LA LUTTE CONTRE LES BARBAKESCIUES
Icnx, iJont les trois principaux : la Capitane, la Patronne et l'Admi-
mirante avaient 45 h jo canons chacun et de puissants équipages*.
Li Chambre du commerce de Marseille députa l'un de ses membres
à Tripoli pour traiter de la pais, mais ils refusèrent de négocier et
les Marseillais réclamèrent une puissante intervention du roi*.
La France venait alors de dicter la paix A l'Europe; Louis XIV,
. dans tout l'éclat de sa puissance, ne pouvait laisser ainsi piller ses
H sujets et maltraiter ses représentants. Duquesne avec son escadre
l'ut chargé en 168 1 décroiser dans l'archipel pour combattre les cor-
Sniiresj il devait au retour passer à Tripoli, Tunis, et Alger, en leur
donnant la chasse et ne rentrer à Toulon qu'après 18 mois de navi-
H gation'. Il avait ordre de poursuivre les corsaires jusques dans les
ports du G. S., qui leur donnaient asile, et M. de Guilleragues fut
ch.irgc d'en prévenir la Porte. L'escadre ayant rencontré cinq vais-
■ seaux Tripolins les poursuivit jusque dans le port de Chio où ils se réfugiaient souvent et, sur le refus du gouverneur de les livrer,
I Duquesne les mit en pièces par le feu de son artillerie qui atteignit même quelques maisons de la ville et endommagea les mosquées. Le grand vizir informé envoya en hâte le pacha de Smyrne et le capitan pacha auxquels Duquesne déclara fièrement qu'il coulerait A fond les t.;ilères turques, si elles osaient prendre X h reniorque les
■ carcasses des vaisseaux tripolins. Le capitan pacha se borna i jouer le rôle de médiateur et Duquesne signa avec les corsaires Tripolins le 25 octobre 1681, un traité de paix à des conditions qu'aucune nation barbaresque n'avait encore acceptées*. Malheureusement le traité fut fort mal accueilli h Tripoli et violé presque aussitôt et, au moment où les Tripolins se décidaient à la guerre, les Algériens rompaient aussi la paix à la tin de i68i.
Louis XIV s'était en effet décidé A reprendre avec les Barbaresque», Cette guerre d'extermination par laquelle il avait voulu inaugurer
(1) L/t(ri d'un ei£lavf, Mentau, an cûnsiil dt Livounii, 27 iiûv. 16S0. AA, ;//,
(2) A Sfigrifky, 24 ]èi\, 12 mais 1680. BH, 37. t$) Lmtis XIV à Duqutsut, J.V mars ifiSi. Ltllics tl luU, t. III, t": partie. -^
Ltthtsdt Cùlbeit à Morant, i-; mars i6St et 77 avril. Lelliis,l. II, p. 716. — La Cliamlxe li Morant, 2o mars i6St : « Le commer<:c fera un ctTort et contribucrd pour jo.oooi^cus au dernier .armement des quatre frégates légères qu'on doit armer •*U printemps contre Ici Tripolins. »
[4) D'Ab^heux, t. VI. p, 203-204. — Jal, Duquaiie et la marine de son temps , tw II, p. .{>-) et suiv., fait un récit très détaillé desdivers bombardements opérés par Duquesne.
son règne. On poussa les Algériens à bout en leur refusant systématiquement la restitution de sept des leurs, qui avaient été pris sur un vaisseau espagnol et qu'ils avaient réclamés vainement au père le Vacher consul, à Tourville, à Dusquesne, qui vint leur présenter des griefs le 14 septembre 1680, enfin au commissaire de la. marine Hayet, chargé en 1681 d'aller faire renouveler les traités. La Chambre du commerce avait cependant appuyé leur réclamation : « Nous osons conjurer Votre Grandeur, écrivait-elle à Seignelay, de considérer combien la paix avec Alger nous est avantageuse pour nous obliger à l'entretenir'. » La mauvaise foi du gouvernement français excita une indignation générale à Alger et, après un ultimatum qui fut dédaigneusement accueilli à Versailles, la guerre fut unanimement déclarée à la France, le i8 octobre 1681*. » Le commerce ne tarda pas à ressentir les effets de cette rupture : les Anglais qui étaient en guerre avec les Algériens et s'étaient vu prendre, en 14 ans, 350 navires et é.ooo matelots, en profitèrent pour faire une paix onéreuse ; tandis qu'un mois après la rupture, les reïs avaient déjà pris 29 bâtiments français et fait 300 esclaves '. La politique des ministres pouvait se justifier si la guerre eût abouti à la destruction d'Alger ; tel était en effet le but de l'expédition qui fut envoyée sous le commandement de Duquesne en 1682, mais les bombardements de 1682 (août-septembre), et de 1683 (juin), n'eurent d'autre résultat que l'écroulement d'une centaine de maisons, de deux ou trois mosquées, la mort d'un millier d'habitants et l'incendie de trois vaisseaux corsaires. C'était peu pour la dépense de 25.000.000 délivres que les deux expéditions avaient coûté au trésor; les reïs n'avaient guère été atteints et étaient amplemenï dédommagés par les prises qu'ils avaient faites au début des hostilités et qu'ils continuaient de faire *. Cependant les Algériens avaient senti le poids de nos armes et redoutaient le retour de nouvelles
(i) BB, 2j. I S juin 16S0.
(2) Voir, pour tous ces faits, de nombreuses lettres de la Chambre {BB, 27) et les lettres de Seignelay à la Chambre {BB, S2).
(5) Le 6 novembre 1681, le père Le Vacher annonce que déjà six prises ont été faites avec 100 marins et 150.000 écus de marchandises. — 12 ikhembre 16S1 : les prises se succèdent d'une manière effrayante. On compte les esclaves français par centaines toutes les semaines. Vingt navires dont le chargement e.st évalué .i 600.000 livres viennent d'entrer dans le port. — A^4, 46^.
(4) Voir une série de lettres de la Chambre : 2S novembre 16S2, iS, jç, 2) dkembit 16S2. — nj, 21 janvifr, i6 mars, ij avril, S, 16 mai, 22 mai, 16 juin, 24 novembre i6S}, etc., BB, 27.