‹ Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIe siècleChapitre 54 sur 117 · ooo livres de draps · texte numérisé non relu

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Pendant ce temps, les députés du Languedoc sollicitaient pour que le commerce du Levant pût se (aire par le pon de Afm d'inrïuenccr le Conseil, les états du Languedoc prêtetids^^bitn supprimer l;i pistolc que la province donnait aux entrepreoctiiid! — 'i ia inanut.ictiircs, pour chaque pic-ce de drap de 30 aunes qu'ils ^^Ktthriquaient pour le Levant, car si la province ne pouvait pas parti— riper ;'ice commerce, pourquoi continuerait-elle de s'imposer des sacrS^ftccs pour l'encouraf^cr ? De leur côté, les Toulonnais emplo>~aien^^l un moyen détourné pour faire venir les marchandises du Levant liiir ]«)rt, ils demandaient de nouveau que les navires vcnan I.evatU pussent faire librement quarantaine dans leur port, ce DU VI hait la porte aux contrebandes, tandis que leurs savonniers citaient l'autorisation de faire venir directement des cendre^^^ Ju Levant\ Toutes ces revendications, contraires au monopole de 3I.Trseille, étaient justes, mais il eût fallu, pour les satisfaire, bouleverser complètement l'organisation du commerce du Levant et renoncer i

maladie Je M. Amclot qui suspend les assemblées .lu sujet du riitablisscmcnt *icU Ir.uicliiie [4 iwi)t ijvj, S noiit, ij aoiU, 4 septembre. BB, 29). — Pontchartraia K»tenait vivement les Marseillais.

(1) 3 Jh-r. lyo} Itli, jy. — Les Pnnanuis resta-ii-nirent alors leurs prCii Cl se l>ot'ni:reni à réclamer h diminution do moitié ilu droit de 20 o.'oei le - lion de ce droit pour les cotons, les cires, les huiles et le riz. La Clumbre s'y oppou non njoins énergit.]uemcnt. V. Lettres du j; et )kiaoi'ic 1702. UB, 29.

(î) Jin/lol il /j-/-/.'/, ) juin tjot. Arcb. .Vu/., F'*, 114 ; Recueil des li:itr« lïcrittfs par M. .\nielot, conseiller d'Etat, sur les .ilîaires concenum le coronitn:' el let manurjcturcs.

\\) b dkoHbrt tyoi. BB, iç, — ao ii€tmbrt ijoa, ^iJ,

élis r ifs

qui

RàKORMES ET PROJETS

les principes qui l'avaient inspirée; il eût f.illu changer le système des fermes qui favorisait la contrebande des étrangers, et modifier nos relations coninieicialcs avec l'Angleterre, comme le taisait Remarquer le député Fabre dans un de ses mémoires : v 11 est si appa- HtQt et si vrai, disnit-ii, que Marseille est toujours remplie de toutes Sortes de marchandises assortissantes, et plus même que la Hollande ■et l'Angleterre, que Marseille fournit souvent la première de marchandises qu'elle n'a pas et en ferait autant A l'autre s'il était permis BéIV en porter, mais ils y ont mis bon ordre par une défense rigou- Rcuse, et les marelKindises qu'on y porterait seraient brûlées et peut- Becre aussi les vaisseaux, tant ils sont attentifs à conserver ce commerce pour eux-mêmess, et encore par une haine naturelle qu'ils ont contre les Français. Kt par quel endroit de justice la France permettrait-elle que les Français allassent prendre des marchandises du Levant chez euxV »

S Outre les arguments que Fabre sut faire valoir et le nom de Colbert qu'il invoqua habilement pour faire renouveler les privilèges de Marseille, la Chambre ne négligea pas les sollicitations et sut employer ITargeat i propos. Les Ponantais ayant présenté un grand mémoire, pîi ils critiquaient la conduite de la Chambre dans la direction du cjmmerce et proposaient l'établissement d'une Compagnie, la Chambre intrigua pour empêcher qu'il ne fût produit dans le conseil, et, ^^ur en détruire l'effet, elle écrivit des lettres pressantes à chacun de "ies membres*. Jamais elle ne dépensa autant en présents distribués de divers côtés. « Nous voyons de plus en plus, écrit-elle A Fabre,... Hes indispositions que M«' Rouillé du Coudray a contre nous, mais, pour ne pas laisser inutiles les offres qu'il a plu à M. le bailli de Noailles de vous faire, nous trouvons à propos que vous donniez jusqu'à 100 louis d'or \ la personne qu'il vous a dit pour vous rendre JM. Rouillé favorable, mais avec cette condition expresse que

(Il BiM. Nal. mss.fr. ift/oti), fol. 21).

(i\ 2î SfpUwbie If 02, à M. delà Vigne, preinitr cotiiiiiis. — li Mp iPOnutou et

ljf<- XftirUtigyi, titûitrei dfS reijiiitfs, — à M»'^ l\mklhirlrain et Chamillart. — A

fcW*''» Diigiiciseau, AiikIoI, Diinitenonville, Kouitlé du Coiuhiiv, coiiieilUrsdii roi. lili, 2^.

