‹ Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIe siècleChapitre 52 sur 117 · III. — Les progrès du commerce · texte numérisé non relu

III. — Les progrès du commerce

Quelles qu'aient été les entraves mises au commerce par les règlements ou les prohibitions, elles ne rempèchèrent pas de profiter des heureuses réformes accomplies depuis 1683, surtout de la cessation des ravages commis par les Barbaresques, et de l'atteinte portée i\ la concurrence étrangère par l'applicition plus rigoureuse du droit de 20 0/0. Il ne fit pas de progrès pendant les quatre années qui suivirent la mort de Gilbert; c'était en effet l'époque des dernières luttes contre les Barbaresques, des désordres causés par l'avanie de Chio, des vexations des consuls fermiers de la Compagnie de la Méditerranée. Aussi la moyenne des importations du Levant des années 1684-87 fut de 5.625.000 livres seulement, tandis que leur valeur avait dépassé 6 millions du temps de Colbcrt. Mais, pendant les sept années qui suivirent (1688- 1694), ^'-^ nioyenne s'éleva i\ près de 7.700.000 livres. En effet, la sécurité des mers avait été rétablie et les flottes françaises restèrent maîtresses de la Méditerranée pendant les premières années de la guerre de la Ligue d'Augsbourg. De plus, le resserrement de l'alliance avec les Turcs pendant cette guerre permit à notre ambassadeur d'engager avec le Divan d'intéressantes négociations, et de se faire accorder des avantages considérables'. Le plus important fut la réduction des droits dédouane en Egypte de 30a 3 0/0 pour les Erançais. L'ambassadeur

(i) L'ambassadeur Girardin, dans une lettre à la Chambre du 2} mai 1686, cnumère un grand nombre de « Cathechi'iifs » ou commandements qu il Avait obtenus. — « t)n ne m'a encore rien relusé de ce que j"ai demandé, ajoutait-il. Si les Consuls mavaicnt fait s.ivoir ce qui peut leur être avantageux, j'aurais fait

LES PROGRES DU COMMERCt

Ginrdiu avait obtenu en même temps la permission pour les vaisseaux français de transporter les denrées, telles que k- blé, le riz et le café, d'Alexandrie i Constantinople, et même d'en charger pour la France. Les blés du Levant, achetés surtout dans l'Archipel, furent d'un grand secours pendant la guerre de la ligue d'Aujjsbourg et surtout pendant les disettes de ta guerre de succession ; en mémt temps ils fournirent un fret important i notre marine marchande. C'est aussi à partir de cette époque que les cafés achetés en Hgypte arrivèrent pour la première fois à Marseille.

Girardin reprit aussi les négociations que Colbert avait fait engager par M. de Nointel au sujet du commerce de la mer Rouge et présenta au grand vizir des mémoires où, pour la première fois, il était question d'établir un canal de jonction de la mer Rouge à la Méditerranée. Il reçut une réponse favorable, nuis le consul de France en Egypte, qui agissait de son côté, rencontra au dire une très grande hostilité. Le pacha craignait de voir réduire les droits de douane de 10 0/0, payés par les marchands turcs qui faisaient le commerce de la mer Rouge, i j 0/0, taux fixé pour les Français, ou même à moins, car Girardin dans son mémoire proposait un simple droit de transit de 1/2 pour cent. De leur côté, les tîiarchands du Giire redoutaient de voir sortir de leurs mains ce commerce considérable, surtout les chefs des milices qui étaient devenus marclunds et avaient peu à peuacaparé le commerce de la mer Rouge. Mais, pour ne pas paraître intéressés dans cette affaire, ils se retranchèrent derrière la question religieuse et firent valoir l'inconvénient qu'il y aurait d'admettre des chrétiens dans une mer, sur les bords de laquelle se trouvait le tombeau du Prophète; Girardin échoua donc connue avait échoué Nointel V II proposa aussi à la cour d'entreprendre le commerce avec Tlnde par la voie de l'Euphratc, mais on lui répondit que la proposition ne paraissait • pas être praticable et qu'il n'était même pasù propos d'embrasser tant de choses à la fois. » Le ministre attachait au contraire beaucoup d'importance à l'ouverture de la

en sorte de leur envoyer tous \es cnmnunJcmcnts qu'ils auraient pu souhAiter. Àyl, 14S. — La Clunibre lut envoya de l'argent pour ('.tcilitcr ees négoei;itii)n«.° Ddnsiet rc|;isires de dispenses Je l.i Chambre iCC, 2j tt suit'.) fijjurent, en 168;, l.|..Sji livres pour les citclierifs d'Egypte et d'.Mcxaiidrie, 15.59} livres en 1686 et 994 J livres en 1687.

(il Voir. Vanoal, ouvrage cité, — Nohl, t. H, p, 220-21. — V. UUtt du n>i du ji aotU 16S6. Deitihc, t. III, p. 6)6.

mer Noire à notre commerce « parce que ce négoce procurait des retours aux vaisseaux qui allaient à Constantinople ; afin d'être informé de l'utilité qu'on en pourrait retirer, écrivait-il, il faudrait commencer par fiiire en sorte d'engager quelque jnarchand à faire un chargement de mâts et de bois de construction pour les magasins de Toulon. » Le Divan eut la complaisance de permettre à M. Girardin de charger pour Toulon deux navires de bois de construction coupés sur les côtes de cette mer, mais à condition d'en faire l'achat à Constantinople. De plus, il exigea que les capitaines promissent de rapporter un certificat de déchargement des marchandises de la mer Noire dans les ports de France, ce à quoi l'ambassadeur eut ordre de ne pas faire de difficultés*. Mais le Divan opposa un refus très-net à l'introduction du pavillon français dans la mer Noire, qu'il regardait comme le domaine de la marine turque.

Tandis que des marchés nouveaux s'ouvraient au commerce français, celui-ci prenait plus d'extension au fond de l'archipel où était créée l'échelle de Salonique à la fin de 1685. Cette création, due à l'initiative du fermier général des consulats le sieur Fabrc, directeur de la Compagnie de la Méditerranée, parut au début une dépense inutile à la Chambre « car, disait-elle, il ne se retire rien à droiture de Salonique que l'on ne puisse facilement retirer par voie de Smyriic comme on l'avait toujours pratiqué*. » Pendant près de dix ans, le consul fut en effet le seul français de la nouvelle échelle ; il vantait cependant les avantages considérables du commerce qu'on pourrait fliirc en blés et en laines et le pacha de Salonique lui avait permis de faire arrêter tous les étrangers qui venaient de Durazzo et des environs acheter des cires, ou de les leur prendre au prix qu'ils les auraient achetées ; ainsi le commerce pouvait être mis entièrement entre les mains des Français*. Ces avantages étaient réels ; deux marchands vinrent s'établir :\ Salonique, d'autres les suivirent et l'échelle était soHdement établie vers 1700.

(i) Lettre du roi à Giiarditt, }i août 16S6. — Seignday à GiranUu, lômars 16S6. — Depping, t. III, p. 651.

(2) S février i6tj2, à Poiitihir train. BB, 2S. — Cf. Mémoires sur leconsulal qu'on propose à' établir à 'l'bessalotiic, i<} octobre inS^. BB, 4, fol. ij2.

(5) h'tlre de Pontchai train , }o jauv. i(np. BB, S2. — La chambre lui répond : « Nous n'oublions rien pour exciter les marchands à aller à Salonique », S fhricr 16^2. BB, 2S. — Le consul avait lait embarquer pour la Lrance, sous prétexte de mauvaise conduite, le premier marchand qui était allé s'y établir, ce n'était guère encourageant. La Chambre l'accusa d'avoir voulu se débarrasser d'un concurrent pour son commerce. {iMlre à l'ambassadeur, 6 octobre ifnjD.)

