux, qui, poussé par le désir de connaître l'Orient, avait été autrefois à Constantinople '. M. de la Haye s'était montré trop rude et emporté vis-à-vis des Turcs; Nointel, au dire de Chardin qui le vit à Constantinople, était beaucoup trop doux pour négocier avec eux. Il partit en août 1670 avec Soliman- Aga, fut conduit par quatre vaisseaux du roi et arriva à Constantinople en octobre *. A sa première audience, il remit au grand vizir un mémoire en 30 articles ". Le roi demandait le renouvellement de l'article des capitulations de 1604 qui obligeait toutes les nations qui n'avaient pas d'agent à la Porte à prendre la bannière de France et à se mettre sous la protection de notre ambassadeur, car les Turcs prétendaient que l'emploi de la bannière française était fiiculiatif. Le mémoire contenait encore trois demandes essentielles : les Français ne paieraient que 3 0/0 de douane comme les Anglais, les Hollandais et les Génois, au lieu de 5

(1) Mémoire présenté au roi, t. IV, p. 3oy-3jp. (Donné à de Lionne et à Colbert, le 20 janviert 1670).

(2) BB, 26. Mémoire envoyé à la Cour, 24 août i6jj.

(î) « Il s'appelait Charles-François Olier... il était âgé de 40 ans, d'une taille médiocre, il avait le visage long et le teint brun, le poil noir, le nez aquilin, les yeux grands, d'une coniplexion mélancolique, il était grave comme il convient à un magistrat, il parlait jieu, avait la voix grosse, rude et peu agréable... il était savant, fort sage, fort posé et fort homme de bien. » D'.Arvievx, t. IV, p. 243. — La correspondance de Nointel (Aff. élrang. Carions commerciaux) au sujet du renouvellement des capitulations est très-volumineuse.

(4) M. de la Haye s'embarqua en décembre sur les mêmes vaisseaux pour revenir en France.

(5) V. Lettre de Nointel adressée d'Andrinople, 51 janvier 1671 : Liste des articles proposés pour les GipituLitions. — L'article sur la mer Rouge ne s'y trouve p.ns ; Nointel voulut en effet en faire l'objet d'une négociation à part : « Je n'ai p.is jugé .à propos de confondre l'article de la mer Rouge avec tous les autres, me réservant, après qu'ils seront terminés, d'en faire une négociation particulière en l.iquelle j'espère de réussir puisque l'avantage de la Porte s y trouve entièrement. » {Aff. élrattg. Carto.ts commerciaux).

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qu'ils payaient actuellement. Le Grand Seigneur accorderait aux Français la libertc^ de trafiquer aux Indes par ses états et notamment par le canal de la mer Rouge, sans payer d'autres droits que ceux d'entrée. Il ferait rendre aux religieux catholiques romains de Terre \ Sainte les Lieux Saints dont les Grecs les avaient chassés en 1638. Colbert attachait une importance particulière au droit de commercer par la mer Rouge, qui jusques là avait étc interdite aux chrétiens .à cause du voisinage de la Mecque; dès 1664, il .avait présenté au Conseil de commerce un mémoire ;\ ce sujet : il avait «!'tc nettement frappé de ce fait, que la route de l'Inde par le Gip ^uii trop longue et que l'ancienne route, par l'Egypte, Suez et la mer Rouge, était de beaucoup Li meilleure; en la rouvrant aux Tnarchands français il espérait leur donner le monopole du commerce *le l'Inde; aussi les instructions de M. de la Haye puis de M. de "Mointel insisuicnt-elles sur ce point '. « Il faudrait tâcher, écrivait Colbert A Nointcl, de fiiire un traité avec le Grand Seigneur par lequel il nous fût permis d'avoir ;\ Alexandrie ou au grand Caire des "\-aisseaux qui reçussent les marchandises que d'autres vaisseaux amèneraient par la mer Rouge d'Aden i Suez, ce qui abrégerait la navigation des Indes de plus de 200 lieues. » Ces idées n'étaient -pas nouvelles; des faiseurs de projets les avaient émises déjà du temps de Richelieu'. Les autres réclamations présentées par Nointel •étaient de moindre importance, mais elles devenaient considérables par leur nombre''. Le Divan traita ces prétentions d'exorbitantes et même de ridicules et le grand vizir, qui ne cherchait qu'à gagner du temps, feignit de croire que M. de Nointel avait outrepassé ses instructions; avant de lui accorder audience^ il exigea de lui la pro-

(1) Voir à ce sujet : Vandal : Louis XIV et l'Expie.