Fabre trouva l.i lettre a Ch.iraill.irt m.iljJmitc et l.i renvoyai \a Chambre pour

I corriger. « Vous trouverez ci-joint, lui répond-cllc, les deux lettres que vous .avez

Rupt' 3 propos de «rorriger : les foujnges de M. Colbert dans celles de Me' de Cha-

tiullart nous p.ir.ii5saicnt bien placées, mais puisque vous .ivez jugé .i propos de les

supprimer, nous l'avons l'ait... nous y avons placé les mots de Votre Grandeur

en bien d'endroits. » — Au R. P. Fleuriau, jésuite (frère de d'Armenon ville),

Klobre fjo2. BB, 29.

vuus serez bien certain qu'il aura favorablement opine pour nous, tant au sujet de notre commerce des piastres de Levant que pour le rétablissement de notre franchise'. » Par une autre lettre-, elle Tautorisait ;\ promettre à d'autres personnes jusqu'A 2.000 pistoies'. Ei"»" outre, elle multipliait les cadeaux aux membres du conseil. Enfin pour la première fois, la Cl-ambre servit annuellement des peniion. -^ h ceux qui pouvaient lui être utiles ; M. de Salaberr>', premier con."~^^mis dePontchartrain, reçut 1000 livres jusqu'à la fin du règne, M. ■ "^ c la Vigne, secrétaire d'Amelot, eut aussi sa pension.

Tant d'etlbrts et d'intrigues furent couronnés de succès ci "ïi

10 juillet 1703 fut enhn publié l'arrêt du Conseil', si longtcm ^^^ attendu par la Chambre, portant rétablissement de b franchise de I

ville, port et territoire de Marseille. Le préambule, fort développ rappelait les privilèges accordés par l'édit de mars 1669 à Marseille^ tous les arrêts qui les avaient confirmés et étendus, il énutnér -.— «it ensuite tous les arrêts subséquents qui avaient altéré la franchise^ et

concluait ainsi : « Quoique tous ces règlements semblent n'av'^dzair été faits que pour favorùser le commerce des sujets de S. M. et 'M vi duimer quelque avantage sur le commerce des étrangers, ils n'crr» ijt pas laissé cependant de produire un effet tout contraire. Depuis X«s difficultés auxquelles l'cxccution de ces règlements a donné I » ^u d.ms Marseille, les étrangers qui y avaient pris des habitudes v*^ »t taire commerce A Gènes et \ Livourne qui sont devenues pac~ *^e moyen les places les plus fréquentées et les plus considérables p«>«Jr le commerce de Levant et d'Italie. ■ L'édit conmiençait par décLx r^r que « les habitants de la ville de Marseille et les marchands et tié^<->ciants, tint sujets de S. M. qu'étrangers et autres personnes de to»-!tes nations et qualités, jouiraient dans toute l'étendue de lavill<-, port et territoire de Marseille, des exemptions, privilèges et ÙTAtichises accordés en lavtur du commerce et portés par l'édit du ii"»oi$ de mars 1669 » ; mais il renfermait ensuite plusieurs restriction -S. Les prohibitions subsistaient en partie : « les draps, étoffes et b^» de laine de manufactures étrangères, les étoffes des Indes de toutes

11) 1; jam\ tjof. BB, 29.

(j) tS oclohie fjoi. — « Si la personne i laquelle vous nous proposez de donr»«.'r ^000 livres m: l'.iis.iil fort Je nous faire accorder le rctablisscmciit de tiotrv Ux nchisc en cniiirr ctwirs resiriciioii, vous pouvoi les lui promettre pour être fuy«î'** lorsque vous auiici en m.iin l'arrêt en çonlomiitc. » b nvril ijof. UB, ay.

(î) Sut le rapport de Chaniillart,

RIilORMES ET PROJUTS 319

sortes, mùmc cclles-d'cLorccs d'arbres, les toiles peintes des Indes, les morues sèches de la pêche des étniiigers et les cuirs tannés venant de Levant et d'aillems ne pourraient entrer dans ladite ville et port de Marseille, ni en être lait commerce par les marchands et négociants de ladite ville ii peine de confiscation des marchandises et de 3.000 livres d'amende. » Le roi permettait, il est vrai, « l'entrée, le commerce et l'usage dans ladite ville, port et territoire de Marseille, des toiles blanches, peintes, teintes ou à carreaux venant :\ droiture de Levant. » Les bureaux des fermes étaient reportés comme en 1669 aux limites du territoire, mais « à l'exception néanmoins du bureau des chairs et poissons salés dépendant de la ferme des gabelles, du bureau des poids et casses, de celui de la ferme du domaine d'Occident et de celui de la ferme du tabac. » Les entrepôts établis pour les cassonades du Brésil et pour le café n'étaient supprimés que pour trois ans; il est vrai que la liberté du commerce de ces deux denrées fut renouvelée régulièrement tous les trois uns', jusqu en 171J.

L» fr;inchisc établie en 1703 n'était donc pas aussi complète que celle de 1669, mais elle était cependant un bienfait considérable et les Marseillais obtenaient la liberté pour les trois marchandises qui avaient fait surtout l'objet de leurs sollicitations ; les toiles de coton du Levant, les sucres et le café. En même temps que l'édit de 1703 rétablissait la franchise du port, il maintenait le 20 0/0 et le monopole de Marseille et déboutait les villes du Ponant de leurs demandes. La seule satisfaction donnée aux villes du Ponant, c'est que toutes étaient soumises au même traitement que Kouen et Dunkerque auparavant tivorisées; elles pourraient, commes elle l'entendraient, tirer des marchandises du Levant des étrangers ou venir les chercher A Livourne, en y apportant le produit de leurs {wches et leurs autres marchandises, moyennant le paiement du 20 0,0. Li Chambre de Marseille obtenait de son côté des garanties contre les contrebandes : elle commettrait des receveurs pour la perception du droit à Marseille et au bureau du pont de Beauvoisin, sur les marchandises entreposées en Italie qui y arrivaient et des contrôleurs dans les autres ports du royaume, pour tenir registre des marchandises du Levant apportées directement sans avoir été prises à Marseille.

(i) im, fi - .i'u't dit Civiifil du ii> dicanlirf tft}. — Il renouvelle ccu» du } ;ioù< 1706 et 19 octobre \~i<y).