LES PROGRfes DU COM.MLRCL

L'ambassadeur Girardin avait môme cru pouvoir entamer une ncyociation plus délicate et plus importante que toutes les autres; il s'agi-ssait de dépouiller les Hollandais des avantages dont ils jjuissaient, et de les assujettir i ne naviguer en Levant qu'avec la bannière française et sous la protection de nos consuls. Le roi lui écrivait à ce sujet : « La négociation que vous avez entreprise pour exclure les Hollandais du commerce du Levant sous autre bannière que la frani;alse est très délicate et doit éirc traitée avec un fort grand secret. . . Je crois que vous pourrez réussir aisément dans celte négociation en faisant bien connaître .\ ce ministre l'avantage que recevraient les douanes du Grand Seigneur... et surtout en appuyant bien sur le désavantage que reçoivent les Turcs par la distribution que lesdits Hollandais font continuellement en Levant de piastres de mauvais aloi appelées abouquels. Et vous êtes assez informé, par ce qui vous a été expliqué dans votre instruction, de l'importance qu'il y a d'exclure ces abouquels pour ne pas douter que vous n'y donniez, une entière application'. » La négociation n'aboutit pas et ne pouvait p.is aboutir, mais le seul fait qu'elle fut engagée montre assez l'influence dont notre ambassadeur jouissait auprès du divan.

Malheureusement l'essor du commerce fut paralysé par la guerre delà Ligue d'Augsbourg. Le roi accorda, il est vrai, aux Marseillais la liberté de recevoir des marchandises d'Espagne et mémo d'Angleterre et de Hollande, nécessaires à leur trafic*; mais, malgré cette faveur, le commerce avec l'Espagne et l'Italie était bien gêné, comme le prouve la quantité de marchandises apportées du Levant qui restaient sans écoulement dans les magasins de Marseille*. D'un autre cùté les armements considérables faits pendant la guerre par la marine royale enlevèrent iouvent les matelots a la m.irinc marchande*. Il est vrai que, gràcc .1 ces armements, les flottes françaises se trouvèrent maîtresses de la mer pendant les premières années de 1 la guerre*; les convois anglais et hollandais ne purent qu'avec'

(1) Ijt roi â Girardin, ji aoi'U t6S6. Du'PIng, t. III, p. 6j6. (î) Aich. de la Mar. h* , p/j, fol. jS-j : Mémoire d^ i6ç6,

(î) La Clumbre mï plaignit vivement de h «.licnc de» piastres Jonl le prix atteignit 72 soi». — Lettre à Ubret, t" fivr. i6çj. BB, 28.

( I) t f tiuii idStf, à Je y'auvri. iS mai t6</>. BB, Si,

(>) Cependant on t.^«;rit de ConM.intinopIe le 2) o..; • que les vjisse.iux

Je guerre du convoi jn^bis ont fait cinq prises sur le lU vue de Sinymc,

un vaisseau et qujtie turques. BB, lOS,

LES ANNÉES DE PROSPÈRlTt

difficulté passer d.ms le Levain et Pontch.trirain pensait, comme Colbert au début de la guerre de Hollande, que les circonst.iiucs étaient i^ivorables pour supplanter nos rivaux. 11 promettait dit « donner aux négociants français toutes les facilités qui pourraienr contribuer à leur faire profiter de la conjoncture présente d;ins; laquelle ils pouvaient se rendre maîtres du commerce du Levant et obliger les Anglais et les Hollandais A en tirer les marciiandises dtt leurs mains'. » En 169.^ le convoi d'Angleterre et de Hollande fu battu par une tempête .1 la hauteur de Malaga et fit en panie luu frage ; les autres bâtiments durent aller se radouber à Gibraltar, ei Pontchartrain excita encore les marclunds à profiter de cet lieureu hasard*. Ce sont les difficultés du commerce de nos rivaux qui expliquent que celui des Français continua de s'élever jusqu'ea 1694, iiniiée dans laquelle leurs importations dépassèrent 8.700. livres.

Cependant les pertes que la course lui faisait subir avaient e;e, grandes, surtout depuis 1692, et elles s'accrurent considérablcnien pendant les dernières années de la guerre. Le capitan p.icha Mem morto imagina en vain de supposer une ligne, entre la côte d'Afriqu et l'île de Candie, à l'est de laquelle les corsaires des puis&tnceS; chrétiennes belligérantes ne pourraient pénétrer, sous peine de châtiment et d'illég.ilité des prises. Mais les ennemis de la France n tinrent pas compte de cette démarcation, signifiée aux cours euro^ péennes, et la Porte était alors trop occupée elle-même pour ùire respecter ses défenses ; on vit môme les vaisseaux français nienaci à Alexandrette et dans les ports de Syrie, se retirer à Famagoustô pour y attendre l'occasion de rentrer en France. Heureusement le* Barbaresques restaient en paix ; les Algériens renouvelaient leui traité en 1691, malgré les exciutions des Anglais et des Hollandais pour les soulever contre la France. Seuls, les Tripolins déclarèrent de nouveau la guerre au commencement de 1692. Les Anglais el: les Hollandais leur avaient promis 30.000 pi.istres, la fourniture des toiles, cordages et .igrès nécessaires, et leur avaient donné l'espérance de les secourir avec leurs vais.seaux, en cas d'aruquc de bpart des Français'. De plus, ils étaient poussés par leur misère.

(I) 16 irptembrc i6<j}. — Cf. 37 uuù, ij juiu. BB, S2.

(s) t^ ttiril i6<j)^. BB, Hi.

(j) Litlr» ilu consul >U TrifvU, 6 mars, ao atnil i6ç2 : « La nouvelle qa'il»<

LES PROGRliS OU COMMEKCE

m. Nos braves Tripolins, écrit le consul, de qui j'.ù rcçii depuis que je

^oiis ici toutes les honnêtetés du monde, ne sachant plus où donner

«Jlc la tète pour trouver de quoi pour payer U t.iïrte, se sont délibérés

«J-e rompre la paix'. » Un nouveau bombardement qu'ils subirent

«■% u mois d'août 1692 ne décida pas les Tripolins \ la paix. L'influence

«wi ont jouissaient les I-ranvais ;\ Cunst.intinople les servit hciireusc-

■~~»ient : un capidji du Grand Seigneur passa à Tripoli au printemps

«.:S. e 1693 tandis que Denis Dusault allait négocier; les hostilités

«zr «ssèrcnt le 27 mai 1693 et la paix lu: rétablie*.

U était temps que la guerre de Tripoli prit tin car, en 1693, les

«:=: «jrsaires ennemis, encouragés par ralFaiblissement de notre marine,

-=:». jpparurent nombreux dans la Méditerranée, où jusques 1;\ ils

^"» 'avaient fait que quelques prises. Plusieurs Flessinguois et Anglais

^^^- "^établirent dans le canal de Malte et sur le cap lion'. Faute de pré-

•^^^ -sautions de la p;irt des Marseillais, ils s'emparèrent coup sur coup de

*^^^^ uatre vaisseaux, l'un dont le chargement valait 400,000 livres, les

■=^^- litres 150,000 et 200,000. Ces nouvelkb captures, ajoutées aux

"^r-fcfécédentes, portaient les prises des Flessinguois i plus de 1.400.000

■- ivres*. Il y avait alors, au nùlieu de Tannée 1693, sept corsaires

*^ essinguois et un corsaire anglais sur les routes du Levant et on

=^ étendait l'arrivée de douze autres, qui heureusement ne vinrent

S^âs. Un seul vaisseau parut assez fort pour être excepté de la déten-

^ îon générale des 'rifitiments que la Chambre décida le 20 mai, c'était

•c^clui du capitaine Guieu, d'environ 600 tonneaux de portée, armé

<ic40 pièces de canon et de 200 liommcs d'équipage; on le laissa

partir en renforçant son équipage de 25 hommes. Le capitaine

Cjuieu justifia cette faveur, car non seulement il revint sain et sauf,

inais, au commencement de 1694, il coula le corsaire anglais qui

apprise Je 1.) p.iix «.l'Alger a bien contritiuè à la sotlisc qu'ils ont fuite, disant que

W* .Atgéricns ont f.iit avec nous tout ce qu'ils ont voulu » AA, f4j.

