CHAPITRE IX
II. — Les maux de la guerre de succession. III. — L(i reprise des affaires.
Malheureusement les maux causes par la nouvelle guerre rendirent inutiles les efforts du gouvernement pour foire prospérer le commerce. L'alliance de la France avec l'Espagne ne lui fut pas utile autant qu'on aurait pu l'espérer. Seul le commerce avec les Pays-Bas espagnols prit un grand développement. L'intendant de la Flandre maritime écrivait à Chamillartle 51 octobre 1703 : « On me mande de Lille que l'on s'y aperçoit de l'interdiction du commerce avec la Hollande et que les négociants d'Anvers et des autres villes des Pays-Bas espagnols tirent de la Flandre française les cotons, soies, huiles, riz, café et autres marchandises du Levant, qu'ils tiraient de Hollande. On m'ajoute que le change de Lille à Anvers est déj;\ diminué de 4 0/0 et un capitaine de frégate de Dunkerque, qui est présentement ;\ Marseille, mande que l'on s'y empresse de charger pour Dunkerque i\ 100 sols par quintal de fret, au lieu qu'il y a trois semaines, à peine il trouvait de quoi charger A 3 livres 10 sols '. » En Espagne Philippe V accorda aux marchands français des privilèges importants : deux décrets de 1703 défendirent aux juges et officiers de contrebande de visiter les bâtiments français et d'exiger aucun droit sur les marchandises permises venant du ro3'aume, ou sur les marchandises des prises foites par les corsaires*. En même temps la
(i) BoisLiSLK. Corresp. t. II, 512. •
(2) Il juillet jyo}. BB,S).
Chambre, sur les ordres de Pontchartrain, dressa des mémoires sur les moyens d'c'tablir le commerce de Marseille à Messine. M.iis les Marseillais abusèrent des privilèges qu'on leur avait accurdés pour tiirc une contrebande active ; le conseil d'Aragon, le vice-roi de Naples firent des remontrances ; des incidents ftcheux se produisirent dans tous les ports entre les Français et la population, l'irriiarion grandit peu à peu contre eux et ne fut pas étrangîrre à l'accueil que reçut l'archiduc Charles en lyoé. Les deux principaux ports, Barcelone et Valence, furent tout dévoués ù s;i cause: « les habitants de Valence pillèrent les effets des marchands français après en avoir traité plusieurs avec la dernière dureté. >• Alicante tomba aussi entre les mains de l'archiduc ; les Génois en profitèrent pour faire tout le commerce entre ces ports et le Levant. Carthagène, reprise par les troupes de Philippe V à la fin de 1706, resta seule ouverte bu commerce français et les Marseillais furent désormais réduits i emprunter les b.\timents des neutres, comme pendant les guerres précédentes, pour ne pas renoncer entièrement à leur négoce. Pour plus de sûreté Louis XIV donna même des passeports A des navires ennemis qui vinrent charger il Marseille et Philippe V poussa la condescendance iusqu'.\ détendre aux corsaires espagnols de prendre aucun des bâtiments qui en étaient munis'. ^ D'un autre côté, la misère de l'Espagne arrivée à son comble, les invasions qu'y firent l'archiduc Charles et les Anglais, la guerre civile qui necessa de la désoler, diminuèrent considérablement lecommerce de ce pays. L'argent monnayé tiré d'Amérique dut ser\'ir aux dépenses de la guerre, au lieu d'être employé en achats de produits du Levant; dès 170}, un décret du roi Catholique décida de se servir des piastres de la flotte des Indes par forme d'emprunt. « S'il est exécuté, écrivait la Chambre, ce sera la ruine du commerce nvtc l'Espagne et avec le Levant*. » En effet la rareté des piastres ;\ Marseille occasionna une grande gène; en 1703, au lieu de trois livres qu'elles ■niaient couramment, elles étaient achetées quatre livres. Bientôt rinsécurité de la mer fit qu'on n'en reçut plus par cette voie et il lilut les faire venir de Lyon, où elles étaient envoyées de Bayonne
(i) Pour tous an f.iits, voir une série de lettres de Pontclurtrain de 170} h I708. BB, S} (Il juillet, 12 septembre 170} : 4 mars 170J, 12 août lyoj ; K avril. 22 décembre 1706; 16 février 1707; 4 janvier 1708, etc.).
(2) 2 avril lyoj. BB, 2tj.
t't d'Oloron par Bordeaux et par Toulouse'. Le 7 janvier 1706, Lebret rc^iit Tordro' du contrôleur gémirai d'en empêcher l'cxpor-m talion et de diriger ces espèces, soit sur Paris, soit sur les hôtels des^ monnaies. La Chambre, appuyée par l'intendant, demanda en vain que Marseille fut exemptée de l'arrêt portant dccri des réaux d'Espagne, et de l'obligation de porter toutes les matières aux monnaicb Chaniill.irt répondit « qu'il accordait aux Marseillais une permission' spéciale pour faire transporter en Levant les matières d'argent qu'i faisaient venir par la même voie, mais que la franchise de leur po ne saurait aller jusqu'à y attirer pour l'exportation les matières intro duites par d'autres endroits dans le royaume *. » Aussi les piastres atteignirent elles un prix extraordinaire et la Chambre en souffrait vivement quand il s'agissait de faire des envois d'argent aux échelles pour payer leurs dépenses et leurs dettes".
A cause de la fermeture des marchés étrangers et de l'insuffisance; croissante de la consommation française, diminuée de plus en plu par les progrès de la misère et de la ruine des manufactures, les' Marseillais ne trouvaient plus de débit pour les marchandises du Levant, qui restaient accumulées dans leurs magasins. Avant li guerre mèniej l'essor subit qu'avait pris le commerce depuis 169 avait amené tout à coup à Marseille des quantités considérables de marchandises qui n'avaient pu être débitées *. La guerre fit dégé nérer ce malaise en une crise aiguë ; cependant des arrêts du con seil renouvelèrent à plusieurs reprises avec une sévérité croiss.mtc la défense de commercer avec les ennemis et de faire entrer leu marchandises dans le royaume et Chamillart avertit la Chambre qu'il faisait faire une surveillance extraordinaire ■'. 11 crut remédier il l'interruption de notre commerce avec les pays du Nord, en attirant dans nos ports les Danois et les Suédois par l'exemption du
(1) M. de Sailli- Maurice, eommissaire général de la Cour dts nionnaits à Lyon, i I Cfiamilhrl, 22 septembre fjo}. — « La plupart des courtiers m'ont dit qu'il v avait djiis Lyon pour plus de a.soo.ixx) livres de piastres et même d/ivantjgc.. Toutes les piastres sont renvoyées à Marseille, d'où le commerce trouve grauJ~ profil à les faire passer en Le^'ant. » Boislislk, t. H, 528 et note.