L'arrêt du Conseil du lo juillet 1703 ne fit pas cesser la lutte entre Marseille et les villes du Ponant, ni les revendications des ports de Cette et de Toulon. Pour que le 20 0/0 fût efficace, la Chambre prétendait qu'il était nécessaire qu'elle pût à son gré fixer le tarif d'après lequel il était levé, car les étrangers pourraient profiter des hausses de prix sur les marchandises pour les faire entrer en France sans souffrir du 20 0/0, qui devenait alors insuffisant; mais, bien qu'elle soutînt avoir toujours joui de ce droit, Chamillart ne lui reconnut, avec raison, que celui d'envoyer des projets de tarifs au Conseil chargé de les dresser, car, lui permettre de les établir définitivement, c'eût été mettre entièrement à sa merci le commerce des villes du Ponant'. A peine l'édit de 1703 était-il rendu qu'un député de Toulon sollicitait vivement la permission de faire le commerce du Levant A droiture, d'être déchargé du paiement du 20 0/0 et de pouvoir donner les quarantaines ; les marchands du Languedoc demandaient les mêmes privilèges pour Cette. En 1705, les états du Languedoc demandèrent dans leurs cahiers que le cottimo fut supprimé « et que la Chambre rendit compte de l'administration qu'elle en avait fait depuis son établissement et de l'emploi des deniers qui en étaient provenus. » Chamillart, qui semble avoir eu peu de bienveillance pour la Chambre, lui demanda en effet des explications à ce sujet. Sans se décourager de leurs précédents échecs, les marchands du Languedoc fiiisaient encore présenter en 17 13 A Desmarets par le syndic général de la province un placet où ils sollicitaient l'affranchissement du port de Cette et le droit de faire directement le commerce du Levant*. Les Toulonnais ne se rebutaient pas non plus et finissaient par obtenir en 1709 le droit de donner la quarantaine aux navires*. En 171 r, les marchands de Normandie et de Picardie demandèrent la permission de pouvoir faire venir des cotons en laine et filés des pays étrangers, sous prétexte que la quantité qui en venait du Levant par Marseille ne suffisait pas A la consommation ; les députés de Lyon et de Marseille s'y opposèrent

(i) Cette affaire Ju tarif du 20 0/0 occupa la Chambre et le Conseil du commerce toute l'année 1704. Voir, Lettn-s de lyo} et 171)4. BU, 25? et BB, S}. — V. BB, ; : Arrêt du Conseil du 16 janv. ijof}, fixant le tarif du 20 0/0 : « Le roi, ouï le rapport du sieur Chamillart... vu les tarifs dressés par la Chambre en 1683, 84, 85, 86, 89, 91, 98, 1700 et 1702 »

(2) Lettre à Fabre, ly août i/O], BB, 2p. — lettre de Chamillart, 16 septembre I/O}. BB, 8j. — Délibération du 29 août 1713. BB, 6.

(3) Ordonnance royale du }i juillet lyoi), Arch. Commun. Invent, de Courmes.

RÉFORMES ET l»ROJETS

^vcment; Pontchartrain qui les soutint et demanda des renseignements à la Chambre pour mieux les appuyer, lui fort étonné' d'apprendre que, loin de manquer de coton à Marseille, les négociants avaient en magasin plus de looo balles de coton filé et 500 de coton

ti laine '.

La Chambre, de son côté, veillait jalousement au maintien du onopole de Marseille : la Compagnie des Indes et des particuliers apportaient par la route de l'Océan des cafés de Moka, la Chambre soutint qu'ils devaient être soumis au droit de 200/0. «S. M., répondit le ministre, n'a pas cru devoir assujettir la Compagnie ni ■es cessionnaires au droit de 20 0/0 sur ce qu'elle a reconnu son privilège antérieur de cinq ans h ceux de Marseille par lesquels il

S'y est point dérogé, et qu'elle en a joui pendant plus de 40 ans u'ellca fait venir des Indes de ces denrées pour son compte.... On a justifié d'ailleurs que les cafés d'Egypte seront toujours incontestablement supérieurs en qualité :\ ceux de la Compagnie des Indes et pourront se donner en France à meilleur marché, à cause des frais immenses qui sont inévitables dans la longueur des voyages par le Ponant. Le débit des cafés du Levant est donc assuré'. » Les Marseillais furent plus heureux dans leurs revendications contre la Compagnie des Indes au sujet du commerce des soies. L'arrêt du Eonseil du 13 mars 1714, rendu .\ la requête de la Chambre et du Tj-ndic général du Languedoc, portait défense à !a Compagnie des Indes orientales, à celle de la Chine et ;\ tous autres d'introduire ■ans le royaume par mer ni par terre aucunes soies, ni marchandises de soierie venant des dits pays, même sous prétexte d'entrepôt. « La Jijmpagnie, disait le préambule, a si bien reconnu qu'elle n'a pas ce ■roit, que de 1664 à 1685 elle n'a pas apporté de soies. Depuis 1685 elle n'en a apporté que de 6 à 7.000 livres par an. Mais le vaisseau pie Grand-Dauphin, revenu de Chine ;\ Saint-Malo en octobre, en ayant Bpporté plus de 30.000 livres pesant, il serait à craindre, si on le ■olératt, qu'il n'en vint encore davantage. Or, les règlements sur n'entrée des soies ont eu deux raisons : premièrement assurer la perception des droits dus à S. M. qu'il est impossible de frauder.... leuxièmcment, protéger les manuflactures de Lyon. Elles sont paricnuesàun si grand point de perfection et le commerce en est si

(r) BB, Sj. 21 août, 3 septembre, 2j upUmbrc tjii, il) iQ juin fji}, 6 avril 1J12. BB, 8j.

