‹ Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIe siècleChapitre 57 sur 117 · LA REPRISE DES AFFAIRES · texte numérisé non relu

LA REPRISE DES AFFAIRES

'nnce et il fallait du temps pour que les transactions avec les autres [pays comme l'Italie, la Hollande ou rAllemagnc fussent rc'tablies. fD'aillcurs, en aucun temps, pareille quantité de marchandises n'avait tété déversée i la fois sur le marché marseillais et ce n'était pas seulement les anciens débouchés qu'il fallait retrouver, l'activité inusitée du commerce rendait nécessaire d'en ouvrir de nouveaux et ce ^n'était pas chose facile, au lendemain d'une guerre qui avait bouleversé la moitié de l'Hurope.

Le commerce subit donc une nouvelle crise en 1715, analogue ;\ celle qu'il avait ressentie de 1697 a 1700, par suite de la pléthore des ^marchandises i Marseille. Les magasins étaient remplis, il n'y avait pas d'acheteurs, la Chambre se plaignit « du rabais presque incroyable des prix '. » 11 s'ensuivit, dans les premiers mois de 1715, environ soixante-dix banqueroutes, dont les unes avaient entraîné les autres. Pour conjurer le danger, le ministre accorda une prorogation de plusieurs mois pour les paiements de Pâques qui furent reportes en juillet, puis, il cette date, la Chambre obtint encore du Parlement ■ d'Aix un sursis de deux mois pour l'exécution des contraintes à l'égard des débiteurs négociants. Le 30 juillet, une grande assem-

Iblée des marchands fut réunie par l'intendant Arnoul, pour concerter les moyens « d'éviter la déroute presque générale du commerce, afin que les négociants prissent des ajustements entre eux pour se soulager les uns les autres. » L'assemblée jugea que, pour faciliter ces arrangements, « il paraissait encore nécessaire de mettre une

I surséance de six mois pour les billets à ordre *. » Mais cette nouvelle crise, quoique très grave, ne se prolongea pas, le chiffre des importations, tombé au-dessous de 5.000.000 en 1716, remonta à plus de 13.000.000 de livres en 1717 et le courant des afl;iires conserva régulièrement un niveau supérieur à celui qu'il avait atteint pendant tout le règne de Louis XIV : l'année 171 9 deux cent quatre-vingt-dix-sept navires rapportèrent du Levant des

(I) Lettre du consul du Ciiirt y juin ijif : « Les négoci.-ints de Marieille ont eu h fureur J'envoycr une forait de bdtimeats avec des sommes immenses.... ils ont cru l'Egypte in<^puisable, ils oat nclieté les piastres jusqu'à S livres ) sols ; ils ont rais le feu aux marchandises que l'on tire de l'Egypte pour les revendre à une perte de 50 0/0, Vous voulez la liberté du commerce et voili ce qui arrive ; il y a di:i-huit mois que les négoci.ints de votre place font un commerce très désavantageux dans toutes les échelles du Levant et vous n'avez l'ait aucune diligence pour y mettre ordre. » A A, ^04.

(1} AtsetnbUt du jo juillet 171 s- — BB, 6, fol. içy.

marchandises valant près de vingt-quatre millions de livres. La guerre de succession n'avait donc causé qu'une crise très douloureuse, mais passagère, qui ne détruisit pas l'heureux effet des longs efforts accomplis pendant le règne de Louis XIV. La nation française achevait alors de s'établir dans les parties du Levant où elle ne l'était pas encore : au début de la guerre de succession avait été ouverte l'échelle de Larta en Epire. En 171 5, la chambre décida d'établir un consul dans chacune des îles de l'Archipel, pour donner la protection nécessaire aux Français ; des vice-consuLits, dépendants de l'échelle de Salonique, durent être créés sur la côte de Macédoine *. L'important commerce de blés qu'on avait fait dans ces pays pendant la guerre de succession avait attiré avec raison l'attention de la Chambre. Les Français étaient enfin en état, au début du xvin" siècle, de disputer avec succès aux Anglais et aux Hollandais les bénéfices d'un négoce que ceux-ci avaient pu espérer leur enlever en entier, au milieu du xvii" siècle.

(1) 26 avril ijiS- ^ti, 6. — Ils auront pour les faire subsister 2 0/0 de la valeur des marchandises et en outre un droit d'ancrage de 5 piastres par vaisseau, sur ceux qui après avoir déchargé ne chargeraient pas |X>ur le retour.

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