Il) 6 mars i6ç2. AA, f4/. Cette lettre renferme des détails intéressants. — n ils ont prii en tout 11 bâtiments et ai$ esclaves, sans compter celui qui se fit couler. » — Lfttrf du consul, 22 mai 161)2. AA, S4J. — Le plus gros vaisseau de 1.1 tlottc Marseillaise, revenant Je Snivrnc ivvc un chargement de 600.CKX) livres, •s'i'tail fait couler, plut<*it que de se rendre, .iprés un long et rade combat.

Il) Ltltrn lit PoiiUharlniiit, 4 juin jbi)2. BU, Sj — ih- la OHivihie à l'ainbasiOiUiir, 2} août i(n}2. BB, 2S — Je DinaiiU à la Cliamlirt, 27 oclotuf 169). A A, ;;; — de Paittdiaritain, // jnilitl it'n^}. BB, S2. elc.

(}| r y etî avait aussi aux abords Je Livourne. \'oir la correspond, du consul. AA, ,'y;'. — Déji en 1692 {24 juillet) il signale la présence de dix-liuif galère» J'Iispapic.

[\) la Cliambre 1) PaHlcharliain, / ei 20 mai tO'j). BB, 3S.

2^)1 l.IvS ANNÛKS DU PROSPÉRITÉ

i.r()i.s.iit.sur le c.i|) Hon et reçut en récompense de la Chambre une f',iatiliL.ui(»n de 2<)<)() livres'.

l'oiuchartrain employa simultanément le système des escortes et ciliii des croisières. Le vaisseau V Aventurier partit au mois d'août avec un convoi et dut prendre à Smyrne les vaisseau.^ du Levant qui s'y rasscuïbleraient pour les ramener*, tandis que le vaisseau le AVV/Vh.v et la tVèj'aie la Jalouse allèrent croiser dans le canal de Malte, pi>ur en chasser les corsaires*. Les croisières furent maintenues, uïème pendant l'hiver : « le roi, éciit Pontchartrain en décembre u»i)î, euvoie un vaisseau dans le canal de Malte, un autre sur le cap S|urnvente, il y en a un sur le cap de Gatte et les iles Saint-Pierre. La iVêyaie la Mutine est destinée pour assurer la traite des blés de Haibaiie ; la Jaù^u^e croisera le lonsj des côtes d'Italie et sur le cap (lorse pourch.isser les cors,ùres Mayorquinsqui y ont paru et S. M. tait .sortir deux j;alères jxnir assurer le commerce de Gènes à Marseille. Je ne crv»is pas qu'on puisse ajouter rien à ces soins, ni à la protection qu'elle donne en cette occasion aux négociants*. »

L'année suivante neut" corxitres l-[essini;uois se trouvaient dans la MêdiîeMaïuv. mai.N le TvM tit encore occuper les croisières importantes \ l.'asv.vnce d's". paNS.is:e de l'amiraî Russe', dans L .Méditerranée av^v .\\ \.r,N.Ne.u:\ de '.ii;:K\ qui dev.î:vnt >e •oit'ïJre ù ceux qui étaient de'.\ .\ v.\u!;\ et A '..v rloîtc c>ps\i::K>'e. -eta '.'al.:rr.u <.". Provtr.ce c: tît P'.v.uv.e '..i P"OC.iv.:'.k"". Oe rctv^'.r .e> .-Ji:::v.»":> :r.:"vV.:> di"> les v\.'^>,.»>. cu',;'.e'.'."»»'""'»"' -■. "-^'t;> >:v':o"i'". c. ..'.>..■.: >^":'. wt.'.~t;rjr .l'.Mn— .". .:"» »U'"v"'>f .".f.o" >.'.r ..> »'.";»> Ci ..'. v...iti.."î'r:c. Pe~- .•■>»:, .'.•.'••■■.'. !\..v-^. Cv;.:,." ■-■. «iv^ ■ .'. ■ vv. .". .'A ;.. .!;■> rri-^iitcs

LES PROGRÈS DU COMMERCE

En 1695, 1.1 sitiuirion devînt plus grave : douze vnlsscaux anglais occupùrent les croisiùres des iles de Malte, Sniiit-Picrre, Ivici et les Flcssinguois purent faire la course sous leur protection, tandis que six autres vaisseaux anglais allaient ù Smyrne pour ramener le convoi. Il f.illut interdire complètement l.i navigation du Levant i\ partir du i^'mai; les vaisseaux qui étaient dans les cchelles durent attendre que la saison fût avancée et que la flotte ennemie se retirât pour revenir jusqu'A Malte où des vaisseaux du roi devaient aller les prendre en conduisant les bâtiments qui partaient i leur tour pour le Levant '. Mais, au début de 1696, les bâtiments qui étaient dans le Levant n'avaient pas encore été ramenés et des corsaires nombreux les attendaient dans le canal de Malte, undis que d'autres allaient aux abords des eclielles pour les empêcher d'en sortir.

Pontciiartrain ne put faire sortir que deux vaisseaux, le 5mV».v et le MarcjitiSy pour les chasser du canal et protéger l'arrivée des Français S Malte. Ils escortèrent neuf vaisseaux se rendant en Syrie, poussèrent jusqu'i Gmdie et en ramenèrent les vaisseaux d'Egypte et d'Alep qui avaient pu s'y réfugier tandis que ceux de Smyrne restaient bloqués par deux vaisseaux de guerre anglais. Une partie des bâtiments du Levant revint ainsi à Marseille, après une longue attente et les deux vaisseaux du roi ramenèrent en outre quelques prises*. Le trésor obéré supportait avec peine la charge de ces armements et Pontchartrain demanda â la Chambre qu'elle y contribuât; quoique, depuis la dernière guerre d'Alger, le commerce continuât de payer une imposition d'un écu par tonneau sur tous les bâtiments, la Chambre offrit 40,000 livres pour l'entretien du Scriaix. Les deux vaisseaux repartirent, l'un pour Candie, l'autre pour Smyrne, cnlîn dans un troisième voyage ils s'en allèrent â Malte pour ramener les bâtiments qui s'y trouvaient'. Ces faibles armements suffirent, parce que la flotte ennemie n'avait pas pénétré cette année là dans la

(i) y, 16 mit' s, 6 avril, a^ Juin, so, ji aoùl, 7, 2/ îtpt., 2} oU. t6gj. BB, Sa.

(2) M. Je Pdllas comtn.iiulait le SénetLX et M. de Furbin le Marquis. M. tic Pulliis s'empara d'un 1-leï.singuois et rei;ut une gratificition de U Clumbte. M. de Forhin fe<,'ut 20ûo livres pour jvoir pris deux vjisseaux corsaires, de M.ijori)ue cl détruit une barque napolitaine de 150 hommes d'équipage, tj avril, jiy ooiit t6^)6. BU, 4.