322 LA CRISU

bien établi, tant dedans que dehors du royaume, qu'elles méritent une faveur pirticulière. Elles ne pourraient néanmoins se maintenir si les soies des Indes et de la Chine étaient admises par les ports de l'Océan et n'y payaient que i6 livres par quintal, pendant que les droits qui se lèvent à Lyon sur celles qui viennent d'Italie, d'Espagne et du Levant se montent à 93 Uvres 19 sols'. »

Le monopole de Marseille fut donc maintenu intact non seulement jusqu'en 171 5, mais jusqu'à la fin du xvin' siècle, néanmoins la vivacité des attaques dont il avait été l'objet depuis 1701 et le crédit qu'elles avaient obtenu auprès de certains membres du Conseil semblent montrer qu'il commençait à se produire un revirement dans les esprits au sujet du système commercial du Levant. Il fallut cependant attendre les ouvrages des économistes pour voir formuler de nouveaux principes et Forbonnais les énonçait clairement dans ses Questions sur le Commerce du Levant, en 1755 : n Tant que le monopole de Marseille existera, disait-il, la France n'aura pas entrepris tout le commerce qu'elle peut faire au Levant Il ne faut

pas croire que Marseille compose ses cargaisons de tous les articles que le Ponent essaierait d'introduire au Levant. Chaque port a pour ainsi dire sa destinée privilégiée à laquelle on ne penserait point

dans un autre port Si les vaisseaux du Ponent fréquentaient les

échelles du Levant, ils rapporteraient à meilleur marché dans leurs ports, les matières premières propres à nos manufictures Marseille sera toujours le siège principal du commerce du Levant par sa situation qui lui ouvre un débouché assuré dans nos provinces méridionales, en Suisse, en divers cantons de l'Allemagne, Italie, Espagne, Portugal. Plus la concurrence des autres ports avec elle sera grande, plus elle s'appliquera à conserver les branches de réexportation que la nature semble lui avoir consignées*. »

En même temps que la grave question du renouvellement de la franchise du port était en discussion, l'attention de la Chambre et du gouvernement fut attirée par les désordres qui renaissaient sans cesse

(i) BB, 6. fol. 116. « Le concours des soies d'Orient qui peuvent être données à très vil prix parce i]u'cllcs se recueillent sans aucinic dépense au lieux d'origine, causerait la destruction des mûriers plantés dans les provinces de Dauphiné, l'rovence, Lan}>uedoc et principalement dans cette dernière province qui a fait des frais très considérables pour le succès de cette plantation. »

(2) FoKiuiNNMS. ihivr. cile, p. 112. — Cf. 1-'-', à./). Anh. Nut. ■ Mémoire du xviii= siècle (sans date), rédigé par un Marseillais.

RÉFORMES ET l'ItOJETS

; les échelles. Celle du Caire surtout fut profondément troublée par les graves querelles entre le consul M. de Maillot et les marchands'. Cinq marchands du Ciire furent rappelés en l'rancc pour justifier leur conduite, et un commissaire du roi, M. de Gastines, fut envoyé pour faire une enquête sur place, avec mission de visiter en même temps toutes les échelles. Il partit en 1706 sur le vaisseau du roi La /•l^r/H»«, après avoir conféré avec la Chambre et rei^u d'elle le recueil de toutes les ordonnances concernant le commerce du Levant. La Chambre devait lui payer 1000 livres d'appointements par mois. Cette seconde visite des échelles eut moins d'importance que celle de Dortiéres; Gastines, après avoir rétabli l'ordre dans l'échelle du Caire en donnant raison au consul contre les marchands*, termina aussi par des règlements les dilllcultés qui s'étaient élevées dans les autres échelles, particulièrement au sujet des appointements des consuls et de la nomination des députés^. La Chambre avait protesté en t686 contre certains règlements de Dortiéres, parce qu'ils étaient trop favorables aux consuls, elle fît le même reproche à quelques unes des décisions de M. de Gastines, et elle demandait au nouvel ambass^ideur, en 17 10, d'en suspendre l'exécution*. Elle ne pouvait pas, en effet, considérer d'un bon ail ces missions extraordinaires qui ne pouvaient que diminuer son autorité et semblaient constater l'insuffisance de la surveillance qu'elle exerçait sur les échelles. L La sollicitude du gouvernement de Louis XIV pour le commerce "du Levant se manifesta encore d'une manière remarquable, au début Je la guerre de succession, parles missions envoyées en Orient pour ouvrir de nouvelles voies à nos niarchands. En 1697, le consul du

(i) V, pour toute celte nfT^irc la corrcsp. de 1 cchclledu Caire, .-(.■!, jnf et jio (1704-17O)). Il y eut à ce sujet des dissentiments entre U ChAïubre qui soutenait le.% marchands (V. UB, 2<)) et Pontcliartraiii lavorablc au consul (V. diverses lettres de 1704-1705. BB, S}). Q.ue!qucs-unes se trouvent dans Dupping, 1. 1, p. 891-899.

(2) Voir Lellrti des lUpulà du Caire, AA, ;/(j. /; mai, i~ Jéctinhie f/o6 :

^lt M. de Gastines n'a point eu épard ;i nos raisons, ayant tout accordé à M. le Consul... Cependant... on nous lait pressentir que vous pourrez, tout terminer avec ledit sieur quand il passera par Marseille. — ullie du coinul, A A, J04. m aoi'il IJ06. — Cependant de Maillet fut révoqué à la lin de 1708. (V. BB, A';. Ltttre ii Pou le hai Irai II, )o janv. ijotj.