(a) I" janvier i^ob, Ltbret à Chamillart. — y janvier, Chimillart à Lebret, id. /• 1 mars fjoy. — Boislisle, i. II, 944, 1208 et notes.
(3) 3 juillet tjii. BB, 6.
(4) Lettre de Lebret à Chamillart. Boislisle, t. II, 287. — Cl. II, 487, et lett» Pûtiicharlrain du 4 août ijiu. BB, 29.
(5) Arrêts du 11 avril tyo2, 3S aoilt fpoj, tj avril 1704. BB, f. — Lilsa^ ^ du 24 avril 1^114. BB, Sj.
UsS MAUX DE LA GUKRRE
droit de )0 sous par tonneau sur leurs vaisseaux qui viendraient en France cliarycs des marcliandibcs de leur crû ei qui prendraient en retour des marcliandises franç.iises *, mais on ne voit pas qu'il soit venu beaucoup de ces navires à Marseille. En 1705, en présence des besoins urgents du commerce, des arrêts du Conseil permirent l'entrée de six espèces de marchandises de Hollande*, les instances de la Cliambre firent munie accorder des passeports pour quatre bâtiments hollandais, « dans la vue de procurer les moyens d'envoyer au dehors les marchandises du Levant, dont les Marseillais étaient surchargés* » ; la Chambre demandait cette autorisation pour huit vaisseaux, mais la Cour, sous prétexte que pendant la paix il ne venait pas autant de navires hollandais à Marseille ne voulut pas l'accorder. Le mauvais effet des expédients financiers auxquels eut recours Chamillart, aggrava encore la situation du commerce. Les nombreuses mutations de monnaies, déjà pratiquées par Pontchartrain, lui enlevèrent toute sécurité*. La déclaration royale du 12 avril I 707, ordonnant que les billets de monnaie seraient re»;us dans tout Ji^ royaume, et qu'à partir du 20 mai les paiements seraient ^lits un tiers en billets de monnaie et le reste en argent comptant, suscita «Jc^s plaintes générales. Les marchands du Languedoc écrivaient que <:*^uit la plus terrible secousse qu'on pouvait donner au négoce. il> 'après l'intendant Bâville, on suspendait de toutes parts les opéraci «:3ns avec l'étranger \ La Chambre de Marseille rédigea de son oc^téle 2 mai de longues remontrances où elle atlirniait que le rars^anque de fonds avait causé dans la ville, « depuis environ trois i»"a«is, dix A douze banqueroutes pour des sommes considérables*. » dl«:Dmme Chamillart recevait de toutes parts des plaintes semblables, iE «iécida, par un arrêt du ro mai 1707, de surseoir i l'exécution de la *î «^<laration du 12 avril, mais l'arrêt du Conseil du 29 octobre, ne fit
C •) ■■irrfti du 14 juin, iv septembre ijoj, 4 mats ijo). BU, j. K i) Ces marcli.iiuliscs, comme les drogueries et épiceries, èuient nécessaires ► mjr les Assonimcins des ch.irgements envoyés d-ins le Levain — Lcllres du ■^ «s*wi/, tô juin i/oj. liU, S}.
C Jl /' tiùvaiibre tjo;, /y mai, 16 juin iyo6. DB, S). — Cf. Lettre dt PontcJxti- **"•*■*« li DaguciSfau. 27 avril /707, 4 mai fjoj. BB, S).
C 4) V. Lettre lie Ltbrtttlu 20 juin jjoi. Boislislk, t. II, 287. — De 1701 i 1713, ^1?'* ne compte pas moins de 90 éditsou arrôtsdu Conseil conceniatit les tiioniuics. "^^ '"•c//, Comm. (le Murs., liiveiit. clnonal.
t 5) 3j avril tjoj, 2H avril, 1; cl ;; rrw», Boislisle, t. II, ta}}"- »^ C ^1 2 mai i/Oj. lioiSLisui;, t II, IJ37. — La remontrance est envoyée aussi à ^*»itchartrain, u mai lyoj. Bli, S;,
33é LA CRISE
qu'en atténuer la gravite, en déclarant que les paiements devraient être dits un quart en billets de monnaie'. L'effet fut désastreux ; Trudaine, intendant de Lyon, écrivait au ministre: « Je rassure autant que je puis sur la crainte qu'on a qu'il ne se fasse un plus grand nombre de billets de monnaie que ce qu'il en reste dans le public... l'argent est devenu ici si rare et si cher que les affaires du roi ni celles du commerce ne peuvent se soutenir si cela ne change... Enfin tout le monde est si prévenu contre les billets de monnaie que l'on craint une cessation générale de tout le commerce*. » Malgré ses funestes résultats la circulation des billets de monnaie dura jusqu'à la fin de 17 lo*.