()) 1 1 jtim.. S, is fivr., }f, 18 mars, ./. if avril, 2, t ( iimi, r, {$, 31 août 161/'. HU, Sa. — Deux vaisseaux avaient été envoyés sur les cAtcs de la Barbarie et deux autres ;i Livoumc [Hiur en l'aire sortir Jes bâtiments bloquds par les Anglais.

294 LES AKNfenS XiV. PROSPfiRlTfe

Méditerranée et la navigation ne fut pas interrompue comme l'année précédente. En 1697 la situation fut la même', les flottes de guerre étaient occupées par le siège de Barcelone et le commerce n'eut à se protéger que contre les corsaires, dont le nombre, il est vrai, était considérable : ce fut pendant cette année que le chiffre des prises s'éleva le plus haut *.

Pendant cette malheureuse guerre, b progression du commerce avait naturellement cessé et même les transactions avaient considérablement diminué : en 1695, l'année où la flotte anglaise était restée maîtresse de la mer et nos bâtiments enfermés dans les ports, les importations du Levant tombèrent A 2 . 099 , 000 livres, elles remontèrent il est vrai à 8. 399.000 livres en 1696 mais pour fléchir à 5 .000.000 en 1697 ; pour ces trois années, la moyenne ne fut que de 3 . 160.000 livres, inférieure de plus de deux millions et demi A celle des sept années précédentes. Encore ces chiffres ne peuvent-ils donner une idée de la profonde perturbation que la guerre avait apportée dans les affaires. Il est vrai que celle-ci avait été funeste aux coalisés autant qu'aux Français, les convois des Anglais et des Hollandais n'avaient pas été plus réguliers que les voyages des bâtiments français. Les flottes royales, au début de la guerre surtout, leur avaient ;\ plusieurs reprises fermé l'entrée de la Méditerranée et de nombreux corsaires Toulonnais ou Marseillais leur avaient aussi donné la chasse'. Les Vénitiens n'avaient pas pu

(i) En août 1697 fut organisé un grand convoi et dos vaisseaux furent cnvoyi-s en croisière. — La course fut en effet autorisée après la signa'.nre de la paix (20 sept. 1697) jusqu'au i" déc. 1697.

(2) Le chiffre total des prises de bâiimems par les corsaires, de i68g à 1697, fut de 480 (260 vaisseaux, 182 barques, 58 tartanes. — 1689 :.-; 30 ; 1690 - 30; 1691 ---- 49; 1692 — 59; 1É93 -- 56 ; 1694 = 60 ; 1695 — 49 ; 1696 = 62 ; 1697 rr: 8)). — 175 bâtiments (barques surtout) furent pris par des l:spagnols (de .Major- . que, 'irapani, Naples, Barcelone, Ostende), 165 par des Anglais, 1 5 par des Hollandais (de Flcssingue surtout et de Middelbourg), 22 par des Algériens (10 en 1689), 14 par des Tripolins (10 en 1692), 2 par des Saletins. i par des Tunisiens, des Cîénois et des corsaires « ayant commission de Mp"^ l'électeur de Brandebourg »,

3 par des corsaires inconnus. — V. i?i'ji,'i'.i/;-« des pertes de navires conservés aux Archives de la Chambre de Commerce à partir de 1688. 11 faut remarquer que les déclarations de pertes faites .i la Chambre et leur vérification par celle-ci étaient des formalités nécessaires pour le paiement des assurances. Ces registres contiennent donc tous les lutiments perdus, assurés A Marseille; beaucoup avaient été pris dans la mer du Nord, la Manche, l'Océan, à Terre-Neuve et aux Antilles. ()n y voit figurer quelques bAtiments étrangers, même ennemis, Anglais, Danois, Suédois, (iénois, assurés;! Marseille et pris par des corsaires français ou par les Algériens. EE, S, ifg. iii-r, 7P P"g"-

(3) Les Marseillais avaient cependant une grande répugnance A pratiquer la course; mais les registres de l'amirauté de Marseille attestent que de nombreux

LES PROORF.S DU COMMF.PCU 395

profiter davantage de ces conjonctures, puisqu'ils étaient en guerre KAvec les Turcs. Aussi, la SL'curiti.' des mers une fois rétablie, lesMar- "^eillais n'eiirent-ils qii'îi reprendre leur négoce interrompu, mais

Testé sans atteinte.

K Pendant quatre ans (l 698-1 701) le commerce du Levant jouit ^'une paix profonde, qu'une guerre avec les corsaires de Salé ne troubla guère '. Le rétablissement des relations commerciales avec l'Espagne rouvrit au commerce du Levant son principal débouché et ]c traité de commerce conclu avec ta Hollande A Riswick, le 2t septembre 1697, permit aux négociants français de recevoir avec plus de facilité certaines marchandises nécessaires h la composition de leurs

I cargaisons pour le Levant'; le besoin qu'avait le roi de faire des concessions politiques et commerciales à ses ennemis avait ainsi, X son insu, l'avantage de rendre moins exclusif le règne des prohibitions. Ces trois années furent une époque de très grande activité K pour les Provençaux dont le trafic atteignit des chiffres inconnus " depuis 70 ans; les importations s'élevèrent en effet tout d'un coup à 10.300.000, 11.300.000 et II .200.000 livres. Le naturaliste B Tourncfort, chargé d'une mission scientifique dans le Levant, " pouvait écrire avec raison, après avoir visité Marseille en 1700 : n Le commerce des Français en Levant est plus considérable qu'il ^ n'a iam.iis été". » Il est vrai que ce mouvement commercial était un peu factice ; la reprise des affaires avait été trop précipitée, chacun avait voulu protitcr des avantages de la paix et du désarroi du négoce

Lapitaincsdciiiaiidcrciu cl obtinrent l'autorisation d'armer. — On y fcliivc irci/u .iiitoris-uions accordées en 1689 — 52 en 16911 — 41 en 1691 — j6 en 1693, etc. — (Aifbiv. lUjurlt'meittala des H.-dii-Kb.) — On .1 peu de renseignenicnis *ur les exploits de ces corsaires. — Le 11 juillet 1697 U chambre donne 2.(XX3 livrer à l'un d'eux, M. du Ligondès, armateur de ['HirotiJcIh, t]ui ramène un cors.iire anglais armé à Livoume. Dans sa navigation il a forcé deux corsaires flessinguQÏs à ï'iichouer, l'un au c.ip Sp.nrtivcnto de 56 canons et 200 hommes d'équinage, l'autre de jo canons et i6û hommes au cap Carbotmaire. — lili, 4. — V. autres récompenses de ce genre. M\, 4. paisim. — Cf. Mémoire de M. de Vauvré sur les armements en course en Provence, <S' mars i6çf. Arch. d« la mar, W, 497, Joi- 1(^0-184.

(il Voir correspondance de Ponchartrain. 1697 et 1700. IW, S3. — En 1698 il y eut encore treize priseii au début de l'année, une seule en 1699, deux en 1700, aucune en 1701. HE, S.

(a) Voir Archiva Je la tiinriiie, R', 4^8, fol. lyçet iuiv.fol. jjp-fii, une série de mémoires et documents au sujet de ce traité de commerce avec la Hollande. — Cf. R', 4<)j, J'ol, 3ii-6a : Mémoires de 1696. — Un traité de commerce était préparé avec l'.\ngleterre. — Voir une série de Mémoires à ce sujet. Arch. de la mar. fl', 4^y tt joo. passim.

(î) TOUBMEFORT, page 5.