(3) Voir pour ces réglenienls : Lettre du consul du Caire du 10 fk'riir /707, AA, jo; : « M. l'intendant de Gastines doit tître arrivé en Provence étant parti dcChipres avec le convoi, depuis le 10 décembre dernier. 11 est resté ici pendant vingt-huit jours, etc. >i — 11 est souvent question, plus lard, dans la correspondance ÛQs règlements de M. de Gastines.

(4) Pontcharlrain s'en plaint, i) janvier lyiu. BB. Sj,

324 l'A CRiSb

Caire, M. Je Maillet, que h Clianibre elle-nicine, malgré ses dcmèlès avec lui, reconnaissait comme un liomnie habile, adressa i Poniclurtrain un mémoire « sur les vues que l'on avait Je pénétrer en Ethiopie par les routes du Nii ou de la mer Rouge, par rapport à Tintroductiun du commerce des Indes orientales. » Il y mêlait les deux questions du commerce de l'InJc et de celui de l'Ethiopie par la mer Rouge. Au sujet du premier, il ne laisait guère que reprendre les idées de Colbert et de Seignelay et il reproduisait les plans que Jacqui Savary avait exposés en 1679, dans son Parfait négociant, pour b jonction de la mer Rouge au >jil ou i\ la mer Méditerranée par un canal'. Il pressait le ministre d'en tenter la réalisation, car il v avait à craindre que les Anglais ne prissent les devants ; c'était, en effet, le moment oii ils établissaient un consulat en Egypte (1698). De Maillet apprenait qu'un agent anglais passait dans b mer Rouge « pour reconnaître les liaisons qu'on pourrait établir entre les lieu où ils étaient établis aux Indes et l'Egypte où ils comptaient de l'être au premier jour, » et il s'empressait d'écrire .\ la Chambn qu'il paraissiiit chargé surtout de prendre à Moka « les intormatio nécessaires pour y fliire un établissement à la faveur duquel les Anglais pourraient venir, tous les ans, charger les cafés qu'ils croiraient pouvoir se consommer dans l'Europe; » il avait décidé un marchand du Caire A faire à sa suite le voyage de Moka pour épier ses démarches et il demandait à la Chambre si elle approuverai: de grosses donatives pour laire éclioucr le dessein des Anglais*.

Ces projets n'eurent aucune suite, mais il n'en fut pas de tnème de ceux qu'il exposait au sujet de l'Ethiopie. Il informait la cour que

(I) Voir ccj iiiiimoircs de Maillet d.ms N'OKi., t. II, p. 221-25. M''S ^'- Nocl rcï»arde A tort les idées exposées par de Maillet comme étant origin.iles. Oairou^vj cependant dans ces mémoires des vues nouvelles et ingénieuses sur les moyens de ] faire réussir cette affaire et de triompher de lliostilité des Turcs. Il fallait, selon lui, user de patience et s'introduire peu à peu et sans bruit dans la mer Ruuge. Son avis était « d'entretenir une tart.ine d'avis pour taire passer à Surate ou ailleurs dés nouvelles » en donnant pour prétexte de cette organisation l'importance du conmierce de la France avec les Indes et le désir des marchands d'avoir plus prompicment des nouvelles de leurs vaisseaux qui devaient passer le G\p. « On éviterait ainsi, avec un si f;iiblc commencement, les inconvénients de la jalousie des marchands d'ici, et, entîn, ce serait beaucoup d'introduire la coutume de voir de nos b.Uimcnts sur la mer Kouge; cette coutume est toute puissante parmi co ^ gciii li... il n'y J qu'à trouver les vt)ies d'en faire naître de nouvelles... » La Urtane commencerait par faire un commerce restreint, puis 0 deviendrait barbue en peu de temps, et la barque donnerait lieu à une seconde. »

(a) LeUieà la Chunbrc, w mai i6^S. AA, JV4.

RÉFORMES ET PROJETS

chaque année deux caravanes considérables partaient du Ctire pour Scnnaar, capitale du pays de Fungi ou Nubie, et que des négociants turcs vêtaient établis et y trafiquaient en toute sécurité. Toutefois, il marquait s;i prétérence pour une route partant de Suez, touchant i Djeddah et aboutisxint à Massaouah. L'envoi de ces mémoires coïncida avec l'arrivée au Caire d'un envoyé du roi d'Ethiopie qui venait y chercher un médecin pour son maître ; de Maillet fit accompagner le médecin par un Jésuite et peu après deux missionnaires les suivirent. Depuis longtemps, en effet, des religieux avaient pénétré en Ethiopie et y avaient iait des établissements, car le consul du dire écrivait déjà à lîouthillicr, le 12 mai 1630, que les pères jésuites partis pour l'Ethiopie avaient failli être mis ;\ mort au Caire où on les avait (Itit passer pour des espions du roi d'Espagne'. Ce furent sans doute ces Européens qui décidèrent le souverain éthiopien à envoyer un ambassadeur A Louis XIV en 1701. Le roi, craignant d'être obligé ."i des dépenses considérables, donna pour instructions au consul du Caire de le retenir. Cependant, l'envoyé fit parvenir au roi et au pape deu.x^ lettres de son maître où il était question de s;i conversion, et îc pape envoya en Ethiopie deux religieux Italiens qui revinrent sans avoir rien conclu. Leur échec faisait douter de la conversion du roi, mais leur retour prouvait que le voyage pouvait s'accomplir sans grand danger.