Le commerce de Marseille ne pouvait être à l'abri des multiples créations d'offices, onéreux autant qu'inutiles, dont la vente était une des ressources principales des contrôleurs généraux. En 1704, Chamillart songea à faire des consulats des offices héréditaires ; Lebret, consulté par lui sur cette innovation, lui répondit ironiquement que les effets de l'hérédité ne seraient pas plus mauvais que ceux de la faveur qui présidait actuellement au choix des consuls*. Chamillart abandonna son idée, il écouta encore les avis contraires de l'intendant au sujet de la création d'une Chambre souveraine à Marseille pour juger les affaires de commerce, et d'offices de contrôleurs visiteurs de draperies et autres étoffes de laine. « Les inquiétudes qu'on donnerait infailliblement aux fabricants et marchands, lui objecta Lebret, dégoûteraient assez les uns et les autres pour porter beaucoup plus de préjudice aux droits des fermes et au commerce en général, que S. M. ne tirerait d'utilité de ce nouvel établissement*. Cette critique pouvait s'appliquer à la plupart de ces offices, dont le trésor tirait des ressources momentanées au détriment de ses vrais revenus. Cependant, en 1705, furent créés des jurés contrôleurs essayeurs d'huiles auxquels il était attribué 50 sols par cent pesant ; la Chambre se plaignit en vain à Pontchartrain de cette violation de la franchise du port, qui allait ruiner un com-
(1) .-irch. Coiinii. hivettt. ie Connues.
(2) I s itcvemhii' lyoj, Boislisle, t. II, 1510".
(3) Déclanuion du roi pour la suppression des billots de monnaio. — Arch. Comm. Invent, chioiidl.
(4) I" novemhie 1704, BoisusLK, t. II, 682. ()) 4 avril 1-J04, id. II, 592.
merce important, nécessaire aux manufactures de savon' ; un édii de nurs 1709 institua de nouveaux offices d'inspecteurs et visiteurs de routes sortes d'huiles, supprimés il est vrai en octobre 1710. D'autres créations atteignirent le commerce tout entier : il y eut des contrôleurs visiteurs de poids et mesures, des greffiers des juridictions consulaires auxquelles on sentit le besoin un an après de donner des greffiers en chef. Un cdit de mars 1692 avait érigé en titre d'offices formés ei héréditaires les 46 courtiers qui étaient en exercice il Marseille, un autre édit d'août 1709 en fixa le nombre à 60 et leur accorda des augmentations de gages*.
Le commerce du Levant n'eut pas ;\ supporter du moins d'impositions nouvelles sur les marchandises. En 1705, la Chambre rc-sista avec succès ù l'étiblissement d'une taxe sur les savons ; elle écrivait .\ Chamillart : « L'expérience a été faite depuis peu au sujet de La grenaille, une simple interruption des fobriques de grenaille par une imposition qui fut peu après levée, en porta l'industrie en Cualogne. Il en sortait de cette ville environ 150.000 livres par année commune, il n'en sort à présent que 30.000 et on va en
diminuant Mais les grenailles n'ont nul rapport à l'importance
des savonneries \» Le mauvais succès de ce premier essai et peut-être aussi le souvenir de la franchise qu'on venait de rendre à Marseille empêchèrent Chamillart d'entrer plus avant dans cette voie.
Le plus grand des maux de la guerre fut comme toujours l'insécurité des mers qui, par suite de la ruine de notre marine, devint beaucoup plus grande qu'elle n'avait été dans les guerres précédentes. La Chambre, ignorant la pénurie du trésor, s'imaginait au début pouvoir profiter des hostilités pour détruire le commerce des Anglais dans la Méditerranée et elle avait présenté dans ce but A Pontchartrain tout un plan de croisières. La réponse du ministre dut singulièrement la décourager : « Les fonds destinés pour les dépenses de la marine étant remplis par des objets plus pressants disait-il....,, ce serait à vous à vous charger de l'armement de quel-
(0 jaoïitijo}. BB, Sj. — 24 juillet ifo},BB, 39.,
(2) ()n voulut (aire paver .\ la Clumbre en 1705, 20.000 livres pour h suppression desortkcs d'iiispcctturs des tnanufjcturcs, clic fit voir que cela ne U conccniLiit pas, puisqu'elle entretenait à Marseille le sieur Cauvière inspecteur des draps, qui lui coûtait 5.000 liv. p.iran. — En 1705, il fut au.ssi question de créer uti utiicc de comtâlcur au grelTe des assurances. — j aotU tyo}, u août Jjof. BB. jp.
Ij) .-< Chamillart, 3v juilkt tjos. BB, 39.
aa
ques vaisseaux propres pour la course, que je proposerai volontiers au roi de vous accorder aux conditions les plus avantageuses que
vous pourrez désirer Si vous ne prenez ce parti S. M. sera obligée
de rétablir l'imposition de l'écu par tonneau pour en employer le produit à la dépense de cet armement '. »
Il s'agissait alors d'attaquer nos adversaires, il fallut bientôt changer de langage et songer uniquement i, se défendre ; des vaisseaux flessinguois, nom sous lequel on désignait tous les corsaires hollandais, furent armés en course à Gènes et à Livourne où ils étaient venus pour charger des marchandises. D'autres corsaires anglais et flessinguois entrèrent dans la Méditerranée en 1702*. Pour éviter le rétablissement de l'imposition d'un écu par tonneau, qu'elle avait eu tant de peine à faire supprimer dix ans après la guerre d'Alger pour laquelle elle avait été établie (1689-99), ^^ Chambre promit de subvenir aux frais des armements; en attendant qu'ils fussent organisés le commerce fut complètement suspendu en décembre 1702*.
Pour l'année 1703 la Chambre arma d'abord une frégate la Fortune wlante dont elle confia le commandement au lieutenant de vaisseau du roi Sabran de Beaudinart*, puis deux vaisseaux, le Téméraire et l'Heureux Retour destinés à servir d'escortes^ Mais quand les navires
(1) 37 mai 1702, 26 juillet 1702, 16 août 1702. BB, 8j,
(2) j mai 1702, 26 juillet 1702. BB, Sj. — 2/ octobre 1702, } novenére 1702, Il novembre 1702, i" décembre 1702. — Les Flessinguois sont huit à neuf. — Quatre vaisseaux et de petits bâtiments ont été pris. — Il y a trois vaisseaux en route ; par une sorte de moquerie, les Anglais et les Hollandais établis à Livourne en ont déjà mis en vente les chargements dont la valeur pourrait aller à un million et demi. — 6 décembre 1702. BB, 29.
(3) 6 décembre 1702, ij décembre 1702. BB, 8}.