(2) V. pAge 112. — Voir en outre les mémoires trirs curieux remis il Gilbert par Jacques Snv,ir)-, l'auteur du Paifail yiêgociaiit, p. 5)9.

(3) En voici quelques-unes: Le mi de France scr.iit reconnu i h Porte comme le seul protecteur des chrétiens. Tous les cliréticns du rit romain qui étaient dans rcniptrc ottom.in seraient reconnus et considérés comme étant sous la protection de S. M. — Les capucins français de Constantinoplc pourraient relever une église à Galata, consumée par le feu il y avait ij ans, — Toutes les églises des chrétiens romains qui étaient dans l'empire ottoman pourraient à l'avenir être réparées et rclc\-écs autant de fois qu'il serait nécessaire, sans qu"il fût besoin d'en demander la permission. — Tous les Français qui étaient esclaves en Turquie seraient mis en liberté, etc..

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messe que, dans les six mois, il ferait venir une lettre du roi qui confirmerait nettement les articles du mémoire '.

Les négociations ne s'ouvrirent pour le renouvellement des capitulations qu'à la fm de mars 1672. Elles furent pénibles : pour éviter des froissements le grand vizir voulut négocier par intermédiaires et il se servit de son premier interprète le grec Panaioti, très mal disposé pour notre nation*. Noin tel remit au grand vizir un nouveau mémoire des demandes du roi, bien moins développé que

1 le premier ; il ne contenait que 1 1 articles, on le trouva encore < exorbitant. A l'instigation de Panaioti, ennemi des catholiques, le

; vizir déclara qu'il accorderait la diminution des droits de douane et

; l'autorisation de commercer par la mer Rouge, mais à la condition

\ qu'on ne parlerait pas de la Terre Sainte'.

\ Enfin tout parut conclu le 26 mai, mais Nointel, se confiant aux conventions orales, n'avait pas pris la peine de fixire dresser en sa présence le modèle des nouvelles capitulations. Le lendemain, quand il reçut les articles écrits, il vit que l'article concernant les nations étrangères n'obligeait pas, comme il l'avait demandé, celles qui n'avaient pas d'ambassadeur à la Porte à prendre la bannière de France. L'ambassadeur s'en plaignit vivement et fit dire que si cet article n'était pas rectifié il n'acceptait pas les Capitulations. Koeprilû le prit au mot et déclara qu'il retirait sa parole pour ce qu'il avait accordé. Ce fut un coup de foudre pour Nointel : une légère négligence le faisait échouer au moment où il touchait au but ; il essaya en vain de voir le grand vizir qui allait partir avec l'armée et qui le pria

(i) Le mauvais accueil reçu par M. de Nointel faillit de nouveau amener une rupture. Colbert chargea d'Oppcde {V. Lettre Je Colbert du }i mai i6ji. Depping, t. III, p. 467) de consulter à ce sujet la Chambre et les principaux négociants. D'Oppède, Arnoul et la Compagnie du Levant, pensaient, comme l'ambassadeur, que l'envoi d'une escadre aux Dardanelles ferait céder le Divan ; le Commerce de Marseille fut d'abord du même avis, cependant il s'effraya des suites d'une rupture et envoya au roi des mémoires pour lui en faire voir le danger (20 août i6yi. Depping, t. III, p 553). — Le roi, qui s'était décidé à ùire la guerre à la HoU.inde, résolut de tenter un nouvel effort pour accommoder les choses. Le chevalier d'.\rvieux fut chargé de remettre une lettre de M. de Lionne au (îrand Vizir, en même temps qu'il portait de nouvelles instructions à M. de Nointel pour la continuation des négociations. Parti en septembre 1671, il n'arriva à Constantinople qu'à la fin de février 1672.

(2) V. sur P.inaioti d'ARViEUX, t. IV, p. î82.

(3) En 1634, un grand vizir avait reconnu aux Grecs la propriété des Lieux Saints. — En 1636, un autre vizir la rendit aux Cordeliers. — En 1638, un troisième vizir la redonna aux Grecs. Depuis, les religieux Latins avaient fait, pour en obtenir la restitution, de vains efforts appuyés par l'ambassadeur de l'empereur, en 1665, par letaile de Venise en 1669. — Chardin, t. I, p. 20.

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