Pendant ce temps les mémoires du consul de Maillet avaient décidé la cour de France X envoyer une mission en Ethiopie pour profiter des bonnes dispositions du souverain*. Elle fut confiée au sieur Le Noir du Roule, ancien consul de Satalie et vice-consul d'Alexandrie, qui avait lait un long séjour chez les Turcs. Il partit au mois d'août 1703^ mais dut attendre longtemps en Egypte \ cause des obstacles qu'il rencontra. La nation du Caire devait lui avancei 10.000 livres pour préparer son voyage et il lui était alloué par les lettres du roi 18.000 livres par an d'appointements, pendant sa mission, ainsi que 1060 livres au sieur Poucet qui l'accompagnait. Mais les marchands regrettaient ces dépenses, pour un projet bien

t(i) .•/.•?, t4j. — Il avait dépense 7 ou S. 000 piastres pour leur s.iuvcr ]a vie. (2) On avait commence par envoyer les Jésuites s'établir ,iu Caire pour être prêts ensuite à envoyer des missionnaires: « Le roi nous ayant ordonné de venir uire un établissement au Caire pour faciliter les desseins que nous avons avec le lemps de passer en des pays plus éloignés pour porter l'évangile. 1» Lettu du P. Vti^ii,jciitiU, }0 oeUii<rt'i6')i). A A, }04.

hasardeux et inspirt' par leur consul avec lequel ils étaient en violenté querelle, aussi ninutrèrcnt-ils beaucoup de malveillance pour la mission'. En mùnic lenips, il avait fallu solliciter un passe pi) rt i la Porte, l'ambassadeur l'obtint, non sans difficulté, il avait dû en parler cinq fois au grand vizir et écrivait qu'il aurait obtenu plus facilement une grâce de grande considération*. Du Roule ne partit donc du dire qu'en juillet 1704 et, tantôt en suivant le Nil, tantôt en traversant les déserts, il parvint à la fin de mai 1705 à Sennaar, dont le souverain parut d'abord bien l'accueillir. Mais celui-ci refijsa de le laisser continuer sa route, malgré l'ordre du roi d'Ethiopie et du Roule finit par être assassiné A Sennaar avec toute sa suite. Ce désastre mit fin pour longtemps aux relations entre les nations chrétiennes de l'Europe et l'Ethiopie, l'Abysslnie d'aujourd'hui.

Les efforts du gouvernement de Louis XIV du c6té de la Perse furent plus heureux; depuis longtemps, des marchands français y étaient venus trafiquer et même s'y étaient établis. Tavernier, en 1639, trouva un certain nombre de Français établis à Ispahan et les remplit de joie par la nouvelle de la naissance du Dauphin, il celé- J bra avec eux de grandes réjouissances, sans même avoir besoin de demander la permission comme en Turquie, parce que les Français « étaient tout à iait bien venus en Perse*. » Ce fiimeux voyageur, après y être retourné à plusieurs reprises pour ses affaires, décrivit la Perse dans des relations de voyage qui firent le tour de l'Europe et plusieurs autres voyageurs français écrivirent après lui des relations sur ce pays. Mais la première ambassade ayant un caractère officiel fut celle envoyée en 1664 par la nouvelle Com-

(1) V. Lellre des DcpuUs de lit nation du 27 mai I/04. AA, jso.

(2) AA, ifo. 1; Jtiilltl 1J04. — Pour cette affaire, voir lettres ,i de Maillet, consul du Caire, }o juiUel lôt^S, /j mai ijoi, etc. Depping, t IV, 181-187. — Lellu-^ de Poittclutiratii (BB, S), ff août tj02, 16 mai JJO}, 1^ iwvrmhre 1^04): Hcius qu'on a fait constamment au Caire de fournir aucun secours au sieur tlu Roule pour le voyage d'Ethiopie. — A son départ il n"a été accompngnt par aucun marchand français, pendant que les étrangers et tous les religieux lui ont fait tout l'honneur qu'il devait attendre des sujets du roi, — Pour la suite du voyage, voir V"' de Caix de Sain r-AvMOUR : Histoin d/s relaliom de la F'ana atw TAbyssinie cMtitnnt sous les règnes d< Louii XIIJ et de Louis XIV.

I;) TAVERN'itR, t. I, p. 159. — Cf. La Bol'i.laye le Goez : Il trouve a hpihan en 1648 deux capucins français, le procureur général des Jésuites, très connu dans la ville, un norm.md, liorlogeur du schah, un gentilhomme normand, dcu» facteurs anglais ; deux joailliers huguenots français dont l'un associé de Tavernier^ ' — Il rencontre deux Français à Hendcr-.\bbas, — p. ^14-28 et 119.

RÉFORMES ET PROJETS

ignie des Indes'. Elle était composée de trois marchands et deuK ►eiiiilshoniines et portait une Ifttre dt- Louis XIV au sc!i;\h, le priant le bien accutilir les 1-rançius. La réussite de cette mission ne pouvait ^tre que nuisible, il est vrai, au commerce du Levant, cir il s'agis- -lit de détourner vers le fjolfe Persique et vers Surate, centre des jpérations de la Compagnie, le commerce de la Perse qui était fait :n grande partie par les caravanes de Smyrnc et d'Alep; depuis longtemps les Compagnies des Indes anglaise et hollandaise pour- 'suîvaient le même but*. La mission arriva à Ispahan en juillet 1665, obtint un accueil favorable et conclut un traité par lequel le schah iccordait à la Compagnie la remise des droits de douane de Bender Lbbas pendant trois ans, ;\ charge de lui donner un présent qui égalerait cette remise. D'autres députés se firent accorder en 1674 la même exemption sans limite de temps, après avoir toutefois dépensé 200.000 écus en frais de voyages et de présents*.