(4) La Fortune Volante, armée de 40 canons, à laquelle il y aura environ }oo hommes d'équip.igc, / janv. 170}. BB, 2<). — Hlle a été louée 12.500 livres par mois, nous serons encore obligés d'ajouter 500 livres, moyennant quoi nous n'entrons en aucune dépense, 2^ janv. 170 j. BB, 21}. — Dans les comptes trésoraires de la Chambre {CC, 2j et sutv.), figurent, aux dépenses de 1704, 110.092 livres pour l'armement du vaisseau la Fortuite de la Mer, 11.355 pour celui du Téméraire, 33.000 pour le Toulouse et le Trident. — Les sommes considérables fournies par les deux droits de i 1/2 0/0 établis en 1703 et 1706 pour subvenir aux armements montrent combien la dépense fut considérable dans les années suivantes. La recette de ces droits fut en effet de 120.000 livres en 1704, de 80 à 95 pour
1705, 1706, 1707, 150.000 en 1708, etc. — En réalité les dépenses dépassèrent ces sommes : En 1705, armement du Ro{endalct du Trident, 43.000 livres. — En
1706, armement du Toulouse et du Trident, 57.343 livres, de quatre frégates 100.000 livres. ^ En 1707, armement de VHeureux Retour 41.389 livres, du Fortuné 52.000 livres, des quatre frégates 20.200. — Les dépenses diminuent les années suivantes.
(5) Voir une série de lettres de 1703. BB, 8}. — La Chambre avait demandé
furent prêts X partir, en août 1703, on apprit que Tarnu^e ennemie forte de 52 vaisseaux de ligne escortant le convoi anglo-hollandais était entrée dans la Méditerranée, il fallut donc les retenir, ï Marseille. 11 en fut ainsi les années suivantes chaque fois que la Botte ennemie se montra, les armements royaux ne pouvant protéger le commerce que contre les corsaires. Le convoi attendit toute l'année, ce nu fut *^u'en décembre, quand la flotte ennemie ramenant celui des Anglais et des Hollandais fut revenue vers Gibralt.ir, qu'on put songer .\ le faire partir, mais la saison était mauvaise, la tempête le dispersa et ]çu un grand nombre de ses bâtiments sur la cùte de Gitalogne, ce <\m retarda le départ définitif au mois de février 1704. Ainsi, malgré les dépenses (liites par la Cluunbrc en 1703, aucun bâtiment n'avait pu partir. On avait été plus heureux pour faire revenir ceux qui se trouvaient dans le Levant. M. de Sabran avec la Fortune les avait lamcnés jusqu'à Malte où un vaisseau du roi, le Fleuron, fut envoyé |)our l'aider i les conduire jusqu'à Marseille. La neutralité des ports «le .Malte et le bon accueil qu'y recevaient nos n.ivires furent pendant <ettc guerre le salut de notre commerce. Malte fut le point de xallicmcnt de nos b.kiments, qui s'y trouvaient toujours réunis en a^rand nombre, attendant l'occasion favorable de partir pour Marseille ou pour les échelles. Tous les convois y faisaient escale, un vaisseau «lu roi les conduisait h Malte et ramenait ceux qui s'y trouvaient, un eiutre vaisseau d'escorte les prenait à Malte pour les conduire aux «jch elles.
Le service des convois fonctionna régulièrement en 1704, mais la CZhambre se trouva gênée pour payer la dépense des vaisseaux du »-oi, les marchands se plaignaient de la contrainte des escortes qui n'étaient pas prêtes au moment favorable pour le départ, on renonça ijux convois et, en attendant que la Chambre se fût décidée à d'autres ■iTirmements, Ponichartrain ordonna de nouveau la suspension du v^ommercc*. La Chambre finit par consentira fournir la moitié de la dépense de l'armement de deux vaisseaux du roi, le Trident et le
^J'.ux bons ViiiMcaux, l'un de 60 canons et ^50 hommes d'é-quipage, l'uutrc de 40 «^jnons et 250 hommes, gr.uis, avec tous tes agrès et munitions. — Li Chambre ï »e paierait que la n>oitiê des saUires et de l'entretien des équipages. 16 avril ijoj,
{\\ »9 d^cfiubr,! IJ04. UB, S}. — Dêjj le iotnmcrcc .ivali été suspendu par V'ordonttAMCc du i6 juillet jusqu'au 16 octobre. — Voir pour tout ce récit les lettres «Je Ponichartrain. lia, S) et les lettres de h Chambre. BU, 2y.
Toulouse, destines à donner la chasse aux corsaires'. Mais les bâtiments partaient sans escorte* et sept vaisseaux marseillais furent pris par les l-lessinguois en septembre et octobre 1705. En même temps l'entrée de la flotte ennemie dans la Méditerranée retint les bâtiments à Marseille pendant plus de deux mois (août-octobre 1705).
Cependant les négociants de Marseille, assemblés par la Chambre, délibérèrent presque unanimement en 1706 «de supplier le ministre de vouloir les dispenser de faire leur commerce par convoi, ce moyen leur ayant paru contraire et préjudiciable au bien du commerce auquel convient seulement une entière liberté*. » L'année avait commencé par une suspension de la navigation, parce que le roi « voulait s'assurer de trouver un nombre suffisant de bâtiments pour le transport des munitions en Catalogne* » ; cette suspension fut maintenue à cause du grand nombre de corsaires Flessinguois et de la présence de l'escadre du « chevalier Lack » dans la Méditerranée. Pendant ce temps on avait longuement discuté sur les armements à (aire et sur les avantages des convois ou des croisières; le ministre finit par s'entendre avec le commerce pour l'armement de quatre frégates ^. Mais leur armement ne fut prêt qu'à la fin d'octobre 1706 ; les départs pour le Levant se trouvaient donc reculés à la fin de l'arrière saison*.
L'armement des quatre frégates rendit des services : au printemps de 1707 deux d'entre elles croisaient â l'entrée de l'archipel, les deux autres, après s'être montrées sur les côtes de Barbarie, ramenèrent à Malte un convoi très riche. Cependant plusieurs pertes furent faites au début de 1707. « Ces nouvelles pertes me touchent
(i) La Clkiwliy à PoiilclMiiruiti, 2i) àkcmhrc /70./. Eli, 29. — Les deux vaisseaux firent deux croisières sans s'emparer d'aucun corsaire.