LES AVNÉES DE PROSPÉRtTÉ

des Anglais et des Hollandais, si bien que, après avoir manqua de marchandises du Levant, on s'en trouva encombré, elles s'accumulèrent dans les ni.igasins de Marseille sans trouver d'écoulement et l'année 1699 fut marquée par une série de banqueroutes. Mais ce n'était l.\ qu'un malaise passager que le règlement du tour ctjibli en janvier 1700 guérit promptement '.

Si on jugeait d'après le commerce du Levant la situation de la France en 1700, on ne se douterait pas que toutes les sources de sa richesse étaient alors profondément atteintes, comme le révèle la grande enquête faite au même moment par les intendants. Tandis que les manufiiciures créées par Gilbert, à grands frais, étaient ruinées ou prés de l'être, les fltbriques de draps pour le Levant étaient en pleine activité. « Les soins que S. M. a pris depuis 50 ans pour les draperies fines, lit-on dans un mémoire de 1697, ne commencent que depuis les dernières années à répondre au.\ espérances que S. M. a pu concevoir des grandes dépenses qu'elle a faites pour porter ces draperies au point où elles sont. Ce n'est que depuis 1688 qu'on a ciurcprisla fabrique des Londres en Languedoc, d'abord pour en portei en Levant 600 pièces et en 1692 par laGsmpagnie de la Méditerranée^:»—: 1 .500 pièces, dont elle a augmenté l'envoi d'un plus grand nombre. -r j A son imitation les particuliers en ont fait dans la même province ew- :^ dans les voisines qu'on porte en Levant par augmentation, concur-— ^ rcmmcnt pour le bénéfice avec les Anglais qui en portaient ci-dcvan* 40.000 pièccîi*. ■ M. de Pcnnauiier, qui, depuis la fondation de ce: (ahrîques, a\:ait éti chat^ par Gilbert de les surveiller, consuuu leur p- ---:-.; en 1691 : « Le commerce des draperies dans I- Haut i ^oc et dans tous les lieux où il s'en tiit ne saurait è

plus florissant. On trax'aiUe partout à force et les ouvriers manqu

(t) « Afcis h faa «k R(»k-idt les nfgocùats firent de gnads achats. peàoKr q«e k* toaô^en aBiioK rcfncshiic kur comaKroe. Ainsi b Compign ^^ *c «■ Le«am em An^Mctrc 6t éamaa ses <fciycric» i pêne pour Êàre van me — x-vi ■Abcs «( nitaMn- b t«nte «les lewv Aasà ks Mirwilnii um»iimi «fificif i AxMkr k«n nardMadëes «{oi s^McviMlèRM Job ks maeasif is, ce oui ooc skttM oac ïiMc Jo tiiinaniMUi • «MITmiii é» élftÉi it \*mUt «n Comtiil — CtmÊmnt^ 4 "M^ ty>i. — Bcirajsi.r, t. U. Ayyeifce. p. 4^7^ — ■ Le ~

mat è» IMT «s'il ptol â S^ M. d'itatta n bob ée ianner 1701 ooén ;

praapMflMM ndfct ^*oa s'duit ftofoaé^fai ctak priadfMkmcnt a urter **^^

<OMS «KS boM^MtOMCs Mrinfes cB (mhc 1 JBDce pvfcàknte par b trop aviiM <k& ■Jndwii. a tt. f. HMilfl mki âa. ai >ék-. 17^4.

U) >cik A h UÊ^im, r. M7. /W. #b. — La Loaâtts tekni ks ai«.-#»

LES PROGRÈS DU COMMERCE 297

plutôt que le débit. J'ai vu la manufacture de Saptes qui n'avait d'ordinaire, inOme selon son obligation, que 30 métiers battans. Elle en avait le 20 de ce mois 53 et on allait en établir d'autres. Si elle ne flùt pas la quantité de pièces de drap pour le Levant qu'elle devrait fciire, c'est parce que les ouvriers lui manqueront, quoique depuis peu il lui soit venu di.vscpt familles bollandaiscs, toutes catholiques. Je n'ai pas eu le temps d'aller à celle de Clermont, mais j'apprends qu'elle travaille aussi considérablement '. »

En 1694 des marchands de Carcassonne et d'autres manulacturiers du l.auf'uedoc se proposaient d'entreprendre la fabrication des draps pour le Levatit et demandaient b. Pontchartrain les mômes avantages que possédaient les manulacturcs royales de Clermont et Saptes ou bien la réduction .\ la nioitié des droits sur les transports du Lanjjucdoc i Marseille. Pontcliartr.iiii, qui demandait l'avis de Lcbret, en était il craindre que l'envoi d'une trop grande quantité de draps en Levant ne détermin.ii une baisse de prix; on était loiti du temps ou Colberi s'irritait de voir les .Marseillais négliger ce trafic *. Vers la fin de la guerre on vit encore un Hollandais recevoir l'autorisation de fonder dans le Languedoc une nouvelle manufacture de draps pour le Levant. Un autre industriel établit aussi dans les Cévennes une manuCtcture de serges impériales dont les produits étaient exportés par Marseille, et Pontchartrain consultait Lebrct en 1697, pour sivoir si ce commerce valait la peine qu'on l'exempt.'it des droits de sortie du Lmguedoc^. Enfin Pontchartrain constatait lui-même la bonne situation des fabriques de draps à la fin de 1697, quand il écrivait i Lebret ; « Je vois ;\ présent que ces m.inufacturcs sont bien établies, qu'il se présente tous les jours des gens qui demandent des permissions d'en établir de nouvelleset que généralement la plupart des marchands offrent de travailler pour le Levant, pourvu qu'ils puissent le faire à des conditions égales Ji celles qui ont été accordées h quelques entrepreneurs par leurs privilèges*. » D'un autre coté la qualité de nos draps continuait à devenir meilleure. « Si on continue de perfectionner les draps français dont on vient de voir ici de très

». I. çi

i| Pdinanlicr, tiiioiier Ats fiiiaiKti, au coiitioleiir, }o octobn if»jt, BoisLtsi.E, 977".

(2) .4 LebrrI, 14 octohrt i6ç3. Itli, Jii.

(3) .-< Lfbrel, 2; octobre id^j, ScKtobn' i6çS. RoisusLK, l. I, 1671"; M» --/ Lfbr/I, s tit'cfmbiê j6çj. IIojsusle, t. 1, 1671.

LHS AK\ÉES nn PROSPÉRITÉ

beaux essais, écrivait à la Chambre le consul du Ciire, le 25 févrîc ifi9>), comme I.1 montre Je ces essais n'est pas moins belle que celle des plus beaux draps d'Angleterre, il demeure constant qu'on peut égaler ce travail '. »

Les manufactures du Languedoc étaient alors nombreuses et se divisaient en deux groupes ; les manufactures royales de beaucoup les plus importantes, qui jouissaient de grands privilèges et auxquelles les Elus du Languedoc payaient une pistole par pièce de drap de trente aunes, c'est-à-dire une demi-pistole par pièce de drap ordinaire, et les manufactures des particuliers, qui soutenaient dillicilement la concurrence contre les précédentes. Pendant la guerre du succession d'Espagne, la province de Languedoc essaya de s'affranchir de la pistole. mais on fit voir ;\ la Cour que si le commerce des draps était utile \ l'Etat il ne l'était pas moins au Languedoc. Les manufactures qui jouissaient de la pistole fabriquaient par année moyenne 5.00Q pièces de draps fins qui, valant chacune environ 200 livres, rapportaient i la province i. 000. 000 de livres, or l'achat des laines et des drogues pour la teinture ne courait pas plus de a 50.000 livres et le paiement de la pistole 25.000 seulement; c'était donc une grosse somme qui restait chaque année dans la province*. Parmi les sept manufactures jouissant de la pistole, celle de Saptes, la plus ancienne, était dépassée en activité par celles de V'illencuvcles-Clermont et de la Trivalle; les fabriques de la Grange-des-Prés, de Pennautier, de la Terrasse, dirigée par des Hollandais, et de Bizan, prés Narbonne, étaient moins importantes. Parmi les autres manufactun^s, celles de Clcrmont, de St-Chinian, de Circassonne, de Conques n'étaient pas moins actives que ces dernières ; enfin venaient les petits fabriamis de Si-Chinian et de St-Pons*.

