LA REPRISE DES AFFAIRES
brc 1687, rendue exécutoire pour toutes les échelles, par arrêt du
i Conseil du 27 janvier 1694, défendait expressément l'entrée en J-r.incc des marchandises pour le compte des Arméniens, Juifs et autres étrangers, à peine de confiscation et de 3 .000 livres d'amende ; l'avantage accordé aux Hollandais était donc limité à l'entrée par Marseille des marchandises du Levant chargées sur leurs bitiments, pour le compte de ceux de leur nation « ce qui ne pouvait être que d'un petit objet, car ce trafic détournerait leurs b;\timcnts de leur route de retour, et les frais du retird ainsi occasionné excéderaient ^^les bénéfices du fret des marchandises qu'ils déchargeraient à Mar- ^■^eille. » La Chambre se montrait donc rassurée sur les effets du traité, ^^â condition que dans l'exécution on s'en tint ;\ son interprétation '. Le commerce français avait conservé tous les avantages dont il j ouïssait auparavant : la nation française restait la plus nombreuse ^bians la plupart des échelles, les revers de nos armées n'avaient pas ^^Itéré nos rapports avec le Divan et les réclamations de notre ambassjdeur contre les tyrannies de quelques pachas étaient mieux écou- ^btées que jamais. Les Barbaresques n'avaient pas cherché à profiler ^^ie nos embarras ; d'ailleurs la présence de nombreux corsaires crhrctiens et de Hottes de guerre considérables dans la Méditerranée Xî'était pas favorable k leurs courses. Bien que nos consuls n'eussent <quc des sommes modestes à leur disposition pour détruire l'effet des ^^ntrigues des Anglais et des Hollandais la paix fut donc mainicnue ^Ktvcc eux, il fallut toutefois fermer les yeux sur un certain nombre ^ftj'avanies qu'ils firent subir A nos bâtiments. En 17x4, il fut question ^^3e les en châtier, mais la Chambre et la Compagnie d'Afrique firent ^^à la l'ois des représentations pour qu'on eût recours à la conciliation ^■KC M. Duquesne, envoyé ù Tunis et à Tripoli avec le vaisseau le JDiamant réussit, en distribuant seulement pour 1.496 livres de présents, à obtenir des deux gouvernements les satisfactions qu'on «demandait *.
^^ Il semblait, pendant la guerre, qu'il n'y eût plus d'argent en ^BFrance : « notre place est si resserrée qu'il n'y reste pas un sol », ^Bécrivait la Chambre dés 17O), mais les capitaux se cachaient, ils ne manquaient pas et il leur tardait de se hasarder après être restés longtemps improductifs. Il en était de même des b;\timents que les
(t) M^moirt citi. BU, 6. Jol. 13J et suiv.
(lol>r( rj!.f. lU!, Sj. — Cf. [3 fnr. lyio, aj/aiiv. 1712. BB, S}.
armateurs étaient impatients de fréter après les avoir vus si souvent enfermés dans le port. Sans doute les prises avaient fortement diminué la flotte provençale, d'autres vaisseaux avaient été vendus aux Génois ou aux Livournais, mais, avant même la fin de la guerre, le nombre des voyages faits dans le Levant prouve que le nombre des bâtiments était considérable et l'on dut se remettre activement à en construire, car, en 17 14, quatre-vingts vaisseaux au moins sortirent des ports de Provence, sans compter les petits bâtiments. On pourrait croire aussi que la ruine des manufactures dut empêcher les négociants de trouver des marchandises ;\ porter en Levant, mais le peu de trafic qui s'était fait dans les dix dernières années avait laissé s'accumuler un stock considérable de marchandises, et, après la paix, les fabricants assurés du débit purent donner une nouvelle activité ;\ leur production. Les manufactures de draps du Languedoc, qui fournissaient les articles les plus importants d'exportation, n'avaient d'ailleurs jamais cessé leur fabrication.
Rien n'empêchait donc les Provençaux de reprendre leur commerce que la guerre avait interrompu, mais non ruiné. Ils n'attendirent même pas qu'elle fût finie ; dès qu'il se produisit un ralentissement dans les hostilités, il y eut une véritable fièvre parmi les marchands, les armateurs et les capitaines, pour être les premiers A profiter de la reprise des affaires. Dans les cinq années les plus désastreuses de la guerre, de 1705 à 17 10, la moyenne des départs pour le Levant, sans tenir compte des transports de blé, avait été de 69; on 1710, il y eut 104 départs, 135 en 1711, 120 en 1712 et ce chiffre i la suite de la signature de la paix s'éleva à 156 et à 305 en 171 5; on n'avait pas vu un pareil mouvement dans les ports de Provence depuis les débuts du xvii"= siècle. Les marchandises déchargées à Marseille, en 1713 et 17 14, atteignirent la valeur de 1 1. 212. 000 et 23.332.000 livres, et ces chiffres se maintinrent aussi élevés les années suivantes.
Il est vrai que les marchands de Marseille avaient montré trop d'empressement à faire des achats ; le royaume ne s'était pas remis aussi vite de la crise qu'il avait traversée, l'argent ne circulait pas, la misère étiiii grande, les manufactures tardaient à se remettre en mouvement et la consommation des marchandises du Levant était donc beaucoup moins considérable. L'Kspagne, le principal débouché des négociants provençaux, était encore plus ruinée que la