(2) Cependant la frégate le Ro^nda] ramena plusieurs bâtiments du Levant. Le capitaine Guieu, qui commandait le plus gros n.ivire de Marseille, conduisit un convoi dans l'Archipel et le ramena. La Chambre lui accorda 5.000 livres de gratification.
(5) i aoûl j-jo6. HB, 5.
(4) 24 février ijuô. BB, <V/.
( j) Le commerce s'engaj^eait à payer au moins les deux tiers de la dépense. — Deux devaient croiser dans le canal de Malte, les deux autres à l'entrée de l'Archipel, puis ramasser les bâtiments des échelles et les ramener ;\ Malte. Lettre de Poiitilvtrtrdiu , 22 si[Uciubr( ijnO. 1>B,S}.
(6) Pendant ce temps les galères étaient chargées de protéger les abords des cotes de Provence. Deux d'entre elles se tenaient d'ordinaire à .Vntibes pour faciliter le passage des barqu<>s des côtes de Provence à Gênes et écarter les « coralines » d'Oneille. 6 octobre i/n6, ij août jjoS, jo noi-einhre JJ12. BB, S).
beaucoup, écrivait Pontchartrain Ji la Chambre, mais quand il 3-
aurait dix frégates au lieu de quatre, elles n'empocheraient point
encore qu'on ne prît des bâtiments à cause de l'étendue delà
mer et parce que les capitaines ne s'embarrassent pas de passer par les endroits dangereux'. » Tout ce que put faire le ministre en juin 1707 ce fut d'ordonner ;\ un vaisseau de guerre de prendre sous escorte les bâtiments prêts à partir, pour les conduire â Malte et ramener sept ou huit bâtiments qui y étaient. Pendant ce temps le convoi anglais traversait la Méditerranée sous l'escorte de huit vaisseaux de guerre. Sur ces entrefaites la flotte ennemie se montra, la Provence fut envahie par le duc de Savoie, le commerce fut entièrement suspendu et Marseille se prépara â subir un siège. Permise un moment à la fin d'octobre 1707, la navigation fut immédiatement interdite de nouveau sur la demande unanime de la Chambre.
En 1708 on annonçait de Livourne la présence de vingt-deux corsaires flessinguois; aux propositions d'armement une grande assemblée de marchands répondait unanimement que, « comme S. M. ne pouvait point supporter présentement la dépense de l'armement nécessaire pour escorter les bâtiments destinés pour les échelles, ni même en faire l'avance, ils n'étaient pas en état de pouvoir le fiiire par eux-mêmes*. » Cependant deux vaisseaux, le Duc 0de Berri et V Entreprenant furent demandés au roi et ramenèrent de <2andie un convoi considérable.
Le commerce fut continué ainsi pendant les années suivantes par
<des convois irréguliers, dont on ne savait jamais ni le départ précis,
m l'arrivée, car les escortes, composées d'un ou deux vaisseaux,
31'étaient pas suffisantes pour braver toutes les attaques, il fallait
■ssaisir les occasions favorables, surprendre l'attention des ennemis, ou
profiter de la mauvaise saison, pour se glisser presque furtivement de
!^arseille à Malte, de Malte à Candie, et de li dans l'Archipel ou
"^ers les échelles. « Profitez des longues nuits où la chasse est diffi-
^le, écrivait Pontchartrain, pour faire revenir les bâtiments du
X-evant*. » Le transport des blés de l'Archipel était devenu, surtout
depuis 1709, la principale occupation des navires, aussi, c'était à
l'entrée de cette mer que se pressaient les corsaires. En 1710, une
(1) 8 juin IJ07. BB. S}.
(2) 16 juin 1708. BB, s.
(j) 7 décembre 1707. BB, Sj.
grosse escadre anglaise vint attendre sur les côtes de Morée le convoi de blé, 25 bâtiments et deux vaisseaux du roi qui en étaient chargés restèrent enfermés dans le port de Chio. En 17 12, un sieur Maillet, négociant de Marseille, forma avec quelques autres une Compagnie qui offrit d'entretenir jusqu'à la paix trois ou quatre navires de ligne bien armés; faute de s'entendre avec elle, écrivait Pontchartrain, « le roi ne pourra s'empêcher d'interdire absolument le commerce*. » La Chambre passa en effet une convention avec le sieur Maillet pour l'armement du Trident et du Cheval-Marin*. Pontchartrain laissa toute latitude à la Chambre pour faire armer d'autres vaisseaux du roi par des particuliers, puisque ni le trésor royal, ni la Chambre, ne pouvait s'en charger. En effet, d'autres armements eurent lieu, mais, par une nouveauté qui montre bien l'impuissance à laquelle était réduit le commerce, les navires de guerre furent employés à la fois à convoyer d'autres bâtiments, à faire des croisières et h transporter eux-mêmes des marchandises. Ainsi, en 1712, \e Fleuron et l'Entreprenant rapportèrent des cargaisons très riches ; en décembre 17 12 on attendait le retour des vaisseaux du roi le Sérieux, le Diamant et le Cheval-Marin venant de diverses échelles richement chargés, et le Trident, venant de Barbarie, rempli de blé. Deux autres vaisseaux armés 1 Toulon se préparaient à prendre des cargaisons pour Constantinople, l'Egypte et la Palestine. Un autre fait montre A la fois l'audace des corsaires et l'impuissance de notre marine : deux corsaires, partis de Livourne, vinrent faire en 171 1 et 1712 plusieur.-: croisières sur les côtes de Provence entre les îles de Marseille et l'île Saintc-M.irguerite et capturèrent de nombreux bâtiments*. Il était temps que la guerre fût terminée: en 17 12 les hostilités avaient pris fin avec les Anglais, le 11 avril 17 13, elles cessèrent avec les Hollandais et les prises ne furent légitimes que pendant un délai de six semaines seulement après cette date.
(i) // mars ijJ2. BB , 8}.