Un mémoire, remis aux plénipotentiaires du roi au Congrès de Kiswick', constate en 1696 l'activité d'autres industries qui fournissaient des articles d'exportation pour le Levant : • Ceux de Marseille ont encore, par dessus les autres provinces du royaume,

(i) AÀ. J04 — Le consul di; livournc écrivait au contraire le -i septembre — ' I69^ : c li-s marchandises du convoi Angle- Hollandais sont de très nuuvaisir — qualité. • AA. S 94.

(2) Mémoire de ijof. AnAiw }fat. F", 64$.

(j) Dùpouilk-mem tiré de ViAxx général envo\tî par le sieur Cauvièrc de toupies draps tins et communs qui sont passas à Marseille sous son inspection pendant les années 1700-1705. — Artlntws K'al. F'*, 64s.

LES PROGr/îS du commerce

«liversesmaniiCicturesdans leur ville, de bonnets de laine et de draps d'un mrand et singulier débit en Levant, dont S. M. a procuré l'au^meiitation par les règlements qu'elle a fait expédier, et d'autres Tnaiiufactures... On a établi des papeteries en Provence, dans tous les endroits où il a été possible d'en faire; S, M. en a même fliit établir en Languedoc pour aider au commerce de Marseille qui en Trouvera en Levant le débit autant qu'on en pourrait porter, sans <^ue les papiers de Gènes et de Venise puissent diminuer les nôtres. Les s;ivonnicrs de Marseille travaillent autant et plus que pendant la paix. S. M. a mis un droit exclusif à l'entrée du savon des fabri- <jucs étrangères qui assure la consommation du savon des fabriques <le Marseille. Un des plus considérables commerces du Levant après les soies et des plus nécessaires au royaume consiste dans les cuirs et les peaux en poil; il y a A Marseille des tanneries d'un grand travail et cette ville fournit aux besoins des autres provinces les cuirs tannés et apprêtés dont le commerce se trouvait beaucoup diminué il y a huit ans, parce que les Atiglais, qui tiraient les peaux brutes du Levant, les apprêtaient chez eux et les renvoyaient tannées i\ Marseille et dans les autres ports de Provence; S. M., pour empêcher ce mal, a lait ordonner par l'arrêt du Conseil du 8 novembre 1687, 20 0/0 de la valeur h l'entrée de Marseille même et des ports de Provence et de Languedoc.., Les blanchisseries de cire de Marseille ont aussi fort augmenté pour l'emploi et le débit des cires brutes de leur commerce'. » Les marchands étaient donc .issurés de se procurer facilement les articles d'exportation dont ils avaient besoin pour le négoce du Levant; d'un autre côté l'appauvrissement du royaume ne l'empêchait pas d'avoir besoin des matières premières et des denrées qu'on achetait dans le Levant. La ruine de l'agriculture profita même aux armateurs marseillais qui transportèrent alors des quantités considérables de blés de l'archipel, de Salonique et de Barbarie. Au moment où la France allait reprendre la lutte sur mer contre l'Angleterre et la Hollande, elle était enfin parvenue i rendre à son commerce du Levant une importance A peu prés égale ;\ celui de ses deux rivales. Ces progrès n'avaient pas été réalisés sans lutte, et, depuis quarante ans, la rivalité d'influence avait été fort vive entre les ditî'érentcs nations auprès de la Porte et dans les échelles. Malgré les relations en apparence cordiales qu'entretenaient entre eux les

II) Arch. de la Marine. B^, 4<)-,, fol. jS/.

300 LES ANNÉES DE PROSPèRITÉ

consuls et les marchands, ils ne manquaient aucune occasion de se nuire les uns aux autres. Ainsi, lors de l'affaire de Chio, les Anglais avaient partout répandu le bruit que les Français avaient commis une grave offense envers le sultan et qu'une rupture allait en résulter; ils espéraient par li exciter contre eux des soulèvements populaires dans les échelles*. Chaque guerre européenne était une occasion pour les résidents des échelles de faire valoir la puissance de leur nation, et les Français ne manquaient pas de célébrer par d'éclatantes réjouissances, dans chaque échelle, les victoires de Louis XIV. Les progrès du commerce français depuis 1661 semblent avoir été faits surtout au détriment des Hollandais; c'est aux dépens de leurs draperies que le débit des draps du Languedoc prit des proportions considérables dans le Levant*. Nos ouvriers apprirent peu ;\ peu les secrets de leur fabrication, que des transfuges hollandais leur avaient apportés, et la gêne que firent subir à leur commerce les deux guerres qu'ils venaient de soutenir contre la France, donna aux marchands français les avantages de la vente*. D'ailleurs, les Hollandais n'avaient pas cherché à étendre leur commerce dans tout le Levant; fortement établis à Smyrne, ils ne s'étaient pas formés ailleurs en corps de nation et n'avaient pas de consuls dans les autres échelles; les quelques marchands qu'ils y avaient, comme au Ciire et à Alep, restaient sous la protection des consuls français*.

(i) D'Arvieux, t. VI, p. 238-244. « Les Anglais rùsidant À Coiistantinople ne manquèrent pas d'écrire à Alep la canonnade de Chio, et ceux d'Alep la dépeignirent dans les places et les bazars avec des couleurs si noires que, dans tout autre lieu qu'Alcp, le peuple se serait soulevé, nous aurait égorgés et mis tous nos biens au pillage... Tous nos marchands en étaient alarmés à un point que, si nous eussions été plus près de la mer, ils seraient tous repassés en France, à l'imitation de ceux de Smirue. »

(2) SeigneJayà Girardin, 4 janv. 16S7. Df.pping, t. III, p. 648 : « La décadence du débit des draperies de Hollande et la préférence de celles de 1-landre, dont vous m'informez, donnent des espérances pour l'augmentation de notre commerce en Levant. — Cf. Ành. Nal., F" 645, Mémoire de 16S) : « Les draps de Hollande n'ont plus tant de réputation conmie autrefois depuis que les Franç-iis y en portent. »

(3) M.Dortières, au retour de son voyage d'inspection dans les échelles, exposa dans un mémoire du 27 septembre 1686, que le principal article d'achat des Hollandais en troc de leurs draps était le fil ou poil de chvère, dont ils tiraient des quantités prodigieuses pour fabriquer des camelots. — Il proposa d'établir ce commerce en France; d'aller voir à Valenciennes et dans les autres places de Flandre où il se Hibriquc des camelots si on pourra le faire par Dunkcrque, ou bien de faire fabriquer des camelots ;'i Marseille. — Arcb. Nat., F", 64^. Mân. du 27 sept. 16S6.

{4) Le consul anglais d'Alep disputa à d'Arvieux le consulat des Hollandais (t VI, p. 483.502). — Cependant, en 1692, il semble qu'il y a un consul hollandais à Alep.