Ces dépenses furent inutiles, car la Compagnie du Levant ne fut pas en état de profiter de ce privilège. D'ailleurs, l'édit de mars ^k669 avait déclaré que les soies, le grand article d'exportation de la ^B^erse, ne pourraient entrer dans le roy.iumc que par Marseille, et en ^Rnterdisait par conséquent le commerce à la Compagnie. Ces mis- ^■Kîons ne firent donc que consolider en Perse l'influence française et prorttèrent ainsi au commerce du Levant, bien que tel n'ait pas été

t(t) Le voy.igour Poiillct, qui rcsu dans le Luvaiu Je 1655 A i66j, adressa à de ^ Croix, secrétaire et intcrprcte du roi, une histoire des Anglais et des Hollanjis dans le Levant. C'est en grande partie une dissertation sur le commerce des mglais et des Hollandais en Perse — 11 serait facile, disail-ii, d'y introduire les 'r.inçais, car les Anglais et les Hollandais sont fort mal vus, surtout des .\rméicns qui sont maîtres du commerce et qu'ils ont écartés de leurs ports. Le soplii ne demande qu";i empêcher le commerce de ses terres de passer par la Turquie et attirer même le commerce de l'Asic-Mineure vers ses ports. Les Arméniens, ionl les Italiens se servent comme de facteurs, portent les soies à Livoume et à ^cnise. Il faudrait les admettre .lussi comme facteurs et leur faire prendre le chemin Je Madagascnr. — Poullct insiste sur les moyens de peupler Madagascar, de la ".Ttiliser. — Il faut prendre la route des Indes par l'Océan et quitter celle delà 'urquie où le commerce est désavantageux par les engagements des échelles, par l'argent qu'on v porte. Pouilht, p. 448. — Ces curieux mémoires ont pu, tition inspirer la mission en Perse, du moins contribuer à la faire entreprendre.

(2) V. SavaRY. Diction, du commerce, ço\. noo-iioî : Les Anglais commencèrent à faire le commerce de la Perse par le golfe Persique en 1613. — Ils aident scluli Ahbas à reprendre Ormuz au.x Portugais en 1622. — Omiuz démolie f«st remplacée par Bender Abb.is, n le port de toute la Perse et peut-être de toute M'Amc où il se tait le plus grand commerce. » — Les Hollandais paraissent dix ans Y«prts les Anglais, l'emportent bientôt sur eux. Les Frans^ais n'apparaissent qu'en ()) Savary. Diclionn. Ibid.

LA CRISB

leur but. C'est avec la mission de 1664 que l'Illustre voyageur Chardin fît en Perse son premier voyage*; le schah le nomma son marchand par des lettres patentes de 1666, et, associé avec un marchand lyonnais, il entreprit par les caravanes de Smyrne un commerce] important consistant surtout eu bijoux et orfèvrerie. En 1681, les! chrctiens de Perse, se sentant menacés, pensèrent que leur ruine] ne pouvait être conjurée que par l'envoi d'une ambassade du roi trùs-j chrétien. Ils envoyèrent deux jacobins trouver M. Piquet, ancienj consul d'Alep, entré dans les missions étrangères et devenu « évèquc de Césarople, vicaire apostolique de Babilone (Bagdad) et visiteur général des missions en Orient. » L'cvôque entra dans leurs vues etfl écrivit à Colbert qui le fit envoyer à Ispahan comme ambassadeur du roi en 1681. M. Piquet fut bien accueilli h Ispahan, où il demeura plus d'une année en 1682-83, et, bien que sa mission eût surtout un but religieux, il ne manqua pas de s'occuper des intérêts JiitM commerce qu'il connaissait à fond *. "

Mais, pour la première fois, pendant la guerre de succession, il fut question de laire avec la Perse un traité de commerce et d'y établir à demeure des maisons de commerce françaises. En 1704, Pontchartrain écrivait i la Chambre : « S. M. envoie le sieur J.-B. Fabre en Perse pour examiner les moyens d'y introduire les marchandises et manufactures du royaume et lever les obstacles qui M peuvent s'y opposer pour entrer, s'il est possible, en concurrence' avec le commerce qu'y font les Anglais et les Hollandais. Vous con-

fércrez avec lui sur les notions que vous pouvez en avoir Mandez ■

aux députés de la nation d'Alep de lui faire compter neuf mille hvres sur ses appointements quand il y passera et six mille livres au retour *. » Fabre, le frère de l'ancien directeur de la Compagnie de ■ la Méditerranée, qui représentait alors la ville de Marseille au conseil de commerce, fut sans doute chargé de cette mission à sa recommandation. Il avait été longtemps le principal marchand de l'échelle de Constantinople et connaiss;ùt donc bien les affaires du Levant. Fabre s'embarqua pour ;\lep avec une suite considér.ible de 52 personnes en 1705, mais le pacha ne voulut pas le laisser continuer

(i) Chardis, t. I, p. I.

(2) V. D'Arvieux, t. VI, p. J2S-i$î, sa correspondance avec M. Piquet Ispahan.

()) 13 août 1704. — LiUrtdt ChamiUail,6 ao&t 1704. BB, 8), — LaQunib«-« adresse de très humbles .nctions de grices à Pontchartrain, ij nov, J/04. BB, i p.

RÉFORMES ET PROJETS

son voyage sans un ordre exprès de la Porte, car « il était inouï, écrivait le consul, que personne eût passé en Perse avec une suite aussi considérable et des habits à la Française '. » Parti enfin d'Alep, il eut \ dé-jouer une série d'embûches qu'il s'attira en partie par sa maladresse, et finit par aller mourir A Erivan , empoisonné dit-on. Sa maîtresse, Marie Petit, qui l'avait accompagné vêtue en homme, se remit en route avec son jeune fils, arriva h Ispalian où elle fit une entrée triomphale, présenta son fils comme le successeur de son père et remit en son nom à Hussein schah les lettres et les présents que Louis XIV lui destinait *. Aprî.'s des fêtes brillantes et des réceptions magnifiques elle revint en France et débarqua à Mar-

Pscille le 8 février 1709.