(2) V. ce c0ntr.1t BB, 6, fol. ]6, ;o mai 17/2 ; Maillet Hiisait l'avance de tous les frais, la Chambre l'en rembourserait avec intérêts à 8 o o et 4000 livres de }:;ratirication. — lîlle aurait 45 0/0 des prises, le roi 25 0,0, .Maillet i/io, les éiiuipages des vaisseaux i/io et Monseigneur l'Amirai i 10. — Dc'jà, à la fin de 1707, deux vaisseaux du roi, le Toulouse et le Content, armés en course pour le compte de particuliers, s'emparèrent à l'entrée du détroit de Gibraltar de deux Flessinguois qui entraient dans la Méditerranée : le Propljète-Elic, de 42 canons et 250 hommes, et h-i Sept Provinces-Unies, de 28 canons et 200 hommes. — 2; janvier ijoS, BB, Sj.
(3) Assemblée extraordinaire des marchands, 6 décembre 1712. BB, 6.
LES MAxrx nr 1-a guerre
Tous les armements fliits parla Chambre avalenrcoi^té au commerce lies sommes ùnormos : deux droits de i 1/2 0/0 avaient été établis, l'un en 1703, l'autre en 1706, de plus les navires decliaque convoi payaient des droits particuliers. Les capitaines, pour avoir l'autorisation de faire les voyages du Levant, avaient dû, en outre, recevoir sur leur bord 25 A 50 soldats afin de renforcer leurs équipages, ce qui augmentait les frais de la navigation et la cherté du liret. La Chambre payait encore des gratifications aux corsaires et aux vaisseaux du roi pour chaque prise qu'ils faisaient. Non seule-ment toutes ces dépenses n'avaient pas empoché les pertes de navires d'avoir été très nombreuses', mais, comme les armements avaient tîté très insuffisants pour assurer la sécurité de la navigation, le commerce avait souffert de maux de toutes sortes comme le renchér-issement énorme des assurances maritimes et du change, l'incertixude dans les opérations causée par les suspensions chroniques du «négoce et les détentions des navires dans les ports.
Les corsaires de Toulon et les vaisseaux du roi avaient sans doute fcit subir aussi de grandes pertes aux ennemis, mais les prises qu'ils amenaient étaient loin d'être une compensation pour les négociants rançais, car la concurrence que les armateurs corsaires faisaient au «ciommercc, en vendant A vil prix les marchandises des prises, aggra- '^ait encore la crise que celui-ci traversait. Ces marchandises n'étaient "^•endues il est vrai qu'i la condition d'être transportées à l'étranger, XTiais cette condition n'était pas observée. Le commerce avait d'autant ^lus souffert que la crise s'était prolongée plus longtemps : la guerre «Je Hollande ne l'avait troublé que pendant cinq ans, celle de la igue d'Augsbourg moins de temps encore, cette fois la désolation u commerce s'était prolongée dix ans et de plus les désastres 'étaient accumulés pendant cette guerre.
Aussi les chiffres des importations du Levant pendant cette "j^ériodc indiquent éloqueramcnt quel arrêt avaient subi les affaires ; «Je 1703 ;\ 1711, pendant les années où la guerre fit le plus soufl'rir
^^ (i) D'aprcs les Registres des pênes {EE, 9 et 10) le nombre des prises de L «702 a 171 5 fut de I7;> vaisseaux et barques (1702 = 15 ; 1703=: 127; ^HJK704 ::= 159 ; 1705 ^= 187 ; 170e ^:z 144 ; 1707 := 170 ; 1708 — 160 ; 1709 ^^p= 318 ; 1710 = 193 ; 1711 := 160 ; 1712 ^ 150 ; 1713 = 56 ; 1714 = 14 ; ^^ •715 = a). Il fâut rcmarqui;r que tous cas navires iivaient ùti assurés h Marseille, "*T)ais que he.iut*OUp d'entre eux n'-ippartcnaient pas aux ports provençaux et ■=»v.-ticnt été pris liors de la Méditerranée. V. p. 294, note 2.
le négoce, la moyenne s'abaissa à près de 5.000.000 de livres*, malgré les prix très élevés qu'atteignirent alors les marchandises du Levant. Un seul commerce, dont l'importance ne fait qu'indiquer la profonde misère de l'agriculture française, s'accrut singulièrement et offrit du moins l'avantage de donner du fret aux nombreux bâtiments de la flotte de Provence : ce fut l'achat des blés du Levant. Toute une flottille de petits bâtiments fut occupée, pendant la guerre, à en chercher sur les côtes de la Barbarie, de la Morée, à Salonique, mais surtout dans l'Archipel. En 1703 la Chanfibre écrivait qu'il était parti plus de cent Kâtiments pour la traite des blés, tandis que depuis quatre mois aucun n'avait fait voile pour les grandes échelles. En 1709, le commerce fut à peu près interrompu pour faire uniquement le transport des blés. D'après les ordres du ministre, tous les bâtiments qui allaient dans le Levant durent rapporter au moins les 3/4 de leurs chargements en blés et la Chambre fut chargée d'y tenir la main avec la plus grande sévérité*. La famine, qui menaçait la Provence, faisait passer par dessus les dangers de la navigation et les bâtiments destinés â la traite des blés étaient généralement exemptés des interruptions du commerce et pouvaient naviguer librement â leurs risques et périls, aussi fut-ce parmi eux que les corsaires firent le plus de prises. Une autre circonstance vint favoriser ce commerce : « Le roi par un édit de septembre 1708 ayant créé 500.000 livres de rentes au profit de ceux qui voudraient pour toujours s'affranchir de la capitation, la ville de Marseille, continuant de donner au roi des marques de son zèle pour son service, offrit de donner 20.000 charges de blé évaluées à 800.000 livres pour r.ifFr.inchissement de la capitation pour tous les habitants de la ville et du terroir, et, par arrêt du Conseil du 22 avril 17 10, S. M. ayant .iccepté cette offre, la communauté fit fiiire l'expédition desdites 20.000 charges pour la subsistance de l'armée d'Italie ; en conséquence, la capitation cessa d'être levée à Marseille pendant deux ans*. » Ce n'était pas toujours chose facile que de trouver des chargements, car, suivant l'abondance de la récolte et les besoins de l'empire, les ministres du G. S. et les
( I ) Voir à l'appendice le tableau des importations.