LES PROGRES DU COMMERCE

Tout autre cuit I.1 situation des Anglais, dont les progrès croissants "riiquiétaicnt vivement les Marseillais. C'est en Egypte surtout cjue s'exercèrent leurs efforts pour enlever aux Français la situation prépondérante et presque le monopole du commerce qu'ils avaient

^kconservé jusque là. Le négoce de l'Egypte prenait en effet de jour en

^^our plus d'importance; la permission que les Turcs commençaient à 4lonner d'exporter des denrées livrait au trafic deux articles nouveaux,

■de riz et surtout le cat'é. De plus, les idées de Colbert et de Richelieu sur l'importance de l'Egypte et de la mer Rouge, considérées comme la vraie route des Indes, avaient tait leur chemin dans les esprits, et, tandis que nos diplomates cherchaient ;\ ouvrir la mer

^Rouge i nos navires et à nos marchands, l'attention des Anglais se pona aussi de ce coté ; dès lors, la rivalité d'influence entre les deux nations en Egypte devint très vive. La réduction énorme de> droits et les autres fiiveurs accordées aux Français de 1 684 à 1 6S7 semblèrent

Ileur doimer définitivement le monopole du commerce dans ce pavs, et les Anglais ne songèrent d'abord à lutter qu'en traliquant sous le nom de marchands français. Mais ils ne purent se résoudre longtemps i ne pénétrer que par fraude sur un marché aussi important, et tous leurs efforts tendirent ù obtenir l'établissement d'un consul anglais au Caire et la réduction des droits de douane au même taux que pour les Français. Leurs résidents se

■ donnèrent un consul en 1696, et les facteurs hollandais en Egypte songèrent aussitôt à se mettre sous sa protection pour éviter les droits considérables que leur fais-iit p.uer le consul de France'. C'était un grave échec pour la nation française; l'ambassadeur, M. de Castagnères, réussit ;\ empêcher pendant deux ans que la Porte ne reconnût ce consul, mais l'argent des Anglais finit par triompher, et ils obtinrent en 1698 un catffecherif qui leur accorda le consulat duCiire. Pontchartrain songea bien un moment ;\ en empêcher l'exécution en s'appuyant sur le pacha et les puissances d'Egjpte, qui se trouvaient lésés dans leurs intérêts, si la diminution des droits de douane était étendue aux Anglais, mais cette affaire ne fut pas poursuivie*.

Les Anglais se trouvèrent ainsi sur te pied d'égalité pour disputer

(r) Lettres de Poiilcimrliaiii, iiS' wai, S août i6()6. BB, Si. (l1 Lettre de Ponlcbiir train. 2) juilU't i6qS. BB, .Va. — L/tIre de la Cliamhre, 6 novembre i6i)S. BB, iS : Elle jutorisc la nation Ju C.iire à dépenser jusqu'à

aux Français le commerce de l'Egypte, et leur concurrence fut immédiatement redoutable. A peine établis, ils voulurent enlever aux Français le privilège des transports qu'ils faisaient, pour le compte des Turcs, d'Alexandrie à Constantinople et aux autres ports du G. S. M. de Maillet, consul du Caire, inquiet de les voir réussir, proposait de modérer les droits sur les effets des étrangers embarqués sur les bâtiments français, pour amener les Turcs à les préférer à ceux des Anglais*. En même temps le consul anglais songeait à ravir à celui de France la protection des étrangers qui donnait à ce consulat une importance et des revenus considérables, c'était le but que les consuls de sa nation poursuivaient depuis longtemps dans les autres échelles. Il s'agissait surtout des Italiens, Génois, Livournais, Messinois, Vénitiens môme, quand ils étaient en guerre avec les Turcs. Les Capitulations ne les obligeant plus à prendre la bannière de France, ils naviguaient sous la protection de celle qui leur accordait le plus de' sûreté et d'avantages. Avant Colbert, « l'avilissement du pavillon français avait donné la préférence de cette navigation aux Anglais et aux Hollandais » ; Colbert réussit, en relevant notre prestige, à ramener les étrangers sous notre protection et, jusqu'en 1694, « il n'y avait que le pavillon français employé dans le Levant*. » Mais à la suite de la réforme des consulats de Pontchartrain, quand les étrangers se virent obligés de payer, outre les anciens droits de consulat plus onéreux que ceux des Anglais et des Hollandais, les avaries quelquefois très lourdes imposées dans les échelles pour les dépenses de la nation française, lorsque la guerre de la ligue d'Augsbourg montra l'aifaiblissemcnt de la marine française et qu'on vit la Méditerranée presque au pouvoir des corsaires et des flottes des coalisés, beaucoup d'étrangers abandonnèrent une protection onéreuse et qui ne semblait plus utile. Cependant cette désertion ne prit des proportions inquiétantes que pendant la guerre de succession d'Espagne'.

dix bourses (9000 piastres) pour gagner les principaux clicfs de la milice. — V. Lettre du consul Je Maillet : ij août lôçS : « Les Anglais ont déjà dépensé douze bourses et ils n'établiront les choses sur le même pied que nous qu'il ne leur en coûte beaucoup. » AA, ^04.

(i) 21 juillet ijoo. BB, S2.

(2) Arcb. de la Mar. B^, (97, fol. jyS-SS.

(}) Voir, à ce sujet, la correspondance des consuls, qui se plaignaient vivement car ils voyaient diminuer les revenus de leur consulat.

LtS PROGRES DU COMMUKCE

Partout, iliuis les grandes échelles, les Anglais s'étaient établis ;\ côté des Français ; ainsi, dès qu'ils virent la nouvelle échelle, que ceux-ci venaient de créer A Saionique, prendre de l'importance, ils songèrent à y envoyer un consul'. Pour mieux établir leur influence, ils fondèrent alors A Oxford un collège pour élever de jeunes enflints des pays du Levant et les instruire dans la religion anglicane. Dès que U nouvelle en parvint .i la cour, on s'en émut et Pontchartrain écrivait à la Chambre le 3 1 mars 1700 : « S. M. a trouvé important, pour ne point laisser introduire l'hérésie parmi les nations :\ la conversion desquelles un nombre de missionnaires de ses sujets travaillent, de tirer dou/e enfants des iamillcs les plus accréditées dans les Arméniens, les Grec.^, les Suricns et les Coptes pour les faire élever dans un collège dans le royaume, leur apprendre les principes de la vraie religion et les mettre en état de la défendre dans leurs nations et d'empêcher que ceux qui repasseront d'Angleterre y dissent aucuns progrès. » Le roi avait résolu de les faire élever dans le collège des jésuites i Paris qui reçut en effet en 1700, douze jeunes gens dont quatre jeunes Grecs et Arméniens ci huit Syriens ou Coptes qui vinrent du Caire et d'Alep*.

Les Juifs des pays chrétiens, paniculièrcmcnt de Livournc, qui venaient s'établir dans les échelles, où ils se mettaient sous la protection du consul de France, inspirèrent aussi aux négociants français de vives inquiétudes, surtout au Giire et ;\ Alep. Le consul d'Alep écrivait à leur sujet en 1692 des lettres curieuses' : « De toutes les tidtions qui s'établissent aux échelles du Levant pour négocier, disait-il À la Chambre, il n'y en a pas qui porte plus de préjudice X notre commerce que celle des Juifs de chrétienté. Cette ville d'Alep en était délivrée, mais depuis quelques années ils s'y sont introduits et, s'étant mis sous la protection des consuls de France, jouissent des mêmes privilèges et avant.iges que les Français... Depuis cinq ou six moi? ou ui» an seulement, le nombre de ces gens l;l s'est rendu aussi grand que celui des marchands français et comme il va toujours en augmentani, en étant venu deux ou trois de Livournc et en

{}) iS dhriHbre ijao. .iÀ, s 4)- Lttire Ju cmnil.

