TOULON ^^^^V
plus importante que celle de tous les autrts ports de Provence, le commerce du Levant n'en continuait pas moins à donner la vie i toute la côte de cette province.
■ Un seul des ports de Provence ne s'était pas résigné à laisser aux Marseillais le monopole du commerce du Levant, c'était Toulon. Simple bourg au moyenne, petite ville au xv siècle, Toulon avait grandi peu i peu sous la domination franyiise et comptait environ 5.000 habitants vers 1550. Henri IV résolut de lui donner plus d'importance; il fit commencer en 1594 une belle enceinte de pierres de taille, fortifiée de bastions et de courtines, et construire deux grands môles qui enveloppèrent tout le port. En 1633, d'après le rapport de M. de Seguiran, le commerce des denrées de la Provence y avait une certaine activité : « Le fonds de leur négoce maritime, disait-il, est de 150.000 livres ou environ et ce, non compris le trafic et débit qui se fait des huiles, qui va par commune année A 500.000 livres et parfois jusqu'.l 800.000... Et, ayant mandé venir les consuls des nations anglaise et flamande qui résident à Toulon et enquis de la condition des négoces que lesdites nations y font, il nous aurait été dit que toutes les années il aborde audit Toulon quinze ou vingt et quelquefois trente vaisseaux flamands, chargés ordinairement de harengs, merluches, guittran, graisse, plomb et autres charges semblables ; pareil nombre y aborde aussi d'Angleterre, Irlande et Terre-Neuve, chargés de poisson salé, plomb, étain, peaux de veau ou harengs, et en rapportent des huiles, câpres, amandes, sel et du riz qu'on apporte de la côte de Gènes'. « Toulon venait d'enlever à Marseille la flotte des galères en 1627; l'importance que prit la marine royale sous Louis XIV lui donna une prospérité et une activité inconnues jusques l.\, elle comptait alors 40.000 habitants*. Transformée complètement, sous la direction de Vauban qui la fortifia puissamment, la duta de son magnifique arsenal et d'une darse* bordée d'un vaste quai, Toulon, au fond de sa rade
70 barques p.inies en 1680 pour I'IuIk-, 72 étaient de M.irsciile, 27 Jes Martigues, 6 Je Sanar)', 3 de Saint-Tropez, 4 de Six-Fours, 5 de la Ciotat, 2 de Toulon. — Les autres app.inenaient aux poris Italiens, surtout de la rivi(:re de (Jùnés, ou aux ports français du Ponant. //, 2. •
(i) Inspection de Seguiran, p. 275.
2) Àrch. de Toulon. HH, nj,
3) Les navires de commerce y mouillaient à côté des navires de guerre, iarés par une simple panne. — V. TeissiiïR, Hiil. dii divers a^ratuiissemetits, <z\c.
de Toulon en 1666, p. I).
splendide, pensait avoir autant de droits que Marseille à devenir un grand port de commerce. Elle aussi avait des industries qui ne vivaient que par le commerce du Levant : « douze ou quinze manufactures pour les cuirs dont on Élisait un assez grand débit, quelques-unes de chapeaux, celles de pinchinat sorte de gros drap qu'on travaillait parfaitement bien dans Toulon.... vingt fabriques de savon blanc et marbré dont on faisait un fort grand commerce parce qu'il était excellent, ce qu'on attribuait à b qualitédes eaux*.» On voyait en outre dans son terroir d'autres tanneries, d'autres fabriques de pinchinats dans tout le voisinage, à SoUiers, à Cuersdes manufactures de chapeaux, de cotonines, des blanchisseries de cire. Aussi en 1650*, en 1664 et surtout en 1701, les Toulonnais avaient sollicité vivement à la cour l'affranchissement de leur port. Toulon dut se résigner à n'être pas à la fois le grand port de guerre et le centre du commerce français de la Méditerranée. D'ailleurs, à la fin du règne de Louis XIV, la ville était bien déchue de la situation brillante où l'avait élevée Colbert. « Une infinité de familles, dit un mémoire de 1715, l'ont abandonnée depuis les malheurs du temps, ne pouvant plus y subsister, par le défaut d'armements et par la cessation du travail dans l'arsenal du roi. » Un dénombrement fait en 1703, pour arrêter le rôle de la capitation, montra qu'il y avait 2 . 288 maisons habitées, outre les maisons du roi et celles des communautés, et 19.000 habitants, non compris la garnison, la marine, les communautés d'hommes et do femmes*. Toulon comptait peu de négociants et possédait peu de capitaux; à l'époque même de sa plus grande activité commerciale, ses navires, comme le faisait remarquer la Chambre, n'avaient guère été que des « voituriers, » employés par les négociants de Marseille, comme ceux de La Ciotat, de Six-Fours ou de Saint-Tropez ; ses prétentions à faire le grand commerce avaient toujours été bien au-dessus de ses forces. Cependant les Toulonnais n'avaient pas encore renoncé ;\ leurs espérances: « il est certain, dit un mémoire de 1715, que Toulon
(i) Mémoire. Arch. de Toulon. HH, /y.
(2) LfUrfs de l'avocat Ycard, /j octobre, 2 décembre j(5/o. — Arch. Commun.
(3) Mémoires conservés aux Archives de Toulon. HII, i<). — Voir pour toute cette histoire les documents de la série HH des archives de Toulon, série consacrée au commerce, à l'agriculture et à l'industrie. HH. i}. Mémoires tendant à obtenir la francinse du fort (16^0-^^). — HH, 16. Commerce du Levant (1622j-]6<)).— HH, 19. — V. l'inventaire de M. Octave Teissicr.