(2) 12 Jèvr. 1-/10. lili, Sj. — Cet ordre fut rOvoqué par l'intendant dos galères Arnoul, m avril ijio. IW. j.
(5) j4rch. Commun, de Mars. Invent. de Coiirmcs, sac rpç.
pachas des provinces en autorisaient ou en interdisaient l'importation. Il till.iit souvent employer h fraude ou distribuer des présents 3U divan et .uix pachas pour pouvoir continuer ce commerce".
Les ports neutres de l'Italie profitèrent de cette crise; Livourne fut plus que jam.iis l'entrepôt des marchandises anglaises et hollandaises qu'un grand nombre de n.ivires anglais et hollandais, mais surtout Vénitiens et Génois, transportaient dans le Levant. « On voit ici mieux que chez vous, écrivait le consul de Livourne, le nombre étonnant de bâtiments génois qui est employé dans la Méditerranée*. >) Gènes crut même le moment venu d'introduire son pavillon dans les échelles et d'y établir des comptoirs : en 17 12, la République envoya i la Porte un noble Génois pour entamer des négociations ;\ ce sujet : malgré les efforts de notre ambassadeur, l'envoyé génois obtint la permission pour un certain nombre de bâtiments de la République de naviguer sous pavillon anglais avec cert.ains privilèges ; d'autres ambass;ideurs furent chargés de négocier des traités avec les Barbaresques'. Les négociants de Malte euxmêmes se mirent h apporter à Marseille des quantités considérables de marchandises du Levante! la Chambre, inquiète de cette nouvelle concurrence, demanda que les marchandises venues de Malte fussent assujetties au 20 0/0.
Le peu de sûreté que donnait notre pavillon et les droits considérables auxquels il était assujetti le firent abandonner des bâtiments étrangers, ce qui afLiiblit notre prestige et diminua les droits que percevait la Chambre dans les échelles. Les Vénitiens surtout, les plus nombreux ise servir de notre pavillon, prirent celui des Anglais; quant aux Ragusois, ils s'étaient affranchis des droits qu'ils nous payaient en établissant iu\ consul à Smyrne en 1697, ^ Tripoli de Syrie en 1699*. D'autre part les Italiens et surtout les Arméniens c: les Juifs des échelles, qui avaient l'habitude de noliser des bâtiments français pour faire le commerce du Levant en Italie, furent obligés par les nombreuses pertes qu'ils subissaient et la lourdeur des droits
(i) La valeur de riniport.ition dcf blcs ne figure pas dans les chiffres Uonnés ci -dessus, car le blé éi.-iit exempt du paiement du cottimo dont les tablcnux de Tecetcc ont servi a calculer ces chiffres. (V. à l'appendice),
(3) 8 octobre IJJ3. AA, sçj.
(î) L'assemblée des marchands de Marseille du 3 mai 1712 (BB, 6) montra vivement la nécessite de combattre les projets des Génois.
(4) AA, 40J. 2^ dtcemhrt 169J, — AA, }SS. 6 avril tùt)().
qu'ils devaient acquitter de prendre des navires anglais. Môme le consul d'Egypte donnait avis en 17 13 que les marchands français établis en Italie se servaient de « bâtiments portant pavillon anglais ou hollandais, pour Élire passer en Egypte leurs marchandises et les exempter des droits de consulat et avaries, ainsi que de ceux qui appartenaient à la Chambre du Commerce*. » En vain, à la suite de cette lettre, l'ordonnance du 5 mai 1713 défendit-elle aux Français de charger sur des bâtiments étrangers, le consul de Livourne écrivait avec raison que « ce qu'il fallait c'était alléger les droits qui pesaient sur notre bannière, le commerce d'Italie en Levant, qui empruntait avant la guerre un si grand nombre de bâtiments français, leur reviendrait et nous renverrions bientôt dans l'autre mer les trois quarts des Anglais et des Hollandais qui sont en celle-ci*. » En 1713, peu après la signature de la paix, la Chambre constatait qu'il n'y avait pas un vaisseau français ii Livourne et qu'il y en avait cinquante anglais destinés à faire les transports d'Italie dans le Levant*. Aussi songea-t-elle à remédier à cette triste situation en diminuant, comme le demandait le consul de Livourne, les taxes que payaient les bâtiments français, afin de permettre de les fréter â meilleur marché aux étrangers. Cependant ce ne fut pas sans peine qu'elle consentit âla suppression des droits établis en 1703 et 1706, pour subvenir aux frais des armements, car elle avait besoin de payer ses dettes. Les revenus de la Chambre avaient en effet diminué â mesure que ses dépenses augmentaient. Tandis qu'avant la guerre ses comptes accusaient chaque année des excédents de recettes, elle ne suffisait plus à fiiire face aux dépenses que par des emprunts : « à la fin de
(i) l'r fèvriet- lyij à Arnotil, BB, S).
(2) 12 mai i-jij ; 21 fèv., septembre J714. AA, ^çj. — Le consul faisait remarquer avec raison que pour faciliter le moyen aux étrangers de se servir de nos navires il fallait abroger l'ordonnance qui défendait aux sujets du roi d'intéresser les étrangers pour plus d'un tiers dans les chargements de leurs navires. — Cette ordonnance avait été rendue en un temps où les Français jouissaient de grands avantages en Turquie et surtout en Egypte, pour leur réseï ver les profits du trafic. Mais ces avantages étaient devenus communs aux Anglais ; il était donc de l'intérêt de notre nation de permettre d'associer les étrangers pour la plus grande portion des chargements pour les empêcher de chajrger sur des navires anglais ou de se servir de la bannière anglaise. — S octobre IJ12. AA, S97. — On a la preuve de la concurrence heureuse que les Anglais firent i notre marine pendant la guerre de succession pour les transports d'Italie dans le Levant, par les chifTres des cottimos payés par les navires français qui faisaient ces voyages. Ces chiffres, considérables de i68j à 1695, époque où ces navires étaient très employés, tombent à presque rien en 1696-97 et h partir de 1701. — CC, 2] et stiiv.