(Il Ponlcharlram à la Chanihrt, )t mars. 11 avril ijoo. BH, S}. — Deppinc, I. IV, p. 19J. — Sur le commerce Jo .\ugl;iis ù Alcp, voir Jcs dthjils intéressants Jans U Arvieux, t. VI, p. 54, 266, etc.

(î) l6 avril i6>}3, 31 fnift i6çj. À A, )f>î. — Cf. Délibération de \i Clunibfe (lu î^ «ovembfT 1711 à la suite d'utic nouvelle Ictirt de consul d'.AIcp, BB, (>

devant venir encore d'autres, il va être incomparativement plus grand que le nôtre et il excédera sans doute celui des Anglais qui sont beaucoup plus que nous. Ils vont, à la barbe près qu'ils se laissent croître, comme les Français et les Anglais, et pour se distinguer des Juifs du pays et paraître comme s'ils étaient chrétiens, ils portent le chapeau et la perruque. Il y en a quatre qui sont logés dans le même camp que j'habite.... Ils se logent et se nourrissent à petits frais ; ils sont toujours les premiers à recevoir des marchandises d'avis et à renchérir le prix de celles qui viennent de Perse et d'autres provinces, à faire des trocs qui semblent leur être désavantageux et qui ne le sont pas par les frauderies qu'ils font à leurs marchandises, de sorte que notre nation et celle des Anglais et des Hollandais souffrent beaucoup de ces gens h\ dans leur négoce et seraient bien aises de les faire retirer en ne leur accordant pas de protection.... mais il faudrait être assuré que le consul Hollandais ne les recevra pas sous la sienne, car pour celui d'Angleterre il ne les recevra jamais, à cause des défenses rigoureuses qu'il a de MM. de la grande Compagnie. Il faudrait provoquer une démarche des ambassadeurs auprès du Grand vizir pour lui représenter que toutes sortes de Juifs, dès qu'ils sont dans les terres du G. S., seront censés être de ses

raïas ou sujets et soumis h. toutes les charges et par conséquent

obligés de quitter le chapeau et prendre la tourtoure, comme font tous ceux de leur nation qui sont sujets de sa Hautesse. »

Les mêmes plaintes furent formulées au sujet des Juifs établis à Alexandrie qui étaient accusés dé se livrer ;\ toutes sortes de fraudes, et elles ne firent que devenir plus vives pendant la guerre de succession, mais le projet de leur refuser toute protection n'aboutit jamais, foute d'entente avec les Anglais et les Hollandais. Quant aux Vénitiens, qui occupaient encore une place importante dans le Levant au début du xvii' siècle, leur commerce avait continué de décliner; leur consul d'Alep, le plus important de tous, ne pouvait plus subsisrer à cause de la pauvreté de leurs affaires, il était remplacé par un vice-consul et d'Arvieux rapporte qu'en 1679 les marchands Vénitiens lui représentèrent que la république voulait le retirer et mettre sous la protection de France tous ses sujets qui voudraient continuer le commerce en Syrie '.

(0 D'Akviel-x, t. VI, p. 168-72. V. lettre qu'il écrivit au Sénat de Venise le 10 novembre 1679 pour dire qu'il accepterait le consulat des Vénitiens. — T. VI,

LES PROGRliS DU COMMERCE

Ainsi, vers 1700, les Anglais, les Français et les Hollandais fAiSiiient ;\ peu près tout le commerce du Levant ; les premiers étaient de beaucoup au premier rang, mais les IVançais se rapprochaient d'eux rapidement et les Hollandais passaient dctînitivement au troisième rang'. Ce n'étaient pas seulement les chiffres du commerce des trois puissances rivales qui s'étaient modifiés depuis 166 1, mais les conditions dans lesquelles elles le faisaient ; tandis que cellesci étaient très ditTérentes en 1661, elles tendaient de plus en plus A devenir uniformes. Les nations autrefois étaient soumises à des droits différents par les Turcs : les Français, après avoir obtenu, en 1673, de payer les mêmes droits que leurs rivaux, avaient acquis un traitement privilégié en Egypte, en 1685 ; les Anglais se firent accorder les mêmes faveurs en i6^8. Les Français étaient dispersés dès le début du wii' siècle dans de nombreuses échelles, sur toutes les côtes de l'empire du G. S. depuis la Barbarie jusqu'A la Morée, tandis que leurs concurrents n'étaient établis solidement qu'à Smyrne et que les quelques marchands de leur nation résidant ailleurs restaient sous la protection du consul de France; en 1700 on voyait partout dans les grandes échelles un consul et une nation anglaise à côté de la nation française. Transformé par les cflbrts soutenus du gouvernement royal, le commerce français, ouvert autrefois librement aux efforts de l'initiative individuelle, mais aussi abandonné A ses écarts, avait reçu une organisation solide, mais un peu gênante, comme celle des Anglais et des Hollandais; la Chambre du commerce de Marseille, par l'étroite surveillance qu'elle exerçait, n'était pas sans analogie avec la Chambre d'Amsterdam. Enfin, tandis qu'aupar.ivant les Français portaient dans le Levant beaucoup plus d'argent et les étrangers beaucoup plus d'objets manufacturés, tous se disputaient maintenant la vente des draps et l'achat des mêmes marchandises pour les retours.

Cependant de profondes différences subsistaient encore entre les

p. jio, « Le convoi Je Veni-sc arriva i Tripoli compose de trois vaisseaux Je guerre et sept marchands. Ils n'osèrent venir ù Alcxandrettc .1 cause des engagcmcms du wiir Né^;ri, leur consul... Ce convoi, extrêmement pauvre, semblait ùtrv venu plutôt pour charger des marchandises à fret que pour en acheter. »

(t) Un mé'raoire des Arch. de la marine de i6g6 dit que le commerce des Hollandais est i peu prés sur le m£me pied que celui des i-'rançais et que les .\ng|jis faisaient û eux seuls autant de «.ommerce uue les iiollarrdais elles Tranfais ensemble. — Mais il s'appuyait sans doute sur des renscignenicnts datant de quelques annéci. J3', ^i^j, fol. jSj.

306 U.b ANNLLS ni: l'KOSPURlTi:

Franv-iis et L-iirs voisins. Leconiincrcc Jcs Anglais et des Hollandais continuait d'ctrc concentré dans quelques mains, n'occupait qu'un petit nombre de navires, et était limité aux grandes échelles comme Smyrne, Alep, le dire. Celui des Ixinçais était soutenu par la réunion de nombreux petits capitaux ; non seulement toute la population de Marseille, mais celle des autres villes de Provence, et surtout les marchands de Lyon y étaient intéressés. Les Français montraient leur pavillon dans tous les ports du Levant et de la Barbarie, dans les petite:» îIcn de l'Archipel et sur les côtes de la Morée et de la Macédoine, comme dans les grandes échelles, et ils employaient à cause de cela un grand nombre de bâtiments de toute sorte : barques et tartanes qui fréquentaient les petites échelles ou taisaient le cabotage dans le Levant, pulacres et gros vaisseaux destinés aux échelles de premier ordre. Ainsi dispersé et morcelé, le commerce français était moins solidement établi peut être et donnait moins de bénéfices que celui des Anglais et dus Hollandais, mais il manifestait plus d'activité et plus d'efforts et il était plus intimement lié à la prospérité du royaume, dont il faisait vivre toute une province. Sans le commerce du Levant, ALirseille et le.s ports de Provence eussent été entièrement ruinés, l'industrie- de Lyon et du Languedoc fort compromises, tandis que Londres et .\msterda:n eussent été atteintes sans doute dans leur richesse, mais n'en seraient pas moins restées des cités prospères.

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