Dès la mort de Fabre, l'ambassadeur, M. de berriol, avait organisé une nouvelle mission, afin d'engager de sérieuses négociations. Le sieur Michel, son envoyé, partit aux frais de la Chambre de Marseille, réussit très bien dans s;i mission, signa avec le schah un traité de commerce en 1708 et revint en France au début de 1710', Les désastres de la guerre de succession empêchèrent les marchands de profiter de ces succès, mais le schah répondit aux avances de Louis XIV par l'envoi de la première ambassade persane qu'on ait

»v-uc en France. L'envoyé persan arriva A Marseille le 23 octobre 17 14 et alla à Versailles le 19 février 17 15 offrir i Louis XIV les hommages de son souverain. Il était chargé d'entamer des négociations pour la conclusion définitive d'un traité de commerce. • Vous êtes sans doute info/"més, écrivait Pontchanrain à la Chambre, par le sieur Philip, votre député au conseil du commerce, des conditions que l'on propose d'exiger de l'ambassadeur qui est \ Paris, muni des pouvoirs indéfinis du sophi, pour procurer de plus grands avantages aux négociants de Provence qui voudront commercer en Perse par les caravanes de Turquie ou par la mer Noire.... Faites savoir si vous connaissez encore quelque ch<.>se d'essentiel à demander.... On va mettre incessamment la dernière main à l'interprétation que l'on juge ."i propos de donner à quelques articles du traité signé Alspalian par le sieur Michel en 1708 On stipulequ'il

(t) S juin ijnf. — Cf. i<^' mai 170}. AA, jôj.

{2) M. Noël, qui raconte en détail le voyage de Fabre (t. II, p, 215), ne par le pas de la mission de Micliel.

(^) La Chambre acquiite une lettre de change de 16.000 liv. tirée par l'ambassadeur, «/>/. 1708. Bti, S}. — 22 jiinv. tjio. BB, tS).

sera fourni du domaine du sophi des logements et magasins amples et commodes dans les lieux de la frontière de Perse en Turquie où les marchands voudront établir des comptoirs avec un consul.... Toutes marchandises d'entrée et sortie sans exception pour compte des sujets de sa Majesté, attesté par le certificat d'un consul, seront exemptes de tous droits, et même de la visite des officiers persans'. »

Tandis que le conseil royal cherchait à ouvrir de nouvelles voies au commerce en Ethiopie et en Perse et réussissait à obtenir de l'envoyé du schah des avantiges considérables, Pontchartrain parvenait au même moment à établir définitivement un consul à Jérusalem. Deshayes, l'envoyé de Louis XIII^ y avait réussi en 1621 ; depuis on y avait vainement songé ; Pontchartrain ne fut d'abord guère heureux dans sa tentative; M. Brémond, qu'il chargea d'établir le consulat, fut à peine arrivé à Jérusalem, en mars 1700, qu'il fut obligé d'en partir à la suite des vexations du pacha, encouragé par les intrigues des Pères de Terre Sainte inquiets pour leur influence. Les soucis de la guerre de succession firent négliger cet établissement, mais dès 17 13, un nouveau consul, M. deBlacas, fut envoyé à Jérusalem et réussit cette fois à s'y maintenir *. Cjc n'était pas un succès commercial, le consul était chargé uniquement de maintenir l'influence des latins en Terre Sainte et de veiller à l'entretien des Lieux Saints, mais son établissement ne fut pas sans affermir notre prestige auprès des populations de la Syrie.

On ne voyait pas seulement des missions diplomatiques et commerciales parcourir le Levant aux frais du roi et du commerce, mais aussi des savants, chargés de faire diverses études dans ces pays. En 1700, Pontchartrain chargeait le botaniste Tournefort d'un voyage en Levant, « pour travailler sur les plantes et sur les autres parties de l'histoire naturelle », et ordonnait ;\ la Chambre de Marseille de lui donner des lettres de crédit sur les échelles, jusqu'à concurrence de 10.000 livres*. En 1714, « le sieur Paul Lucas, médecin, passait

(i) 29 mai lyi'). BB, Sj. — L' constil (Us di'pi'dvs l'i la Chamhn- , 79 ixt. lyij : « 1,0 Conseil de régence ayant jugé.i propos d établir A Marseille un consul persan, suivant 1« traité fait avec le sophi, a ordonné au conseil du dedans du royaume de vous mander de fournir au dit consul une maison convenable à son état et proportionnée à son équipage. » Signé d'Antin.

(2) V. ^A. ;>j, la correspondance de ces consuls. — Récit très curieux de Brémond qui raconte ses mésaventures ù Jérus.ilem.

(3) j mars ijoo. Bli, Sj. — La relation de Tournefort est adressée à Pontchartrain.

RÉFORMES ET PROJETS 33 I

en Levant par ordre de S. M., pour chercher des médailles et autres pièces rares pour les cabinets de S. M. ; la Chambre devait lui fournir sans retard des lettres de crédit jusqu'à la concurrence de 3000 piastres sur la nation de Constantinople, autant sur Smyrne et 2000 sur Salonique et le Qire '. » Si le commerce contribuait pour des sommes considérables aux frais de ces voyages c'est qu'ils n'étaient pas complètement étrangers aux intérêts du négoce : « le sieur Lucas, écrivait Pontchartrain, est chargé de diverses choses entre lesquelles il y en a plusieurs qui regardent le commerce *. » On ne peut s'empêcher d'admirer la hauteur de vues du gouvernement de Louis XIV qui, malgré la pénurie des finances, ne ménageait pas l'argent pour développer l'influence de la France en Orient et en trouvait même pour doter généreusement des missions scientifiques.

(i) i" mai I-JI4. BB, 8j.

(2) j8 nmi 1714. BB, 5$.

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