(î) 20 juillet lyi}. BB, 6.
1706, Pontchartrain s'étonnaii d'apprendre qu'elle avait 800.000 livres do dettes. Cependant elle avait dû négliger d'envoyer aux L^chellcs l'argent nécessaire; celles-ci, A leur tour, avaient été obligées d'emprunter à des intérêts énormes et elles s'endettaient rapidement. En 1708 la Chambre se reconnut impuissante A payer les dépenses du commerce et elle demanda la suppression des appointements des consuls qu'elle payait, et le réuiblisseracnt des anciens droits de consulat'. C'eût été perdre le fruit d'une excellente réforme ; d'un autre côté, il valait mieux contracter des dettes i Marseille que dans les échelles, Pontchartrain lui donna l'ordre de suspendre tous les paiements, sauf ceux des appointements des consuls et autres officiers des échelles. Le ministre ne pouvait pas croire qu'il n'y eût p.is de la négligence et du gaspillage dans l'administration financière de la Chambre et, au milieu des préoccupations de l'année 17 10, il décida de faire une révision générale de ses comptes. L'arrêt du Conseil du i" février 1710 commit pour ce travail M. de Harlay, conseiller d'état, assisté de deux autres conseillers et de deux maîtres lies requêtes. Les trésoriers du commerce lui remirent leurs comptes depuis l'année 1705 et les commissaires durent examiner dans les archives les comptes antérieurs, de 1669 à 1704. Cette enquête ne fit pas découvrir d'irrégularités dans la gestion de la Chambre, mais olle ne fut pas inutile, car les commissaires réglèrent une série de «JifTcrends entre elle et ses créanciers et après le rétablissement «ie la paix ils travaillèrent avec elle ;'i délivrer le commerce et les «échelles de leurs engagements*.
Cependant le commerce ne fut pas aussi profondément atteint
cju'on pourrait le croire; nos rivaux avaient souffert cruellenici\t de
^la guerre ; les Génois et les Vénitiens avaient pu profiter du droit
(i) ) janv. i/oS. BB, j. — Il y eut .i ce sujci de violentes querelles p.irmi les
*ï^octants de Marseille, les uns étant du sentiment de la Chambre, les autres, plus
rfcombreu», protestant contre le retour du système du fermage des consulats. Les
1 «Ivux partis envoyèrent à la cour une série de mémoires. Lebret cssay.i en vain de les
I amener à une entente. Voir ces mémoires. Rihl. Nal. tins. fr. t6'/(>i}, fol. i })-iSS,
I (a) Un premier état de-; dettes de la Chambre fourni à M. de HarKny le Jî août
I -71 I, s'élève en tout à 746.058 livres. liibl, Kal. mis. fr, i6<fix). fol. 'lij. — Les ccjrTjmisiaircs réclament le 28 octobre 171 1 l'éiaf détaillé des dettes de toutes les libelles. RB, X}. — Le 12 juin 1715 la Chambre remet A l'intendant un nouvel eut Je sa situation : ses dettes étaient évaluées à 495.000 livres, ses dépenses uclles A 228.000 livres, ses recettes à 568.800 livres. — Elle comptait donc voir chaque année 140.8CX3 livres d'excédent et par conséquent payer ses dettes en quatre ans environ. BB, 6, fol. St.
1 Qlia
des neutres pour s emparer en pnrtie des transports dans la Mcditcrrnnco pendant les hostilités, mais ils ne pouvaient en temps de paix rivaliser avec les trois grandes puissances commcr«;ante5, parce qu'iU n'avaient pas de correspondants dans les échelles. Heureusement les traites de commerce, signés ;\ Utrccht avec l'Angleterre et la Hollande, ne continrent pas de clauses désavantageuses. Les Hollandais avaient cru retirer de grands avantages de l'article 9 de leur irahé ainsi conçu : « h l'égard du commerce de Levant en France et de 20 "/o qui se lève à cette occasion, les sujets des Etats Généraux des Provinces Unies jouiront aussi de la même liberté que les sujets du roi Très chrétien, tellement qu'il sera permis aux sujets des Euts Généraux de porter des marchandises du Levant à Marseille et autres places permises en France, tant par leurs propres vaisseaux que dans des vaisseaux français; et que, ni dans l'un ni dans l'autre cas, lesdits sujets ne seraient assujettis au 20 "/o sinon dans les cas où les Français y sont sujets.... et en ceci ne pourra se (aire aucun changement au préjudice des sujets des Etats Généraux '. » Il y eut .\ ce sujet un moment d'inquiétude à Marseille : si les Hollandais étaient dispensés de payer le 20 °/o, grâce à l'inférioritc de leurs prix de fret, ils seraient bientôt les maîtres du commerce de b France
avec le Levant ; les Anglais, auxquels l'article 8 de leur traité accor
dait les a\-antages de la nation la plus favorisée, jouiraient aussi d 4
la même exemption. Pontchartrain proposa au Conseil decommerc de chercher les moyens d'éluder l'exécution de ces articles', mais Chambre put démontrer que les avantages accordés aux HolLinda^K-is étaient en grande partie illusoires ; ils devaient en ctTet être trait «.-.s sur le même pied que les Français, or ccux<i ne pouvaient ra^K.rr entrer les marchandises du Levant dans les ports du Ponant qu' -^n p.nant le 20 "s, à moins qu'elles n'eussent été prises ;\ Marseille, Mes 1 lolUndais ne seraient donc exemptés du 20 "/« qu'eu décbargc=r*nr ;\ Marseille, mais les Français ne pourraient pas charger sur le 'mjrs navires, car, d'après les ordonnances, ils éwient assujettis au 2» quand ils chargeaient sur des navires étrangers. Les autres natio/is et particulièrement les Arméniens et les Juifs ne pourraient pas ne/,' plus emprunter les navires bollandais, car l'ordonnance du 21 octo-
(I) V. Mémoire ic U Oumlct an saiet des tnii^ <!c ctftamcTfX fiits avcv It